‹ Le mouvement scientifique pendant l'annee 1864Chapitre 19 sur 63 · ET DE SON HANO DANS LA CRÉATION · texte numérisé non relu

ET DE SON HANO DANS LA CRÉATION

maux; où enfin les oreilles, petites, gracieusement tabulées, sont sans mouvement, parce qu’elles écoutent sans préoccupation. Le singe n’a pas de lobule au pavillon de l’oreille. Le singe, n’a pas de lèvres il n'a que de plates valves qui ferment une ouverture; ces lèvres-là ne parleront jamais.

Ces pavillons, signes véritables de l’espèce, apparaissent pour la première fois dans l’homme. Et loin de s’anéantir chez l’homme dégradé, ces signes semblent protester contre toute assimilation avec le singe par une exagération qui peut aller jusqu’à la difformité. Ainsi chez le nègre les lèvres deviennent énormes, le pavillon de l’oreille acquiert des dimensions monstrueuses. Instinctivement le sauvage en est fier, il y attache des parures.

Enfin, interrompu par de fréquents applaudissements, M. Gratiolet a poursuivi son intéressante leçon par la comparaison du langage des bétes et de celui de l’homme.

Quelques naturalistes ont dit que l’homme n’était pas suffisamment distingué des animaux par le langage. Il existe, il est vrai, un langage commun à l’homme et à tous les animaux, c’est le langage des mouvements, de l’expression; il raconte les émotions secrètes del’étfe; il raconte tout l'être, niais rien de l’univers; l’homme, comme la béte, a ce langage, mais il en possède un second, c’est le langage libre des signes abstraits représentant des idées.

D’autre part, l’animal n’agit sur le monde que par ses forces physiologiques; l’homme a également ce pouvoir, mais, seul parmi tous les êtres, il peut commander aux puissances de la nature.

Ln dernier caractère enfin est que l'homme seul sculpte et dessine; il est seul créateur de formes. Cette faculté' n’existe pas, même à l’étal de vestige, chez aucun animal.

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dk l’état dk l’astuonomik müdkkne;

Eu égard à l'instinct en général, l’observation démontre que nul animal n’a jamais été trompé par lui. Tout instinct est essentiellement vrai dans son but. Dés lors, pourquoi les instincts de l'homme le tromperaient-ils? Il a l’instinct de l’infini dans le temps et dans l’espace; seul parmi tous les êtres, il s’intéresse au passé et à l’avenir au delà de sa vie. Ces facultés et ces instincts, propres à l’homme, le distinguent ubsolumenl*de tous les animaux. Dès lors, il ne saurait être expliqué par l’organisation seule, par celle organisation dont le type lui est commun avec les singes.

Nous regrettons de ne pouvoir donner à nos lecteurs qu'un squelette sans vie et sans couleur de celte admirable leçon qui a été écoulée avec une religieuse attention. Il lui manque le souffle cl l'esprit du maître.

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Après les leçons de physique, de physiologie et de chimie, professées à la Sorbonne, est venue celle d’astronomie, qui, d’après les récentes découvertes de cette science, devait présenter un intérêt d’autant plus vif que la leçon allait être faite par le directeur de l'Observatoire impérial de Paris, M. Le Verrier.

Le programme de la leçon publiée dans le Moniteur élait : « De l’état de l’astronomie moderne; » le savant astronome ne pouvait donner que quelques exemples des trois branches de cette science ; description des instruments, astronomie physique, travaux de calcul. M. Le

DE L’ÉTAT DE L’ASTUONOMIë MODËUNE. 10!*

Verrier, abordant la première question, a pu satisfaire la légitime curiosité des auditeurs, désireux de voir de grands instruments. 11 a rappelé les propriétés principales des lunettes astronomiques, des télescopes; il a décrit le grand cercle méridien et le grand équatorial de l’Observatoire de Paris.

I. 'exposition des instruments astronomiques terminée, l'illustre professeur a excité une vive satisfaction dans l’assemblée en faisant connaître la cordiale entente qui existe entre l’Observatoire de Paris et celui de Greenwich, d’où résultera pour la science des observations rigoureuses, par cela même qu’elTcs seront soumises au contrôle réciproque du directeur de l’Observatoire d’Angleterre, M. Airv, et de M. Le Verrier. A Paris, on observe depuis la pleine lune jusqu’à la nouvelle; à Greenwich, depuis la nouvelle lune jusqu’à la pleine lune. Ainsi les observations peuvent être faites sans fatigue, et il reste à chaque astronome un demi-mois lunaire pour les vérifier par les calculs, cl se livrer aussi aux travaux que nécessitent la réduction des observations, la détermination des longitudes, etc.

Les télescopes, ces instruments si utiles en astronomie, et qui, dans ces derniers temps, 01 U été le sujet d’importantes améliorations, ont dô fixer l’attention du professeur. Il a signalé la valeur de l’invention de M. Foucault, qui est parvenu à remplacer le grand miroir métallique par un miroir en verre argenté; ce miroir donne plus de lumière que les anciens télescopes, et permet d'appliquer à l’instrument un grossissement considérable. M. Le Verrier a ensuite présenté un de ces verres ayant 20 centimètres de diamètre, qui peut constituer un petit télescope d’une grande puissance optique et d’un prix relativement minime. Avec ces instruments faciles à manier,

lu

170 DE L’ÉTAT DK L’ASTRONOMIE MODERNE, tout le monde, a-t-il dit, sans être astronome, peut découvrir des planètes et rendre d'utiles services à la science. Séance tenante, il a. démontré comment, à l’aide de cartes astronomiques, on pouvait, armé de ce petit télescope, suivre le mouvement d'astéroïdes, et même en découvrir de nouveaux.

Passant à un instrument supérieur, il a fait voir celui qui a servi en Espagne à l’observation de l’éclipse totale de soleil de 1800; il a mis sous les yeux de l’auditoire un miroir colossal de 80 centimètres de diamètre, dont le pied est monté parallatiquement, c’est-à-dire qu’il peut suivre un astre dans tout son parcours au-dessus de l'horizon. Ce magnifique instrument est destiné à la ville de Marseille, qui, dans un louable élan de générosité, a donné un superbe emplacement pour la création d’un observatoire. Et de plus elle a accordé une subvention annuelle de 15,000 francs pour l’établissement et l'entretien de ce monument scientifique. Celte générosité de la ville de Marseille a été couverte par les applaudissements des auditeurs de Paris.

Malgré ce merveilleux instrument, la science a-t-elle dit son dernier mot sur le perfectionnement du télescope? M. Le Verrier a répondu en montrant un magnifique bloc de verre de t mètre 25 centimètres de diamètre, taillé, poli sur toutes ses faces, et qui pourrait servir à construire un télescope gigantesque destiné à placer la France dans des conditions exceptionnelles sous le rapport des observations. On doit à la célèbre manufacture de Saint-Gobain la production d’un verre d’une dimension jusqu’alors inconnue. 11 est vivement à désirer, après un premier résultat si étonnant, de voir se réaliser la construction d’un instrument on ne peut plus utile et qui serait sans pareil au monde. Opticiens, mécaniciens, astronomes, tous sont

de l’état de l’astronomie moderne.

disposés à l’exécution de cette œuvre; il n'y manque qu’un grand ouvrier. M. Le Verrier n’a pas voulu le nommer. Serait-ce l’argent?

Après ce rapide exposé des instruments astionomiques, l'illustre directeur de l’Observatoire est pleinement entré dans l’état de la science. Mais ici que de questions sérieuses devaient se présenter à son esprit 1 Cependant le choix ne pouvait être douteux.

Le soleil, auquel se rattache tout le système planétaire, qui donne la chaleur et la lumière indispensables à la vie, le soleil devait être le plus brillant exemple à citer pour faire ressortir les découvertes modernes. C’est à lui que nous devons la photographie, et c’est par la photographie que le célèbre astronome a voulu nous lefaire connaître. Sur un immense écran d’une blancheur d’autant plus éclatante que lasalle étaitplongéedans une obscuritécomplète, il a pu, à l’aide de la lumière électrique, projeter des photographies du soleil et faire connaître exactement la forme de cet astre à des jours différents. Il l’a montré moins lumineux sur les bords qu’au centre, et on a pu aussi constater l’existence de ses taches, leur marche, et en conclure de visu la rotation du soleil sur lui-même en vingt-cinq jours six heures; reconnaître l’ombre, la pénombre, les facules, l’immense étendue de ses taches, pouvant atteindre jusqu’à 30 mille lieues de diamètre, leur mobilité, leur rupture ou leur réunion. Il a, par le même moyen, rendu sensibles les apparences des éclipses centrales, soit annulaires, soit totales, et aussi la coloration des nuages voisins du disque lumineux du soleil dans le cas d’éclipse annulaire.

Pour les éclipses totales, rien de particulier ne se manifeste jusqu’au moment où le soleil va complètement disparaître; et l’obscurité qu’on redoute alors n’est pas telle-

DE L’ÉTAT DE L'ASTRONOMIE MODERNE, nient grande, qu’on ne puisse encore lire à cette lumière, comme on l’a observé pendant l’éclipse totale du 10 juillet 1860. A ce moment où le dernier rayon du soleil disparaît, tout un ordre de phénomènes cachés habituellement par le soleil apparaissent; la couronne, la gloire, les flammes, les nuages roses, entourent le disque obscur de la lune et révèlent l’existence d’une atmosphère solaire, due à d’épaisses vapeurs, dues aune haute température. Plusieurs images de ces divers phénomènes ont été montrées au public. M. l.e Verrier a terminé sa savante leçon par l’examen de la constitution physique du soleil, rappelant l’hypothèse d’Herschell, qui admettait un noyau obscur entouré de deux atmosphères, l’une lumineuse, la photosphère, cl l’autre chargée de nuages. l/éminent professeur a prouvé que cette hypothèse n’était plus soutenable; qu’elle ne rend pas compte de tous les phénomènes observés, et que la photosphère, qui ne perd rien, ne peut expliquer l’immense quantité de chaleur et de lumière que développe le soleil. Il faut donc, pour être d’accord avec les théories de la mécanique, considérer le soleil comme formé d’un noyau incandescent solide ou liquide entouré d’une atmosphère dans laquelle l’analyse spectrale a décelé la présence à l’état de vapeurs d’un grand nombre de métaux. Telle est la phase nouvelle dans laquelle la science vient d’entrer, tille ne se borne plus à décrire les apparences des astres, elle pénètre le secret de leur composition chimique, elle en fait l’analyse. Ces progrès de la science astronomique ont été d’autant mieux compris que le professeur avait devant lui un auditoire d’élite composé de savants, de gens de lettres et de délégués des société savantes de la province.

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jamais le public des conférences de la Sorbonne n’a été plus varié que jeudi dernier. C’étaient des savants, tes philosophes, des prêtres, des littérateurs, toute une foule ,1e gens avides de vérité qui venaient entendre le juge ment de la science sur l’une des questions les plus importantes au point de vue physiologique et religieux; ü salissait de conquérir au spiritualisme les incrédules e es matérialistes. M. Pasteur avait conscience de sa mission, sentait qu’il avait charge d’âmes. Et c’est avec un vrai talent de professeur, avec une parole mesurée, ferme et convaincue, que le savant directeur des études de 1 Eco e normale supérieure a parlé des générations spontanées.

De bien grands problèmes, a-t-il. dit, s agitent aujoui d’hui et tiennent tous les esprits en éveil. Unité ou mu tiplicité des races humaines. — Création de l’homme depuis quelques mille ans ou depuis quelques mille siè-

Fixité des espèces ou transformations lentes et

progressives des espèces les unes dans les autres. - l a matière réputée éternelle ; en dehors d’elle le néant. — L’idée de Dieu inutile. - Voilà quelques-unes des questions livrées de nos jours aux disputes des hommes.

Ne craignez pas que je vienne ici avec la prétention de résoudre l’un quelconque de ces graves sujets. Mais a colé d’eux, dans le voisinage de ces mystères, il y a une question plus modeste qui leur est direelement ou indirectement associée, cl dont je puis peut-être oser vous entretenir, parce qu’elle est accessible à l’expérience, et qu’a ce point de vue j’en ai Tait l'objet d’études que je crois sévères et consciencieuses : c’est la question des générations dites spontanées, •

La matière peut-elle s’organiser d’elle-môme ? En d’autres- termes, des êtres peuvent-ils venir au monde sans parents, sans aïeux? — 11 faut bien le dire, la croyance aux générations spontanées a été une croyance de tous les Ages, universellement répandue dans l’antiquité, plus restreinte dans les temps modernes. C’est cette croyance que je viens combattre. Sa durée pour ainsi dire indéfinie à travers les Ages m’inquiète fort peu ; car vous n’ignorez pas que les plus grandes erreurs peuvent compter par siècles leur existence ; et d'ailleurs si celte durée pouvait vous paraître un argument, il me suffirait de rappeler ici la puérilité des motifs allégués autrefois en faveur de la doctrine. Voici, par exemple, ce qu'écrivait encore au dix-septième siècle un célèbre médecin alchimiste» Van Helmont :

« L’eau de fontaine la plus pure, mise dans un vase imprégné de Codeur d’un ferment, se moisit et engendre des vers.

« Les odeurs qui s’élèvent du fond des marais produisent des grenouilles, des limaces, des sangsues, des herbes et bien d’autres choses encore.

« Creusez un trou dans une brique, mettez-y de l'herbe de basilic pilée, appliquez une seconde brique sur la première de façon que le trou soit parfaitement couvert ; exposez les deux briques au soleil, et, au bout de quelques jours, l’odeur de basilic, agissant comme ferment , changera l’herbe en véritables scorpions. »

Et ailleurs : « Si l’on comprime une chemise sale dans l’orifice d’un vaisseau contenant des grains de froment, le ferment sorti de la chemise sale, modifié par l’odeur du grain, donne lidèt à la transmutation du froment en souris après vingt et un jours environ. » Et Van. Helmont ajoute

DES GÉNÉRATIONS DITES SPONTANÉES. 175 que les souris sont adultes, qu’il en est de mâles et de femelles, et qu’elles pcuveut reproduire l’espèce.

\ oilà les expériences qui au xvn* siècle appuyaient la doctrine des générations spontanées. Puisqu'il y a deux siècles seulement on pouvait encore écrire sur ce sujet de pareilles énormités, que nous importe la durée de cette croyance, ou les Doms de ceux qui l’ont défendue, qu’ils . s’appellent Aristote ou Vau Helmont? Tout au contraire : en me plaçant au point de vue historique, je pourrais remarquer au contraire que cette croyance a suivi le développement de toutes les idées fausses. Au lieu de grandir avec le temps, ce qui est le propre de la vérité, elle a toujours été s’amoindrissant. Aujourd’hui, et depuis longtemps déjà, il n’v a pas un seul naturaliste qui croie à la génération spontanée d’un mollusque, d’un insecte, et encore moins d’un animal vertébré.

Mais, à la fin du xvn e siècle, une immense découverte, celle du microscope, vint révéler à l’homme tout un monde nouveau, le monde des infiniment petits. A peine vaincue en ce qui concerne les êtres supérieurs, la doctrine des générations spontanées reparut, disant avec audace : Voici mon domaine ; voici les êtres qui naissent sans parents; je le reconnais, je m’élais trompée, les conditions actuelles ne sont plus celles qui conviennent à la génération spontanée des êtres supérieurs, mais elles s’appliquent encore aux êtres microscopiques. Et en effet, chose étrange, dans l’intervalle de quelques heures, on voyait apparaître sur le porte-objet du nouvel et merveilleux instrument des animalcules à l’infini, d’une simplicité d’organisme quelquefois si grande qu’elle excluait toute possibilité de génération sexuelle. Et il-y avait tant de ces êtres, ils étaient si divers, si bizarres dans leurs formes, leur apparition était tellement liée ù l’existence de

170 DES GÉNÉRATIONS DITES SPONTANÉES, toute matière organique végétale ou animale en voie de destruction après la mort, que l’on en vint à celte théorie spécieuse, d’autant plus séduisante qu’on avait à son service le style souple, brillant, imagé et très-autorisé du grand naturaliste Buffon.

La matière des êtres vivants conserve après la mort un reste de vitalité. La vie réside essentiellement dans les dernières molécules des corps. Ces molécules sont arrangées comme dans un moule. Autant d’êtres, autant de moules différents. « lit lorsque la mort fait cesser le jeu de l’organisation, c'est-à-dire la puissance de ce moule, In décomposition du corps suit, et les molécules organiques qui toutes survivent, se retrouvant en liberté dans la dissolution et la putréfaction'des corps, passent dans d’autres corps aussitôt qu’elles sont pompées par la puissance de quelque autre moule; seulement il arrive une infinité de générations spontanées dans cet intermède où la puissance du moule est sans action, c’est-à-dire dans cet intervalle de temps pendant lequel les molécules organiques sc trouvent en liberté dans la matière des corps morts et décomposés; ces molécules organiques, toujours actives, travaillent à remuer la matière putréfiée; elles s’en approprient quelques particules brutes, et forment par leur réunion une multitude de petits corps organisés dont les uns, comme les vers de terre, les champignons, etc., paraissent être des animaux ou des végétaux assez grands, mais dont les autres, en nombre presque infini, uc se voient qu’au microscope. Tous ces corps n’e.xislent que par une génération spontanée, et ils remplissent l’intervalle que la nature a mis entre la simple molécule organique vivante et l’animal ou le végétal ; aussi trouve-t-on tous les degrés, toutes les nuances imaginables dans cette suite, dans cette chaîne d’êtres qui descend de l’animal

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