I. Le manuscrit de Troyes 900, fol. 197, porte habele
1. La constatation est t'acilite'e par la note qu'ajoute le commentaire de Troyes à l'ordination des diacres et des prêtres; l'on y ex. plique les mots : quia ad ministerium^ d'après le texte de Hugues (fol- 174 ""). '3. Fol. 175V'.
4. Voici le texte de Gandulphe : « Dici autem potest ordo signaculum quoddam, id est sacrum quoddam quo spiritualis potestas Iraditur ordinato et officium, et dicuntur hii sacramenta quia in horum perceptione res sacra, id est gracia, confertur quam figurant ea que ibi geruntur. » Les trois manuscrits de Heiligenkreuz, fol. 67 '"', Turin, A. 57, fol. 82'^",et A. Il 5. 93^". sont d'accord ici.
Les mots et dicuntur hii sacramenta portent l'estampille du plagiat. Ce nominatif pluriel, que fournissent nos trois manuscrits de Gandulphe, demeure inexplicable. Rapprochons-le du texte de Pierre Lombard (chap.xix), et touts'explique sans peine : le mot ordines est tombé, qui se rencontrait dans le modèle. L'hypothèse de la relation inverse entre ces deux rédactions constituerait ici une énigme indéchiffrable*.
La fin du traité : ab his autem predictis gradihiis inissarum solemnia assidue celebiantur (chsip, xvii), qui introduit deux lignes sur l'étymologie du mot niissay corrobore parfaitement notre conclusion. Pierre finit son développement en reprenant la finale du sermon chartrain^, que Hugues avait placée à la fin du chapitre sur les prêtres; cette exhortation, qui se termine chez le Lombard parla mention des mystères sacrés, permettait cette courte addition sur le mot missa. Gandulphe n'en a pris que les dernières lignes, omettant tout ce qui ne l'intéressait pas pour son résumé. Mais il est difficile d'admettre que les sept ordres précités : ah his predictis gi^adibusy aient chacun une part aux cérémonies de la messe : les portiers et les exorcistes notamment n'y ont rien qui puisse figurer parmi les attributions décrites par Gandulphe. Le Magister avait parlé en général des ministres du Christ : il changeait en ministri le mot sacerdotes qu'il trouvait chez Yves ou chez Hugues, et généralisait davantage en parlant des rites sacramentels et de la messe : a quibus di{>ina sacramenta peicipiunt et missarum solemnia audiunt [plebs). Ici encore, la transcription a laissé sa marque.
Il reste donc acquis que : i° le quatrième livre de Gan-
1. Un exemple similaire se rencontre dans le traité sur l'eunharistie, où un agencement de deux textes de saint Augustin s'explique par la priorité du Lombard (IV, Dist. ix, i) et la transcription résume'e de celui-ci par Gandulphe (ms. de Heiligenkreuz, fol. 50^'), sans qu'il faille recourir à Gratien [De consecrat.^ Dist. II, c. 47)-
2. PL. CLXII, 5i9 D, et De Sacramentis, II, p. 3, cap. la (PL. CLXXVI, 43o A).
dulphe fournit des pages indépendantes du Lombard, sinon de Gratien; nous en avons la preuve dans le De confirma' tione,
2° Il présente, par contre, des chapitres qui résument le Maître des Sentences, comme le traité De ordinibus.
3° Par suite, son œuvre se place chronologiquement après celle du théologien de Novare^. Le paragraphe suivant montrera que ces conclusions peuvent s'appliquer aussi aux autres livres de l'ouvrage.
3. — Les citations de Jean Damascène chez Gandulphe de Bologne et Pierre Lombard^.
Au seizième siècle, la paternité des Quatuor Libri Sert' tentiarum a failli être enlevée à Pierre Lombard au profit d'un inconnu, tiré par Jean Eck de la poussière des manuscrits. Aujourd'hui, c'est la fuyante figure de Gandulphe de Bologne, ramenée au jour par Denifle, qui projette une ombre rétrospective sur l'originalité — s'il est permis d'employer ce mot en l'occurrence — de la compilation lombardienne. Des avis divers se sont fait jour jusqu'ici sur les droits des deux Summistes. Ce qui vient d'être dit à propos des ordres ecclésiastiques maintient dans leur intégrité, croyons-nous, les droits de Pierre Lombard. L'étude des citations de Jean Damascène qui se rencontrent chez l'un et l'autre auteur, confirme pleinement ce résultat et apporte au problème littéraire une solution nettement favorable à WnléYioviié à\x Magister .
Gandulphe a tiré parti du De fide orthodoxay comme Pierre Lombard, dans son premier et dans son troisième
1. C'est la conclusion à laquelle arrivait M. Saltet par une autre voie {^Les Kêordinations ^ Paris, 1907, p. 3 17-3 18) ; mais le texte de Pierre Manducator, mentionné par le résumé de Gandulphe (Ms. deBamberg, B. IV, 29, fol. i3i^'), ne figure pas dans l'œuvre complète-, il a dû être ajouté par le compilateur des Flores.
a. Depuis que cette étude a paru dans le Bulletin de Litte'rature ecclésiastique., 1910? p. 278-185, le D'" Grabmann a cru pouvoir adopter le même avis [op. cil.., t. II, p. 389 et suiv.).
livre. Les citations qu'il lui emprunte sont assez abondantes, moins nombreuses pourtant que chez le Magister. Toutes aussi sont prises aux mêmes chapitres du Tractatus de incarnatione^ et viennent à l'appui des mêmes thèses que chez le Lombard. Les deux Summistes sont-ils ici indépendants? ont-ils puisé l'un chez l'autre? à qui appartient la priorité chronologique?
Un premier examen des textes aboutit au résultat suivant :
Tous les extraits qui se rencontrent dans Gandulphe se trouvent aussi chez Pierre Lombard.
Les citations communes présentent un texte identique, ou peu s'en faut, chez les deux compilateurs; les variantes, quand il s'en rencontre, sont insignifiantes.
Les citations communes sont précédées, suivies ou accompagnées, chez le Lombard, de membres de phrases entiers, pris au Damascène et absents de Gandulphe.
En dehors de ces passages communs, les appels à Jean de Damas se rencontrent, chez le Magistery beaucoup plus nombreux que chez Gandulphe ; celui-ci ne dépasse pas la dizaine ; le Magister en a trois fois plus à peu près.
Nous donnons ici les questions de Gandulphe qui font intervenir l'autorité de Jean Damascène, en renvoyant pour les textes cités à l'édition de Quaracchi^; à côté de la mention de ces textes, nous indiquons entre parenthèses la page des manuscrits de Heiligenkreuz et de Turin 2.
1° Lib.^I ; « Quod Pater et Filius et Spiritus sanctus differunt » (Pierre Lombard, Sententiae^ I, Dist. xxvii, 3, p. 4^5); ce sont les textes : « non differunt — characteristica vero » et « difFerenciam — recognoscimus » (H. 7^; T. 11^' et 11^", t, i4^").
â'^Lib. III : (c Quod caro Christi sit concepta quando a Verbo Dei est assumpta » (ïd., ibid.y III, Dist. m, i, p. 58); c'est le texte : « FiHus Dei Patris — sed per Spiritum sanc-
i. De fide orthodoxa, 111,2-8 (PG. XCIV, 981-1016). Plus loin, l'on recherchera pourquoi le LomharcI, et après lui Gandulphe, s'est restreint à ces seuls chapitres.