Pfluger's Arch. f. d. ges. PhysioL, 1892, LI
l'action réflexe 2^7
cutanées et « musculaires » . Il avait perdu toute habileté dans le mouvement de ses pattes de devant, comme par exemple pour tenir un os, pendant qu'il le rongeait. Il ne prenait pas ses aliments spontanément, quoiqu'il fût agité lorsque son jeûne se prolongeait, n dormait la plupart du temps et ne réagissait qu'aux stimulations directes. Parfois, il faisait certains mouvements, comme ceux qui normalement expriment l'angoisse; il faisait mine de mordre et grognait, mais n'agitait jamais sa queue. Il ne reconnaissait plus ni les gens, ni les animaux, ni les objets ; il avait perdu toutes les réactions apprises et n'en apprit jamais d'autres.
Jusqu'à présent, on n'a pas encore enlevé le cerveau du singe. Plus l'animal est élevé, plus il est difficile de le' garder vivant après une telle opération; Teffet du choc et le trouble circulatoire sont plus grands, et le cerveau est plus nécessaire à sa vie. Des êtres humains complètement décérébrés ne vivent pas longtemps. Les idiots ont souvent le cerveau au-dessous de la moyenne, et ce qui est plus important, les cellules nerveuses et leur dentrites sont mal développés. Les forces motrices des idiots sont ordinairement défectueuses. Certains idiots restent inertes, d'autres sont sans cesse en mouvement. Ces mouvements ont un caractère rythmique et consistent souvent en un balancement du corps en avant et en arrière, et moins souvent en un balancement d'un côté et d'autre, ou en un mouvement de la main à la figure et en retour. Ce ne sont pas des mouvements forcés ; ils s'arrêtent si l'attention de l'idiot est fixée sur quelque chose.
Beaucoup d'idiots sont incapables de faire des mouvements appris. D'autres — mais ceux-là jouissent sans doute d'une fonction cérébrale considérable — peuvent apprendre certains mouvements, comme de faire usage d'outils ou de jouer d'instruments à musique, mais les mouvements guidés par la raison sont rares.
Les mouvements qui peuvent être exécutés en l'absence des hémisphères, comprennent donc les actions fondamentales du tronc et des membres, comme la locomotion et les mouvements les plus simples, pour se défendre et se sauver, ainsi que les fonctions vitales, la respiration, l'action de manger, la réglementation du cœur et des vaisseaux sanguins, la transpiration. Les mouvements qui manquent comprennent ceux de l'expression faciale et ceux du globe des yeux, en réponse à la lumière, et les mouvements appris.
En comparant la valeur des mouvements réels chez un animal décérébré avec la valeur des mouvements chez un animal normal, nous avons l'impression que les mouvements sont ordinairement produits à travers le médium de l'écorce cérébrale, quoique les mêmes mouvements soient possibles en dehors de l'écorce. Un animal dépourvu d'écorce cérébrale demeure immobile la plupart du temps, ou bien il remue d'une façon monotone. L'initiation et l'inhibition du mouvement sont toutes deux défectueuses. Une grenouille décérébrée peut sauter, mais elle saute moins qu'une grenouille normale. Un poisson osseux décérébré peut nager, et étant sans cesse stimulé par l'eau, il nage continuellement, sans s'arrêter, comme le ferait un poisson normal, pour prendre la nourriture qu'on
l'action réflexe 2^9
lui tend. Et la torpeur de l'un des animaux et l'agitation de Tautre s'expliquent par l'absence des voies normales de réaction.
Si aux parties inférieures du système nerveux, nous ajoutons les hémisphères cérébrales, ce que nous ajoutons est essentiellement un grand réseau de voies nerveuses. Le cerveau diffère des niveaux inférieurs par la multiplicité efl'rayante et la complication des voies, ainsi que par leur plasticité. Tandis que les voies du système inférieur semblent pour la plupart déterminées par l'hérédité, celles du cerveau sont capables, par un emploi varié, d'un développement. L'expérience de chaque individu s'enregistre d'ellemême dans ses voies cérébrales.
Le cerveau est donc la place dans laquelle les mouvements appris se développent. Les mouvements qu'on peut obtenir en stimulant Técorce cérébrale sont des mouvements spécialisés, dont voici des exemples * :
L'élévation de la lèvre supérieure, avec dépression de l'inférieure, de façon à faire voir les dents ;
Ouvrir la bouche et tirer la langue ;
Elever l'angle de la bouche, et fermer les yeux ;
Adduction des deux cordes vocales ;
Serrer le poing ;
Le mouvement pour porter la main en arrière renfermant l'adduction, l'extension et la pronation.
Ces mouvements sont spécialisés, mais tous ne sont pas appris ; il y en a d'instinctifs. Les mouvements de l'expression faciale et des yeux sont sans doute instinctifs, mais ils dépendent de certaines portions