CHAPITRE PREMIER LE SENS MUSCULAIRE
pien que chacun de nos sens puisse nous faire connaître les naouvements de notre corps ou de ses parties, et quoique la vue, l'ouïe et le toucher puissent nous procurer des données certaines sur nos mouvements, — comme par exemple, la vue nous informe sur les mouvements de nos bras et de nos mains, et roreille, d'une façon plus parfaite encore, sur ceux du larynx, — il y a cependant deux sens, qui intéressent spécialement les mouvements corporels et qu'on peut par excellence nommer, les sens du mouvement. Ce sont le sens musculaire, et le sens dont l'organe sont les canaux semi-circulaires.
Ces deux sens nécessitent une attention spéciale.
En cas de chacim de ces sens, nous aurons à nous occuper de son existence Téelle. Plusieurs auteurs ont hésité à admettre un a sixième sens » et ont émis
l'opinion que toutes nos perceptions sur le mouvement du corps peuvent nous être fournies par nos traditionnels cinq sens.
Depuis que ce terme de « sens musculaire » a été pour la première fois employé par M. Charles Bell, l'encre a coulé à flots*. Aujourd'hui, les preuves accumulées, anatomiques, expérimentafes et cliniques, ont assez plaidé en faveur du sens musculaire ; cependant, on trouve encore quelques auteurs sceptiques.
Une certaine confusion était née, de ce qu'on avait employé le terme de sens musculaire, pour désigner le sens supposé de l'innervation. A proprement parler, ce terme doit être employé pour désigner un sens, dont les organes périphériques ou terminaisons nerveuses se trouvent dans les muscles.
Ce chapitre est consacré à mettre en évidence l'existence d'un sens du mouvement, dont les organes se trouvent dans les muscles, ou dans les parties adjacentes.
Nous aurons à éclaircir trois points :
i" Des nerfs sensoriels et des terminaisons nerveuses se trouvent dans les muscles ;
2** Les sensations du mouvement naissent des muscles ou des autres parties internes du membre en mouvement, et non pas simplement de la peau;
3° 11 n'existe point de sensations d'innervation.
I . Voir pour la bibliographie et pour une vue d'ensemble de la question, V. Hknri, Année psychologique, 1898, V, 899- 567. — De même Ed. Gi.aparède. Du sens musculaire, à propos de quelques cas d'hémiataxie posthémiplégique. Genève, 1897.
I. Les nerfs sensoriels et les organes terminaux DU sens musculaire. — Évidence anatomique.
Les preuves anatotniques de la présence des nerfs sensoriels et des organes terminaux dans les muscles, rappellent le fait bien connu, à savoir, que les racines antérieures des nerfs spinaux consistent presque exclusivement en fibres motrices ou efférentes, tandis que les racines postérieures consistent presque exclusivement en fibres sensorielles ou afférentes. La voie la plus directe pour faire connaître l'existence des fibres sensorielles dans les muscles serait de suivre la trace des fibres depuis les racines sensorielles jusqu'aux muscles. Mais il n'a pas été facile de suivre la trace de fibres isolées sur de si grandes distances et à travers les méandres de leurs routes. Il vaut mieux adopter des méthodes indirectes.
En comptant les fiibres qui existent dans les racines épinières, qui se rapportent à un membre, et en en mesurant les dimensions, et en comptant et en mesurant les fibres aux périphéries, on a trouvé qu'une partie des fibres nerveuses des muscles ne viennent pas des racines motrices, et qu'ainsi une partie des fibres des racines sensorielles ne vont pas à la peau. Les muscles doivent donc recevoir des fibres des racines sensorielles.
Une autre façon de suivre la trace des fibres nerveuses est fournie par des expériences de dégénérescence. Si l'on coupe les racines motrices d'un membre, toutes les libres motrices dégénèrent ;
cependant les muscles de ce membre renferment encore un bon nombre de fibres nerveuses non dégénérées; quelques-unes sont fortes et pourvues d'une gaine médullaire, et ne dérivent par conséquent pas des ganglions sympathiques. Elles ne peuvent prendre naissance que dans les racines sensorielles. On peut suivre quelques-unes de ces fibres nerveuses aux extrémités nerveuses dans le muscle appelées fuseaux musculaires, qui est donc un organe sensoriel terminal.
Les faits ci-dessus ne sont pas découverts depuis longtemps. Lorsque Charles Bell proposa la théorie du sens musculaire, on n'avait pas comme à présent une évidence histologique de l'existence des nerfs nécessaires, et il se passa longtemps avant que cette évidence fût acquise. Actuellement, surtout depuis les recherches de Sherrington*, l'évidence est certaine. Pour le prouver, je citerai Sherrington luimême^ :
« Dans les muscles où toutes les fibres nerveuses motrices ont été enlevées par dégénération, je n'ai jamais manqué de trouver chaque fuseau dans le muscle qui possédait encore des fibres nerveuses myélinées. On peut suivre ces fibres, qui partent des racines sensorielles, pénètrent dans le fuseau et s'y terminent. »
Puisque enfin, un ou deux tiers des fibres sensorielles d'un muscle peuvent être rattachés au fuseau, il est clair que ces structures constituent l'organe terminal sen-
1. C. S. Sherrington. /oMr/ia/ of P/iysiology, 1894, XVII, 311 ss.