Voir le chap, v, appendice A, p
6. MGH. Libelli de Lite Imperatorum et Pontificum, 3 vol. ; voir le relevé des « a Mc/ori/a/e.ç », par Sackur, Dieterich, ou Boehmer, t. I, p. 655; t. II, p. 731; t. III, p. 765.
7. Schanz, Gcschichte der romischen Literatur, Munich, igoS, t. IV, p. 5i4; VON SoDEN, Die Cyprianische Briefsammlung, dans les Texte und Unlersiichungen, t. XXV, Leipzig, 1904, p. 60 et suiv.
marque de fabrique du voyant du n® siècle. Cette rareté des citations dans les œuvres théologiques est d'autant plus surprenante que le Pasteur nous a été conservé en deux traductions différentes et que les manuscrits s'échelonnent, au nombre de vingt ou plus, depuis le ix^ jusqu'au xvi® siècle i.
Quoi qu'il en soit, avec ses lacunes métaphysiques et son faible bilan grec, l'œuvre du Lombard s'imposa à l'atten^ tion de ses contemporains et ne tarda pas à régner dans toutes les écoles de la chrétienté, malgré une opposition momentanée dont nous dirons un mot tantôt. Elle apportait ce qu'on désirait depuis longtemps, un ensemble de doctrine relativement bref et précis, sans trop de horsd'œuvre ni de digressions, un groupement plus ou moins organique de l'énorme masse des matériaux depuis longtemps transmise d'âge en âge, une systématisation catholique orthodoxe, avec un exposé fort complet des questions de toute nature traitées par les maîtres, ainsi que des réponses et des tentatives de solutions qu'ils y apportaient.
En même temps qu'elle tirait parti de cette soif de recherche et de spéculation, qui caractérisait le réveil intellectuel de son époque, elle gardait une attitude fort réservée vis-à-vis de toute curiosité indiscrète. Ces deux caractéristiques lui faisaient tenir une sorte de via média entre les divers courants qui se partageaient les esprits. En outre, comme nous l'avons déjà insinué, le manque d'originalité dans beaucoup de parties et l'indécision du Magister dans un certain nombre de questions, faisaient de son livre un excellent thème à leçons, où pouvait se donner carrière l'interprétation des commentateurs. Comparé aux pages toutes personnelles d'Abélard ou de Hugues de Saint- Victor, l'ouvrage de Pierre Lombard accuse tout de suite une supériorité énorme pour la facilité du commentaire : c'était la rançon même de son originalité. Nous ne pouvons nous attarder ici à certaines idées spéciales du Magister, comme l'ha-
I. Mandat., I, 4~i05 Haknack, op. cit.^ p. Ôy-SS et 5i; voir aussi Revue d'Histoire ecclésiastique^ t. X, 1909, p. 291, n. 3, et t. YI, 1906, p. 281-288, surtout p. 284.
bitation du Saint Esprit dans l'âme chrétienne^ ou la systématisation sacramentaire ; nous y reviendrons du reste ailleurs. Mais une caractéristique qu'il faut détacher des autres, car elle distingue ce « Corpus » théologique de tous les autres contemporains, c'est la plénitude des renseignements qu'elle fournit sur toutes les questions débattues, ou sur les solutions propagées alors dans les écoles; une étude détaillée de quelques points, comme de la reviviscence des péchés pardonnés*, montre que le compilateur n'a rien omis. C'est un mérite dont tient gré volontiers l'historien qui veut refaire l'histoire des doctrines et des théories. Pour le xii* siècle, c'était un avantage qui fournissait une matière abondante au jeu du commentateur ; cela favorisait le succès de l'ouvrage. Telles sont les principales caractéristiques -qui sans doute exercèrent leur attrait sur lesgénérationsde la seconde moitié du XII® siècle et du commencement du xiii®. Un jour peutêtre, les recherches dans les nombreux traités inédits de cette époque découvriront quelque témoignage qui nous dise nettement ce qui a surtout attiré nos ancêtres vers le livre du Lombard. Sûrement, le commentaire de Pierre de Poitiers , fini ava nt 1 1 76, et le décret conciliaire de 1 2 1 5 n'ont pas été sans effet, et en ce point nous ne pouvons qu'approuver le D"" Grabmann^. Mais l'œuvre du premier disciple du Maître n'a guère été suivie dans sa division des matières ; l'on en est revenu à la marche de l'original. Puis, Pierre Lombard était déjà fort en vue sans l'appoint de notoriété
1. Voir l'article cité de la Nouvelle Revue Théologique, t. XLI,
2. L'on trouvera ces caractéristiques, causes de succès, de'veloppées dans Protois, op. cit., p. 190; Simler, Des sommes de théologie, Paris, 187^1 P- 9^-94; Wernkr, Der hl. Thomas von Aquino, Ratisbonne, i858, t. I, p. 'Ii2-3i4 ; Seeberg, article cite' de la Realencyklopàdie , t. XI, p. 641 ; Lehrbuch der Dogmengeschichte , t. III, p. 189 ; Lobstein, Encyclopédie des sciences religieuses, X.. VIII, p, 348; HARNACit, op. cit.^ t. III, p. 374, n. 1 5 H. O. Taylor, op. cit.., p. 3o6 et 370. Voir aussi ''appréciation de Hampden, dans son ouvrage qui eut son heure de célébrité et qui, malgré les réserves qu'il appelle, présente quelques considéralions utiles à lire {The scholastic philosophy considered in its relation to Christian theology, Londres, 1837, P- 43)-
3. Grabmanît, op. cit.., p. 406; bon résumé, dans les pages qui précèdent, des avis mentionnés ici dans la noie 2.
que pouvait lui donner son élève : nous en avons pour preuves, outre sa nomination au siège de Paris, le témoignage d'Eberhjard de I3amberg et des frères de Reichersberg, celui d'Adam du Petit-Pont, et la vogue dont jouissent ses gloses sur saint Paul^, laquelle ne doit certainement rien à Pierre de Poitiers. Quant au concile de Latran, s'il a assuré le triomphe des Sentences y ce qu'on ne peut nier, il faut remarquer qu'avant cette date, le livre et son auteur occupaient déjà une large place dans l'horizon théologique 2. En attendant un témoignage plus explicite sur les causes de leur succès, l'on est autorisé, croyons-nous, à les chercher pour une grande part, dans ce qu'on a appelé les « qualités intrinsèques » de l'ouvrage. En tout cas, c'est ne pas tenir compte de la situation théologique de cette époque que de recourir au hasard, comme le faisait Wernle^, pour expliquer les raisons de la vogue des Sentences, Ce qui a été dit plus haut montre assez combien l'ouvrage répondait au double courant des esprits qui dominait depuis des siècles.