‹ Le mouvement littéraire contemporainChapitre 57 sur 76 · Verlaine, Naguère, Crimen amoris · texte numérisé non relu

Verlaine, Naguère, Crimen amoris

Ou bien :

Tel dimanche pour moi s'embaume de la voix Des soprani...*

Et l'orgue de nouveau hisse ses velours noirs*.

Signalons encore l'assonance, qui prête aux mots, en dehors de leur sens logique, une valeur de suggestion. On connaît le fameux sonnet d'Arthur Rimbaud :

A noir, E blanc, I rouge, U vert, 0 bleu, voyelles. Je dirai quelque jour vos naissances latentes, A noir, corset velu des mouches éclatantes. Qui bombillent autour des puanteurs cruelles, etc.

Si ces vers ne sont qu'une fantaisie ou une mystification, nul ne conteste les affinités des sons et des sentiments. Chez la plupart de nos poètes, non seulement les romantiques, maïs encore ceux du xvi* siècle, ou même quelques-uns du xvii", Racine du moins et La Fontaine, on trouve maintes phrases dont la musique s'approprie à tel ou tel état d'âme. Une langue littéraire n'est point une suite de « polynômes » : pour rendre certains mouvements de la sensibilité, il lui faut plus et mieux que la signification logique des mots; outre le rythme, elle a encore ces effets d'harmonie que leur complexité délicate ne tious permet pas toujours d'analyser, et qui sont néanmoins un puissant mode d'expression. Parce que beaucoup de symbolistes, sacrifiant les rapports de sens aux rapports de sons, ne se laissent plus comprendre, devons-nous être injustes envers ceux qui

i. Rodenbach, le Règne du silence, les Cloches. 2. Id., ihid.

trouvent dans l'assonance un moyen d'enrichir la langue poétique, de la rendre plus apte à traduire la vague et mobile intimité de l'âme humaine?

Enfin les novateurs répudient une précision sèche et catégorique, Verlaine disait :

11 faut aussi que tu n'ailles point Choisir tes mots sans quelque méprise*.

Un pareil précepte est, certes, très dangereux. Mais le changement qui se fait dans la conception même de la poésie explique bien qu'on recherche une langue assez flottante pour rendre ce que le sentiment peut avoir d'indéfini, de voilé, de fugitif. Si, chez tels jeunes poètes qui écrivent improprement, cette impropriété tient à l'ignorance, les plus artistes suivent eux-mêmes la recommandation de Verlaine. Nous ne pouvons noter ici les nombreux tours par lesquels ils donnent souvent à leurs vers un charme subtil d'imprécision. Indiquons-en au moins un, qui ne leur est pas particulier, mais dont ils se servent beaucoup plus fréquemment que les poètes antérieurs. C'est la substitution du terme abstrait au terme concret. Dans les vers suivants de M. Henri de Régnier, par exemple :

.... La forêt résonnante où se dresse La multiplicité verticale des troncs*.

Ou encore :

Les lointains sont baignés de brumes violettes

Où s'enfonce et se perd la blancheur des chemins 3.

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