‹ Le mouvement théologique du XIIe siècleChapitre 91 sur 228 · Denifle, ibid., p · texte numérisé non relu

Denifle, ibid., p

4. Sententiaruni libri quinque., lib. I, 22, et Augustin, De Trinitate, lib. VI, 10; voir Mathoud, préface (PL. CGXI, 789-790).

5. « Stetit autem haec indeterminata altercatio... per multos annos » (Roger de Wendover, Flores historiarum, a. 1179; Rer. Brit. Script., t. LXXXIV, 1, p. 122-i23;Matthieu Paris, Historia Angloruuij a. 1179; même collection, t. XLIV, i, p. 4i5-4i7).

6. Ms. io85 de la bibliothèque de Grenoble; voir P. Fournier, Joa-

LES « SENTENTIAE » DE PIERRE r.OMBARD. 161

surtout renseignement irinitaire de Pierre Lombard, en même temps que celui de Hugues de Saint- Victor et de saint Bernard, se place l'œuvre de Joachim de Flore, qui s'en prend au Magister et reste fidèle à Gilbert. L'écrit cité en premier lieu se place à la fin du xii'' siècle; le second ne peut lui être de beaucoup postérieur, Joachim étant mort en 1202. Mais, tandis que le premier ouvrage nous a été conservé sans nom d'auteur, — les identifications tentées jusqu'ici n'ont pas eu de succès ^ — , le second ne nous est plus connu que par la mention qu'en font les chroniqueurs, par quelques citations des théologiens, comme celles de Guillaume d'Auxerre^, ou par des extraits des documents ecclésiastiques, comme les canons de Latran. Il se trouvait jadis dans la Bibliothèque des Papes d'Avignon, et la notice que lui a consacrée le catalogue reste des plus précieuses pour une identification éventuelle^.

Un élément intéressant de ces pamphlets est la preuve qu'ils nous apportent de la survivance des idées gilbertines sur la Trinité, longtemps après la condamnation de Reims. L'on a mentionné plus haut quelques œuvres qui se rattachent à cette école; cette fois, ce sont les idées trinitaires mêmes de Gilbert qui sont reprises et opposées à celles de Pierre Lombard, l'un des adversaires signalés par les chroniques à la réunion de 11 48. Si l'un des auteurs, originaire vrai-

clnm de Flore et le Liber de vera philosophia, dans la Revue d'histoire et de littérature religieuses^ t. IV, 1899, p. 36-66 \Un adversaire inconnu de saint Bernard et de Pierre Lombard^ dans la Bibl. des Chartes^ t. XLVI[, 1886, p. 394-417; Joachim de Flore et ses doctrines, son influence^ dans la Revue des Questions historiques, t. LXVII, 1900, p. 4^7- 5p5) ; les trois études ont été reproduites avec retouches sous le titre : Etudes sur Joachim de Flore et ses doctrines, Paris, 1909.

I. P. Fournier a modifié sa première opinion; voir Etudes sur Joachimde Flore, p. 99, n. 3 ; Mandonnet, dans [e Bulletin critique, t. XXIÏ, 1901, p. 71-73.

1. Aurca doctoris acutissimi... Guillelmi Altissiodorensis in quattuor Sententiarum libros perlucida explanatio, Paris, Regnault (i5oi), fol. 6.

3. Inventaire de i359, à Avignon, n. 36a (Ehhle, Historia Bibliothecae RR. PP., t. I, p. 3 14, dans la Bibliotheca delU Accademia Storico-giuridica,\. VII, Rome, 1890), Un manuscrit d'Oxford contient sous un faux titre une simple analyse de la condamnation de Joachim en I2i5 (Balliol Collège, 296, fol. 219-349).

semblablement da Languedoc ou de quelque autre province du midi de la France, dérobe son nom sous le voile de l'anonymat^, l'autre a eu une notoriété immédiate et une réputation posthume qui en fait un des hommes les plus en vue de la fin du xii'' siècle 2. Converti sur le tard dans un fastueux voyage à Constantinople vers 1 158, puis pèlerin mendiant, cistercien et prédicateur ambulant, le grand voyant calabrais, fondateur du monastère San-Giovani-in- Fiore, sans cesse en rapport avec les papes, les rois et les grands personnages ecclésiastiques^, pouvait devenir un terrible adversaire pour les destinées du Magister Sentent tiarum. L' « obole de la veuve » que la préface de Pierre Lombard avait la modeste ambition de présenter, courait le risque non plus de passer inaperçue, mais d'être rejetée du trésor^. Mais le moine illuminé n'avait pas plus que ses prédécesseurs le sens de la modération dans l'attaque. D'autres parties de son œuvre jetèrent sur sa mémoire une ombre d'hétérodoxie : ce qui ne facilita pas le succès à ses tentatives. Sans nous attarder aux vicissitudes de la lutte, sur lesquelles les renseignements complets font encore défaut, rappelons seulement que ce qui fait surtout l'intérêt de ces attaques, dans l'histoire posthume de Pierre Lombard, réside dans le résultat extraordinaire qu'elles obtiennent : elles aboutissent à la plus solennelle consécration qu'ait jamais reçue ouvrage de théologie. Le concile de Latran de 121 5, qui devait, d'après les visées de ses adversaires, donner le coup de grâce au Liber Sententiarum^ assure définitivement son triomphe dans l'enseignement de la chrétienté et inscrit

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