‹ Le mouvement scientifique pendant l'annee 1864Chapitre 22 sur 63 · II · texte numérisé non relu

II

troduire les souris de Van llelrnont dans les appareils.

« En évoquant cette expérience du mercure, le savant chimiste s’attire un dilemme qu’on n’articule qu’avec un sentiment de déplaisir. 11 y a ignorance des faits ou indélicatesse; il faut choisir!

« Si M. Pasteur était au courant des travaux récents, il saurait que G. Wyman dans ses expériences n’emploie pas le mercure, et que MM. Mantegazza, Joly et Musset font chauffer ce métal, ce qui revient au même; enfin que dans toutes mes nouvelles expériences je n’en ai nullement fait usage.

« Si M. Pasteur, connaissant tous ces faits, les a passés sous silence, il y a là une grave faute.

« S’il ne les connaissait pas, un autre reproche doit lui être adressé.

« Que faut-il croire? — Que le savant chimiste veuille nous le dire.

« Ainsi donc, cet incestueux mercure ne peut pas être pris au sérieux, et c’est cependant sur lui que roule toute la conférence de l’ardent pauspermiste.

« Lorsque, dans sa leçon, qui devait être une oeuvre élaborée consciencieusement, M. Pasteur biffe sciemment les travaux de tant de physiologistes qui le combattent et le condamnent, conçoit-on qu’il se plaigne, lui, que dans son charmant livre de la Mer, Michelet, à côté du nom de M. Pouchet, ne place pas le nom de celui qui le corrige.

« On a déjà relevé cette expression ; elle sent l’école, et rappelle les Ferulœ tristes sceptra pedagogorum de Martial. J'espère cependant qu’il n’est pas question ici de cet engin.

« Du haut de la chaire de la Sorbonne c’était uniquement moi que l’habile orateur écrasait de tout le poids de ses trophées. Mais déjà le temps, ce suprême niveleur,

ÛÉNÉRATIONS SPONTANÉES, a fait justice de son éphémère victoire. Dans ce combat, le chef de la panspermie n’a fait que révéler toute la faiblesse de son armée. Si ses forces égalaient son audace, pourquoi donc n’avoir pas attaqué corps à corps toute la phalange ennemie, et s'en prendre à un seul de ses soldats? Mantegazza, que l’université de Pavie compte au nombre de ses gloires, n’a-t-il pas fait d’importantes recherches sur l’hétérogénie? N’en doit-on pas aussi de brillants, à M. Musset, jeune et ardent observateur? Joly, qui s’est illuslré par tant de travaux; ce Joly, qui naguère renversait si éloquemment tout l’échafaudage des théories de M. Pasteur, n’en avait-il pas déjà sapé, pièce à pièce, toutes les bases dans ses belles Becherches critiques? Knfin l’hélérogéniene compte-t-elle pas parmi ses défenseurs tous les physiologistes et les plus hardis penseurs de l’Allemagne et de l’Italie? Si le savant chimiste eût réellement possédé cette force dont il fait parade, est-ce qu’on l'aurait vu timidement dissimuler cette brillante phalange d’hommes de génie ou d'expérimentateurs ardus qui dominent et écrasent tout son système?

« Personne ne fera ce reproche aux hétérogénistes : ils combattent de front tout ce qu’on leur oppose et jamais ne se dérobent à leurs adversaires.

« Dans cette célèbre conférence de la Sorbonne, un fait inusité a frappé tout le monde, monsieur, c’était de voir un chimiste, à propos d’une question de physiologie, attaquer l’un des plus illustres historiens des temps modernes. Si Michelet a écrit quelques brillantes pages sur l’histoire naturelle, devait-il donc être mis en cause pouf de telles œuvres, qui ne sont pour lui qu’un délassement d’esprit.

« L’attaque indiquait cependant une absolue ignorance des faits. Les charmantes lignes de Michelet sur la goutte d’eau de la mer ne sont qu’une réminiscence des opi-

nions de Lamarck et de Darwin, qui font aujourd'hui tant de bruit en Angleterre; et notre grand écrivain, qui les connaît, était bien libre, je l'espère, de les adopter, contre le chimiste qui les ignore. Ce n’était pas l’historien français qu’il fallait réfuter, mais toute la doctrine du naturaliste d’outre-mer...

« Ceux qui suivent le réseau presque inextricable de cette-discussion s’en aperçoivent déjà. Les panspermistes, étroitement enserrés de toutes parts par les sévérités de l’expérimentation, ne trouvent de salut qu’en se réfugiant dans les nébulosités de l’inconnu. C’est le dix-huitième siècle qui surnage. Le grand cheval de bataille des physiologistes, l’axiome de Harwey, omne vivvm ex ovo, est renversé. Dans la physiologie nouvellement inaugurée les œufs et les spores ne comptent plus; ils sont remplacés dans l’air par quelque chose de presque immatériel, insaisissable, comme les miasmes du typhus ou de la variole. Tout est retourné, c’est comme l’anatomie de Sganarelle; on en est revenu aux germes impondérables ou incombustibles de Bonnet et de Spallanzani. Nous rétrogradons de cent ans; c’est une vraie décadence. Voici où conduit l’esprit de système. C’est l’inconnu détrônant toute la science acquise; l’autorité des siècles en présence de la fantaisie du moment; s’il le faut, la sexualité y passera.

« Lorsque les faits l’accablent, M. Pasteur les nie magistralement; aucune digue ne l’arrête. Exorbitante prétention ! Sans tenir compte des savants qui le condamnent en Italie, en Alleiftagne, en Angleterre et en Amérique, il se pose comme le seul expérimentateur du globe et affecte l’infaillibilité. Cependant, j’ai pu lui prouver à l’égard de ses ensemencements, que jamais, depuis Spallanzani, on n’avait exécuté de plus défectueuses expériences que les

siennes. En effet, dans celles-ci, il se sert du vide toujours imparfait de la machine pneumatique, et de robinets et de manchons nombreux. Aussi, en imitant son propre langage, je pourrais lui dire qu’il n’introduit pas les souris de Van Helmont dans ses appareils, beaucoup trop compliqués, mais qu’il lés y laissse tranquillement pulluler dans leur nid... si souris il y a réellement.

« Je dois cependant avouer, monsieur, que le savant chimiste a fait une expérience qui défie absolument la critique; c’est celle de Montanvert. Dans celle-ci tout lui va. Si ses ballons sont féconds, cela confirme sa doctrine ; s’ils sont stériles, il en est absolument de môme. On ne peut le prendre en défaut, blanc ou noir démontrent également qu’il a raison.

« On m’offrit un jour d’assister à de telles expériences; le mot Philinte expira sur mes lèvres :

• Vous vous moquez,

murmurai-je en moi-môme ; ai-je besoin de vérifier des impossibilités.

« M. Pasteur avait proclamé que plus on s’élevait dans l’air et plus celui-ci se dépouillait de principes de vie, et il descend de Montanvert avec des ballons stériles.

« Cependant MM. Joly, Musset et moi, en nous élevant beaucoup plus haut, jusque sur les glaciers de la Maladetta, nous en redescendions avec des ballons remplis d’animalcules.

« Nous pensions alors que les pics de l’Aragon, plus sauvages et plus altiers que le mont Blanc des Dames, venaient de donner un démenti aux expériences de notre savant adversaire.

« Pas le moins du monde ! Selon lui, nos résultats quoique absolument contraires à tout ce qu’il avance ou qu’il

fait, u’en confirmaient pas moins miraculeusement ses

expériences.

« J’avoue que je ne m’en serais jamais douté. De telles choses se disent sérieusement! Un de nos plus savants critiques me conseillait de répondre à certaines assertions de M. Pasteur par le fameux Risum teneatis d’Horace. Ce serait admirablement le cas.

« Je serais obligé d’allonger indéfiniment cette lettre si je voulais relever toutes les témérités ou les erreurs du savant chimiste, et je craindrais, monsieur, de soumettre votre patience à de trop rudes épreuves. Je n’ai pas le droit d’étre exigeant envers ce M. Pasteur lorsqu’il s’aventure dans le dédale de la physiologie; cependant, il émet parfois sur celle-ci des assertions tellement erronées, qu’on serait coupable en ne les relevant pas.

« Par exemple lorsqu’il dit, avec la plus extrême assurance, qu 'aujourd’hui il n’est pas un seul naturaliste qui croie à la génération spontanée d’un insecte , d’un mollusque, et encore moins d’un animal vertébré; et qu’aucun non plus n’admettrait celle d’un champignon.

« D'un bout à l’autre, ici, l’érudition fait défaut au professeur de l’École normale. Certains physiologistes et quelques médecins, même des plus célèbres, croient encore à l’hétérogénie de plusieurs de ces animaux. Et pour les champignons, les plus illustres cryptogamistes de l’Allemagne admettent toujours qu’un grand nombre apparaît spontanément.

« Ce n’était donc pas le lieu de faire de si belles phrases pour condamner notre immortel Rulfon.

« Je vous fais grâce ici de l’énumération des noms des hommes; déjà cette lettre implore toute votre indulgence, soit à cause de son étendue, soit à cause de son cachet peu scientifique. Mais m’était-il possible de rester cons-

lamment sérieux en présence du fond de ia conférence du savant de Paris. »

« De quoi, en effet, y est-il question? du mercure et des souris de Van Helmont ! M. Pasteur revient jusqu’à huit fois sur ces dernières. Là, dit-il, « qui est-cï qui se trompe? qui est-ce qui laisse rentrer les souris dans le pot au linge sale, à son insu, et les proclame des générations spontanées? Plus loin on lit que mon expérierce est « complètement illusoire, aussi mauvaise que celle du pot de linge sale de Van Helmont, » et l’orateur s’écrie passionnément : Je vais vous montrer par où les souris sont entrées. (Sic.)

« Bien entendu, ceci ne doit se prendre que pour une simple métaphore; car, comme les bestiaux qui pullulent dans ces macérations passeraient à franc étrier à travers le trou d’une aiguille, ce devrait être un peu difficile à montrer à la Sorbonne. Mais , monsieur, l’affreux coupable dans cette affaire, c’est un triste vase à mercure, abandonné depuis quatre ans, et qui ne se doute guère de tous les méfaits dont il est accusé. J’implore de vous son pardon ainsi que le mien. Pour les souris, je les abandonne aux furies vengeresses, puisqu’elles ont pu donner lieu à l’un de mes confrères de parler de mes expériences avec tant de mansuétude.

<■ Agréez, etc.

« Pouchet,

« Directeur du Muséum d’histoire naturelle de Rouen. »

DK LA COMBUSTION

La leço i de chimie faite lundi soir à la Sorbonne, par M. le professeur Wurlz, n’a pas eu moins de succès que celles de MM. Jamin et Gratiolet. Même fouie, même enthousiasme, même désir d’écouter, même avidité d’apprendre. M. Wurlz, comme on sait, est professeur do chirtie à la Faculté de médecine; c’est un maître dans l’art d’enseigner : sa parole est abondante, facile, et d’une clarlé merveilleuse. Les applaudissements répétés de la jeunesse des écoles ont montré quelles sympathies les élèves ont pour le savant professeur, qui avait pris pour sujet de sa leçon l’importante question de la combustion que nous allons tâcher de reproduire.

Les phénomènes de la combustion des corps, leur puissance a frappé tout le monde : leur explication a exercé de grands génies. Mais ici comme en toutes choses la vérité s’est fait jour lentement, et il a fallu plus d’un siècle de travaux. A Lavoisier appartient la gloire de cette découverte. Son système, basé sur la combustion, a rendu compte des phénomènes importants de l'oxydation et de la respiration. Respirer c’est brûler. Personne n’ignore que les corps combustibles ne brûlent pas sans le contact de l’air. L’air joue donc un rôle important dans la combustion des corps. Ce rôle a été entrevu vers 1630, par Jean Rey, médecin du Périgord, et par l’Anglais J. Mayor, qui écrivait vers 1669. Après avoir observé que l’étain et le plomb augmentent de poids par l’effet de leur calcination à l’air et de leur transformation en chaux métallique (oxydes), Jean Rey posa nettement la question de savoir d’où vient cette augmentation de poids : 1 « A cette demande doncques, dit-il, appuyé sur les fondements jà

posez, je réponds et soutiens glorieusement que ce surcroît de poids vient de l’air qui dans le vase a esté espessi, appesanti, et rendu aucunement (en quelque sorte) adhésif par la véhémente et longuement continue chaleur du fourneau, lequel air se mesle avec la chaux et s’attache à ses plus menues parties. »

Cette opinion si explicite n’a point prévalu, et le rôle de l’air dans les phénomènes de la combustion a été méconnu pendant la plus grande partie du dix-huitième siècle. Une autre théorie régnait alors dans la science, théorie célèbre dont l’origine est due à Becherel le développement à Stahl. En voici les traits principaux : Tous les corps combustibles, les métaux eux-mémes, renferment un principe inflammable, le même pour tous, matière subtile qui se dégage pendant la combustion. Ce principe a reçu le nom de phlogistique. Les corps qui brûlent perdent leur pblogistique. Une fois déjihlogistïqués, iis ne peuvent plus s’enflammer. Maison peut leur rendre cette propriété en les chauffant avec un corps riche en phlogistique, le charbon, par exemple. On leur restitue alors le principe inflammable. Cette théorie, on le voit, représentait la combustion comme le résultat d’une destruction, d’une décomposition.

Cette erreur a été réfutée par Lavoisier. Le soufre, le phosphore et les métaux augmentent de poids par l’effet de la combustion. Lavoisier avait entrevu cette vérité en 1772 ; son génie reconnut deux ans plus tard que l’augmentation de poids de métaux correspond exactement au poids de l’air absorbé. Tous ces faits ébranlèrent la théorie du phlogistique, et la découverte de la composition de l’air, faite par Lavoisier en 1775, acheva de la ruiner.

Par une analyse qui restera dans tous 'es temps un modèle de sagacité, ce grand maître reconnut que l’air ren-

DE COMBESTION.

ferme essentiellement deux gaz, l'un éminemment propre à entretenir la combustion et la respiration, l'autre éteignant les corps en combustion et suffoquant les animaux.

• Il nomma le premier oxygène, le second azote. L’oxygène avait été découvert un an auparavant par le chimiste anglais Priestley.

fiés lors Lavoisier put établir que les corps en combustion se combinent non pas avec l’air, comme l’avait pensé J. Hey, mais avec un de ses éléments, l’oxygène. Tel est le fondement d’une nouvelle théorie sur la constitution des métaux et des corps simples combustibles. Tandis que Stahl les avait représentés comme des combinaisons renfermant du phlogislique, Lavoisier les reconnut comme des éléments, c’est-à-dire comme des substances dont on ne peut retirer qu’une seule espèce de matière. En brûlant, ces éléments absorbent de l’oxygène et augmentent de poids, de telle sorte qu’on retrouve dans le produit de la combustion toute la matière pondérable du corps combustible et toute la matière pondérable de l’oxvgène. Ainsi, la matière du charbon ou du soufre qui se consument à l’air et qui semblent disparaître, n’est point perdue : elle se retrouve tout entière dans les gaz carboniques et sulfureux. En général, les corps peuvent se modifier, se transformer, se combiner de mille manières, mais leur substance ne se perd jamais : elle est indestructible. Ainsi s’est introduite dans la chimie la notion des corps simples et cette autre notion non moins importante que, dans leurs diverses transformations, rien ne se perd et rien ne se crée.

Tel est, dans l’œuvre de Lavoisier, le point capital, et ce point demeure éternellement acquis à la science.

Après cette exposition, l’éminent professeur, à qui nous devons de magnifiques travaux en chimie organique, est entré dans les détails de son sujet, et par des expériences

J) F. LA COMBUSTION. f!IO

admirablement exécutées, i! a montré que la combustion de divers corps simples, tels que le charbon, le soufre, le phosphore, le fer, le magnésium, le zinc, donne lieu à la formation de composés oxygénés qu’on nomme oxydes ou acides. Deux choses sont à considérer dans ces combustions: un phénomène chimique qui consiste dans la combinaison des corps avec l’oxygène, et un phénomène physique, corrélatif de l’autre, savoir: la production (fune chaleur lumineuse. Dans les circonstances ordinaires, les corps ne s’enflamment pas à l’air ou dans l’oxygène à la température ordinaire. La force de combinaison qui réside en eux, et que les chimistes nomment affinité, est latente : elle attend en quelque sorte, mais elle va se manifester immédiatement lorsqu’on ajoute de la chaleur au corps combustible, c’est-à-dire lorsqu’on le chauiïï. Pour faire brûler du fer ou du magnésium dans l’oxygène, on les porte préalablement au rouge. Alors leur affinité pour l’oxygène se manifeste ; ils se combinent avec ce gaz, et par le fait même de celte combinaison il se produit un dégagement de chaleur lumineuse. Donc, aussi longtemps qu’ils se combinent avec l'oxygène, les corps restent incandescents, et la chaleur produite par la combinaison assure la durée du phénomène.

Dans d’autres conditions, la combinaison des corps avec l’oxygène peut s’effectuer à la température ordinaire. M. Wurtz a parfaitement démontré ces faits; nous regrettons de ne pouvoir en reproduire les détails. Il a également enseigné que des corps composés qui renferment des éléments oxydables peuvent s’enflammer à l’air ou dans l’oxygène, à des températures plus ou moins élevées; d’autres s’enflamment même spontanément à la température ordinaire.

Lorsqu'on veut oxvder ou brûler les corps, au lieu d’em-

ployer de l'oxygène pur ou de le prendre dans l’air, on peut s’adresser à un corps composé, riche en oxygène et disposé à le céder en partie ou en totalité. L’acide azotique est un tel corps. Libre ou combiné avec un oxyde sous forme d’azotate, ce corps est une source abondante d’oxygène. La facilité avec laquelle il cède ce dernier élément est la cause effective de la combustion de la poudre à canon (mélange intime d’azotate de potasse (salpêtre), de charbon, de soufre) cl de la combustion du fulmi-coton, qui est du coton intimement combiné avec les éléments de l’acide azotique.

Dans tous ces cas, le phénomène du feu, c’est-à-dire la production d’une chaleur lumineuse, est l’effet et le témoin d’une combinaison avec l’oxygène. D’autres combinaisons chimiques peuvent donner lieu à un dégagement intense de chaleur. L’antimoine, l’arsenic brûlent dans le chlore en se combinant avec lui, le cuivre brûle dans la vapeur de soufre. Le terme combustion n’est donc pas rigoureusement synonyme d’oxydation.

Toutes les combinaisons chimiques donnent lieu à une production de chaleur; mais celte chaleur n’est pas toujours lumineuse; bien plus, elle n’est point toujours sensible : il y a ce qu’on nomme les combustions lentes .

Le phosphore se consume lentement dans l’air humide; il en absorbe l’oxygène et se convertit en un acide. Le fer se rouille sous l'influence de l’air et de l’eau : la rouille est un oxyde de fer combiné avec de l’eau. Les matières organiques qui sont exposées, à la surface du sol, à l’action des agents atmosphériques, éprouvent de même, dans certaines circonstance», une combustion lente; le charbon, l’hydrogène qu’elles renferment, se combinant avec l’oxygène, finissent par disparaître sous forme d’acide carbonique et de vapeur d’eau, et c’est ainsi que les débris de

l'organisation végétale ou animale se consument lentement au contact de l’air.

I.a respiration est une combustion lente. Tous les animaux respirent et versent dans l’atmosphère des torrents d’acide carbonique. L’air inspiré est absorbé dans les poumons par le sang, qui le dissout et le charrie dans les profondeurs de tous les organes. Là, dans l’intimité des tissus, les matériaux que la nutrition ne peut y fixer, ou ceux qui sont devenus impropres à la vie, sont brûlés par l’oxygène dissous dans le sang artériel; là il se forme de l’eau et de l’acide carbonique qui est repris par le sang veineux et exhalé dans les poumons.

Là est aussi le foyer de la chaleur animale, car cette combustion lente est une source de chaleur comme toutes les combustions. Elle est très-active, et un homme adulte exhale en vingt-quatre heures une quantité d’acide carbonique qui renferme environ 2o0 grammes de charbon. I.a respiration emporte donc incessamment sous forme d’eau et d’acide carbonique une portion des matériaux solides que renferment le sang et les organes. De là le besoin impérieux d’aliments solides qui, élaborés par la digestion fet la nutrition, sont destinés à réparer les pertes que la respiration fait subir sans cesse à l’économie. Telle est l'harmonie admirable qui existe entre les grandes fonctions de l’organisation animale; mais pour découvrir celte mutuelle dépendance il a fallu pénétrer d’abord la vraie nature des phénomènes de la respiration.

La respiration est une combustion lente ; Lavoisier l’a dit le premier, et parmi tous les litres qu’il possède à l’admiration de la postérité, celui-là est un des plus glorieux. Celle découverte a été un trait de lumière pour la physiologie, et depuis la découverte de la circulation du sang par Harvey, celte science n’en a pas vu de plus grande.

TABLSAI' l’ilYStOUE DU SAHARA.

La respiration est mie combustion lente. Ce n’est pas sans raison que les p"*' ; tes ont toujours parlé du foyer de la vie, du flambeau de la vie. Écoutez sur ce point les paroles du maître :

« On dirait que cette analogie qui existe entre la respiration et la combustion n’avait point échappé aux poêles, ou plutôt aux philosophes, dont ils étaient les interprètes et les organes. Ce feu dérobé du ciel, ce flambeau de Prométhée, ne présentent pas seulement une idée ingénieuse et poétique; c’est la peinture Adèle des opérations de la nature. On peut donc dire avec les anciens que le flambeau de la vie s’allume au moment où l’enfant respire pour la première fois, et qu’il ne s’éteiut qu’à sa mort. »

TABLEAU PHYSIQUE DU SAHARA ORIENTAL DE LA PROVINCE DE CONSTANTINE, EN ALGÉRIE.

L’Algérie a été, depuis plusieurs années, l’objet d’études diverses. Aussi est-ce avec plaisir que le public s’est rendu à la leçon du savant professeur d’histoire naturelle à la faculté de médecine de Montpellier. C’est une idée généreuse de la part du ministre d’avoir autorisé les savants de province à venir professer à la Sorbonne de Paris. M. Charles Martins avait pour ce sujet l’autorité de l’homme qui a vu ce qu’il décrit à ses auditeurs. Aussi est-ce avec un charme inflni, avec un esprit vraiment philosophique et une description précise qu’il a donné une idée de la grande région à laquelle appartient l’Algérie tout entière, la région méditerranéenne.

Tout démontre, a-t-il dit, Punité do ecltc région méditerranéenne : la météorologie d'abord. Tandis que le reste de la France est sous l’influence du gulfstream. engendrant le vent de S.-O. et son antagoniste, celui de N.-E., la région méditerranéenne échappant à cette influence, a pour vents dominants le S.-E. et le N.-O. ou mistral. De là des pluies torrentielles au printemps et en automne, des nuits froides et des jours chauds, des étés brûlants et des hivers relativement rigoureux. La botanique et l’agriculture confirment ces données; un grand nombre d’arbres, le chêne vert, le chêne liège, te pin d’Alep, le micocoulier; des arbrisseaux : genévriers, chênes-kermès, arbousiers, myrtes, lauriers-roses, cistes, sont communs à la région, en France comme en Afrique. L’olivier, l’oranger, le caroubier, le figuier, le grenadier, donnènt des fruits mûrs en France comme en Algérie, et la culture des céréales, du tabac, de la vigne se font avec un égal succès; enfin la statistique végétale démontre par des chiffres la justesse de ces assertions. Dans la province de Constant ine, M. Cosson compte t ,430 espèces, dont 700 appartiennent à la région méditerranéenne en général et 330 à la Flore européenne. La zoologie confirme les inductions tirées de la botanique; la plupart des animaux sont Jes mêmes, ou du moins des espèces très-semblables. La médecine elle-même proclame l’unité de la région. Sous l’influence d’un climat et de conditions physiques différentes, les maladies dont l’homme est affecté présentent une physionomie différente, commune à toute la zone méditerranéenne. C'est là la raison d’être de l’école de médecine de Montpellier, située dans une région médicale différente de celle de Paris et de Strasbourg. De là l’admiration séculaire de cette école pour le grand nom d’Hippocrate qui, décrivant les maladies de la Grèce, a décrit celles de la région nié-

204 TABLKAU l'HYSlÿUE DU SAHARA,

dilerranéenne, dont Montpellier fait partie. L’unité de la région méditerranéenne n’est doue point contestable. La Méditerranée, qui sépare la France de l’Algérie, n’est pas une mer, c’est un lac, et, grâce à la vapeur, un moyen d’union entre les deux pays. C’est le mal de mer qui sépare l’Algérie de la France. Cette déplorable infirmité, dont si peu d’hommes sont exempts, est la barrière réelle qui s’élève entre la France historique et cette France africaine où toutes les activités trouveraient leur emploi et toutes les curiosités leur aliment.

La région méditerranéenne est séparée du Sahara par une sous-région naturelle, celle des hauts plateaux. Après avoir traversé le beau pont que les Romains ont construit à l’entrée de la Cluse, on aperçoit au sortir de la gorge la première oasis de palmiers-dattiers. En mémo temps tout change : le ciel est bleu, l’air est chaud; les maisons construites en briques grises séchées au soleil et percées de meurtrières en guise de fenêtres, sont surmontées de terrasses; les habitants sont des Berbères sédentaires cultivant les dattiers à leur extrême limite. L’oasis d’El Kantara est l’Hvères des oasis du Sahara, les dattes y mûrissent tard ; elles ne mûriraient pas sans l’espalier du Djebel Gaour qui les abrite du nord et réfléchit les rayons du soleil. Après El Kantara, on trouvera la plaine fertile diEl Outaia, où un grand industriel, M. Jean Dollfus, se prépose de faire sur une grande échelle ,1a culture du coton; enfin, on traverse le col de Sfa, du haut duquel on aperçoit le vrai Sahara, ce désert semblable à une mer calme, immobile, formant un eercle immense dont les teintes violacées se confondent avec l’horizon.

Pour tout naturaliste, l'exploration du Sahara est du plus haut intérêt, c’est l’étude d’un fond de mer récemment émergé. A une époque géologique récente, le Sahara

TABLEAU PHYSIQUE DU SAHARA- 20b

communiquait avec la Méditerranée par la grande Syrte ; une série de lacs salés., restes de celle mer, un sol composé uniquement d’argile, de sulfate de chaux et de sables quartzeux , des coquilles vivantes encore actuellement dans la Méditerranée, un sol pénétré de sel marin et d’autres sels de soude et de magnésie sont des preuves irrécusables de l’ancien séjour de la mer.

Le Sahara n’a point l’uniformité qu’on lui attribue, M. Marlins y distingue :

1° Le désert des plateaux. Ce sont de grandes surfaces couvertes de gypses pavimenteux qui ont résisté à l’action érosive des eaux actuelles ou diluviennes.

2° Le désert d’érosion. Ce sont des parties plus basses que les eaux ont entamées, creusées, ravinées. Elles forment de longues vallées sinueusesoù coulent, dans la saison des pluies, les rivières et où s’étendent les lacs temporaires du Sahara. La végétation se compose uniquement de ces plantes pour lesquelles le sel est une condition d’existence, et dont les analogies s’observent autour des marais salants du midi de la France. Quand la proportion de sel est trop forte, la végétation disparaît, la terre est complètement nue et ressemble à un champ hersé récemment.

3° Le désert de sable ne commence qu’iï Tougourlh et acquiert dans le Souf son plus grand développement. Formées de dunes fixes semblables aux vagues de la mer immobilisées subitement pendant une grande tempête, terminées par des arêtes tranchantes, des dômes arrondis ou des pointes aiguës, ces dunes sont couvertes d’une rare végétation d’arbrisseaux et de graminées qui finit par disparaître totalement lorsque le sable complètement pur la replace saus cesse sous l’influence du vent. C’est la partie dangereuse du désert.

Le directeur du Jardin des Plantes de Montpellîer a ensuite parlé des oasis. Ptolémée comparait le Sahara à la peau d’une panthère. Le fond jaune du pelage représente le sable; les taches noires figurent les oasis qui de loin semblent noires et non pas vertes. Une oasis est une plantation de dattiers; au milieu ou autour sont les villages habités par les Berbères. Toute leur existence repose sur la culture d’un seul arbre, le dattier; aussi les Arabes disent-ils que Dieu a créé le dattier le dernier jour, le même jour que l’homme. Ils ajoutent que pour vivre, cet arbre doit avoir les pieds dans l’eau et la tête dans le feu. Aussi l’eau est-elle la condition essentielle de la vie d’une oasis. Dès les temps les plus reculés, les Arabes savaient creuser des puits artésiens artificiels. Soutenant le terrain avec des blindages de bois de palmier, ils arrivaient péniblement jusqu’à la nappe souterraine , perçaient le banc de gypse qui la recouvre ordinairement : l’eau jaillissait, et ils remerciaient le Dieu de Mahomet; car, ainsi que le dit un de leurs historiens, Ibn lyhaldoun, en parlant de ces sources merveilleuses : « Dans ce monde, le possesseur des miracles c’est Dieu, le créateur et le savant. » Des plongeurs, qui pouvaient rester sous l’eau jusqu’à trois minutes, achevaient l’ouvrage en remontant à l'aide de paniers le sable qui obstrue encore l’orifice de la source. Ces puits duraient peu, le blindage pourrissait, les puits se bouchaient, l’eau devenait de plus en plus rare, l’oasis dépérissait, se dépeuplait et finissait quelquefois par disparaître. Le gouvernement français s’est préoccupé de cet état. Des forages ont été commencés et continués avec succès. Vingt-six puits forés depuis 1856, trente-trois autres réparés, curés ou maçonnés, ont rendu la vie aux oasis.

Les résultats de ces forages artésiens sont immenses :

ils dessalent le terrain et le rendent propre A la culture, étendent les oasis, augmentent la prospérité du Berbère sédentaire et cultivateur toujours opprimé par l’Arabe nomade, barbare et fanatique, avant que la France ait fait régner la paix dans le Sahara, protégeant le faible contre le fort, arrêtant les incursions des brigands tunisiens et les exactions des chefs indigènes. Aussi les populations paisibles bénissent-elles une autorité qui les protège, et les tours de garde qui jadis défendaient les oasis tombent en ruines. Le drapeau français qui (lotte sur les forts de Biskra et Tougourlh est une sauvegarde plus efficace que les murs et les tours crénelées.

Le dattier n’est pas le seul arbre qui croisse dans les oasis. A son ombre on cultive l’abricotier, le figuier, le grenadier, les pastèques, le piment, et en hiver nos légumes d’Europe, les navets, les carottes, les oignons, les tomates, les choux et l’orge, la céréale qui s’avance le plus loin vers le nord; M. Mailing a vu ses épis presque mûrs à Elvbaken près de Kaafioiol en Laponie, sous le 70 e degré de latitude.

Le savant professeur de Montpellier a fait voir comment la géographie physique, s’éclairant des lumières de la météorologie, de la botanique et de l’agriculture, enseigne clairement quelle est la répartition naturelle des populations si diverses qui occupent l’Algérie. Aux colons français appartiennent la zone littorale , le Tell , si semblables à nos provinces méditerranéennes, avec les cultures qui leur sont familières : les céréales , l’olivier, l’oranger, et les primeurs en légumes, artichauts, pois, asperges, etc., dont l’Algérie devrait avoir le monopole. Aux Arabes nomades depuis six mille ans, la région des hauts plateaux en été, les zones herbeuses du Sahara en hiver, en un mot, le régime des Alpes françaises, où des millions de

moulons transhument au printemps vers la montagne; en hiver, vers laCrau, le Sahara de la France.

Aux Kabyles les montagnes, qu’ils cultivaient déjà avant notre arrivée jusqu’au sommet avec un courage qui sera doublé lorsque des végétaux plus utiles ou plus productifs, le châtaignier et la vigne produisant du raisin, seront associés à l’olivier et au figuier, qu’ils plantaient jadis exclusivement. Enfin , les oasis aux Berbères sédentaires et pacifiques. Grâce à nos puits artésiens, ces oasis se sont déjà augmentées de 120,000 dattiers, et l’on peut prévoir le moment où elles se rejoindront et formeront une forêt continue d’Elkanlara à Ouargla, la première étape encore française sur la route de Tombouctou. Alors des rails s’ajouteront bout à bout sur ces plateaux déserts que la nature semble avoir préparés pour les recevoir. Alors la civilisation pénétrera dans le désert rayonnant d’un côté vers l’Égypte, de l’autre, vers le Sénégal; elle achèvera la mission des martyrs de la science et de l’humanité qui ont péri en Afrique depuis Mungo-Park jusqu’à Livingstone. L’esclavage moderne sera tari dans sa source et la civilisation envahira l’antique terre d’Afrique, où elle a pris naissance il y a plus de huit mille ans, sur les bords du Nil, dont les eaux dérivées uniront alors celles de la Méditerranée avec celles de l’Océan.

Nous regrettons, faute d’espace, de n’avoir pu donner qu'un résumé de cette intéressante leçon, dans laquelle M. Martins s’est montré savant naturaliste, observateur profond et esprit philosophe. 11 a donné de nouvelles preuves à l’appui de cette vérité, que toutes les sciences se tiennent, s’enchaînenî et s’éclairent mutuellement.

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M. Desains, professeur de physique à la faculté des sciences, a fait à la Sorbonne une leçon pleine d’intérét sur l’acoustique. Il a décrit et manifesté expérimentalement les plus importants des phénomènes observés dans l’étude des sons; il a su résumer avec clarté, sous forme de lois physiques, les conséquences générales déduites de l’ana- . lyse de ces phénomènes. Il s’est d’abord attaché à prouver que les sons ont toujours pour cause extérieure un mouvement vibratoire, et que le degré de gravité ou d’acuité qu’ils présentent dépend exclusivement de la rapidité plus ou moins grande avec laquelle s’accomplit ce mouvement.

Le savant professeur a donné ensuite une idée générale de la manière dont les principes généraux de l’acoustique sont appliqués dans la construction des instruments de musique, et par quelques expériences systématiquement choisies, il a fait voir la variété des modifications que peuvent présenter l’état, la structure interne des corps qui sont sièges de mouvements sonores, surtout lorsque ces mouvements répondent à des harmoniques un peu élevés dans la série des sons que peuvent rendre les corps étudiés.

Four prouver l’existence du mouvement vibratoire des corps qui résonnent, on cite ordinairement la manière dont paraît se renfler en son njilieu une grosse corde de basse ou de contre-basse donnant sa note la plus grave ; mais, quelque démonstratif qu’il soit, cet effet n’est guère visible à une distance un peu considérable. Il est au contraire assez facile de mettre en évidence le mouvement

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des branches d’un fort diapason ; car, si pendant leurs vibrations on approche de leurs extrémités libres une bille d’ivoire suspendue à un fil ou à une tige un peu longue, les chocs que reçoit cette dernière sont assez énergiques pour la lancer à une distance très-appréciable de sa position d’équilibre.

La Faculté des Sciences possède un diapason de taille exceptionnelle et donnant l’u< du violoncelle; il n’était besoin que de l’ébranler faiblement pour que ses vibrations fussent capables de projeter à grande distance une bille de billard ordinaire. Après cette expérience, M. Desains a rendu sensible le mouvement de l’air dans les instruments à vent, et faisant parler un gros tuyau de flûte vers la partie supérieure duquel on avait pratiqué une ouverture de quelques centimètres carrés; une bande de papier était placée contre cette ouverture, elle participait au mouvement de la colonne intérieure, et le son d’anche qu’elle rendait se distinguait aisément de celui du tuyau proprement dit.

I/cxpérience classique de la syrène vint, à son tour, démontrer que l’écoulement périodiquement interrompu d’une vessie gazeuse peut aussi bien que la vibration d’un corps solide exciter dans l’air le mouvement sonore ; et en faisant varier la rapidité de la rotation, ii a montré qu’à l’accélération du mouvement répondait une élévation progressive dans le son rendu par l’appareil. Cette expérience donnait une indication évidente de la relation qui existe entre la tonalité des sons et la rapidité du mouvement vibratoire auquel il» sont dus. Pour achever de préciser cette relation, il fallait pouvoir résoudre une question qui parait presque insoluble au premier abord : il fallait pouvoir faire compter aux auditeurs les vibrations qu’un corps sonore exécute en un temps, déterminé,

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ou tout au moins rendre rigoureusement comparable à l’œil le nombre des vibrations exécutées dans un même temps par deux corps rendant des sons inégalement aigus. Voici comment M, Desains a fait cette démonstration : A l’extrémité d’une des branches d’un diapason, on avait attaché une pointe métallique tournée de telle sorte que pendant le mouvement du diapason, elle décrivît une petite ligne droite parallèle au plan des deux branches; puis, à l’aide d'une bougie, il couvrit de noir une petite lame de verre, et après avoir ébranlé le diapason, il la fit passér rapidement contre la pointe, en lui donnant un mouvement perpendiculaire à la direction que suivait cette dernière. Il obtint alors un tracé ondulé dans lequel chaque vibration était représentée par une dent de la ligne sinueuse inscrite sur le noir. Si le temps du mouvement de la lame eût été connu, on aurait obtenu immédiatement le nombre de vibrations qui y répondait; mais, sans passer par l’appréciation de ce temps, il était facile de montrer que l’acuité des sons croît avec le nombre des vibrations qui les produisent: il suffisait de fixer parallèlement entre eux deux diapasons rendant des sons inégalement élevés en les arrangeant de façon que les pointes fussent voisines.

Les deux tracés alors obtenus étaient en direction générale parallèlesentreeux,et les vibrations comprises dansdes longueurs égales de ces tracés avaient été nécessairement accomplies dans des temps égaux. La seule difficulté qui restât encore était de faire voir, malgré leur petitesse, les tracés dont nous venons de parler; M. Desains l’a résolue en employant quelques-unes des méthodes de projection qui sont devenues d'un usage continuel aux cours de la Faculté des sciences. La lame de verre sur laquelle les vibrations se trouvaient tracées était prise comme objet

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dans une sorte de microscope électrique, et les vibrations se trouvaient reproduites sur un écran blanc avec un grossissement aussi considérable qu’on pouvait le désirer. Une fois en possession d’une méthode propre à établir et à manifester la relation qui existe entre la totalité des sons et la rapidité de leur mouvement vibratoire, il était naturel d'en faire usage pour définir, au point de vue physique, les caractères distinctifs des intervalles musicaux, intervalles que l’on apprécie avec une extrême rigueur lorsque les sons auxquels ils se rapportent sont entendus simultanément où à la suite l’un de l’autre; l’application fut faite en effet aux principaux de ces intervalles, l’octave, la quinte et la tierce, etc. Quatre diapasons armés de pointes furent ajustés de manière que les intervalles du premier aux trois autres fussent respectivement une tierce, une quinte, une octave. Ces quatre diapasons étaient montés sur un même socle de bois massif, et les extrémités de leurs pointes étaient i-approchées les unes des autres. Leurs quaires tracés s’obtenaient à la fois, et il suffisait d’une simple inspection pour être convaincu que dans les longueurs égales elles contenaient des nombres de vibration ayant entre eux les mômes rapports que les nombres :

Aussi — —, — ou —, —, 2

étaient les expiassions numériques caractéristiques des intervalles employés. La tierce de cet accord est un peu plus basse que la tierce tempérée des insiniments à sons fixes; un mot fut dit de ces différences, ensuite le professeur est entré dans quelques détails sur la construction des instruments de musique; celle du piano en particulier fut rendue visible de la manière suivante, Le savant physicien avait

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fait construire un petit modèle d’instrument de ce genre, réduit à une seule note; mais cette note était complète : elle présentait toutes les parties ordinaires, la touche, le marteau avec ses leviers et ses étouffoirs, les cordes et la portion de table d’harmonie correspondante; aussi en mettant le doigt sur la touche on déterminait par le choc du marteau contre les cordes la production du son qui répondait à la longueur et à la tension de ces dernières. Tout le système était placé dans une zone de lumière trèsdivergente, qui émanait d’une lampe électrique, et la silhouette agrandie se dessinait en noir sur l’écran destiné à recevoir la projection dont nous avons parlé plus haut.

Pour achever de parcourir le programme indiqué au commencement de la séance, il restait à donner une idée des méthodes à l’aide desquelles on peut étudier toutes les modifications passagères quoique profondes que subissent les corps pendant qu’ils sont sièges de mouvements vibratoires. Le savant professeur de physique a choisi trois exemples. D’abord en faisant vibrer des plaques légèrement saupoudrées de sable, il a montré avec quelle facilité on peut tirer d’un même corps un grand nombre de sons d’acuité différente, et avec quelle facilité on met en évidence le développement de ces réseaux de lignes nodales qui se resserrent de plus en plus à mesure que les harmoniques auxquels ils répondent s’élèvent d^ns l’échelle musicale. Des plaques fortement éclairées étaient placées en face de glaces inclinées, qui pouvaient en rendre l'image facilement visible dans toutes les directions.

En second lieu, M. Desains a établi par expérience que plusieurs de ces mouvements harmoniques différents peuvent exister simultanément dans un même corps. Pour cela il a pris un diapason d’assez grandes dimensions; en l’ébranlant convenablement à l’archet, il lui a

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fait rendre à la fois un son fondamental et la tierce de la double octave de ce dernier. Ce diapason était armé d’une pointe ; il lui a fait inscrire le tracé de son mouvement’ et il fut fort aisé de voir qué ce tracé était complexe ; une ligne à sinuosités larges et profondes représentait le son fondamental, et sur chacune de ces fortes ondulations on voyait régulièrement dessinée une dentelure plus fine qui caractérisait l’harmonique. La coexistence des sons et celle des mouvements étaient donc perçues à la fois, l’une par l’oreille, l’autre par l’œil.

Enfin, voulant montrer de quelle utilité les méthodes optiques peuvent être dans l’étude des phénomènes sonores, il a employé ces méthodes pour manifester l’existence des nœuds de vibration dans une verge de verre qui vibre longitudinalement. Une verge de cette espèce, longue de deux mètres, épaisse de trois millimètres environ, était fixée entre les mâchoires d’un étau; un rayon de lumière, émergeant d’un prisme de Nicol, la traversait dans le sens de son épaisseur, en un point voisin de celui par lequel elle était fixée; tant que la verge était immobile, elle n’apportait aucun changement aux propriétés curieuses que le prisme de Nicol avait données au rayon qui la traversait; le rayon pouvait être complètement éteint par un second prisme de Nicol convenablement orienté. U en était tout autrement lorsque la verge vibrait. L’extinction n’était plus possible, et si au second prisme de Nicol on substituait un spath ordinaire, tourné primitivement de manière à obtenir l’extinction d’une des images, on voyait, au moment de la production des sons longitudinaux, reparaître l’image éteinte, absolument comme cela avait lieu lorsque, à la place de la verge vibrante, on mettait un verre comprimé ou dilaté. Dès lors il n’était plus douteux que la densité des portions moyennes de la verge

vibrante n’éprouvât, pendant le mouvement sonore, des modifications profondes. Tel est l’ensemble de celle intéressante leçon que M. Desains a professée avec un talent de méthode, de clarté et de diction exceptionnel. Ce savant professeur a su, en évitant les détails inutiles, se faire écouter et comprendre du nombreux public qui l’a fréquemment interrompu par ses applaudissements.

La leçon que M. Sainte-Claire Deville a faite à la Sorbonne sur l’aluminium est la meilleure preuve des importants services que la science rend aux arts et à l’industrie. On a pu se convaincre aussi que, grâce à elle, l’homuie pénètre chaque jour davantage le secret de la création. Il décompose, il analyse ce qui a été formé, assemblé; puis il rassemble, recompose, et devient créateur à son tour. Et dès lors l’œuvre éternelle se reflète avec plus de grandeur dans son esprit. Ceci dit, pour constater une fois de plus l’utilité de la vulgarisation scientifique, écoulons la parole du maître.

# Rien n’est vil dans la nature, a dit le savant professeur. Je n’en veux pour preuve que l’exemple du plomb ou de l’argile, connue vulgairement sous le nom de terre glaise. On se passerait d’or; de plomb, non. C’est avec le plomb que nous distribuons partout l’eau et la lumière; ici même, dans cette enceinte, malgré le nombre de dames qui me font l’honneur de m’écouter, il y a moins d’or que de plomb. »

Après avoir indiqué rapidement l’utilité du plomb, M. Sainte-Claire Deville a fait l’apologie de la terre glaise, de l’humble argile, fond gris de la terre arable, matière de nos poteries, de nos porcelaines, instrument de l’art sublime de Bernard Palissy, et dont la composition est formée de deux principes eux-mômes complexes : 1° la silice, qui entre dans la composition des améthystes, des agates, du grès, qui contient du silicium, qui forme le quartz, le cristal de montagne, dans lequel de l’eau a été si longtemps congelée qu’elle ne peut plus fondre, d’où sa limpidité et sa transparence que nous admirons.

L’argile renferme donc déjà un métal, le silicium; elle en renferme un autre, et c’est celui que M. Sainte-Claire Deville a trouvé, l’aluminium. Ces deux métaux sont réunis entre eux par une sorte de ciment gazeux, l’oxygène. I.c silicium, par ses propriétés, est pour ainsi dire le diamant de l’argile; l’aluminium en est le métal. Le kaolin n’en contient que le cinquième de son poids, c’est-à dire qu’avec une assiette de porcelaine pesant une livre, on ferait deux assiettes d’aluminium pesant chacune cinquante grammes. Mais dans l’argile, l'aluminium est encore combiné à l'oxvgène, et cette composition s’appelle alumine. M. Sainte-Claire Deville, après avoir démontré que la silice constitue le cristal de roche, que l’alumine est la matière du rubis et du saphir, de l’émeraude orientale, pierres si belles et si rares qu’elles sont comparables au diamant :

« Qui donc, a-t-il ajouté, oserait dire que l’argile est méprisable parce qu’elle est commune ? La nature a su en faire du cristal de roche et des saphirs. Quand Dieu fit l’homme d’un morceau d’argile, il ne voulait donc pas l’humilicr; niais il lui posa un problème qu’il mit longtemps à résoudre. Ll ne croyez pas que je manque à la convenance paiticulièrc qui m’est imposée en venant

vous parler de l’ambition de ma vie entière, de l’aluminium et de la nécessité de son emploi dans les usages de la vie commune. Je ne veux pas prendre un ton dithyrambique; je veux, au contraire, vous parler simplement de choses que l’on trouvera, dans quelques années, bien simples sans doute, à ce point qu’on s’étonnera de vous voir aujourd’hui vous y intéresser et assister en foule à une conférence sur le métal de l’argile. Je prendrai le ton de ces grands professeurs de l’Angleterre, qui nous donnent un si bel exemple. — Après avoir fouillé pendant la journée les entrailles de la science, ils viennent le soir, en amis, en hommes sûrs de plaire, exposer aux curieux et aux ignorants les merveilles de la science élémentaire.

« Bienheureux les curieux, s’ils aiment à être intéressés. Bienheureux les ignorants ou plutôt ceux qui croient l’étre, car, depuis l’invention du baccalauréat, tout le monde se croit savant et chacun n’est en réalité qu’un demisavant, la pire espèce des auditeurs. Ils ont défloré la science et ont perdu l’instinct curieux de sa nature. C’est donc aux ignorants que je vous demande la permission de m’adresser. Je le ferai en me supposant transporté à l’institution royale, dans les sociétés anglaises, où il m’a été si doux de parler avec liberté et sans apprêt.

« L’aluminium est un m^tal. Le voilà. Je n’ai rien à vous démontrer à ce sujet. Son aspect le prouve. Je vais seulement comparer ses propriétés aux propriétés des métaux connus et communs, afin de vous prouver qu’il a sa place marquée dans les nécessités de la vie de notre civilisation.

« L’aluminium s’extrait de l’argile au moyen des acides, qui en font d’abord de l’alun. Celui-ci, calciné, est transformé en un chlorure d’aluminium et de sodium que je

vous montre ici. Enfin, ce chlorure, traité par un métal bien extraordinaire aussi, le sodium, donne l’aluminium. Tout cela se fait dans une fabrique de produits chimiques. C’est une métallurgie nouvelle sortie du laboratoire et qui se maintient dans l’industrie chimique. Une idée du progrès qu’en moins de dix ans on a obtenu.

<< L’aluminium valait 5 fr. le kilo, aujourd’hui 50 c. ,

« Le chlorure valait 15 fr. le gramme, aujourd’hui 2 fr. 50 le kilo, au lieu de 15,000 fr.

« Le sodium valait 2,000 fr. le kilo, aujourd'hui de 6 à 7 fr.

« L’aluminium 900,000 fr. le kilo, aujourd’hui 100 fr.

« Tout cela parce qu'on a intérêt à faire l’aluminium au plus bas prix possible. Autrefois l’aluminium se fabriquait dans un petit creuset; aujourd’hui en fours à réverbère où l'on introduit deux à trois cents kilos de matière. On y met môme ce métal si oxydable qui se détruit sur l’eau, s’enflamme à l’air. On le jette sans hésiter au milieu des flammes d’un foyer des plus ardents.

« Voilà comme on fait l’aluminium. »

Après avoir indiqué ce procédé d’extraction du nouveau métal, le savant professeur de la Faculté des sciences a décrit ses propriétés physiques. « L’aluminium, a-t-il dit. est le plus léger des métaux, sonore comme le cristal, malléable comme l’argent, ductile comme l’or. — Il a les propriétés physiques des autres métaux; il se tourne, se polit et se brunit par des, procédés qui lui sont particuliers, et se moule admirablement.

Tous les métaux sont altérables entre nos mains ; l’or lui-même, quoique plus difficilement, car on s’est demandé depuis longtemps comment les Hébreux out fait pour dissoudre le veau d’or. On a également considéré autrefois

comme une découverte fort intéressante au point de vue historique la propriété que possède le foie de soufre, ou sulfure de potassium sulfuré, d’attaquer l’or à chaud et de lui permettre de se dissoudre dans l’eau. Ainsi, tous les métaux s’altèrent, et en général tout métal retourne à la terre dans l’état où on l’en a extrait.

Les métaux se combinent avec l’oxygène, se rouillent comme le fer, rouille jaune d'ocre, comme le zinc, blanc de zinc ; ils viennent alors de minerais qui contiennent le métal en combinaison avec l’oxygène.

Les métaux sont détruits entre nos mains par le soufre, et retournent à la terre à l’état de sulfure, quand ils ont été trouvés en cet état dans les mines qui nous les fournissent.

Il suffira donc, a dit M. Sainte-Claire Deville, de comparer l’aluminium avec les autres métaux au point de vue de son altérabilité par l’oxygène ou l'air et par le soufre, ou plutôt l'hydrogène sulfuré qui se trouve dans l’air pour indiquer ses propriétés.

Action de l'air. — L’expérience nous apprend que l’aluminium est peut-être avec l’or le métal le plus inaltérable à l’air. Depuis qu’on vend des bijoux, les marchands ont toujours été émerveillés de la faculté qu’il pôssède de conserver son éclat et sa couleur. Il se salit à la longue, mais ne s’altère pas. Je peux, a-t-il ajouté, vous démontrer cette propriété par une expérience frappante. Je possède un moyen très-énergique de chauffer les métaux. C’est un chalumeau qui amène à son extrémité les éléments de l’eau, l’hydrogène et l’oxygène. Au moment où ces deux gaz se combinent, ils développent une température de 2500 ".

L’aluminium résiste parfaitement à son action. Il s’é-

DE L’ALUMINIUM, chauffe, il ne se volatilise pas, et son altération insensible est due plutôt à l’action de la vapeur d’eau qu’à l’action de l’oxygène. 11 résiste aussi à l’action de l’hydrogène sulfuré. On peutservir des œufs avec des cuillers en aluminium sans qu’elles s’altèrent.

Le célèbre professeur de la Faculté des sciences a examiné ensuite l’aluminium au point de vue de ses applications. Fn raison de son inaltérabilité à l’air, il a démontré qu’il peut être merveilleusementemployécomme métal d’art et dans la fabrication des bijoux. L’usage du cuivre et de l’étain dans l’économie domestique n’est pas sans inconvénients; ces métaux ont causé des empoisonnements. L’aluminium est le métal inactif, inoffensif par excellence. Par sa légèreté il peut servir avantageusement à fabriquer des lorgnettes de spectacle; il serait aussi trèsbon comme conducteur de l’électricité : on en pourrait faire des fils électriques sous-marins.

M. Sainte-Claire Deville a indiqué un grand nombre d’autres applications de son métal. Nous regrettons de ne pouvoir les reproduire. Nous signalerons seulement la possibilité de former un alliage composé de 9 parties de cuivre et de I partie d’aluminium. Au moment de terminer une leçon scientifique qui a vivement intéressé tous les spectateurs, l’illustre chimiste, avec un sentiment affectueux qui l’honore, a dit :

« Je ne puis me dispenser de vous parler de mon noble ami le célèbre Wohler, le grand chimiste allemand qui m’a ouvert la voie dans laquelle je suis entré, et de l’Empereur, qui, il y a bientôt dix ans, mit à ma disposition un crédit considérable pour fonder l’industrie en voie de progrès aujourd’hui. Permetlez-moi aussi de vous parler d’un prédécesseur bien malheureux dont l’histoire mérite

d’êire contée; je la dois à M. le général de Béville, qui la découvrit dans un grand nombre de textes latins.

« Un malheureux ouvrier ( faber ) put extraire d’un verre alumineux une matière évidemment métallique dont il fit une coupe, qu’il présenta à l’un des successeurs d’Auguste, dans les premiers temps de l’empire romain, il y a dix-huit cents ans à peu près. L’empereur l’accueillit, l’admira. L’ouvrier, le faber , pour produire un étonnement plus profond, jeta sa coupe par terre : elle ne fut que hossuée, et à l’aide d’un petit marteau elle fut réparée aussi facilement que si elle pAt été dé l’or ou de l’argent. Ce métal, tiré de l’argile, était, ne pouvait être que de l’aluminium. On lui demande si son secret est connu de lui seul; il répond de lui seul et de Jupiter. L’empereur, craignant que l’or et l’argent ne fussent dépréciés par une matière aussi commune que l’argile, fit détruire les ateliers de l’ouvrier, et quant à celui-ci, on lui fit couper la tête sans retard : Eum decollari jussit imperator. »

M. Sainte-Claire Deville a terminé sa leçon par la lecture de la conclusion du travail si curieux de M. le général de Béville, dont voici les dernières lignes : « J’ai ouï dire que M. Sainte-Claire Deville, coupable du même crime d’aluminium, avait reçu un tout autre traitement de l’Empereur des Français. 11 est vrai que V imperator s’appelait Tibère, et que notre empereur s’appelle Napoléon III. »

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