‹ Le mouvement théologique du XIIe siècleChapitre 61 sur 228 · DE RÉGNON, op. Cit.^ p · texte numérisé non relu

DE RÉGNON, op. Cit.^ p

108 LE iMOUVEMEiNÏ THÉOLOGIQUE DU XII<= SIÈCLE.

Les luttes théologiques qui se rattachent au nom de Gilbert de la Porrée^ et qui suivent de près celles d'Abélard — celui-ci en avait exprimé le présagea l'évêque de Poitiers dans un vers qu'il emprunte à Horace^ — n'ont pas besoin de nous retenir longtemps. Car, si l'ascendant qu'exerce Gilbert de son vivant se perpétue jusque dans l'enseignement scolaire par son Liber sex principiormn devenu classique '•'% et si ses doctrines ihéologîques se maintiennent dans un groupe de Sentenciers qui peut s'appeler son école '% l'œuvre de Pierre Lombard n'en est habituellement pas directement affectée. Sans doute, l'influence de Gilbert de la Porrée fut profonde dans le mouvement dialectique et, à ce titre, il occupe une place en vue parmi les docteurs du xii^ siècle ; ses idées trinitaires et christologiques firent autant de bruit que celles d'Abélard ^. Mais en dehors de quelques doctrines spéciales dont cette étude n'a pas à tenir compte, et de l'impulsion donnée par lui à un mouvement théologique dont d'autres avaient fixé les grandes lignes, l'œuvre de Gilbert de la Porrée n'eut pas, croyons-nous, d'influence sur le travail de codification que représente Pierre Lombard. Le Magister Sententiarum qui se montre peu favorable à la

I. Othonde Freising, Gesta Frldcrici imperatoris, lib. I, 5o-57 (MGH. SS. t. XX, 379-384); Geoffroi de Clairvaux, Epistola ad Albiniun^ et Libellas contra capitula Gilherti (PL. CLXXXV, 587 et Sgô) ; 6\ Bernardi vita prima^ lib. III, 5^ n. i5 (PL. CLXXXV, 3 12); Vacandard, op. cit., t. II, p. 337-355; Bach, op. cit., t. II, p. 143-168.

2.. « Tune tua res agitur, paries cum proximus ardet » {Epist..^ lib. I, 18, 84).

3. PL. CLXXXVIII, 1357-1270; texte revu par un humaniste du xv<5 siècle (Hauréau, De la philosopidc scolastiqne^ Paris, i85o, t. I,

4. Ce sont les Seiitentiae dlvinitatis (édit. Geyer, dans les Beitràgc, t. VII,ii-iii; voir p. 48 etsuiv.) et le Spéculum Univers aie Ae Radulphus Ardens, encore inédit (Geyer, Radulphus Ardensunddas Speculmnunipe/'.ç«/e, dans la Theologische Quarlalsc/irijt, t. XCIII, 191 1, p. 63-89). Voir aussi \e Liber de vera philosophia et Joachim de Flore, p. 160.

5. Sur Gilbert, ses œuvres, son influence, son école, voir Grab- MANN, op. cit. y t. II, p. 4o8-438; Berthaud, Gilbert.^ évéque de Poitiers, Paris, 1892; Clerval, op. cit.^ p. i63, i85, etc.; R. M. Martin, O. P., Ze péché originel d'après Gilbert et son école, dans la Revue d'Histoire ecclésiastique., t. XIII, 1912, p. 676 etsuiv. et Hofmeister, article cité, p. 640-645 ; à propos de son influence sur les idées de Pierre Lombard, voir Geyer, op. cit. ^p. 22-23.

christologie de l'école gilbertine^, siégeait à Reims parmi les adversaires de Gilbert 2, aux côtés de l'abbé de Clairvaux. Cela ne le mit toutefois pas à l'abri des accusations dont le combatifprévôt de Reichersberg, Gerhoch, accabla, peu après, Gilbert et ses partisans ^.

3. — Les Écoles de Paris et Hugues de Saint-Victor. L'École de Bologne.

Les efforts tentés par saint Bernard dans sa lutte contre Gilbert et Abélard trouvaient heureusement, dans certaines écoles de Paris, des maîtres français ou étrangers capables de les seconder. C'est chez eux que Pierre Lombard, largement influencé par Abélard, nous l'avons déjà dit, ira chercher un contrepoids aux idées moins saines de Vlntroductio chez eux aussi il trouvera l'exemple de la spéculation dialectique alliée au respect des doctrines traditionnelles.

Nous avons déjà eu sous la plume le nom de Robert Pulleyn, archidiacre de Rochester, successivement professeur à Oxford qu'il organise, et à Paris où il connaît Jean de Salisbury, puis cardinal, le premier ecclésiastique anglais

1. Sententiae,\\h. III, Dist. v, i; Geyer, 0/?. cit., p. 21-23.

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