Historia pontiflcalis , n. 8 (MGH. SS. t. XX, p
3. Voir plus loin; tout cela est amplement expose', avec pièces inédites à l'appui, par J. Bach, op. cit., t. II, p. 390 et suiv. Les Sentcutiae divinitatis, dont les deux manuscrits actuellement connus sont en liavière (Monac. lat. i6o63 et 18918), semblent avoir été dans les mains de Folmarde Triefenslein, un des adversaires de Gerhoch de Reichersberg (Kpistola vni, lettre d'Eberhard de Bamberg ; PL. CXCIII, 5o2-5o3 A) et SeiUentiae divinitatis, tract. IV, i, 3 et tract. V, 3 (édit, citée, p. 65* et i38*)*, remarquons toutefois que Julien de Tolède avait déjà parlé de trois substances dans le Christ. A la bibliothèque du chapitre de la cathe'drale de Novare figuraient peut-être les Sentenliae divinitatis.^ eu H75', mais cette conjecture, qui repose sur une coïncidence des syllabes lisibles dans le relevé de 1176, demanderait, pour être vérifiée, un examen plus complet des manuscrits; P. Liebaert restitue le texte comme suit : « Sentent[iae de Jîde Tri]nitati.^ », en s'aidant sans doute du titre d'un des chapitres du ms. 27 (xxxix) ; ne serait-ce pas « Sentent\iae Dii>i]nitatis » .^ {Inventaire inédit de la Bibliothèque capitalaire de Novarc dresse en 1175, n. 5i, dans la Revue des Bibliothèques, t, XXI, J911, p. 112).
110 Lh: MOUVEMENT THÉOLOGIQUE DU XII« SIÈCLE.
élevé à cette dignité, et finalement chancelier de l'Eglise romaine. Ami de saint Bernard, la pureté de sa doctrine, malgré quelques affirmations d'une exactitude contestable, lui vaut les recommandations de l'abbé de Clairvaux, et les contemporains sont unanimes à nous vanter sa science et ses vertus*. Mais son œuvre, malgré ses dimensions et ses rapports possibles avec les Sentences du Lombard — entre les avis qui se sont fait jour, la négative a la plus haute vraisemblance — a une postérité littéraire trop incertaine, et en tout cas trop réduite, pour que nous puissions nous y arrêter dans les limites de cette étude 2. Au point de vue delà netteté des concepts, de la clarté de l'ordonnance, et de la richesse patristique, elle est fort dépassée par Abélard et par le Lombard.
A côté de Robert Pulleyn, il faut citer aussi Gautier de Mortagne, assez ferme dans son enseignement philosophique ou théologique pour oser rappeler à l'ordre Abélard et en même temps pour ne pas souscrire à toutes les thèses de Hugues de Saint- Victor 3; Hugues de Reading, moine et évêque, chargé parle cardinal Albéric d'Ostie de réfuter les hérétiques de Bretagne, mais dont une seule théorie attaquable, au milieu d'une doctrine traditionnelle et saine dans son ensemble, aura de l'écho jusque dans les polémiques de Gerhochde Reichersberg^; Robert deMelun,plus tard évê-
1. SiMÉoN DE DuRHAM, Histoila Regum (continuation par Jean d'Hex- HAM, n. 19; Rer. Brit. Script.^ t. LXXV, 11, p. Sig)^ Jean de Salis- BURY, Metalogicus, lib. I, 5 et II, 10 (PL. CXCIX, 833 A et 869); S. Bernard, Epistola ccv et cclxii (PL. CXXXII, 372, 573).
2. PL. CLXXXVI, 673-1010; voir Grabmann, op. cit., t. Il, p. 386; Kaiser, op. cit.^ p. 809-8 11 (mais cette dépendance d'Abélard, admise par Kaiser, ne nous semble nullement établie par les considérations qu'il émet, pas plus que celle du Lombard vis-à-vis de Robert Pulleyn)*, Éspenbbrger, Die Philosophie des Petriis Lombardus, dans les Beitràge, t. ILI, 5, p. V et 6^ et Baltzer, Die Sentenzen, ctc.^ p. 11.
3. Epistola V, ad Abaelardum, dans d'Achery, Spicilegium, Paris, 1723, t. IIÏ, p. 524 et suiv. ; Epistola ad Hugonem (PL. CLXXXVI, io52-io54) ; Reiners, Der Avistotelische Realismus in der FriihschoLastik, Aix-Ia-Cbapelle, igo"] ^etDEWxjLF^ Revue nco-scolasiiquCy t. XVI, 1909, p. 128-129.
4. Ses Dialogoruin sivc quaestinnum thcologicarum libri septetn ont déjà été cités à la p. 82-, voir le De ecclesia et ciiis ininistris (PL. CXCII, 1255-1298)5 au sujet de ses idées sur la valeur du sacrifice offert par
LES (c SENTENTIAE >> DE PIERRE LOMBARD. 111
que d'Hereford, qui réprime les écarts de Gilbert de la Porrée tout comme ceux du Magister Sententiarum^, et se montre constamment fidèle, parfois avec servilité, aux idées et aux divisions du De Sacramentis- ; Albéric de Reims, souvent en lutte contre Abélard dès les bancs de l'école, calomnié peutêtre par son rival, et que son évêque, Raymond de Martigny, ne peut se résigner qu'avec peine à voir échanger la chaire de sa cathédrale contre le siège de Bourges^. La dignité épiscopale est du reste le couronnement de la carrière théologique de beaucoup des Magistri de France, tout comme de la plupart des canonistes glossateurs de Bologne : on peut le constater chez Anselme , Yves, Guillaume de Champeaux, Gautier de Morlagne, Gilbert de la Porrée, Jean de Salisbury, Pierre de Blois, Adam du Petit-Pont, etc. , et pour finir, chez Pierre Lombard lui-même.
Mais tous ces maîtres, et d'autres que nous ne mention-
les prêtres indignes, voir Saltet, op. cit., p. 272-276; Martène et Durand, Thésaurus novus anecdolorum, Paris, 1717, t. V, p. 968, et Gerhoch de Reichersberg, Liber contra duas haereses^ lib. I, 2 et 3 (PL. CXCIV, Il 72-1 176, elLibelli de Lite^ t. III, p. 285); Histoire littéraire, t, XII, p. 647-669.
1. Historia pontijicalis, n. 8 (MGH. SS. t. XX, p. 022); Jean de CoHNOUAiLLES, Eiilogium, cap. IV (PL. CXG[[, io55 A); Jean de Salisbury, op. cit., II, 10 (PL. CXCX, 867-868); Jean de Salisbury blâme son altitude vis-à-vis de Thomas Becket, jadis le disciple, puis l'archevêque consécrateur de Robert (Epistola clxxviii; CXCIX, 174 C).
2. Cette S umma dont il existe plusieurs manuscrits — à ceux qu'indique Grabmann (op. cit.^ p. 329-33o),onpeut ajouter celui delà bibliothèque d'Avignon, n. 40 (anc. 126) — est conservée dans deux recensions différentes, l'une développée (Bruges, Innspruck), l'autre plus succincte (Paris, Avignon, etc.); le British Muséum en possède un abrégé, à en juger au moins par le titre (cod. reg. 7. F. XIII); la question critique n'est pas encore résolue. Sur Robert de Melun, voir Grabmann, o/?. cit.^ p. 323-358, La préface du manuscrit de Bruges (fol. 5^-6'") qui copie des passages de Guillaume de Saint-Thierry {De sacramentis altaris, cap. xi; PL. CLXXX, SSg), s'en prend à Pierre Lombard sans le nommer.
3. Historia calamitatum, cap. ix (PL. CLXXVIII, i45-i47); Innocent II, Epistolae ccxxxi et ccxxxii, en 11 36 (PL. CLXXIX, 278-279); Primas (Hugues d'Orléans), dans W. Mi^Y^K^Die Oxforder Gediclite des Primas^ dans les Nachrichlen de Gôttingen, 1907, n. xvm, p. loi, io5, etc. ; voir l'article récent de Noyon dans le Dictionnaire d'Histoire et de Géographie ecclésiastiques, t. I, p. 1410-1411, et Hofmeister, article cité, p. i3o-i32.
nons pas ici, qu'ils soient cvêques, abbés, moines, simples scolastici ou magistri scolares, sont éclipsés par le « nouvel Augustin », par la « harpe du Seigneur », par 1' « organe du Saint Esprit », comme est appelé Hugues de Saint- Victor^, Tune des plus pures gloires de l'école que vient d'ouvrir à la jeune abbaye Guillaume de Champeaux-. La biographie connue de Hugues tient en quelques lignes : cet homme qui fut une des plus hautes personnalités théologiques de son époque et dont la trace dans les idées du moyen âge est profonde sur tous les terrains, eut une carrière courte et modeste dont bien peu de traits ont été enregistrés par l'histoire. Neveu de l'évêque Reinhard de Halberstadt (iio^-i i23), et issu presque sûrement de la maison des comtes de Blankenburgh dans le Harz, il vient de Saxe, non de Flandre 3, et après avoir passé quelques années au monastère d'Hamersleben^, il se rend, vers iii5, à Paris, en faisant le voyage par Marseille etla vallée duRhône, pour entrer avec un de ses grands-oncles à l'abbaye de Saint- Victor qu'il ne quitte plus; il y est bientôt préposé aux
1. C'est ainsi que l'appellent Werner Rolewink dans le Fasciculus tcînponun^ a. 1104, et avant lui, Thomas de Cantimpré, Bonum universale de proprietatibus apum, lib. II, 16 (Douai, iv597, p. 174, ou 1627, p. 125 : « Magister Hugo qui secundus Augustinus, id est secundus ab Augustino, in scientia dictus est »), et Jacques de Vitry dans VHistoria orienialis, lil). II (qui orientalis historiae nomine inscribitur), 24 i Douai, 1697, p. 3^8. La légende de la discipline et des démons vient plus loin chez Thomas de Cantimpré (édit. Douai 1697, p. 174-175).
2. Voir la lettre de félicitation d'Hii-oEBERT du Mans (PL. CLXXI, 141-143).
3. L'opinion de Mabillon, déjà citée, semble inadmissible depuis les recherches de Chr. G. Derling, Disseiialio de Hugonea Sancto-FictorCy Helmsladt, 1745 *, sa parenté avec les comtes de Blankenburgh n'est pas aussi sûrement établie. Pour la vie de Hugues, voir, outre la dissertation de HuGONiN {Esaai sur la fondation de l'Ecole de Saint-Fictor, à Paris ^ ch. m ; PL. CLXXV, p. xl-i) ; Mignon, Les origines de la Scolaslique et Hugues de Saint-Fictor^ Paris, 1895, t. I, chap. 1, p. 7-34; FouRiER-BoNNARD, Histoire de H Abbaye royale et de l'ordre des chanoines réguliers de Saint- Fictor de Paris^ Paris [1904], t. I, chap. v, p. 85-96; HoFMEisTEK, Studieu liber Otto von Freising, dans le Neues Jrchic, t. XXXVII, 1912, p. 646 et suiv.
4. Solilocfuium de arrha animae, prologue (PL. CLXXXVI, 95 1); Eruditio didascalica, lib. III, 20 et YI, 3 (PL. ibid., 800, 801 et 788 li).
LES « SEiNTENTIAE » DE PIERRE LOMBARD. 113
écoles et devient prieur en ii33^. Sa vie se passe dans Fétude et la prière ; il écrit et il enseigne, à la grande salisfaction de ses disciples^; il est en relation épistolaire avec quelques-unes des sommités de l'époque, comme saint Bernard, Gautier deMortagne et d'autres^ ; il rappelle à l'archevêque espagnol, Jean de Séville, les obligations du nom de chrétien en face des persécutions^ et il le fait avec une franchise éloquente qui nous garantit le renom dont il jouissait déjà. En II27, son nom se rencontre, avec ceux de l'abbé Gilduin et du prieur Thomas, parmi les signataires d'une charte d'Etienne de Senlis\ On le signale une autre fois encore en dehors de son abbaye; c'est lorsqu'il s'agit, sur l'ordre de Louis le Jeune, de donner un successeur à l'abbé Thomas de Morigny eu 1139^. Peut-être est-il en rapport avec Innocent II, qui l'engage à continuer son De Sacramentis '. Il meurt, comme il a vécu, en saint, à l'âge de 4o ou de 42 ans. Le récit de ses derniers moments, qui constitue, avec la page autobiographique sur ses études à Hamersleben^,
1. C'eslle titre que lui donne Gautier dans la lettre citée plus bas, et la mention d'un manuscrit du xii« siècle, Bibl. Nat., lat. 253 1 (Hattréau, Les OEuvres de Hugues de Saint-Fictor, Paris, 1886, p. 81); FouRiER-BoNNARD {Op. clt.^ p. 89) couteste cettc affirmation .
2. Voir diverses préfaces de ses œuvres. De Sacramentis (PL. CLXXVI, 174, 187, etc.), De arca Noe morali (PL. CLXXVI, 612).
3. Sa correspondance est du reste encore en partie inédite. Signalons, entre autres, le ms. de Merton Collège, Oxford, 49, fol. 802; Bruxelles, Bibl. Royale, 679-681, fol. 112- Dul)lin, Trinity Collège, 276; Cambridge, University Library, 1985, Kk. II, 22, fol. 66-227, etc. Autres indications dans Fourier-Bonnard, op. cit., p. 90-91, et Hau- RÉAU, OP. cit., p. 148, i5o, i5i-i54. Une édition critique de cette correspondance, tout comme des œuvres complètes de Hugues, rendrait de grands services, et nous nous associons pleinement au vœu d'A. Hofmeister [Neues Jrchiv., t. XXXVII, 1912, p. 649, n. 5).