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Quand on parle de l'union des deux sciences, théologie et droit canon, jusqu'au xii^ siècle, il ne faudrait pas se les figurer marchant de front dès la fin de la domination romaine. Une fois l'empire disparu et les derniers représentants de sa civilisation dans le domaine littéraire réduits au silence, les peuples barbares demandent aux évêques et aux pasteurs du haut moyen âge, autre chose que les savants écrits théologiques d'un Athanase ou d'un Augustin. La glorieuse période carolingienne, elle-même, a vite fini de briller, et la théologie, qui recommençait à prendre son essor, des-

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cend encore une fois jusqu'à l'enseignement élémentaire des vérités de la foi et des pratiques du culte et de la morale. A part quelques exceptions trop clairsemées pour qu'elles doivent nous arrêter ici, il n'est plus question alors de spéculation ni de haute systématisation théorique. Les pag^es qui précèdent ont suffisamment exposé cette situation. On Ht les écrits du passé, sans toujours les comprendre ; on en transcrit ce qui peut être immédiatement utile ; on vise surtout la pratique.

C'est de pareilles préoccupations que surgissent, en divers endroits, des recueils de droit canon, si on peut leur donner ce nom; ils précèdent de loin les premiers essais de la systématisation dogmatique, dont ils stimuleront l'éclosion un ou deux siècles plus tard. En attendant, la part qu'ils font à la théologie nous oblige à voir en eux un premier stade dans l'histoire des rapports des deux sciences au moyen âge.

Pour ne pas s'attarder à quelques vieilles collections, antérieures au mouvement dont il est question ici, l'on est en droit de commencer cet exposé par Burchard de Worms, qui constitue, au xi^ siècle, le principal représentant du groupe rhénan ou germanique des compilations canoniques.

Avec Burchard, il faut rappeler les deux principales sources auxquelles il s'alimente : l'œuvre italienne anonyme, dite VAnselmo dedicata^ du nom de l'archevêque de Milan, Anselme II (883-897), à qui elle est dédiée, et la collection de Réginon de Prûm, qui date du début du x^ siècle ^.

I. Sur les collections de Réginon, de Burchard, VAnselmo dedicata et leursrapports mutuels, voir Wasserschleben, /?^^i/<o/«.y... Libii duo de sjnodalibus causis et dlsciplinis ecclesiasticis (Leipzig, 1840), qui donne un texte préférable à celui de Baluze, reproduit par Migne (PL. CXXXIl, 175); Beitràge ziir Kenntiiisse der vorgratianischen Kirchenrechtsquellen (Leipzig, 1839), p. 34 et suiv. ; Kôniger, Burchard von Worms und die deutsche Klrche seiner Zeit (Munich, igoS), dans les Veroffentiichungcn aus deni kirchenhistorischen Seminar Mûnchen, II, 6; Djederich, Bas Dekrct des Bischofs Burchard von îVorms (Jauer, 1908); Hauck, Ueber dem Liber Decretorum Burchard' s von ff^orms, dans les Berichte ûber die Verhandluagcn der kôn. Sàchsischen Gesellschaft der Wissenschaften zu Leipzig, Philologisch-historische Klasse, 1894 (5mai), t. XLVI, p.65etsuiv. ; P. Fournier, Etudes critiques sur le Décret de Burchard de fForms, datis la Nouvelle Revue historique de droit fran-

A elles seules, elles fournissent à peu près la moitié des 1^85 textes contenus chez Burchard. La première, malheureusement encore inédite, a eu une influence visible sur l'économie du Décret, Elle est une des premières qui, sur le continent, abandonnent le système de la nomenclature chronologique et adoptent Tordre logique des matières, comme l'avait déjà fait la collection Hihernensis dans les Iles Britanniques^. Sa préface se réclame des compilateurs africains qui avaient donné l'exemple 2. Les matières théologiques, encore que plus abondantes chez Burchard, ne sont pas absentes de ce recueil ; mais la nature même des sources qu'il utilisait et d'après laquelle se subdivisent ses chapitres — série de textes canoniques , série d'extraits du registre de Grégoire le Grand, série de textes de droit romain — limite fatalement leur nombre; ni le traité de la pénitence, nicelui deTeucharistien'y figurent. Introduite en Allemagne au commencement du xi® siècle^, comme en témoigne le manuscrit de Bamberg, c'est-à-dire après Réginon, elle vient au moment opportun pour entrer dans le travail de compilation auquel se livre Burchard*.

A Réginon de Priim, l'évêque de Worms fait des emprunts beaucoup plus abondants encore : au moins 58o textes, c'est-à-dire près du tiers de l'ensemble. C'est ainsi que Réginon et Burchard sont deux noms inséparables dans le groupe des canonistes germaniques. Si le premier a subi

cais et étranger, t. XLIY^, 19 10, 144 pp.; Le Décret de Burchard de Wonns^ SCS caractères, son influence^ dans la Revue d'Histoire eccle'siastique, \. XII, igii, p. 461-473, et 670-701-, L'origine de la collection Jnselmo dedicata, dans les Mélanges P. F. Girard, Paris, 191 2 (Extrait, M pp.)

1. Die frische Kanonensammlung^ ëdit, Wasserschleben, Leipzig, i885 ; P. FouRNiER, De l'influence de la collection Irlandaise sur la formation des collections canoniques, dans la Nouvelle Revue historique de droit français et étranger^ t. XXIII, 1899, p. 27-98.

2. Voir la préface dans Mai, Patruni Nova Bibliotheca, VII, pars ni, p.v, qui Tattrihue à tori à Anselme de Lucques; l'index des chapitres est fourni par les Balt.erini [op. cit.^ PL. LVI, 3i5).

3. Vers 1007 ; voir P. Fournier, L'origine de la collection c Jnselmo dedicata », p. 9-10,

4. Avant I023 et très probablement entre 1008 et 1012 (Fournier, article cité de la Nouvelle Revue de droit ^ etc., p. 3, n. i (Extrait).

un moment d'écllpse dans l'histoire littéraire du droit canonique, à tel point que Bellarmin croyait son œuvre perdue , le nombre^ des manuscrits qui nous ont conservé son texte — cinq appartiennent au x'" siècle ^ — et l'usage qu'en ont fait les compilateurs suivants, nous disent assez le rôle qu'il a joué. Le travail de Burchard eut encore plus de succès et jouit d'une vogue plus durable, même en dehors des pays rhénans : c'est ce qu'attestent les nombreux manuscrits connus 3 et les emprunts abondants que lui ont faits les collections ultérieures ; quelques-unes l'ont littéralement mis au pillage. L'œuvre de ces auteurs a donc tous les titres pour nous arrêter un instant.

Fidèles enfants de leur siècle, tous deux visent à être immédiatement utiles ; la préface de Réginon se fait gloire de donner à Hatton de Mayence, un manuel, « manuelem codicillurriy enkjridion ^ » , qui dispense de recourir aux livres , et Burchard , ici modeste en ses vœux , s'estime récompensé de ses efforts, si son travail peut rendre service sans même sortir des limites de son diocèse ; ailleurs ses visées sont plus hautes, comme au chapitre de l'eucharistie, où il prétend donner l'exposé complet de tout ce qu'on peut désirer^. Mais toujours, c'est un but essentiellement pratique et utilitaire qu'il poursuit, jusque dans les modifications qu'il a fait subir au texte des canons ou de leurs inscriptions. Son désir de rester pratique le fera volontiers

1 . « Libres duos quos exsstare non puto » {De Scriptoribus ecclesiasticis, Cologne, i684i p. iSg).

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