‹ Le mouvement scientifique pendant l'annee 1864Chapitre 36 sur 63 · TEMPÉRATURE DES RÉGIONS POLAIRES · texte numérisé non relu

TEMPÉRATURE DES RÉGIONS POLAIRES

L’étude des courants marins a permis d’étudier les lignes isothermes dont l’usage a été proposé par M. de Humholdl, il y a une soixantaine d'années. Ces lignes donnent les variations de la température à la surface de l’Océan, et l’influence de sa marche entre le littoral du Nouveau Monde et celui de l’Europe. Les courants marins expliquent aussi pourquoi le climat de tout le littoral européen est plus doux que celui de l’Amérique. Ils donnent aussi la raison pour laquelle les froids des pays situés vers les hautes latitudes sont tempérés par la chaleur apportée par leurs eaux.

En arrivant dans les mers polaires, les navires rencontrent des bancs de glace qui les entraînent ordinairement, avec eux; ils dérivent avec les banquises ou ceintures de glace, défendant l’abord des zones polaires du côté de l’océan Atlantique septentrional. C’est en été que ces glaces sont poussées par les vents du nord, tandis qu’en hiver, les vents du sud les repoussent vers le pôle d’où elles étaient venues.

Le pôle arctique est donc le centre d’une région où les contre-courants sous-marins changent leur direction; ils s’élèvent à la surface pour former d’autres courants qui reviennent vers l’océan Atlantique. C’est qu’il n’v a aux pôles qu’une seule voie d’écoulement pour les eaux venant du sud.

Maintenant, on peut se 'figurer l'action du calorique apporté par les eaux chaudes venant des zones tropicales lorsqu’elles remontent à la surface au point où elles se renversent, dans la direction du pôle nord. Le lieutenant Haven parcourut presque 300 lieues au sud, emporté par une banquise dont la superficie n’avait pas moins de 300 milles carrés.

Malgré les dangers inséparables des expéditions aux

TEMPÉRATURE DES RÉGIONS POLAIRES. 287 pôles, les navigateurs, loin de se décourager, tentent à chaque inslant le passage qui leur est fermé par des glaces menaçantes.

C’est en 1854 que le docteur Kane partit de New- York en se dirigeant vers le nord. Après avoir pénétré dans le détroit de Smith, en glissant au milieu des écueils, il atteignit le 79* degré de latitude nord ; il était donc distant du pôle de H degrés seulement. C’est là qu’il hiverna; il y put observer une nuit de 120 jours de durée; le froid était assez intense pour congeler le mercure et l’alcool.

Ce docteur Kane a vérifié le mouvement de la mer de Baffin, puis il est arrivé sur une formidable barrière de glace. Il la franchit en profitant d’une trouée, et se trouva en face d’une mer libre, formée par l’élargissement des bords du détroit de Smith et s’étendant à perte de vue. Des animaux vinrent attester le règne d’une chaleur vivifiante qui s’exhalait du sein des eaux, dont le flux et le reflux manifestaient l’existence du courant sous-u.arin venu de l'Atlantique.

Telles sont les causes qui atténuent notablement la rigueur des saisons dans ces latitudes extrêmes. Mais, pour bien saisir les effets généraux des variations de la température à la surface du globe, lesquels expliquent les différences des climats, il faut remonter à leur origine : elle se trouve dans l’influence exercée par la direction des rayons solaires. Ces phénomènes qui en sont la suite, tous prévus par la théorie, sont au moins aussi frappants que ceux que nous venons d’examiner.

Plus on approche de l’un des pôles, du pôle boréal, par exemple, plus l’alternation des jours et des nuits preud un caractère piquant. En partant du moment où les lavons solaires arrivent de l’équinoxe du printemps, l’observateur avançant vers le (tôle voit les jours plus longs que les nuits

288 TEMPÉRATURE DES RÉGIONS POLAIRES, en tous les points de l'hémisphère boréal ; et leur augmentation est plus rapide que s’il restait stationnaire. Il finit par voir le soleil tourner autour de son horizon sans se coucher; les jours ont une durée de plusieurs semaines, de plusieurs mois, et, s’il pouvait parvenir jusqu’au pôle, il observerait l’astre flamboyant pendant six mois, planant au-dessus de son horizon, en s’élevant progressivement depuis ce cercle jusqu’à 23 degrés et demi de hauteur environ, durant trois mois, pour s’abaisser ensuite jusqu’au môme cercle dans un laps de temps égal, c’est-à-dire jusqu’à l’équinoxe d’automne. I.a courbe ainsi tracée par le soleil affecte donc la forme d’une spirale, d’abord ascendante, puis descendante. Pendant les six autres mois de l’année, l’astre lumineux resterait caché pour le même observateur, car ce temps est celui où les phases précédentes se présentent dans l’autre hémisphère.

Pour les régions circumpolaires, le soleil ne tourne plus dans. des plans parallèles à l’horizon, mais bien dans des plans inclinés à ce cercle; et, comme dans une révolution diurne et sur un môme parallèle, il a des hauteurs inégales à cause de son mouvement de translation, il finit, après le solstice d’été, par disparaître pendant une partie croissante de sa course journalière, avant de devenir tout à fait invisible.

Ainsi, pour divers points de la terre, non symétriquement placés, les jours suivent des périodes différentes de croissance et de décroissance ; mais, pour un lieu déterminé quelconque, les durées des jours et des nuits sont alternativement égales, à six mois de distance, et relativement à la position symétrique dans l’autre hémisphère. D’où il résulte, abstraction faite de la différence de longueur des saisons et de la petite différence due à la réfraction, que la somme totale des temps suivant lesquels

PANTOGRAPHIE ASTRONOMIQUE. 289

■i soleil échauffe et éclaire au lieu donné, est égale à six ‘mois et est la même pour tous les points du globe; c'est encore la somme des temps qui cachent le soleil.

Quelle est donc la cause principale des différences si grandes qui caractérisent les climats? Elle réside dans la variation de l’inclinaison horizontale des rayons solaires. C’est que, dans le cours d’une année, la totalité de ces rayons, reçus sur une surface donnée, est d’autant moindre qu’ils sont renfermés entre des limites plus éloignées du zénith, c’est-à-dire plus voisines de l’horizon, et cet effet est d’autant plus marqué qu’on s’approche davantage du pôle. Tout est égal de part et d’autre de l’équateur : à une longueur de jour déterminée par la hauteur variable du soleil, correspond, au même moment, une longueur de nuit égale de l’autre côté de ce cercle, pour une position semblable à la première, toutes deux étant situées sur des parallèles également distants des pôles.

Pantographe astronomique

de M. Charles Emmauuel.

Dans la séance de l’Académie des sciences du 23 janvier, M. Faye a présenté un instrument nouveau que l'auteur appelle P autographe astronomique ou Observatoire portatif.

On rencontre souvent, en donnant des leçons d’astronomie, de grandes diftkullés pour introduire dans la tête des élèves les différents systèmes de coordonnées dont on fait usage, et qui se changent les uns dans les autres au moyen de formules Irigouoniétriques. Telssont les systèmes

2«Ô PANTOGRAPHIE ASTRONOMIQUE,

des nzimuls, des ascensions droiles et des déclinaisons®* des longitudes et latitudes. M. Cliarles Emmanuel les réunis dans un appareil facile à manier. Pour les azimuts, le plan fondamental est l’horizon, rapporté à la verticale du lieu.

Les différences des azimuts se suivent sur le cercle horizontal. Pour les ascensions droites et les déclinaisons, rapportées à l’équateur, dont l’axe est celui des pôles, l'axe de l’instrument est brisé, et, à l’aide d’une vis sans fin, on iniline la partie supérieure de cet axe afin de lui donner la direction de la ligne des pôles. L’appareil est dirigé au moyen de. la boussole, pour opérer dans le méridien du lieu de l’observation. Alors, le cercle qui élait horizontal représente l’équateur et les ascensions droites s’v mesurent, tandis que les déclinaisons s'estiment sur l’autre. Pour passer de cette situation au système des coordonnées elliptiques, dites longitudes et latitudes, il y a une deuxième manière de briser l’axe, en lui donnant une inclinaison d’à peu près 23 degrés sur l'équateur.. Une étoile ou le soleil permet de fixer la position de l’écliptique, il suffit ensuite de suivre la rotation pour effectuer les mesures en question.

M. Emmanuel a construit cet instrument, non-seulement pour les démonstrations, mais aussi pour effectuer des mesures, des déterminations. Il est surtout appelé à rendre de grands services dans les institutions où I on veut joindre un peu de pratique à la Ihéorie. Il peut servir de lhé„do- • site, d'équatorial ; ii peut remplacer le grnphomètre et généralement tous les instruments d’arpentage. On en fait môme un cercle géedésique, répétiteur, en lui donnant un peu plus de jeu. Enfin, il peut devenir un véritable uiveau et remplacer le niveau d’eau oïdloaire.

FERMENTATION VINEUSE

Fermentation vineuse, alcoolique. — Maladie des vins.

Jusqu’à l.avoisior, le phénomène de la fermentation vineuse él ait imparfaitement connu; ce grand chimiste a fait voirie premier que le sucre était la substance essentielle à cette action par sa transformation en alcool et en acide carbonique, sous l’influence du ferment alcoolique.

Le moût de raisin est le jus qu'on en exprime ; c’est la substance nécessaire à la fermentation. Il est composé de sucre et de raisin, de fécule, de matières albuminoïdes, d’acides organiques, de crème de tartre, de phosphates, de fer, de matières extractives, de tanin et d’eau.

Les matières albuminoïdes sont azotées, semblables aux substances qui composent la chair et le sang ; elles sont altérables et fournissent au ferment les éléments indispensables à son développement.

Le ferment se produit par l’intervention de l’air, et, d’après la théorie des panspermistes, Celui-ci apporte les germes qui en sont la cause. Ces germes se développent dans le moût sous forme de cellules ligneuses. Le ferment alcoolique se nourrit avec la matière azotée albuminoïde, les matières minérales et une portion du sucre : c’est un végétal microscopique opérant la fermentation; c’est un élément vivant à peu près à l’instar d’un animal inférieur. On le connaît encore sous le nom de levûre de vin, levûre de bière.

La matière fermentescible est le sucre ; il se présente sous deux aspects: l’un est cristallin, c’est le sucre de raisin: l'autre ne l’est pas, il est amorphe, à l’état sirupeux.

FERMENTATION VINEUSE

L’acle do la fennentalion comprend donc trois espèces de subslanees : le sucre, ou matière fermentescible, le ferment qui opère la transformation, les produits qui en résultent.

Ces produits sont d’abord l’alcool et l’acide carbonique, ce sont les principaux; ils proviennent de l'altération du sucre et représentent la presque totalité de son poids. Le restant est formé d’acide acétique, d’acide succinique et de glycérine. Cette dernière substance existe essentiellement dans les corps gras ; sa présence dans le vin explique pourquoi celui-ci est un aliment. Les matières extractives azotées viennent enfin compléter la série des produits fournis par la fermentation; elles proviennent presque entièrement des parties solubles de la levûre qui a été introduite pour déterminer le phénomène.

M. Béchamp, professeur de chimie à la faculté de médecine de Montpellier, et bien connu par ses recherches sur les vins, s’exprime ainsi :

« 11 importe de comprendre que la fermentation est avant tout un acte physiologique de la vie du ferment, et que les matières albuminoïdes ne peuvent disparaître du moût transformé en vin que grâce à leur transformation préalable en ferment, c’est-à-dire en une substance qui, en tant qu’être organisé, est de sa nature insoluble. Ces matières se précipitent dans le vin fait et se retrouvent à l’état de ferment organisé dans les lies avec d’autres matières insolubles; l'on sait, en effet, que le dépôt qui se fait dans le vin terminé est plus abondant que celui que l’on voit se former dans le moût récent et que l’on peut séparer par le filtre. »

La fermentation des vins s’opère tumultueusement pendant quatre ou cinq jours en laissant dégager de l’acide carbonique. C’est alors que l’oxygène et les germes de

FERMENTATION VINEUSE

l’air sont nuisibles, et c’est pour empêcher au moins l’arrivée de ces derniers qu’il faut faire usage d’une fermeture convenable, capable de les arrêter. C’est pour cela que M. Béchamp recommande l’usage de « bondes hydrauliques, une sorte de bouchon, porteur d’un tube en S, contenant de l’eau dans la courbure médiane, ou tout au moins un bouchon muni d’un tube garni de coton cardé, à travers lesquels l’air, forcé de se laver ou de se tamiser, abandonnerait les poussières qu’il tient en suspension. »

Après la fermentation tumultueuse, l'action devient insensible, mais elle continue néanmoins. C’est alors que, pour opérer la transformation du sucre restant, il faut pratiquer le foulage fréquemment, afin de bien mélanger le ferment qui ne s’est pas précipité.

La question des vins est surtout importante, au point de vue de la pratique. Les études de M. Béchamp et les dernières recherches de M. Pasteur nous permettront de résumer facilement ce qu’il nous reste à dire sur ce sujet *.

On peut faire fermenter le moût seul ou avec les rafles et les pellicules. Dans le premier cas, il y a formation d’écume à la surface; dans le second cas, celle-ci est recouverte par le chapeau. L’oxvgène et les germes de l’air ne pouvant avoir accès dans l’intérieur du liquide, exercent leur action sur la surface; ils déterminent la production du vinaigre par l’oxygénation de l’alcool, absolument comme le ferait l’éponge de platine. C’est une condensation occasionnée parla matière spongieuse de l’écume on du chapeau.

I. Voir les leçons sur la fermentation vineuse et sur la fatiriration du vin, par M. Rfahamp. C.hn f.oulrt, à MonlpelHpr.

294 FERMENTATION VINEÜSB.

Le vin mère goutte, le plus riche en alcool et en matières extractives, s’obtient par le décuvage, après la fermentation plus ou moins complète. Le vin de pressoir est de première, de seconde ou de troisième presse. C’est celui qui renferme le plus d’eau et le moins de matières extractives; on le mélange dans tous les tonneaux, parce qu’il contient plus de tanin, ce qui favorise la conservation dn vin.

Le vin décuvé est encore susceptible de fermenter; il ne s'éclaircit qu’au bout de plusieurs mois, quand la fermentation est à peu près terminée.

On sépare le vin de sa lie et du ferment en le soutirant ; mais il ne faut pas se hâter de faire cette opération, parce que la qualité du vin devient meilleure après un certain temps de séjour sur la lie. Dans tous les cas, il faut éviter la pénétration de l'air; on y parvient en tenant le tonneau plein et bien bondonné.

Le collage du vin a pour but de séparer les matières qui s’y trouvent en suspension; le vin doit ensuite être tenu en repos.

Le soufrage elle méchage ont la même destination; ils neutralisent l'action du ferment en le tuant.

Quand toutes les opérations précédentes ont été faites dans de bonnes conditions, le vin peut se conserver, pourvu qu’il soit privé de lumière et de l’action de l’air. « Le vin, dit M. Béchamp, est quelque chose de trèscomplexe. Tous les éléments qu’il contient, l’acide suceinique, l’acide acétique, l’acide phosphorique, dans certains vins, l’acide tarlrique, l’acide amanlhique et les autres acides gras, la glycérine, les alcools, les éthers, les matières extractives, etc , tous ers composés peuvent encore réagir les uns sur les autres. L’essence de lu matière, après sa personnalité, son immutabilité et sa pondérabililé, ces grandes découvertes de Lavoisier, est d'étre émi-

1 1 iirtpiT*

FERMENTATION VINEUSE. *95

nemment active. Tous ces matériaux réagissent donc les uns sur les nulres, el les nouveaux composés formés pourront réagir à leur tour, jusqu’à ce qu’un élat d’équilibre plus stable soit établi, ce qui n’arrivc, pour certains vins, qu’au bout de quelques années, après lesquelles ils perdront ces propriétés pour en acquérir encore de nouvelles. »

De nouveaux éthers prendront naissance ; des aldéhydes odorants se formeront, et le bouquet du vin finira par se développer dans les bouteilles, malgré qu’il soit dû à des quantités de matières extrêmement petites, provenant du moût, de la rafle et des peaux.

Un nouveau mémoire sur la fermentation alcoolique a été lu par M. Béchamp dans la séance de l’Académie du 4 avril dernier. Les vues nouvelles qu'il renferme nous ont engagé à en reproduire les principaux passages.

Il existe deux ordres de ferments: les ferments solubles, et par conséquent non organisés, dont la diastase est le type; et les ferments organisés qui, par le fait de l’organisation, sont insolubles. Les premiers sont seuls des ferments spécifiques; les autres ne le sont que dans certaines circonstances.

11 existe trois manières de se rendre compte de l’action des ferments organisés. La première est celle qui conçoit • le ferment comme une substance organique actuellement en fermentation, el dont on sc sert pour déterminer la fermentation d’un autre corps. La seconde, qui est en progrès sur la première, considère les fermentations par les ferments organisés comme les seules véritables. La troisième manière est la vraie selon 1 auteur. Par elle, l'expliculion du phénomène est ramenée à la solution d un problème plus général, celui qui domine toute la physiologie de 1a création. M. Dumas l’a exposée en .

FERMENTATION VINEL’SB

La fermentation alcoolique et les autres fermentations par les ferments organisés ne sont pas des fermentations proprement dites: ce sont des actes de nutrition, c’est-àdire de digestion, d’assimilation, de respiration et de désassimilation. Ils rentrent dans la classe des phénomènes qui caractérisent la vie physiologique et chimique de tous les êtres organisés. L'action de la levûre sur le sucre de canne détermine la transformation de celui-ci en glucose par le moyen d’un produit qu’il contient tout formé dans son organisme et que l'auteur nomme zitmse -, c’est la digestion ; il absorbe ensuite cette glucose, s’en nourrit et la consomme: il assimile, s’accroît, se multiplie et désassimile.

De môme que le sucre formé dans le foie vient du foie, comme l’a vu M. Bernard, et non des aliments directement, de môme l’alcool vient de la levûre. C’est cet ensemble de vues que M. Béchamp a essayé de confirmer par l’expérience ; mais, pour le moment, il n’insiste que sur la formation d’un seul des produits de la fermentation alcoolique, l’alcool, puisque c’est lui qui a donné son nom au phénomène. En démontrant que la levûre, qui ne contient pas de glucose, peut néanmoins fournir de l’alcool, il conclut que cet alcool vient des matériaux des * tissus qui composent cette levûre, et que le sucre n’est pas directement nécessaire à la formation de l’alcool, puisque la levûre en produit sans glucose, de môme qu’un animai rendu carnivore, d’herbivore qu’il était, ne forme pas moins du sucre dans son organisme. Ne pouvant pas suivre ici l’auteur dans ses expériences, nous citerons ce dernier passage du mémoire : « L’alcool pouvant être formé 9 sans le sucre, par la levûre de bière, et avec le sucre par un être organisé analogue à cette levûre, il est évident» vu la variabilité du phénomène en môme temps que sa

complication, que c’est une tentative vaine que celle qui a pour objet de trouver absolument l'équation de la fermentation alcoolique. Pour moi, il y a là une série de transformations ou de dédoublements simultanés ou successifs qui pourront, un jour, s’exprimer individuellement par une équation qui sera comparable à celle de la fécule sous l’influence de la diastase, ou de l'amygdaline sous l’influence de la synaptase. »

Les maladies des vins ont été étudiées tout récemment par M. Pasteur. Nous allons résumer son travail inséré dans les Comptes rendus de l’Académie des sciences ; il a pour titre : Études sur les vins, (deuxième partie) : Des altérations spontanées ou maladies des vins, particulièrement dans le Jura.

Les vins de ce vignoble sont de qualités très-diverses. Les altérations des vins sont corrélatives de la présence et de la multiplication de végétations microscopiques. L’auteur les a dessinées, en y ajoutant les ferments organisés de quelques autres fermentations, afin de pouvoir comparer entre elles les formes de ces différentes productions.

Le mycoderma aceti est la cause de l’acidité que prennent en tonneau les vins du Jura. Sa présence existe à la surface de tous les vins en nombre considérable ; ces vins acides ne doivent pas être confondus avec ceux dits tournés ou montés. Un vin ordinaire quelconque ne peut être conservé dans un tonneau en partie vide, alors même que le tonneau est bondonné fortement, sans que toute la surface du vin soit recouverte de mycoderma vint (fleurs du vin) ou de mycoderma aceti (fleurs du vinaigre), ou d’un mélange de ces deux mycodermes. Le dernier se forme toujours à la surface, et non dans la masse du vin. Si le mycoderma aceti pur se montre seul, le vin est malade et

en voie de s’acétifier. Si l'acétification est peu prononcée, on peut rétablir le vin en saturant l’acide acétique avec une solution concentrée de potasse caustique ; niais pour que cette opération réussisse, il ne faut pas que l’acide acétique surpasse deux grammes environs par litre. Si le mycoderma vini est seul développé, le vin n’a rien de fâcheux à redouter. En ce qui concerne les vins jaunes, cette végétation est indispensable à leur bonne confection, car en faisant développer ce mycoderme sur des vins artificiels, M. Pasteur a fait naître d’une manière non douteuse une partie du bouquet propre au vin jaune.

I.e microscope peut présenter le mélange des deux mycodermes sur les vins jaunes et sur les vins rouges trèsfins. 11 est rare sur les vins rouges ou blancs ordinaires, à moins que l’on ne détermine dans le tonneau une vidange pour ainsi dire sans cesse renouvelée.

Les vins peuvent rester doux après la fermentation ; cela arrive surtout dans les bonnes années où le sucre est abondant et la proportion d’alcool élevée , circonstance qui nuit à l’achèvement complet de la fermentation, lorsque celle-ci s’effectue à température basse. Le vin reste doux en tonneau, quelquefois pendant plusieurs années en éprouvant une fermentation alcoolique insensible.

L’amertume du vin, le goût de vieux, n’est pas rare dans les vins vieux du Jura, mais elle est plus fréquente dans les vins de Bourgogne. Ce sont les meilleurs vins qui en sont atteints de préférence, excepté les vins blancs. L'auteur ignore quelle est la substance qui développe le goût d’amer. 11 n’est pas davantage en mesure d’indiquer un remède à cette maladie.

Les vins rouges de toute nature, même les vins blancs, sont sujets à tourner, à monter; ils peuvent avoir la pousse. Le trouble qui leur est propre est dû au ferment

qui s’est propagé peu à peu dans toute la masse du 'in. Au premier examen, ce ferment se confond avec celui de la fermentation Indique, surtout lorsqu'il est agitée! brisé. Mais il y a des différences qui consistent principalement en ce que le ferment des vins tournés est formé de filaments cylindriques trés-llexibles, tandis que le ferment ludique est formé d'articles courts légèrement déprimés à leur milieu.

Les vins peuvent être atteints des trois maladies précédentes, ils peuvent être filants, ce qui est dû à de uès-petits globules sphériques.

« En résumant ces études dans ce qu’elles ont de plus général, on peut dire que le vin, qui est produit par une végétation cellulaire agissant comme ferment, ne s’altère que par l'influence d’autres végétations du même ordre; et tant qu’il est soustrait aux effets du parasitisme, il se fait, il se mûrit princi) alement par l'action de l’oxygène de l’air pénétrant lentement par les douves du tonneau; sous le rapport pratique, le mieux est d’essayer de prévenir les altérations spontanées des vins. Or, d’après les observations qui précèdent, le microscope scia le guide le plus sûr pour reconnaître l’existence du mal et le spécifier dans sa nature dès son apparition, c’est-à-dire à un moment oû il est toujours possible de le combattre.... »

ACTION DE L’OXYGKNF.

Physiologie. — Action de l’oxygène sur l'organisme animal

Par MM. Démarqua; et I.econte.

Après les belles expériences de Lavoisier sur la séparation des principes constituants de l’air, les savants se demandèrent jusqu’à quel point notre atmosphère pourrait rester inaltérée, à mesure que les différents âges de notre planète se succéderaient les uns aux autres. Cette préoccupation, toute naturelle qu’elle fût, trouvait une solution anticipée en réfléchissant aux conditions vitales, établies avec une prévoyance admirable, avec une subordination qui rendait toutes choses dépendantes les unes des autres, de telle sorte que l’équilibre continuellement maintenu ne devait offrir aux yeux du philosophe que des apparences trompeuses de rupture.

Ces déductions de la raison devaient bientôt recevoir une sanction complète par les expériences qui suivirent la découverte de l’air vital (oxygène). MM'. Dumas et Boussingault sont parvenus, en effet, à établir d’une manière incontestable la fixité de la composition de notre atmosphère. En supposant la réalisation des circonstances les moins favorables, ces savants ont démontré que la quantité d’acide carbonique engendrée par les causes les plus puissantes, et capable d’altérer la pureté de l’air, devenait presque insignifiante, même après une certaine suite de siècles.

Rassurés de ce côté, les chimistes et les physiologistes n’en ont pas moins continué leurs recherches dans cet ordre d’idées, et. dans la séance du (‘'février, l’Académie

recevait de MM. Demarquav et Leconte, une première communication relative à des expériences faites sur l’oxygène, au point de vue physiologique et thérapeutique, et, en premier lieu, de l’action de ce gaz sur les animaux. Ils se sont abstenus de faire respirer ce gaz à des sujets en état d’hémorrhagie, d’inflammation, et généralement dans tous les cas où l’excitation organique pourrait avoir des résultats capables d’en contrarier l’emploi. Leur travail fait ressortir les avantages et les inconvénients de l’oxygène sur les maladies.

Les médecins comprendront, par ces études sur l’oxygène et les gaz, que l’on peut agir sur l’organisme humain par la respiration, et que l’anesthésie est le premier pas fait dans cette voie. Ces messieurs ont obtenu des résultats curieux, de cet agent, comme réconfortant. Ils font aussi connaître les applications qu'ils ont faites à la médecine. A la fin du dernier siècle, on a beaucoup employé l’oxygène en France et en Angleterre, mais on n’avait pas fait d’études physiologiques préalables, et la médecine elle-même était trop peu avancée pour donner une explication des succès et des revers comme le font aujourd’hui MM. Demarquay et Leconte, grâce, ù leurs études de physiologie, lis ont, de plus, établi que l’air comprimé et l’oxvgène, au point de vue chimique et physiologique, agissaient dans le même sens sur l’organisme.

« Lorsque les propriétés si remarquables du chloroforme furent découvertes, et que la puissance de cet agent, à la fois merveilleux et terrible, suivant la belle expression de M. Flourens, fut démontrée, il était naturel de penser que les médecins et les chirurgiens chercheraient à faire pénétrer par la voie pulmonaire des agents puissants capables d’imprimer à l’organisme malade une modification heureuse. 11 n’en fut rien !... Avant d’appliquer l’oxygène

Page 1