‹ Le mouvement théologique du XIIe siècleChapitre 135 sur 228 · OCCIDENTAL · texte numérisé non relu

OCCIDENTAL

I. — La traduction de Burgundio de Pise et son utilisation par Pierre Lombard.

Les œuvres de Jean Damascène n'ont pas eu, dans le monde littéraire de l'Occident, la fortune immédiate que les traductions de saint Jérôme, les emprunts de saint Ambroise ou les polémiques de saint Augustin assuraient, dès le lendemain de leur éclosion, aux traités de Didyme l'Aveugle, de Basile de Césarée ou de Jean Chrysostome. Postérieures de plusieurs siècles à l'époque des fervents de la version grecque, tels que Rufin, Cassiodore ou Epiphane, elles ne viennent pas assez tôt non plus pour bénéficier de ces échanges littéraires qui font passer de Constantinople à Rome et de Rome dans les bibliothèques franques, celtiques ou anglo-saxonnes, les écrits de Maxime le Confesseur et de Denis TAréopagite. La plume d'Anastase le Bibliothécaire s'exercesur d'autres traductions, et les derniers beaux jours de la renaissance carolingienne achèvent de s'éteindre sans avoir laissé soupçonner à des bibliophiles comme Loup de Ferrières, et plus tard Gerbert d'x\urillac, l'existence du saint Thomas de l'Orient. Il faut attendre le milieu du XII* siècle pour que les livres du docteur de Damas puissent franchir la ligne de démarcation qui s'était creusée toujours plus profonde entre l'Orient et l'Occident. A ce moment, des missions impériales ou pontificales prennent à diverses reprises le chemin de Byzance, et la littérature patristique

tire profit de ce renouveau de rapports. Un juriste de Pise, Burgundio^, diverses fois présent à Constantinople, entre autres en 1 1 36 avec Anselme de Havelberg^, qui le cite avec éloges, prend intérêt aux écrits des Pères grecs : ses connaissances d'helléniste, vantées par Robert de Torigny ^, lui permettent de transmettre à ses compatriotes divers écrits de Jean Chrysostome, de Némésius (sous le nom de Grégoire de Nysse), de Basile et de Jean Damascène. De hauts patronages, qui auraient arraché un sourire apaisant à la rancunière vieillesse de Roger Bacon ^, ne manquèrent pas, du reste, à ses travaux : Eugène III s'en fait l'inspirateur et demande des manuscrits au patriarche latin d'Antioche^,

I. Sur Burgundio, voir Mazzuchellius, Gli scrittori d'Italia, t. II, Brescia, 1762, p. 3, p. 1768-1770. L'ouvrage d'Auc. Fabroni, Memorie istoriche di piu uomini illustri Pisani^ Pise, 1790, t. I, p. 71-104, donne sur Burgundio une notice détaille'e qui utilise les principaux travaux ante'rieurs; Savigny, Geschichte des rômischen Rechts im M. A.^ Heidelberg, i85o, t. IV, p. 894 et suiv. ; Fitting, Bernardus Cremonensis, dans les Siizungsberichie de Berlin, 1894, t. II, p. 815-819; TiRABoscHi, Storia délia Utteratura italiana, Florence, 106, t. III, 11, p. 336-340-

1. Burgundio est cité, dans les Z)m/ooi d'Anselme de Havelberg, parmi les très viri sapientes in utraque lingua periti et litterarum doctlssimi, qui assistent aux conférences avec rarclievêque de Nicome'die [Dialogi, II, i; PL. GLXXXVIII, ii63). En juin ii36, Anselme, revenu de Constantinople, a rejoint l'empereur Lothaire à Gozlar (Annalista Saxo, a. ii36; MGH. SS. t. VI, 770; voir Bernhardi, Jahrbucher der deutschen Geschichte^ Lotharvon Supplinhourg^ Leipzig, 1879, p. 699). Plus tard encore, il est envoyé' à Constantinople [Breviariuin Pisanae histoiiae, a. 1172, dans Muratori, Scriptores Rerum italicarum^ t. VI, p. 186; voir aussi Draesere, BischofAiiselin von Havelberg und seine Gesandschaftsreise nach Bjzanz^ dans la Zeitschrift fur Kirchengeschichle^ t. XXI, 1900-1901, p. 160-185.

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