‹ Le mouvement scientifique pendant l'annee 1864Chapitre 5 sur 63 · POUR SERVIR DE PRÉFACE · texte numérisé non relu

POUR SERVIR DE PRÉFACE

En France, les sciences et les lettres sont certainement l’objet d’un culte sérieux. Néanmoins,' tous les jours on entend crier contre les Académies, on conteste lejir utilité on les accuse d’étre un obstacle au progrès, d’arrêter l’essor dù génie, et de le retenir dans l’ornière du passé. Je sais bien que l’entêtement aux vieilles doctrines est une maladie endémique, qui sévit surtout parmi ceux qui croient que la science n’a rien découvert d’important depuis qu'ils ne travaillent plus. Je sais encore que, même parmi les travailleurs sérieux, plusieurs aiment non la science, mais leur science. Je sais enfin qu’à l’esprit de routine s’ajoutent les opinions préconçues des uns, l’excès de confiance des autres. Je sais tout cela, et M. Maury le reconnaît luimême. Le public de son côté conserve le souvenir de bon nombre de savants qui n’ont jamais fait partie de la docte compagnie. Est-ce une raison cependant pour désapprouver

I. Les Académies d'autrefois, parM. Alfred Maurv, membre de l’institut, professeur d’Iàstoire et de inorale au C.olléjre de France

PREFACE

les institutions académiques, pour ne pas reconnaître les scrvicesrendus, pour vouloir nier quand même tout ce que notre pays a créé de grand et d'utile V Les académies n’ontelles pas stimulé de nobles ambitions, développé de belles intelligences? n’y a-t-il pas des académiciens ardents au travail, confiants dans l’avenir, et qui marchent en avant? A eux de remuer les idées nouvelles, de les fixer dans le domaine des faits, de les appliquer aux besoins de notre époque, et de prouver que les Académies d’aujourd’hui valent celles d’autrefois.

M. Maury, qui compte parmi ces vaillants pionniers, a voulu démontrer que les Académies d’autrefois, c’està-dire l’Académie des Sciences et des Inscriptions, offrent dans leur histoire l’intérêt d’un chapitre des annales de l’esprit humain. L’histoire des sciences, dit-il, ne s’écrit pas seulement pour la plus grande gloire de ceux qui contribuèrent à leur avancement, elle est pleine encore d’enseignements pour les générations présentes et à venir, car elle marque la trace de la route qu’on a suivie et nous donne la direction de celle qu’il nous faut prendre ànotre tour. C’est en effet un des avantages qu’on rencontre dans le chemin de la science. Les erreurs mêmes y sont comme les poteaux qui empêchent de faire fausse route, en sorte que chaque nouvelle génération suivant mieux la bonne voie, on pénètre plus avant dans le domaine de la réalité.

Pour M. Maury, la science étant le fruit de l’application de la raison à l’observation des faits que nous offrent le monde physique et le monde moral, il veut que dans les recherches scientifiques rien ne soit abandonné à l’imagination. «-Plus la méthode se complète et se perfectionne, dit-il dans sa préface, plus la spéculation en est évincée, plus la critique devient sévère et la constatation des faits rigoureuse. Dans la littérature, au contraire, c’est l’imagi-

PRÉFACE

nation qui est la directrice et souvent la maltresse; la poésie, l’éloquence, le théâtre sont sans doule des magnificences de l’esprit humain, mais, comme' toutes les pompes, elles peuvent dissimuler bien des fausses grandeurs et bien des vanités puériles. Le littérateur est un artiste, mais il ne découvre rien de nouveau, il ne nous enseigne rien que nous ne sachions ou ne puissions aisément savoir; il copie la nature avec un pinceau qui peut nous enchanter, mais il n’en arrache aucun secret. La science, auvçontraire, qui n’a pas ces beautés physiques entraînantes, cette séduction de langage, poursuit, sans autre ornement que l’ççlat du vrai, la recherche de l’inconnu ; elle exige une force de logique, une puissance d’attention, une persévérance d’efforts, un génie d’abstraction ou de généralisation dont le littérateur n’a pas besoin. »

Nousreconnaissons volontiers que l’esprit puisera toujours beaucoup de force et de rectitude dans les études scientifiques.Noussommcségalement persuadésque pl us 1# méthode d’investigation sera rigoureuse, que moins on se hâtera de conclure, et plus on aura de chance de s’approcher de 1| vérité. Mais si dans les recherches scientifiques il faut se défier de l’imagination, ne rien admettre sans preuve, ne rien croire sans raison, il n’en faudrait pas conclure à l’inutilité de la faculté d’imaginer. Pour apprendre la science, le raisonnement peut suffire. Mais pour la découvrir, l’imagination est souvent indispensable. Toute idée dans l’ordre littéraire, artistique ou scientifique peut se présenter à notre esprit spontanément, comme par instinct, sans volonté, sans efforts d’imagination, ni de raisonnement : c’est ce qui constitue le génie, ce je ne sais quoi qui dépend de notre activité, de nos passions ou des convenances secrétes de nos inclinations et de nos lumières, comme disait Vauvenargues. C’est ce qui fait que la plupart des inventeurs ne

4 PRÉFACE

sont ni des savants, ni des hommes habiles dans l’art de raisonner. D'autres esprits moins spontanés, dont l’activité semble moins prompte, sont doués de faculté de conception synthétique et comparative ou de généralisation; ils ont le pouvoir, à l’aide d’idées acquises, de créer d’autres idées, lis agissent par l’imagination. Cette imagination, elle est aussi nécessaire dans les sciences que dans les lettres. Je n’en veux pour preuve que ce témoignage de Voltaire. Après avoir vu, dit-il « qu’on soulevait avec un bâton une grosse pierre que la main ne pouvait remuer, l’imagination inventa les leviers et ensuite les forces mouvantes composées, qui ne sont que des leviers déguisés; il faut se peindre d’abord dans l’esprit les machines et leurs effets pour les exécuter. Il y a une imagination étonnante dans la mathématique pratique; et Archimède avait au moins autant d’imagination qu’Homère. n Ainsi, il nous paraît que le savant a grand besoin d’imagination, et que le littérateur ne peut se dispenser de logique, d'attention, de persévérance, d’effort, de génie d’abstraction ou de généralisation. *■

Créer des personnages, leur donner des caractères, des passions , inventer sa fable , en présenter l’exposition , en redoubler le nœud, en préparer le dénoûment, est-ce simplement pour le poète affaire d’imagination? Mais Homère, mais Hésiode, mais Orphée, mais Virgile, mais Horace, mais tous les poètes vous diront quelle persévérance d’efforts, quelle attention, quel jugement il faut pour créer le moindre poème, pour faire la moindre étude de caractère. Ils vous diront que, pour nous enchanter, ils ne se sont pas contentés de copier seulement la nature, ils se sont sentis émus devant elle, et c’est pourquoi ils nous ont touchés. Avancer que le littérateur ne fait que copier la nature, qu’il ne crée rien, c’est le considérer moins qu’un

PRÉFACE

artiste, c’est le prendre pour un photographe. Le littérateur crée comme le peintre crée, comme l’homme de science crée, ou si vous aimez mieux, puisqu’on dit que l’homme ne crée rien, il découvre.

Il faut, sans aucun doute, sé préserver des entraînements de la folle du logis, des aberrations du sentiment ; mais il faut aussi se garder de croire que le terme de l’évolution humaine soit le développement exclusif de la raison. Il faut se rappeler qu’une idée scientifique est souvent dans le sentiment ou dans l'imagination avant que d’étre un fait démontré par la raison. Pour moi, je me défie autant du savant qui raisonne et nç sent pas, que du • littérateur qui sent et ne raisonne pas.

Mais nous n’avons pas ici à défendre la littérature, et . M. Maury est au fond d’accord avec nous. Entrons donc dans le temple de la science, admirons toutes les richesses des autres Ages, saluons respectueusement ces trophées des premières batailles de l’esprit qui ont conduit nos devanciers à la conquête des idées nouvelles. Notons tous ces noms illustres inscrits sur les murailles de ce monument qui a traversé tous les orages de la société, qui s’est élevé successivement, qui a reçu de chaque Age sa pierre et son empreinte plus ou moins pure, et qui cependant a toujours su conserver son caractère. La révolution, accomplie si violemment dans la société française, s’est au contraire, comme le fait observer M. Maury, opérée lentement dans les Académies; elle y a été pacifique, parce qu’elle s’y est produite progressivement, par transitions insensibles. Cependant les Académies ne furent pas toujours, ainsi qu’on pourrait le croire, à l'abri de la tempête révolutionnaire. Les richesses de la science, la supériorité du génie parurent une aristocratie criminelle contre l’égalité de l’ignorance et le niveau des basses intelligences. La noblesse

fi PRÉFACE, t

scientifique dut aussi donner son sang, et la tête de Lavoisier fut livrée au bourreau.

On peut suivre avec intérêt, dans l’ouvrage de M.Maury, les différentes phases de cette illustre Académie des Sciences.

Nous sommes dans la première moitié du dix-septième siècle, déjà la science brille d'un vif éclat. L’emploi de l’algèbre commence à permettre de généraliser les rapports arithmétiques appliqués à la géométrie; elle donne entre les mains de Descaries un instrument merveilleux pour résoudre des problèmes rébelles à la règle et au compas. Fermât agrandit le domaine de l’algèbre, Neper invente les logarithmes. La perspective devient une science mathématique, la mécanique un corollaire de la géométrie. L’astronomie découvre ses lois, la physique explique les phénomènes naturels. La chimie sort de l’empirisme ; l’anatomie, dégagée de fatals préjugés, dissèque le corps humain, y découvre la circulation du sang, du chyle et de la lymphe; elle va surprendre les vaisseaux des plantes, et fonder ainsi la physiologie végétale. Dans ce magnifique mouvement des études scientifiques, la France, malgré l’éclat de quelques-unes de ces découvertes, avait des rivaux et des maîtres en Italie, en Angleterre et en Allemagne; toutefois cette rivalité d’idées servait admirablement le progrès scientifique. 11 existait en quelque sorte une Académie des Sciences, mais cette Académie n’avait encore rien d’officiel ; c’était une société de savants, d’amateurs, qui se réunissaient chaque semaine pour parler de leurs études et se communiquer leurs découverte^. Descartes, Roberval, Blondel, Mersenne, Gassendi, Biaise Pascal et son père, faisaient partie de cette réunion d’hommes instruits.

Comme Richelieu en avait eu l’idée pour l’Académie

' PRÉFAÇE. 7

française, Colbert, avec ce groupe de savants, conçut le projet d’un nouveau corps académique. Louis XIV donna son approbation, l’Académie des Sciences fut fondée ; et le 22 décembre 1666, elle ouvrit ses séances dans une des salles de la Bibliothèque du roi. Dès le commencement de 1667, Perrault proposa un plan de travail pour l’ensemble de l’histoire naturelle, et recommanda spécialement l’étude de l’anatomie comparée, de l’organographie et de la physiologie végétales. Ce n’était pas toutefois une série méthodique d’observations et d’études mathématiques que poursuivaient les académiciens : la curiosité plus que la méthode les dirigeait dans leurs expériences. Les passions, les ambitions personnelles y étouffaient souvent l’amour pur de la science. Les académiciens d’autrefois, moins hommes du monde, se montraient plus âpres dans les discussions, où ils apportaient plus d’entêtement que de liberté. Néanmoins, tant que vécut Colbert, ils mirent une ardeur infatigable à l’étude; Colbert mort, une atonie générale parut frapper le corps académique.

Louvois n’était pas homme à compçèndre l’importance des recherches scientifiques. Les académiciens ne lui semblaient que des gens payés par le roi pour satisfaire sa curiosité, lui répondre sür la pluie et le beau temps et venir en aide à ses maçons, à ses officiers et à ses architectes. L’Académie des Sciences tendait donc à perdre le lustre et l’importance que lui avait donnés Colbert, lorsque, grâce à un nouveau ministre, protecteur plus éclairé et plus sincère des sciences, elle fut réveillée de cette torpeur; elle entra, avec le dix-huitième siècle, dans la voie qui devait en faire une des plus illustres assemblées de l’Europe M. de Pontchartrain, secrétaire d’État chargé de la maison du roi, avait les académies dans ses attributions. Il méditait depuis quelques années des changements dans

PRÉFACE

la coiiblit iition de l’Académie des Sciences, pour en développer l'influence et les travaux. Dans ce but, il s’associe à son neveu, l’abbé Mignon, homme éclairé et ami des lettres; il le fait pour ainsi dire directeur de la compagnie. J£t c'est de concert avec lui que le ministre, après s’ôtre préalablement assuré de l’agrément de Louis XIV, propose le nouveau règlement, signé à Versailles, le 26 janvier 1699, et lu à l’Académie le 4 février suivant. Ce nouveau règlement porte ses fruits ; la compagnie déploie une remarquable activité; les mémoires et les communications abondent. Chacun vient à tour de rôle, conformément aux prescriptions, entretenir ses confrères de découvertes nouvelles ou d’expériences récemment entreprises. Les associés peuvent proposer aussi leurs observations, les honoraires diré leur mot. On voit alors deux hommes éminents, Claitaut et Réaumur, représenter avec éclat, dans la première moitié du dix-huitième siècle, les sciences françaises. L’astronomie fait d’immenses progrès. Les voyages et les travaux de Mauperluis, de La Condamine et de Lacaille contribuent à déterminer la forme de la terre et la parallaxe lunaire pour la solution de laquelle « Lacaille, sur le point de partir pour le cap de Bonne-Espérance, fait appel à tous les aslrortomes, leur fixe à l’avance des jours d’études qu’on pourrait appeler lunaires, afin que leurs observations puissent correspondre avec les siennes. On n’avait pas encore vu, dit spirituellement M. Maury, un si heureux concours parmi les astronomes de l’Europe, et l’on peut affirmer que le ciel, ce jour-là, scella entre toutes les puissances, par l’intermédiaire de la lune, un traité de paix plus solide que celui qu’on avait signé deux ans auparavant à Aix-la-Chapelle. »

Suivrai-je dans l’ouvrage du savant académicien toutes les transformations de la science ? dirai-je tous les services

PRÉFACE. 9

que la géométrie et la mécanique ont rendus à la marine française ? parlerai-je du calcul des probabilités , cette science où l’on prophétise avec de l’arithmétique, où l’on perce le secret de l’avenir avec des chiffres, et que trouvèrent les Français? Raconterai-je tous les progrès de l’hygrométrie, de l’acoustique, de l’hydrostatique, etc.? Ferai-je voir tous les efforts de l’esprit pour amener la philosophie naturelle à embrasser l’ensemble des phénomènes du inonde physique par des lois ? Montrerai-je les sciences comme les sociétés devenant solidaires à mesure qu’elles se développent; les propriétés chimiques des corps se déduisant de leurs propriétés physiques, absolument comme le caractère d’un individu se connaît par sa constitution; dirai-je que la physiologie se forme par l’anatomie ; que l’analomie comparée fournit à la zoologie les fondements de sa méthode et constitue une science dont les aperçus doivent régénérer l’étude de la nature organisée et arracher aux entrailles de la terre la paléontologie? Non, je laisse à l’habile professeur le soin de démontrer cette admirable consanguinité des sciences et de faire voir comment l’organographie amène la connaissance des végétaux et de leurs produits qui s’appliquent aux progrès de l’agriculture et de l’industrie; et aussi comment la méthode analytique, portée des sciences mathématiques et physiques dans l’histoire, la morale et le droit public, deviennent un lien qui sert à renouer entre elles toutes les études. C’est alors que les savants cherchèrent à allier la variété des connaissances à la spécialité des recherches; ils passèrent souvent avec une égale facilité des mathématiques à la littérature, comme Maupertuis et d’Alembert ; de la physique à l’éloquence, comme Buffon; de l’analyse ou de la médecine à l’économie politique, comme Condorcet ouQuesnav, et accélérèrent

préface:

pendant la seconde moitié du 18* - siècle le mouvement scientifique déjà si puissant et si prononcé pendant la période précédente. Depuis, que de progrès accomplis, que de services rendus, que de noms illustres à citer! Mais il nous est impossible, à nous beauceron, de ne pas rappeler ceux de trois hommes dont notre pays s’honore, qui ont rendu les plus grands services à la science : ce sont Jean-fttienne Guettard, le créateur de la minéralogie; Je zoologiste Geoffroy Saint-Hilaire, tous deux d’Élampes ; l’agronome Tessier, d’Angerville. Tessier eut toute la confiance de Louis XVI. qui. poussé par le besoin de progrès que demandait la société àja fin du 18* siècle, scütait la nécessité de s’appuyer sur la science pratique et utile, créa le domaine de Banjbouillet, dont Tessier fut le directeur. Bientôt oh fonda des prix sur les questions les plus importantes 1 , et Montvon chargea l’Académie de récompenser la découvert^ scientifique la plus utile à l’humanité. A ce moment même d’enthousiasme et de découvertes, comme PyréDée qui chassa de son royaume les savants et fit abattre les écoles publiques, la Hévolution, au comble de l’aberration, osa s’attaquer à la science. Néanmoins l'Académie continua de tenir ses séances ordinaires jusqu'à la fin de l’année 1792. « Le 21 décembre, la compagnie se réunit pour la dernière fois. On s’était ajourné, selon le vieil usage; pendant les vacances de Noël, mais on n’osa fixer l’époque de rentrée. Un profond sentiment de tristesse et d’inquiétude était répandu sur tous les visages. Ceux qui avaient le plus espéré de la Hévolution tremblaient pour ses conséquences; on se serra la main, et plusieurs se la touchèrent pour la dernière fois. Les académiciens allaient être dispersés; l’échafaud attendait les uns, l’indigence les autres. » Au milieu de toutes les persécutions de la science, une voix s’éleva en sa faveur,

PRÉFACE. M

ce fut celle de Lahanal, qui parvint à faire rendre à la Convention le décret du 14 août 1793. Ce décret autorisait les membres de l’Académie à s’assembler dans le lieu ordinaire de leurs séances. Délivrée de la faction qui la dominait, la Convention, par la loi du 3 brumaire an IV (25 octobre t79o), décréta la fondation d’un corps nouveau destiné à remplacer toutes les académies. L’Institut devait suivre tous les travaux scientifiques et littéraires ayant pour objet l’utilité générale et la gloire de la République. La création de l’Institut consacra à jamais le nom de Lakaualà la reconnaissance du pays.

L’Académie des Sciences ne formait plus qu’une classe dans le nouveau corps savant, mais cette classe occupait Je premier rang, ce qui indique, comme le fait remarquer M. Maury, la direction nouvelle que tendait à prendre la culture de l’esprit. « La création de l’Institut, comprenant toutes les Académies, réalisait ainsi dans l’ordre de l’intelligence, le principe de l’unité donné pour base à l’État, celui de la solidarité de nos connaissances que la philosophie du 18 e siècle avait proclamé et qui venait de recevoir son application dans la colossale entreprise de l’Lncyclopédie. »>

Moins de cent ans séparent l’ancienne Académie de l’Académie actuelle, il semble que depuis ce court espace de temps on ait plus découvert 1 que pendant tous les siècles précédents. «C’est que, longtemps perdue dans la diversité et l’hétérogénéité apparente des phénomènes, l’ancienne Académie ignorait les relations mutuelles, les connexions innombrables des différentes actions de la nature, et que, loin de tendre vers une unité qui résume, en les simplifiant, tant de principes divers et de. phénomènes opposés, elle la mutilait par la création de propriétés, d’actions, de forces, de fluides, multipliés par le besoin

PRÉFACE

d'expliquer des phénomènes dont elle ne pouvait découvrir la liaison. » Le docte membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres a dans son œuvré déployé toutes les solides qualités de l’historien 1 . Ses recherches sont consciencieuses. Ordonnées avec méthode, présentées avec intérêt, elles résument les travaux scientifiques accomplis depuis près de deux siècles; elles fondent un volume qui a sa place marquée dans la bibliothèque de tout homme de science. Mathématicien, chimiste, physicien, naturaliste et médecin y trouveront sur toutes les questions qu’ilsvoudront traiter l’indication des travaux antérieurs. Le philosophe y suivra avec attachement l’évolution de la science. Il reconnaîtra que si les vérités scientifiques ont été lentement et péniblement conquises, elles ont donné les résultats pratiques les plus importants, et qu’elles ont servi, comme le désirait bacon, à calculer les quantités réelles et les mouvements naturels, et qu’aussi elles ont eu pour objet l’établissement d’un art, c’est-à-dire la production d’une chose active et utile.

Page 1