‹ Le mouvement scientifique pendant l'annee 1864Chapitre 18 sur 63 · DE L’HOMME · texte numérisé non relu

DE L’HOMME

physiologique. Pour l'autre, l’esprit, la raison pure peut créer des idées sans le secours des sens : c’est l’école philosophique, qui croit à la perfectibilité de l'homme. D’autres naturalistes encore considèrent l'hpmme comme le type d’un règne nouveau, le règne humain.

Les physiologistes ont raison de dire que l’homme est un animal vertébré; c’est de plus un mammifère, un mammifère monodelphe, c'est-à-dire dont le foetus prend son entier développement dans la matrice; c’est un primate, suivant Linnæus; il ressemble aux singes, appelés de tout temps hommes des bois; il a les mains du singe, la face du singe, mais celle ressemblance n’est que matérielle. C’est une comparaison humiliante, de laquelle M. Graliolet a voulu, comme il l’a dit éloquemment, faire ressortir la gloire de l’homme.

Avec tous les anatomistes, il a admis cette ressemblance, confirmée par l’étude du plan d’organisation en général, confirmée également par l’étude de l’organisation cérébrale en particulier : il a démontré que le cerveau de l’homme et celui des singes réalisent un même type d’organisation. Ce type leur est propre, à l’exclusion de tous les autres monodelphes.

Le professeur a ensuite décrit avec une merveilleuse clarté le plan général d’organisation du cerveau. D'abord dans les monodelphes qui sont au-dessous des primates : ils sont caractérisés par la prédominance des lobes olfactifs; par les rapports exclusifs de la commissure du cerveau avec ses lobes; par les rapports exclusifs du nerf optique avec les tubercules optiques, organes d’automatisme; par l’absence d’un prolongement postérieur aux ventricules du cerveau.

M. Graliolet a donné ensuite les caractères des monodelphes primates : prédominance du cerveau proprement

ET DE SON liAN’G DANS LA CKÉATION.

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dit; réduction excessive des lobes olfactifs; commissure antérieure n’ayant plus aucun rapport avec ces lobes et s’épanouissant tout entière dans les lobes postérieurs du cerveau; rapport nouveau du nerf optique avec les hémisphères du cervea», dans lequel ils s’épanouissent presque en entier. Le cerveau pour la première fois est mis en rapport direct avec la lumière, d’où la dénomination d’animaux lumières donnée aux singes.

Arrivant au cerveau de l’homme, l’éminent physiologiste a fait voir qu’il réalise les mêmes conditions de structure, que ses plis ont le même type général dans l’homme adulte et dans les singes. Oui, a-t-il dit, ces ressemblances sont incontestables, aussi démontrées que peuvent le désirer les contempteurs les plus acharnés de la dignité humaine.

Elles n’ont été contestées dans ces derniers temps que par un seul naturaliste, mais son erreur a été universellement démontrée : la ressemblance du type zoologiquc de l'homme avec le type zoologique du singe est une vérité. Est-ce là toute la vérité? Non, c’est une vérité partielle, une vérité tronquée; une telle vérité est voisine de l’erreur. M. Graliolet a prouvé cette erreur par l’élude du parallélisme de l’ordre des développements sériaux avec l’ordre des développements embryonnaires. De ce fait que le semblable se développe d’une manière semblable, il a énoncé la loi de développement des plis cérébraux dans les singes, qui est commune à tous les singes.

L’homme seul échappe à celle loi, il réalise le semblable dans un ordre inverse, et aucun arrêt de développement ne peut rendre le cerveau de l’homme semblable à celui des singes. D’autres caractères importants prouvent encore que l’homme diffère essentiellement du singe. D’abord la forme extérieure : elle parle, elle raconte la

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nature de l’animal, sa destinée, sa mission. La main du singe ne semble faite que pour s’appliquer aux surfaces cylindriques, et quand il veut opposer son pouce aux autres doigts, il le fait avec une maladresse infinie. Ile plus, ce pouce opposable dont on a voulu faire un caractère de supériorité sur l’homme, est anéanti dans les singes d’un rang supérieur. La main du singe n’est qu’un crochet suspenseur, c’est un organe de locomotion et de préhension brutale.

La main de l’homme est un organe de mesure, c’est un compas, et ce compas suppose un géomètre. Non-seulement cette main est plus perfectionnée que chez le singe, elle est indépendante;. cette indépendance est corrélative de la station verticale, elle est liée à l’indépendance de l’homme, qui seul a le regard tourné vers le ciel. Le singe ne se tient debout que dans l’immobilité; en action il est essentiellement quadrupède.

Comparant ensuite la tète de l’homme celle du singe, l’habile professeur d’anatomie a merveilleusement expliqué comment la physionomie de l'homme reflète une nature différente de celle de ce hideux quadrumane, grimace et caricature de l’homme. II a décrit ce front, magnifique revêtement de l’organe du grand conseil, paroi du temple divin dans lequel réside un dieu; il l’a montré dominant les yeux et faisant apparaître, pour la première fois parmi les primates, le signe de l’intelligence dans l’harmonie de la face qui pour la première fois aussi devient visage; où le nez aux Hères narines prolonge gracieusement le front; où les yeux répandent en éclairs brillants les reflets de l’intelligence; où les lèvres fines, flexueuses, admirablement mobiles, expriment les nuances les plus délicates des sentiments les plus divers, sur lesquelles s’épanouit le sourire, étranger à tous les ani-

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