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Pas plus que Victor Hugo n'écrit toujours en vers brisés

poésie antérieure et de ne plus faire dorénavant des vers réguliers. Mais qu'on reconnaisse à nos poètes le droit de détendre la discipline parnassienne pour exprimer dans une forme moins stricte des sensations moins nettes et des sentiments moins précis.

Entre les symbolistes, M. Henri de Régnier est le premier que la critique apprécia sans crainte de passer pour dupe. Au début du symbolisme, elle se trouvait fort embarrassée. Les uns ridiculisèrent les tentatives des novateurs, sans même en saisir le sens; ce n'était pas tout à fait leur faute, car les théoriciens du symbolisme semblaient prendre à tâche de se rendre ininlelligibles, et, d'ailleurs, il y avait parmi ses poètes beaucoup moins de vrais artistes que de déséquilibrés ou de charlatans. Certains autres, qui se faisaient une règle d'accueillir toute nouveauté^ ne discernèrent pas les charlatans ou les déséquilibrés des vrais artistes. Cependant les plus graves et les plus autorisés restaient prudemment dans l'expectative, attendaient, pour se prononcer, que des premières effervescences du symbolisme se dégageât quelque chose d'à peu près distinct. Avec M. de Régnier, pas d'erreur possible : il prenait son art au sérieux ; et l'on Bavait d'ailleurs que, s'il composait parfois des vers irréguliers, ce n'était pas de sa part ignorance ou impuissance, car il avait commencé par observer fidèlement la discipline du Parnasse.

M. Henri de Régnier eut pour maîtres Leconte de

Lisle et M. de Heredia. Aussi ses premiers recueils* sont d'une facture absolument régulière. Presque partout, c'est l'alexandrin, sans autres discordances que celles dont certains parnassiens avaient euxmêmes donné l'exemple ^. Quant aux sujets et au mode de composition, nous n'y trouvons rien de proprement symboliste. Et pourtant l'originalité personnelle du jeune poète s'y marque, conformément à l'évolution de notre poésie contemporaine, soit, dans la forme, par la mollesse et la fluidité de l'harmonie, soit, dans les sentiments, même s'il ne fait que tracer un paysage, par je ne sais quoi de doux et de tendre, qui contraste avec la raide austérité des parnassiens.

Dès le recueil suivant ^ où la prosodie a plus de liberté, l'inspiration a aussi plus d'ampleur. Quelquesunes des pièces qu'il renferme, les Deux grappes par exemple, le Voleur d'abeilles, Ariane, le Verger, annoncent déjà ce qui sera bientôt, non plus l'allégorie, mais le symbole. Avec les Poèmes anciens et romanesques, Tel qu'en songe, Arélhuse, M. Henri de Régnier se sépare décidément du Parnasse; et pour la facture, car il emploie souvent le vers libre, et pour l'inspiration, car il est déjà le poète de l'ombre et du rêve. Signalons en particulier , dans les Poèmes anciens et romanesques, un certain nombre de morceaux, les Scènes au crépuscule, tout à fait exquis par leur élégance gracile, leur sensibilité discrète et

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