‹ Le mouvement littéraire contemporainChapitre 37 sur 76 · Préface de Thérèse Raquin · texte numérisé non relu

Préface de Thérèse Raquin

il4 LE MOUVEMENT LITTÉRAIRE CONTEMPORAIN.

et dans lequel rien ne nous laisse entrevoir ce qui fera plus tard l'originalité propre de l'auteur. Deux petites pièces, la Navette^ et les Honnêtes femmes^, paraissent déjà plus significatives. Elles n'ont pas du reste beaucoup de valeur. L'une est quelque chose d'assez plat, et Becque lui-même ne vit jamais dans l'autre qu'une bluette sans conséquence. On peut dire cependant que les Honnêtes femmes préludent aux Corbeaux par la simplicité toute familière avec laquelle l'auteur y représente des choses de la vie réelle; et la Navette, d'autre part, nous donne comme une première esquisse de la Parisienne, où nous trouverons, dans un sujet analogue, le même genre de comique froid, incisif et rentré.

En somme, les Corbeaux et la Parisienne sont les deux seules œuvres de Becque qui comptent. Il produisit fort peu. Nous devons sans doute faire la part des difficultés qu'il éprouva, des démarches innombrables qui usèrent son temps, des refus et des échecs qui aigrirent son esprit. Mais, lorsque la Parisienne lui eut ouvert toutes les portes, il vécut encore près de quinze ans, et, pendant ces quinze années, ne put mener à bout les Polichinelles. Serait-ce que, son imagination lui suggérant sans cesse des sujets, il abandonnaitl'œuvre entreprise pour en commencer chaque fois une nouvelle? On l'a dit. Je croirais plutôt le contraire. L'invention semble avoir manqué à Becque. Il tira d'expériences personnelles la matière de ses deux grandes pièces, et les autres, sauf Michel

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Pauper, ne font guère que l'annoncer ou le répéter. S'il invente peu et reproduit généralement des choses vues, le champ de son observation fut très restreint. Et c'est ce qui nous explique qu'il n'ait pas écrit davantage. Aussi bien les Corbeaux et la Pa7'isienne suffisent pour lui mériter une place à part entre les auteurs dramatiques de ce temps. Son œuvre, qui tient là tout entière, pourrait être plus riche et plus diverse; elle ne pourrait avoir dans l'histoire de notre théâtre une signification plus décisive.

Hernani, la Dame aux camélias, les Corbeaux, voilà sans doute les trois dates capitales du théâtre français au XIX' siècle. Les Corbeaux sont quelque chose d'aussi nouveau en leur genre que l'avaient été, trenteans auparavant, la comédie d'Alexandre Dumas, et, cinquante ans auparavant, le drame de Victor Hugo. Ce qui, du reste, le montre, c'est que tous les directeurs y firent le même accueil : au Vaudeville, Deslandes; au Gymnase, Montigny, puis Koning; à rOdéon, Duquesnel, puis La Rounat; à la Porte- Saint-Martin, Rittet La Rochelle; à la Gaîté, Ballande; à Cluny, Clèves; à l'Ambigu, Lafonlaine. Et leurs prévisions ne les trompaient point : représentée sur le Théâtre-Français grâce à Thierry ', qui finit par persuader Perrin ', la pièce ne put tenir devant un public dont elle choquait les traditions et froissait les préjugés.

Qu'est-ce donc qu'il y avait de nouveau dans les

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