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I. Eflition d»i Mercure de France

LE SYMBOLISME

sept de la pléiade romane, atteste suffisamment le rôle du poète des Stances et l'attitude directrice que des émules sans rivalité lui conféraient sur le groupement. Il semblait que ce fils des héroïques conquérants de l'indépendance hellénique leur parût plus autorisé de rapporter du fond des âges les reliques sacrées de

... la Grèce, ma mère, où le miel est si doux!

Jean Moréas, en effet — de son nom Pappadiamantopoulos, — était né dans Athènes le i5 avril i856. (( Ses aïeuls, dit M. Félix Fénéon avec cette courtoisie narquoise si caractéristique de sa manière, s'adonnèrent à ce genre de sport qui consistait, vers 182/f, à brûler les galères ottomanes , à fournir des sujets à Delacroix et à tomber avec emphase dans les naumachies. »

Elevé par une Française, l'enfant apprit notre langue concurremment à la sienne et, séduit de prime abord par nos écrivains delà Renaissance chez qui l'influence est si particulièrement sensible des poètes de son pays, il se jura, dès l'âge de 10 ans, qu'il deviendrait poète français. Aussi, quand il laissa, pour se rapprocher de nous, son Attique maternelle, avait-il lu tous nos poètes, et plus soigneusement ceux de notre xvi*" siècle. Il prit le chemin des écoliers : Francfort, Heidelberg, Genève, Cologne, Venise, Florence, Marseille et Paris, dont il fut épris au premier regard, en 1872. Il fallut revenir en Grèce, mais Paris le tenait déjà, car il avait senti que Paris est

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riiéritier vivanl de 1 llcllatic morte : a Le jour où j'ai ainu^ /a Seine, j\ii compris pounjuoi les Dieuc m'avaient fait naître en Attique. »

Il s attarda pourtant (|iud(|ucs années ehez lui et c'est seulement en 1882 (jue nous le trouvons collaborant h la youvelle rive yanr/ie, depuis Latèce. Il y lit paraître les Syrtes, en 188/4. C'était un livre de poèmes inllueiieé. comme toute la jeunesse littéraire du temps, de Baudelaire et de \ erlaine. Il faisait alors partie des Symbolistes et, comme tel, subissait avec placidité les critiques plus ou moins acérées de ses contemporains.

Au vrai, le symbolisme admis, le seul crime de Moréas était d'avoir du talent et de dire des vers, le soir, (( clans les cafés d' adolescents ». Ces vers, quand c'étaient les siens, avaientles imperfections charmantes de l extrême jeunesse et une souplesse de rythmes qui égalait souvent \ erlaine, Comme lui, il se complaisait aux ryllimes impairs et ses Cantilènes en contiennent d adorables. Déjà, dans ce nouveau recueil, il renonce progressivement aux puéiilités un peu barbares de l'allitération, au charme profond et pourtant facile des rappels de vers. La pièce qui suit paraît une transition entre les deux manières :

Sous vos longues chevelures, petites fées,

Vous chantâtes sur mon sommeil bien doucement,

Sous vos longues chevelures, petites fées.

Dans la forêt du charme et de l'enchantement.

^^ -^ LE SYMBOLISME ^

Dans la forêt du charme et des merveilleux rites, Gnomes compatissants, pendant que je dormais, De votre main, honnêtes gnomes, vous m'offrîtes Un sceptre d'or, hélas ! pendant que je dormais.

J'ai su depuis ce temps que c'est mirage et leurre, Les sceptres d'or et les chansons dans la forêt; Pourtant, comme un enfant crédule, je les pleure Et je voudrais dormir encor dans la forêt.

Qu'importe si je sais que c'est mirage et leurre ' !

Les Cantilènes parurent en 1886 et cette année marque dans la vie du poète, car il publia, en collaboration avec Paul Adam, le Thé chez Miranda et ce fut le 18 septembre qu'il fit paraître au Figaro son manifeste relativement au Symbolisme, dont il épousait la querelle. Avait-il choisi, comme on peut le supposer chez un symboliste, ce jour des Panathénées oii l'Eglise catholique fête encore sainte Sophie, pour affirmer ses convictions ? Cela se peut, et la déesse fut propice au poète en raison même de cet hommage. Le symbolisme de Jean Moréas s'éloigne infiniment de celui de Mallarmé : « Ennemie de renseignement, la déclamation, la fausse sensibilité, la description objective, la poésie symboliste cherche à vêtir ridée d'une force sensible qui néanmoins ne serait pas son but à. elle-même, mais, tout en servant à exprimer

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