‹ Le mouvement scientifique pendant l'annee 1864Chapitre 6 sur 63 · Un volume, chez Didier, quai des Auguslins · texte numérisé non relu

Un volume, chez Didier, quai des Auguslins

L’Homme et sa destinée '.

Rousseau a prétendu que la civilisation rend l’homme malheureux et coupable; que le sauvage est seul bon, libre et heureux. Pour quiconque a un tant soit peu réfléchi à nos besoins, il n’est pas difficile de reconnaître, au contraire, que nous sommes essentiellement nés pour vivre et nous développer en société, et que l’état sauvage n’étant pas notre condition, notre loi naturelle, nous ne saurions y trouver notre bonheur. Sans doute, si l’homme pouvait éteindre son imagination, paralyser son intelligence, atrophier son cœur, s’il pouvait comprimer son activité, son besoin de connaître, se réduire enfin à. l’état animal et instinctif, il aurait la tranquillité de la bête; mais alors il ne serait plus l’homme, il abdiquerait son titre de roi delà création; il perdrait ses privilèges d’intelligence, il renoncerait aux joies de l’esprit, aux sublimes enthousiasmes, à cet insatiable besoin de perfection qui multiplie ses forces, le pousse en avant et fait que chaque génération qui s’éteint repasse à celle qui suit un flambeau toujours plus lumineux qui la conduira plus loin.

Ancillon a parfaitement jugé la sauvage théorie du philosophe de Genève. Rousseau, dit-il, oubliant que la nature humaine est faite pour un mouvement progressif, a

1. L'Homme cl sa destinée, par M. Lucien Langlet, un volume, cheï Hachette.

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