‹ Le mouvement théologique du XIIe siècleChapitre 149 sur 228 · Ms. de Bruxelles, 893-98, fol. 3o'-; Ueun, fol · texte numérisé non relu

Ms. de Bruxelles, 893-98, fol. 3o'-; Ueun, fol

Cette omission des mots g^recs ne s'étend pas toutefois jusqu'à la suppression de tout indice, qui nous empêche de retrouver la langue de l'original ; des mots comme omoysiosy athomuSy alterojsiam (ÉTspoo'jŒLOv)^ etc., même en l'absence de hypostasis, régulièrement remplacé par persona, en disent assez pour exclure tout intermédiaire, comme serait par exemple le texte slave de Jean de Bulgarie.

Il est difficile de préciser la date de cette traduction; l'âge des deux copies d'Admont et de Reun- nous donne un terminus ad quem^ qui descend jusqu'au xiii* siècle. Mais avant cette date, le texte avait déjà été utilisé par un écrivain du xii® siècle, Arno de Reichersberg (•}- iiyS), qui tantôt se contente de copier les extraits du Damascène qu'il trouve chez le Lombard, tantôt puise directement dans notre traduction 3.

La patrie de nos deux manuscrits^ et l'utilisation de ce texte au sud-est de la Bavière orientent les recherches vers les régions centrales et orientales de l'Europe.

Une conjecture assez vraisemblable — elle peut s'appuyer sur les mêmes caractéristiques de traduction — ferait croire que la traduction du Damascène remonterait à la même époque que celle des Ekatontades de saint Maxime le Confesseur, par laquelle débutent les manuscrits de Reun et d'Admont. S'il en est ainsi, la préface du traducteur nous fait placer l'original au monastère de Pastuchum^ ou

1. Lib. m, 6 (PG. XCIV, ioo8 B) ; dans le ms. de Reun, fol. eo»- ; Burgiindio a le même mot (ms. de Bruxelles 12014, fol. iSi""').

2. Le scribe du manuscrit de Reun copie des pièces de Hugues de Saint-Victor et de saint Bernard.

3. Voir plus haut, p. 264, «• i et 4• 4. Il y a lieu toutefois de faire remarquer que, pour l'un d'eux seulement, nous sommes renseignés sur sa présence à Admont en 1870 (voir WiCHNER, Zwei Biicherverzeichnisse des XIV. Jahrhunderts in der Admontcr Stiftshibliothek^ p. 19, n. 224, dans les Beihefte zum Zentralblatt fur Bibliothekswesen, 1889, '^^)'i pour l'autre, rien ne fixe la date de son entrée à Reun, mais les usages cisterciens s'accommodent parfaitement de la qualité du parchemin.

5. Pastuchum à l'ouest des monts Matra, comté de Heves ; voir les noms diversement orthographiés, dans Janausghek, Origines CistercienseSj Vienne, 1877, t. I,n. ccccxcv, p. 192, 193, et mieux dans Békefi, u4 Zircsi, Pilisi^ Pàsztôies Szeut-Gotthârdi Cziszterczi Apàrtsàgok Tôr-

Sainte Marie de Pâsztô, en Hongrie, où les Cisterciens remplacent les Bénédictins vers la fin du xii* siècle. Cerbanus, l'auteur de cette traduction de saint Maxime, dédie son travail à l'archimandrite David, qui dirige le Collegium Sancti Martini y S. Martinsberg au centre de la Hongrie, lequel, nous dit-il, possède une bibliothèque fournie^. Or, l'archiabbé David commence son gouvernement entre 1 124 et iidy^ et son nom n'apparaît plus dans les documents à partir de 1146; il a un successeur élu, l'abbé Raphaël, en ii5i~. La traduction ne serait donc pas postérieure h ii5o.

Quoi qu'il en soit de cette conjecture, cette traduction partielle du Damascène méritait, croyons-nous, d'être tirée de l'oubli; souvent, elle soutient victorieusement la comparaison avec celle de Burgundio de Pise, qui a alimenté presque tous les auteurs du moyen âge, et si elle n'était, en fin de compte, qu'une révision intelligente des sept ou huit chapitres utilisés par le Maitie des Sentences^, ce travail dénoterait chez son auteur des qualités d'helléniste bien rares en somme au moyen âge.

ténete, t. I, À Pàsziôi Apdtsàg Tortencte^ 1190-1702, Buda-Pesth, 1898, p. i56. La mention cîe Pastuchuin, fournie par ce manuscrit, serait peut-être la plus ancienne qu'on rencontre; voir notre note, Die àlteste Erwàhnung cler Jbtei Pâsztô^ dans [e Historisches Jahrbuchj t. XXXIV, igiS (octobre).

1. Un catalogue de Martinsberg mentionne, en logS, parmi ses soixante-treize numéros, un ouvrage : Graecum; rien ne nous permet une identification (Féjer, Codex diplomaticus Hungariae^ Buda-Pesth, 1829, 1. 1, p. 483, reproduit par Beckek, Catalogi bibliothecarum antiquiy Bonn, i885, p. 172).

2. FùxHopFER, Monasteriologia re gni Hungariae, Buâa-Pesih^ i858, t. I, p. 63-65 et 335 ; le nouvel e'diteur, Czinar, y corrige les données fournies par l'édition de Weszprem de i8o3 (p. 35).

3. II faut remarquer en effet que les chapitres du Damascène que traduisent les manuscrits de Reun et d'Admont, sont ceux-là précisément dont Pierre Lombard a tiré ses citations. L'acuité des controverses christologiques à ce moment peut avoir provoqué cette traduction nouvelle, ou cette révision, des pages de Jean de Damas.

268 LE iMOUYEMENT TIIÉOLOGIQUE DU XIP SIÈCLE.

3. — Les premières vicissitudes du « De fide orthodoxa » en Occident.

A peine sortie de la plume de Burgundio, et entrée dans Tœuvre du Lombard, la TradUio certa oj'thodoxae fideii^vovoqua quelque bruit autour du nom de Jean de Damas. Une trentaine de textes à peu près avaient trouvé place dans la documentation de Pierre Lombard et, en raison même de leur admission dans le Liber Sententiarum^ ne devaient plus sortir du dossier patristique des théologiens médiévaux. L'on peut même dire que, de plus d'un point de vue, les deux cours de dogmatique, le Liber Sententiarum et le De fide orthodoxa, eurent une destinée commune. Car la réprobation, qui s'attachait en certains milieux à l'entreprise du Magister, ne fut pas sans rejaillir momentanément sur l'œuvre du docteur de Damas. De l'inspection des anciens catalogues des bibliothèques, tout comme de l'âge des manuscrits existant encore aujourd'hui, se dégage en effet l'impression que la diffusion des œuvres du Damascène a été plutôt lente au début.

Au lendemain du concile de Latran de 1179, Gautier de Saint-Victornousa laissé à ce sujet des pages d'une violence extrême; une partie de son livre. Contra quatuor labjrintlios Franciaey dont il a été question plus haut, est dirigée contre les propositions « hérétiques » du Damascène et contiennent des attaques dans le genre de celle-ci * :

Aiigustinus, de Trinitate. contra falsani Trinitatem lohannis Damasceni (fol. 247').

Idem Lombardus de magno doctore graecorum (allusion à I, Dist. XIX, 9) et novorum haereticorum (ibid.).

Errores novorum haereticorum : Petrus Lombardus haec scripsit similia Petro Pictaviensi et lohanni Damasceno (fol. aSg*").

Caput XIII, de alia haeresi loh.mnis Damasceni (fol. aSAO*

I. Ms. de la bibliothèque de l'Arsenal, 879, fol. 87 et suiv. Nous citons d'après la copie qui porte des notes de la main de Martène (Bibl. Nation., lat. 17187). Des extraits ont été publie's par Du Boulay, Historia Univers Itatls Parisien.nSy Paris, i665, t. II, 65 1 et suiv. ; de Haeresibus lohannis Damasceni (lib. IV, 10, i3, etc.).

Plus modérée, mais non moins hostilement chagrine, la longue préface d'une somme ihéologique, qui porte le nom de Robert de Melun, blâme avec une mauvaise humeur mal contenue l'introduction de la terminologie grecque dans la théologie^.

Mais cette opposition manquait trop de mesure pour pouvoir se prolonger longtemps. Après le concile de Latran de I2i5, qui couronne le succès du Magistej\ en attachant son nom à la formule d'une profession de foi trinitaire opposée à Joachim de Flore ^, les chroniqueurs pourront se contenter d'enregistrer le dernier retour ofFensif contre les Sentences, en même temps que son échec définitif, avec la condamnation du voyant calabrais. C'est ce que font par exemple Matthieu Paris en Angleterre et, en France, l'anonyme de Laon ^ Le souvenir de la dernière attaque contre les Sentences et de son insuccès, encore relaté à l'aurore du XV® siècle par Henri de Knighton, appartient désormais à l'histoire^. Les jours de gloire recommencent à briller pour le Damascène comme pour le Lombard.

C'est sur le De fide orthodoxa, quoi qu'en ait pu dire jadis Gautier de Saint- Victor, qu'on s'appuie pour combattre les excès des dialecticiens^, ou les erreurs des orientaux^. Roger Bacon range son auteur dans la série des Pères grecs les plus utiles à la défense de l'Eglise ^ et, avant lui, le

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