‹ Le mouvement théologique du XIIe siècleChapitre 121 sur 228 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

Voir plus haut, p

Dans le chapitre sur les Lectores^ il quille Pierre Lombard et Gratien, en supprimant le mot populis et toute la fin du canon (Dist. XXI, can. i, Cleros, § i5), qui se trouve complète chez Pierre Lombard (chap. vi).

Une même constatation se dégage du chapitre sur les Exorcistae ; ici Gandulphe s'écarte du Magister, qui reste fidèle à Gratien^ ; par contre, quand le Lombard quitte Gratien, Gandulphe en fait autant^.

Les citations de Gratien dans le chapitre des Acolythi fournissent un autre exemple : là, Gandulphe reste fidèle à Pierre Lombard^ quand celui-ci s'écarte de Gratien (Dist. XXI, can. I, Cleros, § 17, et Dist. XXV, can. i, Perlectis, § 3) ; et s'il s'écarte une seule fois de Pierre, ce n'est pas pour reproduire le texte de Gratien : il supprime, comme Gratien, urceolum cum aqua, mais ajoute subdiaconis ,

Il en va de même au chapitre des sous diacres : à pari le mot çocabantuj\ qui se rapproche trop de çocantur pour qu'on puisse asseoir sur ce seul fait une conclusion ferme, Gandulphe est contre Gratien, et quand il s'écarte de Pierre Lombard, et quand il le suit^.

Les suppressions de Gandulphe dans les canons que citent les chapitres sur les diacres et les prêtres (Dist. XXI, can. I, Cleros, § 12; Dist. XXV, can. i, Perlectis, § 8) et la prépondérance des variantes en discordance avec le texte de Gratien, même là où le Lombard reste fidèle à sa source canonique, orientent nettement vers la même conclusion : malgré la connaissance personnelle qu'il avait du Décret,

1. Dist. XXI, can. i, Cleros, § 18, et Dist, XXV, can. i, Perlectis, § 2 : vocanlur ut per eum^ j?ianus, dans Gandulphe, contre i^ocantur^ per eum ut, manusque^ dans Pierre Lombard et Gratien.

1. Vel super eos, et domini lesu, dans Gratien, contre et super eos et Domini, dans le Lombard et Gandulphe.

3. Acolythi vero grece, vel, et deportantur ah eis^ effugandas aeris tenehras^ cum sol... rutilet, dans Pierre Lombard et Gandulphe, contre Acolrthi grece, aut, ab eis et deportantur, effugandas, tenebras, dum..., rutilât, dans Gratien.

4. Qui grece, les mots quos nos suhdiaconos dicimus supprimés, dans Gandulphe, contre Grece, quos nos subdiaconos dicimus, dans le Lombard et Gratien. Ipsi suscipiunt, superponendas altaribus, dans Pierre Lombard et Gandulphe (ms. de Heiligenkreuz), contre suscipiunt, altaribus superponendas, dans Gratien.

Gandulphe a puisé directement dans Pierre Lombard. Les cas fort rares où une variante de quelque portée accuse un écart entre le Lombard et Gratien , en même temps qu'une entente entre Gandulphe et Gratien, ne suffisent pas, pensons-nous, pour ébranler ce résultat ^

L'examen de quelques particularités ne fera d'ailleurs que le confirmer. Par une anomalie assez étrange, le Lombard brise la symétrie de son cadre ordinaire, en parlant des Ostiarii; il lui manque le canon : ad ostiarium pertinet. S'il avait eu Gandulphe sous les yeux, il pouvait l'y transcrire ; mais, copiant directement le Décret, il se trouvait, à la fin du canon Cleros, § 19, avoir déjà la même idée que celle du canon ^d ostiarium pertinet [Dist. XXV, can. iyPerlectiSy § i) et à peu près dans les mêmes termes. Chez Gandulphe, canoniste bien au fait, la substitution s'explique parfaitement. Dans le chapitre des lecteurs, Gandulphe emploie partout le pluriel, ce qui est plus logique; pourquoi le Lombard aurait-il rompu avec son modèle en introduisant tantôt le pluriel, tantôt le singulier? L'on pourrait multiplier ces considérations, auxquelles s'ajoute toujours le fait du recours personnel aux sources pour tous les passages que ne présente pas Gandulphe.

L'examen des variantes qui portent sur les textes de Hugues ou d'Yves de Chartres, mènera plus rapidement à une conclusion. Notons d'abord chez le Magister l'énorme prépondérance des citations victorines ou chartraines ; Gandulphe fait ici d'abondantes suppressions^ : ce sont les pas-

1 . C'est ainsi que dans le chapitre sur les diacres (Gandulphe, chap. xi ; Pierre Lombard, chap. xii), où la transcription parle bolonais du canon Perlectis, S 7, se rapproche sensiblement du texte du Lombard pour s'écarter de celui de Gratien, Gandulphe a fort bien pu ajouter les mots qui mant|uaient à son modèle : ipse hortatur clamare; les mots, ad populiun, ajo ite's par le Lombard se retrouvent dans quelques manuscrits du Décret.

2. Voir plus haut ces suppressions, p. 106, n. 3, où sont indiqués les emprunts, sûrement personnels, faits parle Magister au Décret. Le

sages qui traitent des ordinations et de l'exemple de Jésus- Christ, outre ceux qui contiennent des considérations plus générales sur les diacres et les prêtres. Or la fréquence avec laquelle le Lombard restituerait ou développerait, d'après le texte de Hugues ou d'Yves % les passages supprimés ou abrégés par Gandulphe, le soin qu'il mettrait a substituer à la transcription du bolonais les particularités de ses modèles, rendent invraisemblable l'hypothèse de la priorité de Gandulphe 2.

Dans les passages communs, il suit presque toujours Pierre Lombard; quand il s'en écarte, ce n'est pas pour se rapprocher de Hugues ou d'Yves^. Par contre, nous trouvons quelques variantes qui plaident nettement pour l'utilisation antérieure des mêmes sources par le théologien de Novare ; ici, notons seulement celles que présentent les chapitres sur les exorcistes et sur les diacres : dans le premier, la formule des ordinations donne hahete chez Gan-

commentaire de Troyes et quelques-uns des annotateurs qui le copient disent souvent ; istud non est in GiiancL, fol. 17^^' ; hec vero clau.sida non est in G II and. ^ fol. 17.5''; illud totum non est in Quand., ïo\. 173^", etc.

I. Pour les sources de ces passages (Yves et Hugues), nous nous contentons de renvoyer à l'article cite' de la Revue d'histoire ecclésiastique, t. X et XI, 1909-10.

2. Un argument du même genre est fourni passini par la comparaison de longs passages du IV« livre ou des pre'cedents, où le texte du Lombard est toujours plus développé que celui de Gandulphe et accuse un recours personnel aux sources communes. Les citations des Pères, en outre, y sont fréquemment abrégées par Gandulphe. L'on peut en dire autant des nombreux endroits où Pierre Lombard s'en prend aux garruli ratiocinatores de l'époque ; Gandulphe supprime en général tous ces passages, ce qui donne à son œuvre, plus qu'à celle de Lombard, l'aspect d'avoir été écrite en dehors de toute préoccupation d'adversaires personnellement connus. Cette dernière caractéristique corrobore sensiblement la position défendue ici ; il est peu vraisemblable que le Magister ail pu insérer ces lignes en dissimulant si complètement la suture.

3. La fidélité de Gandulphe à suivre le Lombard réduit à quelques cas seulement l'argument fourni par les variantes. L'omission de l'imposition des mains dans l'ordination des prêtres est commune à nos deux Senlenciers, tandis que Hugues a le texte complet, comme le remarque encore une fois l'anonyme de Troyes (fol. 1741^"). Nous exposons ce qui regarde cette omission du Lombard, dans l'article cité de [di Revue d'Histoire ecclésiastique., t. XI, 19 10, p. 36-43.

GANDULPHE ET PIERRE LOMBARD. 2il

dulphe, hahetote ^ chez le Lombard et Yves ; pour l'exemple de Jésus-Christ, le Lombard, Yves et Hugues emploient le verbe recipere^ Gandulphe possidere. Les lignes sur les diacres portent chez Gandulphe : « stolam ponit : imponit. Qui quando ad ministerium applicantur (ce qui est un y^qwse.ns'^) hii antequam «.Chez le Lombard, d'accord avec Yves etHugues, nous trouvons : ustola ponitur : imponit, quia ad ministerium applicantur ,' hiautem antequam ». La formule de Hugues, d'Yves et de Pierre Lombard, sur l'exemple de Jésus- Christ dans l'exercice du diaconat, est mutilée par Gandulphe ; par contre, celle qui, chez le bolonais, signale l'exercice du sacerdoce par le Sauveur, est augmentée d'une courte incise qui constitue une inexactitude; car les mots : et discipulis dédit [panem et vinum), expriment une fonction des diacres, comme le Lombard l'avait dit à la suite d'Yves et de Hugues : sacramentum carnis et sanguinis discipulis dispeu" saçit. Le commentaire anonyme de Troyes le fait remarquer : e:r isto et eoc precedenti XXXV (il renvoie au paragraphe de la fin de son commentaire sur les diacres), patet quod in cena gessit similiter officium sacerdotis et lente secundiim rationes diçersas ^.

Passons quelques-uns des paragraphes qui suivent; l'examen des sources s'y prolongerait sans grande utilité, et arrêtons-nous à la question (chap. xiv) : Quare ordo ecclesiasticus dicitur sacramentum * ?

Page 1