DEPENDANCE ENTRE LA COORDINATION ET LES SENSATIONS
Un mouvement peut être commencé par une sensation particulièrement localisée, mais sa forme et son efiBcacité dépendent aussi d'autres sensations. Les sensations qui représentent la position d'où part le mouvement sont essentielles, ainsi qu'on le voit par le fait que la même stimulation cutanée peut causer la flexion de la jambe d'une position d'extension, ou l'extension, d'une position de flexion. Les sensations qui représentent la marche du mouvement et la résistance rencontrée, sont nécessaires pour son achèvement.
On peut démontrer l'influence de la sensation sur la coordination, en privant un membre de sensation et en remarquant les défauts du mouvement.
!î58 LE MOUVEMENT
Claude Bernard * a privé de sensation un membre de derrière d'un chien, en coupant les racines postérieures des nerfs qui viennent de ce membre. Un membre ainsi privé de sensation ne servait plus pour supporter le corps, mais il restait fléchi ; si Tanimal courait, le membre était traîné, avec des mouvements faibles et incertains ; dans la marche, il alternait avec d'autre membre, d'une façon plutôt normale. Claude Bernard conclut de ces résultats que le mouvement était physiologiquement dépendant de la sensibilité. Il démontra ensuite que la coordination n'était pas contrôlée par la sensibilité cutanée, car en arrachant la peau d'une grenouille, le mouvement n'en était pas troublé. Ou, s'il coupait le nerf cutané de la patte d'un oiseau, cela n'empêchait pas cette patte de pouvoir s'agripper à une barre.
Les résultats obtenus par les expériences sur les singes sont spécialement intéressants, car ils sont plus rapprochés des conditions humaines. De telles cxpé- . riences ont été essayées par Mott et Sherrington * et par H. E. IIering'. Un membre privé de toutes ses racines sensorielles se meut encore en association avec les autres , membres, mais ces mouvements manquent de précision. Pour grimper sur une perche, les mouvements exécutés avec ce membre ne sont d'aucun secoms. L'animal n'exécute plus de mouvements spécialisés avec ce membre, comme l'action
I. Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerseux. Paris, i858, I, 246.
I. Proceedings Royal Soc. London, 1896, LVII, 48i. 3. Neurologisches Centrait lait, 1897, XVI, p. 1077.
de saisir, quoiqu'on puisse les obtenir par une stimulation électrique de Taire corticale. Ce dernier fait indique que l'activité normale de l'écorce motrice dépend des sensations des parties correspondantes du corps.
Dans quelques-unes de ces expériences, on a laissé intacte l'une des racines sensorielles, celle qui soutient la peau de la main ; alors la main pouvait être employée pour saisir. L'animal, voulait prendre un grain de riz, mais au lieu d'y diriger la main tout droit, il la faisait mouvoir de côté et d'autre et manquait souvent son but. Ainsi, le mouvement adroit du pouce et de l'index, par lequel le singe saisit le grain, est devenu maladroit et manque souvent de saisir le grain. Ce n'est pas la sensibilité tactile, mais la sensibilité musculaire qui manque ici et l'expérience montre encore une fois l'importance du sens musculaire dans la coordination des mouvements ^
Le manque de précision qui accompagne le manque de sensation a été analysé de près par Hering ^. Dans certains cas, l'erreur consiste en un cxch de contraction musculaire. Le mouvement ne s'arrête pas assez rapidement. Normalement il est arrêté par une innervation réflexe des muscles antagonistes ; quoique le mouvement soit commencé volontairement, il est arrêté d'une faron réflexe^. Si
I. Voir aussi plus haut le chapitre sur lo sens musculaire, p. \[\ et suiv.
3. Pflugek's Arcliiv f. d ^es. PhysioL, 1897, LWIII, 17. — Archiv f. exp. Pathol. u. PhavmakoL, 1897, XXWIII,