‹ Le mouvement scientifique pendant l'annee 1864Chapitre 37 sur 63 · ACTION DE L’OXYGÈNE · texte numérisé non relu

ACTION DE L’OXYGÈNE

à l’homme sain ou malade, nous avons fait un grand nombre d’expériences sur les animaux, dans le bul : 1° d’élablir que ces derniers, ainsi que l’ont constaté MM. Hegnault et Reiset, peuvent respirer l’oxygène pendant un temps plus ou moins long sans danger pour leur santé ; 2® d’étudier l’influence que l’air vital exerce sur l’organisme dans lequel il a été introduit, soit directement par la respiration, soit en l’injectant dans le système veineux ; 3° de déterminer le temps pendant lequel les animaux peuvent vivre dans l’oxygène ; 4° enfin, d’étudier les désordres pathologiques qu’entraîne la mort survenue après un séjour démesurément prolongé dans l’oxygène. » Des chiens ayant respiré pendant longtemps 30 à 40 litres d’oxygène, n’ont pas témoigné autre chose qu’une grande gaieté et un grand développement de leur appétit. Il fallait aussi connaître la modification subie par l'organisme après ces inhalations d'air vital. MM. Demarquay et Lecooic firent de vastes plaies A des chiens dans la région axillaire, puis ils les soumirent à l’action de l’oxygène pendant la guérison. C’est ainsi qu’ils constatèrent : 1° L'injection vive de la plaie ; 2® l’écoulement d’une sérosité transparente A la surface de cette plaie; 3° la continuation de l’expérience amenant une grande quantité de petites pétéchies ou ecchymoses.

L’oxygène injecté dans le système veineux donnait- il le même résultat que dans le cas de son introduction par la voie pulmonaire? La série d’ir.jections faites par la veiné jugulaire externe fit constater aux expérimentateurs les mêmes phénomènes.

De plus, ces savants ont reconnu qu’il était facile d’injecter dans lo système veineux une grande quantité d’oxygène, en prenant la *veine cave au-dessous du foie, ou la veine porte comme siège de l’expérience. Près de deux

litres d’oxygène ont été ainsi injectés, sans tuer l’animal, et sans que le sang veineux traversé par ce gaz éprouvât la moindre modification dans sa coloration. « La rate seule, comme si elle était un organe d'hématose, prit une teinte rouge écarlate; toutes les veines abdominales devinrent turgescentes tomme si, sous l'influence de l’oxy- . gène, la masse sanguine, se fût accrue. »

Des lapins ont pu vivre entre 14 et 17 heures dans une atmosphère d’oxygène. Après leur mort, le système musculaire était trouvé extrêmement turgescent; la coloration du système veineux et du système artériel n’était nullement altérée ; aucun organe, quelque vasculaire qu’il lût, n’indiquait ni inflammation ni gangrène ; une teinte rosée toute particulière s’élail manifestée sur le système musculaire.

Passant à l’étude de l’action de l’oxygène sur l’homme sain ou affecté de plaie, MM. Demarquav cl Leconte ont constalé que ce gaz n’occasionnait aucune douleur vive; il produit seulement un picotement et un peu de chaleur; le même effet s'accuse quand on l’injecte dans les cavités muqueuses ou séreuses. Un malade affecté d’hydrocèle a guéri â la suite de celte injection. Le contact de ce gaz avec les plaies de bonne nature modifie la suppuration ; elle devient peu abondante et plus ténue; les bourgeons charnus devenus plus petits ont un aspect grisâtre; ils redeviennent rouges turgescents après un certain temps, quand l’oxygène a été supprimé. En continuant les applications plusieurs jours de suile pendant quelques heures, la place finit par s’enflammer. Ce gaz modifie rapidement tes rougeurs congestives ou infiammaloiresdes plaies. Mais lepoml le plus remarquable de ces recherches est l'action que t’oxygène exerce sur l’organisme quand il a élé respiré. * Nous avons pu respirer l'oxygène, le faire respirer à nos élèves et à des amis à la dose de 20 à 30 litres, sans

ACTION DK L’OXYGÈNE

aucun inconvénient. Depuis plus de six mois nous avons soumis un grand nombre de nos malades à l’action de l’air vital, sans déterminer le plus petit accident. Des malades ont inhalé chaque jour 20 à 40 litres d’oxygène pendant un mois et six semaines, sans éprouver autre chose qu’une grande modification dans leur santé. Les personnes qui respirent l’air vital accusent peu de sensation : un peu de chaleur dans l’arriôre-gorge ou la poitrine, quelquefois un peu d’ivresse ou un peu de céphalalgie. Le pouls, au début des inhalations de l’oxygène, s’élève généralement et devient plus serré; chez d'autres malades, au contraire, le nombre des pulsations diminue. Voilà pour les phénomènes primitifs. Les phénomènes secondaires sont plus accusés : Beaucoup de personnes éprouvent, après avoir respiré l’air vital, une sensation de bien-être général, une respiration plus facile, et un besoin de réparation. En effet, un des phénomènes curieux de cet agent, c’est de relever les forces et de développer l’appétit. Quelquefois le besoin de réparation est tel, que les malades demandent une augmentation d’aliments, et sont obligés de multiplier leurs repas.... Cependant il y a des exceptions; des malades épuisés par de longues maladies n’ont pu être modifiés par nous. Les malades affectés de plaies récentes ou anciennes, au bout de quelques jours d’inhalation d’oxygène voient celles-ci s’injecter, rougir, et donner une suppuration plus abondante. Cette particularité explique les faits observés par Cbaptal et Fourcroy. Leurs phthisiques, arrivés à la troisième période de cette maladie, avaient d’abord éprouvé un grand bien-être des inhalations de l’air vital. Mais bientôt les phénomènes inflammatoires redevenaient plus intenses, ainsi que l’expectoration plus abondante et la toux plus fréquente; finalement la mort arrivait.... Quoi qu’il en soit, nos expériences,

comme celles de nos prédécesseurs, prouvent l’influence reconstituante de l’oxygène... En résumé : t° L’oxygène appliqué sur les plaies récentes ou anciennes, provoque peu de douleurs, mais il amène ultérieurement une réaction plus ou moins vive ; 2° il peut être injecté dans des cavités muqueuses ou séreuses, sans amener d’accidents ; 3° il peut être respiré longtemps à la dose de 20 à 40 litres par jour, et en une fois sans amener d’accidents ; 4° sa propriété essentielle est de remonter les forces, d’exciler les puissances d’assimilation et de développer l’appétit. » Le troisième mémoire présenté à l’Académie par MM. Demarquay et Leconte , traite : Des indications et contre-indications, à l’emploi de l'oxygène. La présence des plaies intérieures ou de foyers inflammatoires est une des contre-indications puissantes à l’emploi de l’oxygène. Ce gaz amène des douleurs dans les parties enflammées, après quelques jours. Celte excitation a permis à ces messieurs d’en tirer parti pour changer la nature de l’inflammation. Une autre contre-indication résulte de l’action de l’oxygène sur le cœur. Ce gaz active la circulation ; on l’a fait respirer à des vieillards chez lesquels il y avait un trouble circulatoire. Cependant, sur une vieille dame affectée d’un cancer atrophique du sein, et dont le pouls était régulier, il a remonté les forces et développé l’appétit d’une manière remarquable, sans aucune fâcheuse influence. « Par conséquent : t° l’état fébrile, à moins de conditions spéciales, diathésiques, comme le croup; 2° les foyers inflammatoires profonds, ainsi que les lésions viscérales que l’on ne peut surveiller ; 3° les maladies du cœur ou des gros vaisseaux ; 4° enfin, un état névralgique qui ne serait point lié à l’anémie ou une disposition aux hémorrhagies , doivent contre-indiquer les inhalations d’oxygène, n

Page 1