‹ Le mouvement théologique du XIIe siècleChapitre 64 sur 228 · Eruditio didascalica, lib. VI, 3 (PL. CLXXVI · texte numérisé non relu

Eruditio didascalica, lib. VI, 3 (PL. CLXXVI

la plus longue relation des événements de sa carrière, est aussitôt composé par l'infirmier de l'abbaye, Osbert, plus tard abbé de Notre-Dame d'Eu en Normandie ^ ; la première édition de ses œuvres complètes, si l'on peut dire, est composée par les soins de Gilduin, son abbé à Saint-Victor 2; l'inhumation a lieu dans le chœur de l'église. C'est tout ce que nous apprend l'histoire — car le reste est légende^ — de ce grand homme dont le nom demeurera respecté au milieu des controverses des écoles ^, et que les chroniqueurs contemporains appellent un des « grands luminaires » de la France^. Mais cette courte carrière littéraire qui embrasse toute l'encyclopédie des connaissances de l'époque : philosophie, théologie, exégèse, histoire, mystique, avait été féconde. L'on peut s'en convaincre par le seul catalogue de ses œuvres^. Epris d'idéal, Hugues veut un horizon large et profond; toute la sphère des connaissances humaines est l'objet de ses méditations, et les réflexions qui échappent deci de-là à sa plume laissent voir une âme pour qui la vie est la recherche du savoir, unie à la contemplation du vrai, du bien et du beau, si bien qu'on a pu donner comme devise à sa carrière ces mots qu'il a écrits dans son traité de didactique : « Omniadisce; çidebis posteanihil esse super fliium^

1. PIj. CLXXV, p. CLxi-CLxiii; traduction française dans Fourier-

BONNARD, op. cit., p. 93-95.

2. Article cité des Recherches de Science religieuse, t. I, 1910, p. 282 et 396.

3. FouRiER-BoNNARD, o/). clt.^ p. 96-97; Tliomas de Cantimprë a répandu quelques-unes de ces légendes [op. cit., p. 174-175).

4. Jean de Salisbury, Metalogicus, lib, I, 5 (PL. CXCIX, 833 A).

5. Richard ue Poitevin, Chronicon, a. iIl\i-^i (MGH. SS. l. XXVI, p. 81), et Chronicon Anonytnl^ a. ii4i (Bouquet, t. X[I, p. 120), qui ont à peu près les mêmes termes. Voir les indications d'autres chroniqueurs dans l'article cité des Recherches de Science religieuse (t. I, 19 10, p. 270); l'épithète de « iumitiare » est classique alors pour les grands représentants de la science ihéologique ; Folmar de Triefenstein l'applique à saint Bernard [op. cit.., p. 142).

6. Voir la liste de ces catalogues dans l'étude citée [Recherches, p. 270-271). Un autre catalogue de Merton Collège, contenu dans le manuscrit 129, est publié dans la Revue Neo-Scolasiique., t. XX, i9i3, p. 2-26-232; il est dû à Thomas d'Irlande et date de i3o6 commenous le disons ailleurs.

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coarctata scientia iucunda non est ^ ! » Non moins grande fui sa postérité intellectuelle. La théologie mystique du moyen âge doit assurément saluer en lui un de ses maîtres. Mais rien n'autorise à ne voir dans Hugues, comme on le fait trop souvent encore, qu'un mystique qui continue les idées de Jean Scot par ses commentaires sur Denis l'Aréopagite. L'œuvre dogmatique du Victorin, la seule qui doive nous occuper ici, ne le cède pas à celle du mystique, et si l'on tient compte de l'étendue, elle la dépasse de beaucoup. Elle est représentée par son long traité De Sacramentis fldei, et par quelques traités détachés que nous pourrons négliger, pour le moment, dans l'histoire de la codification systématique. Contrairement à Abélard, le De Sacramentis christianae fidei'^ prend comme principe de division, Tordre chronologique du plan divin dans l'œuvre de la création [conditio] et de la réparation [restauratio) de l'humanité. Ce sont là les deux livres de l'ouvrage, divisés l'un en douze, l'autre en dix-huit parties. Cette division reproduit une des idées chères à Hugues, que l'on retrouve dans divers endroits de son œuvre 3, et si, comme le porte à le croire l'aveu du prologue et le caractère inachevé de la fin, le De Sacramentis date de ses dernières années'^, il

I. Eruditio didascallca, lib. VI, 3 (PL. CLXXVI, 8oo D et 8oi A; voir Grabmann, op. cit.^ p, 234) ; Eruditio didascalica, lib. I, 2, 3 et 9, lib. III, i5 et 18 (PL. CLXXVI, 741, 742, 747, 776 D et 776 D) ; lib. VI, 3 et VII, 4 (iBiD., 800, 801 et 814 A) ; De Sacramentis, lib. Il, pars VIII, cap. i3; lib. IL pars XVI, cap. 2 (ibid., 470 et 58o C D).

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