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Au Jardin de l'Infante, poésie sans titre, p

LA POÉSIE. 2i5

On ne peut dire qu'Albert Samain soit proprement un symboliste. Mais ce qu'il y a chez lui de plus intime est tout à fait de notre temps, si nous ne le cherchons pas dans tels poèmes, compliqués ou prestigieux, du Jardin de l'Infante, ni même dans les idylles nettes et pures à' Aux flancs du vase, si nous le trouvons, comme je crois, dans celles de ses pièces qui sont d'un élégiaque très subtil et en même temps très doux.

M. André Rivoire n'appartient pas non plus à l'école symboliste. Sa métrique observe les règles consacrées et sa composition n'a presque jamais rien de symbolique. Il n'en faut pas moins le ranger, ainsi qu'Albert Samain, dans le groupe de ceux qui ont renouvelé notre poésie. Moins passionné que sentimental, M. Rivoire a horreur du faste, du bruit, de l'éclat, il aime ce demi-jour où les choses paraissent atténuées et lointaines. Sa saison favorite est l'automne, et son heure de prédilection est le soir. A peine éclairés par une pâle lumière, ses paysages semblent, non pas la transcription du monde visible, mais un reflet d'âme, le reflet d'une âme plaintive. L'amour, chez lui, ne connaît point les ivresses et les transports; c'est un amour indécis, timide, hésitant. Celle qu'il chante, svelte et gracile, nous apparaît sous une forme presque immatérielle, comme en un rêve. Entre elle et lui, c'est, plutôt que de l'amour à vrai dire, une sorte d'affinité morale. Les pièces de M. André Rivoire ont une gn\ce mélancolique et fine.

une langueur qui s'insinue délicieusement à notre âme.

Avec Albert Samaîn et M. André Rivoire, nommons encore M. Fernand Gregh, l'auteur de deux recueils très distingués, la Maison de Venfance et la Beauté de vivre. Dans l'un, le jeune poète exhale en modulations suaves et tristes le regret des années matinales, et, près de quitter l'asile béni de sa jeunesse, prend plaisir à évoquer une dernière fois les songes qu'il y berça au murmure des arbres et des fontaines. Dans l'autre, il chante, non pas le bonheur, mais la beauté de la vie. Ses peines ont été plus nombreuses que ses joies. Mais qu'importe, si les peines ont aussi leur beauté, une beauté plus secrète, plus pénétrante, plus poétique? Telle est la pensée qui fait l'unité du livre. Ce qu'il y a de vraiment personnel chez M. Fernand Gregh, de vraiment conforme à sa nature propre, c'est, comme chez M. Rivoire, la veine élégiaque, mais avec quelque chose de fervent que M. Rivoire n'a point. On trouve dans la Maison de Venfance maintes pièces exquises qui, du jour au lendemain, rendirent son nom célèbre. Très jeune encore, M. Gregh s'est inspiré jusqu'ici de Verlaine. Cela ne nous empêche pas de reconnaître en lui un des poètes de la toute nouvelle génération qui sont le plus naturellement, le plus ingénument poètes.

Le Pèlerin passionné, de M. Jean Moréas, fut, à son apparition *, considéré comme le chef-d'œuvre qui 'consacrait enfin le symbolisme. Presque aussitôt, il'auteur du Pèlerin passionné, rompant avec la poésie symboliste, fonda lui-même une école nouvelle, l'école romane, dont les manifestes ne laissèrent pas en leur temps de faire quelque bruit.

Il avait débuté par deux petits livres, les Syrtes si les Cantilènes. Peu s'en fallut qu'il ne reniât, depuis, ces premiers essais. A vrai dire, les Syrtes l'ont rien de bien orij^inal, et la valeur en est fort mince. Ce recueil incohérent, où les titres, ambitieux et prétentieux, contrastent avec l'insignifiance des pièces, ne peut être loué que pour l'harmonie dont quelques-unes sont redevables à l'heureux usage des rythmes traditionnels ^. Les Cantilènes ne manquent pas moins d'unité; et, si elles en manquent, c'est sans doute parce que toute personnalité fait encore défaut au poète. Il y a là beaucoup de pièces contournées et diffîcultueuses . La plupart sont dépourvues non pas seulement d'idées, mais aussi de sentiment; et, si pourtant on en trouve certaines qui ont de la grâce, cette grâce même sent l'affectation jusque dans son apparente ingénuité.

M. Moréas s'était d'abord laissé appliquer le nom de décadent, qui convenait fort bien à son art com-

2. M. Moréas observe dans les Sy7-tes la prosodie régulière, îauf quelques licences assez baroques et l'emploi, rare au surplus, des mètres impairs.

posile et de pure virtuosité. Peu après la publication des Cantilènes, le voilà qui se proclame symboliste', et, dans une sorte de manifeste *, définit tant bien que mal ce qu'il entend par là. Mais sa poésie, quand il ne s'exprime pas directement et sans arabage, est moins symbolique qu'allégorique. On ne voit guère comment le Pèlerin passionné a pu sembler à son heure quelque chose comme l'évangile du symbolisme. Si M. Moréas y fait usage de mètres bizarres, qui vont jusqu'à dix-sept syllabes, s'il affecte parfois une obscurité sibylline, ce n'est vraiment pas assez pour mériter le nom de symboliste. Son recueil, du reste, contient quelques pièces aimables, d'un tour à la fois précieux et naïf, dans le goût du moyen âge et du xvi* siècle. Mais cela est en somme bien peu de chose, cela ne répondait guère aux ambitions et aux promesses du jeune poète.

A peine a paru le Pèlerin passionné que M. Jean Moréas, publiant un nouveau manifeste, apprend au monde la fondation de l'école romane ^, Déjà son manifeste antérieur, celui qui avait « lancé » le symbolisme, marquait un retour aux vieilles formes poétiques et à la vieille langue; et, dans le Pèlerin passionné, voire dans les dernières pièces des Cantilènes, maints archaïsmes de vocabulaire et de syntaxe, comme aussi certains sujets empruntés à nos anciens trouvères, annonçaient, chez le chef de l'école sym-

1. Il prétendit même avoir le premier usé de celle appellation.

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