I. PL. XCVI
1. Pour le traité d'Hincmar et de Bernold, voir p. 327-329 ; pour les citations de Gottschalk, voir p. 22 et 78.
320 LE MOUVEMENT ÏHEOLOGIQUE DU XI1= SîIXLE.
trouver dans l'interprétation de divers passages du décret De libris legendis et reicienàis^ attribué au pape Gélase et si fréquemment transcrit au moyen Age, soit isolément, soit dans les collections canoniques^. Le réveil de l'activité intellectuelle, après un sommeil de cent ans et plus, faisait apparaître les grands écrivains des siècles antérieurs comme des autorités irréfragables, dont le verdict en toute matière devait rester sans appel^. Une page d'Aimeric d'x\ngoulême ou de la Charente, grammairien du m® siècle, est des plus suggestives à cet égard; les idées qu'elle émet traverseront toute la période qui nous occupe, jusqu'à être reproduites par la préface fort développée des 6'e/i^e/i6'c^ de Robert de Melun^. Le prologue de la collection canonique d'Atton, pour citer un autre exemple du xi^ siècle, nous fait constater aussi l'usage de ces termes, avec une tendance qui n'accorde qu'au Saint Siège le droit de la « frappe légale^ ».
S'il s'agissait d'auteurs ecclésiastiques et surtout de Pères de l'Eglise proprement dits^, la situation devenait plus délicate encore; car la croyance à leur inspiration spéciale par le Saint Esprit se fait fréquemment jour sous la plume des compilateurs des x®, xi^ et xii^ siècles. Qu'il nous suffise de citer ici, dès l'époque carolingienne, Alain de Farfa et Hinc-
1. PL. LIX,i57-i8o; Thiel, jE'/^'Wifo/flei?/?. Pontificum geniiinae^ Epistola XLii, Braunsberg, 1868, p. 44^1454; nouvelle édition critique par von DoBSCHÙTZ, dans les Texte, uiid Untersuchungen^ t. XXXVIII, iv, p. 29 et siiiv. ; histoire de son utilisation, p. 184, i94) ^tc. {Das Decretuin Gelasianum de Libris recipiendis, Leipzig, 1912); voir l'appre'ciation de Dufourcq, dans la Rei^ue critique, année XLVII, iQiS, p. 25o-25i, et celle de Massigli, dans la Theologisclie Literaturzeitung , t. XXX VIII, 1913, p. 14-16.
2. Voir une remarque de Guizot, Histoire de la civilisation en Europe, Bruxelles, 1846, t. II, p. 284.
3. Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres^ Nouvelle se'rie, t. VI, 1870, p. 249-250; Rosert de Me- LUN, De modis colligendi sumnias et docendi (Ms. de la Bibliothèque de Bruges, 191, fol. 2).
4. Atton, Capitulare seu Breviarium canonum^ préface dans Mai, Veterum scriptorum collcctio nova^ Roinae, i832,t. VI, m pars, p. 60 : «Sicnl...est locus nbiconflalur aurum, itaapudnos est locus ad faciendam banc monetam, ut non sit scriptum authenticum quod a Romano PontiKce non fuerit approbatuin. »
5. Voir l'appendice G, qui donne quelques listes des docteurs.
mar de Reims, qui voyaient, Van dans leshomélies des Pères, l'autre dans les décrets et les canons de l'Eglise, une œuvre inspirée ^ Aux yeux de Pierre de Nonantole, Amalaire de Metz passe pour éclairé par le Saint Esprit dans ses livres liturgiques^. Mentionnons encore le mot de Walafrid Strabon qui, à lire les anciens écrits sur la liturgie, reconnaît que peu de chose restait à démêler qui n'eût pas été éclairé par l'Esprit Saint ^. Odon de Cluni voit également dans les écrits de Grégoire le Grand une œuvre inspirée^. Anastase le Bibliothécaire est bien près d'en dire autant de Jean Scot Erigène, à propos de sa traduction de l'Aréopagite^ ; Anselme de Laon est plus explicite encore : çideamus^ dit-il, quid dicat S. Spit'îtiis inMoralibus^. Grégoire VII en dit à peu près autant des Pères en général ; mais, chez lui, le mot Patres désigne surtout les pontifes ses prédécesseurs; la chose esta noter pour l'histoire du droit canon ^. La collection de Bonizon de Sutri, la lettre deGebhard de Salzbourg à Herman de Metz, la traduction des Ekatontades de saint Maxime, révèlent la même croyance^. Citons encore, au début du xii° siècle, les noms d'Honoré d'Autun, de Megingotus, de Rupert de Deutz, d'Abélard^. Hugues de Saint- Victor va même jusqu'à placer les Pères et les Docteurs dans un des trois « Or-
1 . De praedestinalione^ chap. xxxvii (PL. CXXV, 4i3); préface d'Alain, dans \es Rendiconti del R. Isiituto Lonibardo^ déjà cités, p. 489).
2. Epistola G (MGH. Epistolae Karolini aevi^ t. III, p. 245).
3. De ecclesiasticaruin rerum exordiis et incrementis^ édit. Knôpfler, citée plus haut, Munich, 1899, P- 3.