‹ Le moyen âge (395-1270) Choix de lectures historiques, accompagnées de résumés, d'analyses, de notes explicatives et bibliographiquesChapitre 11 sur 66 · Mundus ou Mundo était fils de Gheism, fils d'Attila · texte numérisé non relu

Mundus ou Mundo était fils de Gheism, fils d'Attila

même labandonnaient ; l'empereur lui commanda de sortir par hporte de Bronze, Il y court, passe avec autant de fatigue que de danger à travers les ruines d'un vieux bâtiment que le feu avait épargnées, et arrive au cirque. Gagnant une galerie à la droite du trône, il s'apprête à forcer Hypatius ; mais, considérant que la porte était fort étroite et gardée par des soldats du parti opposé, il craint de périr dans un passage aussi difficile, et de laisser l'empereur exposé à la fureur des factieux. Tout à coup, voyant le peuple entassé pêle-mêle sur la place publique, il tire son épée, commande aux siens d'en faire autant, et charge à Timproviste cette multitude en désordre, qui ne savait rien des choses de la guerre. Ce fut un horrible tumulte. Quand Mundus, qui se tenait en réserve, jugea que Bélisaire était aux mains, il sortit par la porte Libitine et fondit sur les séditieux qui se trouvèrent battus de deux côtés à la fois.

» Comme le peuple fuyait et qu'il y avait déjà beaucoup de sang de versé, Bérode et Juste, neveux de Justinien, arrachèrent Hypatius du trône, sans que personne se mît en devoir de le défendre, et ils le conduisirent avec Pompée devant l'empereur qui le fît enfermer dans une étroite prison. 11 y eut ce jour-là plus de 3 000 personnes massacrées. Pompée fondait en pleurs et tenait des discours dignes de pitié, dont Hypatius le reprenait fortement, en lui remontrant que ceux que l'on fait mourir sans qu'ils l'aient mérité ne sont pas à plaindre : que pour eux ils n'étaient pas coupables d'avoir seulement formé la moindre pensée contraire au service de Justinien ; que c'était la fureur du peuple qui leur avait déféré l'empire et qui les avait traînés au cirque. — Ils furent massacrés le lendemain, et leurs corps jetés dans la mer. On confisqua leurs biens et celui des sénateurs du même parti. Voilà quel fut le succès de la sédition de Conslantinople. » (Procope *, Histoire de la guerre contre les Perses, ^. I, ch. XXIV, traduction du président Cousin, 1672.)

1. Procope, historien grec, né à Césarée (Palestine) vers le commencement du 'v sixième siècle, mort vers 565, fut le secrétaire de Bélisaire qu'il suivit dans presque \ toutes ses campagnes; il devint préfet de Conslantinople en 562. Il a laissé une grande histoire des événements de son temps (Guerre* contre les Perses^ deux livres ; Ouerres contre les Vandales, deux livres ; Guerres contre les Goths, quatre livres. U a écrit encore un ouvrage en six livres, des Edifices (énumération des monuments élevés sous Justinien), et un volume à' Anecdotes sur Justinien et sa cour, désigné «ussi sous le nom d'Histoire secrète. Sans ce livre publié après sa mort, Procope passerait pour^ un historien exact et consciencieux ; malheureusement il démolit •ians ses Anecdotes l'édifice qu'il avait élevé précédemment à la gloire de Justi-

Sainte-Soplile de Consiantinople.

La sédition Nika avait couvert Constantinople de ruines. La principale église, consacrée à la sagesse divine (Sainte-Sophie) avait disparu dans es flammes. Justinien la reconstruisit et fit en sorte que le nouvel édifice dépassât en splendeur tout ce qu'on racontait des édifices les plus célèbres et en particulier du temple de Salomon.

(( Rarement la folie de la prodigalité a été poussée si loin. Les plus riches matériaux, lor, Targent, Tivoire, les pierres précieuses, furent employés avec une profusion incroyable et qui même blesse le goût : il semble que Justinien en ait moins apprécié la beauté que le prix, et qu'il ait voulu éblouir par le spectacle d'un luxe féerique...

» Les travaux de Sainte-Sophie absorbèrent donc des sommes immenses. Il fallut, pour y suffire, établir de nouveaux impôts et recourir à des mesures arbitraires. Justinien écrivait aux gouverneurs et aux fonctionnaires de lui envoyer des matériaux déjà travaillés, et ceux-ci s'empressaient de dépouiller les monuments antiques. Un préteur avait expédié d'Ephèsehuit colonnes en vert antique. 11 en était venu de Cyzique, de la Troade, des Cyclades, d'Athènes. Une veuve romaine, Marcia, avait envoyé huit colonnes de porphyre enlevées à un temple du Soleil. De là une fort grande diversité de marbres et de pierres de toutes couleurs, mais la polychromie naturelle qu'on obtient ainsi n'a rien de déplaisant, si on sait en combiner les tons avec goût...

» On connaît les noms des deux principaux architectes qui dirigèrent les travaux, Anthemius de Tralles * et Isidore de Milet. Sous leurs ordres étaient placés cent maîtres ou chefs de chantiers dont chacun commandait à cent ouvriers. Lorsqu'on eut déblayé le terrain et jeté les fondements, le patriarche Euty-

nien. La plume haineuse et vénale, qui louait le prince en public, le déni^ait en secret, le glorifiant et le noircissant pour les mêmes actes, faisant de lui ici un héros, là un monstre plus détestable que Néron et Domitien. Entre ces deux excès de la flatterie et de la méchanceté, le jugement de la postérité est resté indécis et, par une tendance assez ordinaire à notre nature, qui préfère la satire au panégyriaue, on donna plus de créance au livre des Anecdotes de Procope

qu'à sa grande Histoire en huit livres. 1. Si 1 on en croit l'historien Aga

1 Agathias, Anthemius aurait été le premier à faire usage de la force élastique de la vapeur. Ayant eu à se plaindre d'un voisin, il ébranla sa maison au moyen de tubes dans lesquels il avait fait passer des jets de vapeur. Le voisin, en sentant osciller sa maison, crut à un tremblement de terre.

L'EMPIRE GREC. lOi

chius récita les prières pour la réussite de Tentreprise, et ce fut lempereur qui posa la première pierre. 11 fit aussitôt construire un oratoire et quelques salles où il venait pour surveiller les travaux. Plus tard, on se plaisait à raconter une foule de prodiges survenus pendant la construction : un ange aurait décrit à l'empereur endormi le plan qu'il fallait adopter ; un autre lui aurait révélé des trésors cachés, à un moment où l'argent manquait; un autre encore, qu'il fallait trois absides.

» On avait commencé les travaux peu de temps après l'incendie; la dédicace eut lieu le 27 décembre 537. L'empereur se rendit de son palais à la porte de TAugustaBon, monté sur un char à quatre chevaux, puis, arrivé à l'église, il descendit, et, les mains étendues, il s'écria : « Gloire à Dieu qui m'a jugé digne » d'accomplir un tel ouvrage! Salomon, je t'ai vaincu. » Cette exclamation ambitieuse prouve bien qu'à ses yeux c'était le temple par excellence de la nouvelle loi qu'il venait d'élever*. Il pourvut avec le même faste à l'organisation et à l'entretien de l'église : 365 propriétés lui furent assignées aux environs de Constantinople et i 000 clercs furent chargés de la desservir.

» Vue de Textérieur, Sainte-Sophie ne produit qu'une impression médiocre, et la coupole même, si hardie qu'en soit la construction, paraît déprimée. C'est à l'intérieur de l'église qu'il faut pénétrer pour en bien comprendre l'originalité et les splendeurs...

» La construction de la coupole centrale avait été un problème difficile à résoudre, à cause des proportions immenses qu'on avait voulu lui donner... Les architectes qui avaient eu l'audace de la construire se défiaient eux-mêmes de leur œuvre. Ils y employèrent des matériaux particuliers, notamment des tuiles blanches et spongieuses fabriquées à Rhodes, et si légères qu'il en fallait cinq pour égaler le poids d'une tuile ordinaire. Malgré ces précautions, on ne tarda pas à reconnaître combien les craintes étaient fondées. Les années qui suivirent furent signalées par des tremblements de terre quelquefois fort violents. La

1. JusUniea avait droit d'être fier de son œuvre. 11 n'existe pas, dans l'histoire de l'art chrétien, d'église dont l'importance soit plus grande. Notre-Dame de Paris compte des égales, même dans les provinces voisines; Saint-Pierre de Rome manque d'originalité et n'est guère chrétien que de destination ; Sainte-Sophie, au contraire, a le double avantage de marquer l'avènement d'un style nouveau, d'atteindre du même coup à des proportions qui n'ont jamais été dépassées en Orient. (BAYrr.)

* ÎOÎ LECTURES HISTORIQUES.

coupole de Sainte-Sophie se ressentit de ces secousses répétées, des fissures s y produisirent et, le 7 mai ,Ho8, elle s'écroula... Justinien la fit reconstruire. Anthemius et Isidore étaient morts, mais ce dernier avait laissé un neveu qui fut chargé du travail. Il augmenta encore l'élévation de la coupole, mais, en même temps, ildonna plus de solidité aux grands arcs. On laissa très longtemps en place les cintres et les échafaudages, puis on inonda d'eau la partie inférieure de l'église, afin que les pièces de bois, en tombant, ne pussent pas ébranler les constructions nouvelles.

» Sainte-Sophie n'était point une église isolée; elle faisait partie de cet immense ensemble d'édifices qui formaient le quartier impérial. Qu'il allât assister aux jeux du cirque dans l'Hippodrome ou qu'il vînt prier à Sainte-Sophie, l'empereur, à vrai dire, ne sortait point de chez lui. Quand il avait traversé le Forum, il trouvait sur le côté méridional de l'église toute une série de salles qui lui étaient réservées.

» Dans le mobilier et la décoration de l'église, tout répondait à ces idées de magnificence dont l'esprit de Justinien était comme enivré. Vers le centre de l'édifice, l'ambon * était une grande tribune surmontée d'un dôme et d'une croix : l'éclat de l'or et des pierres précieuses s'y mêlait à celui des plus beaux marbres. Le sanctuaire était séparé du reste de l'église par une clôture toute en argent. Sur les colonnes se détachaient, dans des médaillons, les images du Christ, de la Vierge, d'anges, d'apôtres et de prophètes. L'autel était en or, et sur ce fond éclatant étincelaient les gemmes et les émaux. Au-dessus s'étendait, en forme de ciborium, un dôme surmonté d'une grande croix d'or : quatre colonnes en argent doré le soutenaient... La nuit, aux grandes fêtes, l'église s'éclairait comme d'une immense illumination, car, d'après les écrivains byzantins, on n'y comptait pas moins de six mille candélabres dorés. A la voûte de la coupole et des absides, le long des parois, se déroulaient d'immenses mosaïques décoratives. Là, sur un fond d'or ou d'un bleu foncé, apparaissaient de grandes figures d'un caractère majestueux. Beaucoup ont été détruites et presque partout le badigeon des Turcs a recouvert ce qui en restait... » (C. Bayet', VArt byzantin, Quantin et C^^.)

1. Vambon était le pupitre placé à l'entrée du chœur et où les diacres lisaient au peuple l'épître et révangile.

2. Cil. Bayet, ancien élève de l'Ecole normale, ancien membre des écoles

Ciéllnier sur le mont Papua.

La Ruerre la plus glorieuse et la plus rapidement conduite du règne de f^ Jostinien fut celle que Bélisaire dirigea en Afrique contre les Vandales. Débarqué à cinq journées de Carthage, le grand Rénéral s'empara rapide- ) ment de Sullecte, Leptis et Adrumète, battit l'armée du roi Gélimer à Decimum et entra dans Carthage. Gélimer, ayant tenté de nouveau la fortune \ des armes, fut complètement défait à Tricaméron et obligé de s'enfuir chez les Maures, ses alliés. Il espérait pouvoir passer de là en Espagne, mais il se trouva bientôt bloque avec toute sa famille, sur le mont Papua *. L'Bérule Pharax, qui pommandait les fédérés romains, n'ayant pu le forcer dans sa retraite, fit garder soigneusement toutes les issues de la montagne. Gélimer, ses neveux et sa noblesse vandale souffrirent bientôt les horreurs de la faim.

« Les Vandales sont les peuples du monde qui mènent la vie la plus délicate, au lieu que les Maures mènent une vie toute pude et toute grossière. Depuis qu'ils s'étaient rendus maîtres de l'Afrique, ils s'étaient habitués au bain et à une table où Ton servait tout ce que la terre et la mer produisent de délicieux et d'exquis. L'or luisait sur leurs vêtements et sur leurs longues robes de soie. Ils donnaient la plus grande partie de leur temps au théâtre, au cirque, à la chasse, à la danse, à la musique et à d'autres pareils divertissements. Ils avaient d'agréables jardins parés de beaux arbres et arrosés de quantités de fontaines. Enfin ce n'était parmi eux que festins et toutes sortes d'autres plaisirs. Les Maures, au contraire, habitent en toutes saisons des cavernes, où il n'est presque pas possible de respirer. Ils n'en sortent ni pour la neige, ni pour la chaleur, ni pour aucune autre incommodité. Ils couchent sur la terre. 11 n'y a que les plus considérables qui mettent sous eux des peaux. Ils ne changent jamais d'habits, car ils portent le même manteau et la même tunique toute l'année. Ils n'ont ni pain^ ni vin, ni autre nourriture préparée en la manière des autres hommes ; mais ils vivent, à la façon des bêtes, de seigle et d'orge tout crus.

d'Athènes et de Rome, professeur à la faculté des lettres de Lyon et à l'école naUoiiale des beaux-arts de Rome, recteur de l'académie de Lille, correspondant de 1 Institut, a écrit sur l'histoire de l'art des ouvrages fort estimés : Recherches pour tenir à V histoire de la peinture et de la sculpture chrétiennes en Orient, avant la querelle des iconoclastes (thèse, 1879), l'Art byzantin, Précis sur Vhistotre de VArt, etc. \ i ;. y .

v}' ^?^1® PÏ«^ce le mont Papua près d'Hippone ; c'était peut-être le massif do i Aia-Mokra, important aujourd'hui par ses riches mines de fer.

Gélimer et ses compagnons étaient renfermés avec ces Maures et étaient réduits à une telle extrémité, par celte manière de vivre, qu'ils manquaient de tout, et que la mort commençait à leur paraître douce et la servitude à ne plus paraître honteuse.

» Quand Pharax connut l'état déplorable de Gélimer, il lui écrivit une lettre pour l'engager à se rendre, lui iaisant tout espérer de la clémence de l'empereur. Gélimer pleura en lisant cette lettre et y fit cette réponse : « Je vous remercie de l'avis ;) que vous m'avez donné. J'estime que c'est un mal insuppor- » table de devenir l'esclave d'un injuste ennemi dont je souhai- » terai de me venger, si le Ciel m'était favorable. Je ne l'avais » jamais offensé par mes paroles et mes actions. Il me fait la » guerre sans sujet et m'envoie, je ne sais d'oti, un Bélisaire » pour me jeter dans la misère où je suis. Etant homme et » prince comme il est, il lui peut arriver une infinité de choses » contraires à ses désirs. Je n'en saurais écrire davantage, » parce que la force de ma douleur m'ôte toute application à » parler davantage. Adieu, Pharax, je vous prie de tn envoyer un » luth, un pain et une éponge. » Pharax fut longtemps à songer ce que signifiait la fin de cette lettre, jusqu'à ce que le porteur la lui expliquât et lui dît que Gélimer demandait un pain, parce qu'il y avait longtemps qu'il n'en avait vu ; qu'il avait besoin d'une éponge pour guérir une tumeur qu'il avait sur l'œil ; et que, comme il savait jouer du luth, il avait envie de jouer dessus une chanson qu'il avait composée sur ses malheurs. Pharax, touché de compassion pour le déplorable état où était Gélimer, lui envoya ce qu'il demandait ; mais il n'en garda pas les avenues de la montagne avec moins de soin qu'auparavant.

» Comme il y avait déjà trois mois que le siège durait et que l'hiver était passé, Gélimer appréhendait que les assiégeants ne fissent un efl'ort pour gagner le haut de la montagne. Plusieurs jeunes hommes de ses parents avaient le corps tout rongé de pourriture. Bien que ces disgrâces lui fussent extrêmement sensibles, il les supportait néanmoins avec une constance inébranlable, jusqu'à ce qu'il vît devant ses yeux le triste spectacle que je vais décrire. Une femme maure avait fait cuire un petit pain sous la cendre, en la manière du pays. Il y avait deux enfants devant le feu, dont l'un était fils de cette femme et l'autre le neveu de Gélimer. L'un et l'autre, enrageant de faim, attendaient que le pain fût cuit afin de se jeter dessus. Le Vandale fut le plus habile et, ayant pris le pain encore tout chaud et tout plein

de cendre, le mit dans sa bouche. A l'instant Tautre lui sauta au visage et lui donna plusieurs coups, pour lui faire sortir de force le pain d'entre les dents. Gélimer, touché de la vue d une action si pitoyable, écrivit à Pharax en ces termes : « Si jamais » personne, après avoir supporté l'adversité avec une fermeté » invincible, a changé de sentiment, je vous prie de croire que » c'est à moi que cela est arrivé. J'ai résolu de suivre votre » avis ; je ne résiste plus à la fortune et je suis l'ordre des des- » tinées, quelque part qu'elles me mènent. Faites en sorte seu- » lement que Bélisaire m'assure de bonne foi tout ce que vous » m'avez promis. Aussitôt que j'aurai sa parole, je me rendrai » avec les Vandales qui sont ici. »

» Voici ce que Gélimer écrivit. Pharax le manda à l'heure même à Bélisaire avec tout ce qui avait été écrit par les lettres précédentes. Bélisaire députa incontinent Cyprien, chef des confédérés, et quelques autres pour aller assurer Gélimer que ni lui, ni les siens ne manqueraient de rien et que, pour ce qui est de sa personne, il serait honorablement accueilli de Justinien. Quand ceux-ci eurent joint Pharax, ils allèrent ensemble au pied de la montagne où Gélimer se rendit, après avoir reçu leur parole. Bélisaire était alors logé dans le faubourg d'Aclas, à Carthage, où Gélimer l'aborda en riant, d'un rire qui éclata devant tout le monde. Quelques-uns croyaient que c'était la grandeur de sa disgrâce qui lui avait fait perdre l'esprit, jusqu'au point de le faire rire sans sujet; mais ses amis soutenaient qu'il avait fort bon sens et que son ris procédait d'une profonde sagesse : que c'était en faisant réflexion qu'il était d'une famille royale, qu'il était parvenu à l'empire, qu'il avait été environné de richesses et d'honneurs depuis son enfance jusqu'à sa vieillesse; que depuis il s'était vu dans la crainte, dans la fuite, dans les misères; qu'il avait enfin éprouvé tout ce que peut faire l'une et l'autre fortune; il riait pour témoigner qu'il n'y a rien dans le monde dont on ne doive rire et se moquer. Les amis et les ennemis de Gélimer jugeront de cette action comme il leur plaira... » (Procope, Histoire de la guerre contre les Vandales^ 1. II, ch. VI et vu, traduction du président Cousin.)

lia légende de Bélfsaire aveugle.

Le roman, la peinture, la chanson même, ont altéré à qui mieux mieux les traits de cette grande figure, qui domine le règne de Justinien et qui

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tient, dans l'histoire militaire de l'empire romain, une place tout aussi importante que Scipion, Marius, César et Slilicon.

D'après l'opinion la plus accréditée, Bélisaire, le vainqueur des Perses, des Vandales, des Gotbs et des Bulgares, aurait été, pour prix de ses services, aveuglé par ordre de Juslinien et réduit, sur ses vieux jours, à mendier son pain aans les rues de Constantinople.

11 est difficile, aujourd'hui, de se figurer Bélisaire autrement qu'aveugle et mendiant. Va-t-on au Louvre, David nous le montre assis sur une borne milliaire, implorant la charité des passants. Passe-t-on devant un magasin d'estampes, il n'est pas rare de voir à la vitrine le Bélisaire du baron Gérard, portant sur un bras son guide expirant, et sondant de son bâton la route gui conduit à la ville.

L'histoire a fait bon marché de la légende de Bélisaire aveugle. S'il est un homme qui peut nous renseigner exactement sur ce personnage, c'est assurément son secrétaire ProCope, le principal historien du règne de Justinien. 1! nous le montre sans cesse en butte à l'envie des courtisans et à la jalousie de l'empereur ; il nous raconte en détail toutes ses disgrâces ; mais, bien qu'il ait vécu aussi longtemps que son protecteur, il ne dit rien du supplice qui lui aurait été infligé. Jean Malala, historien très exact, qui continue Procope, dit que Bélisaire mourut en possession de ses biens et de ses honneurs.

Quelle peut être l'origine de cette singulière légende ? On en trouve les éléments aans Procope lui-même. Il parle, en effet, d'un général devenu aveugle et d'un préfet du prétoire réduit à la mendicité. L'un et l'autre étaient accusés de conspiration contre l'empereur.

En 539, Justinien étant tombé malade, le bruit de sa mort se répandit dans l'armée. Il ne mourut pas et on rechercha les auteurs de cette fausse nouvelle. Des délateurs prononcèrent les noms de Bélisaire et d'un de ses collègues nummé Buzès. Buzès, appelé à la cour par l'impératrice Théodora, fut, à l'insu de tout le monde, jete dans un souterrain du palais et traité avec une barbarie révoltante. Le muet, qui seul pénétrait dans son cachot, lui jetait sa pâture comme à une bête féroce. Durant près de trois ans, Buzès resta plongé dans la plus complète obscurité, ne distinguant le jour (le la nuit. Quand il fut rendu à la lumière, il perdit presque aussitôt l'usage de la vue, et, depuis lors, il ne fit que languir.

Rien de plus commun, dans l'histoire byzantine, que ces catastrophes ui précipitaient du faite des grandeurs les hommes les plus considérables e la cour. La disgrâce du préfet du prétoire, Jean de Cappadoce, est plus éclatante encore.

Cet homme était odieux à tout le peuple de Constantinople ; il avait été l'une des causes de la sédition Nika; son avarice avait failli compromettre l'expédition d'Afrique; mais l'empereur l'aimait et le protégeait. Fier de son crédit, il cr'it pouvoir braver la toute-puissante Théodora. Celle-ci lui tendit un piège dans lequel il tomba. Elle savait que Jean croyait aux devins, et que des mages lui avaient fait espérer la dignité impériale. Des agents provocateurs feignirent d'organiser un complot contre l'empereur, et y engagèrent l'ambitieux préfet. Quand celui-ci s aperçut qu'il s'était compromis, il se réfugia dans une église et sauva sa vie en recevant les ordres sacrés. Toutefois, il évita la prêtrise afin de pouvoir rentrer dans le siècle, si sa bonne étoile le lui permettait. Malheureusement pour lui, l'évêque de Cyzique ayant été tué, on l'accusa du meurtre. Traduit devant une commission de justice, il fut condamné, tout consulaire qu'il était, à être fustigé comme un vulgaire assassin, dépouillé de ses biens et condamné à

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Texil. On le jeta, couvert d'un méchant manteau, dans une barque qui devait le conduire en Egypte, et, comme ceux qui le gardaient lui relusaienl les choses les plus nécessaires à la vie, il fut obligé, durant le trajet, d'implorer la charité publique partout où la barque s'arrêtait.

La disgrâce de Jean de Cappadoce semble avoir produit une vive impression sur ses contemporains. Plus tard on oublia son nom comme celui de Buzès, pour ne se souvenir que des peines qui les avaient frappés l'un et l'autre. Bélisaire, lui aussi, avait eu à soutîrirdu despotisme de Justinien; mais, comme son nom était l'un de ceux qu'il est difticile d'oublier, l'imagination populaire se plut à lui attribuer des maux qu'il n'avait pas soufferts ; elle le fit aveugle comme Buzès, et mendiant comme Jean de Cappadoce.

S'emparant de cette tradition, un moine du douzième siècle, Jean Tzetzès, dans ses Chiliades (c'est un livre d'anecdotes sur les plus célèbres persùunages de l'histoire), chercha à apitoyer ses lecteurs sur le sort de l'infortuné général. Voici ce qu'il écrivait : « Appuyé sur une pierre milliaire, la sébille de bois à la main, le malheureux disait : « Donnez une » obole à Bélisaire que la fortune couvrit de gloire et que l'envie fit aveu- » gler. » Il est vrai que Tzetzès ajoutait comme correctif : « D'autres chroniqueurs rapportent qu'il ne fut pas aveuglé, mais seulement privé do son grade et de toutes ses dignités, et que, plus tard, il recouvra sou ancienne gloire. »

An quinzième siècle, l'Italien Pierre Crinitus, négligeant le correct i'', s'en tint simplement à la légende de Bélisaire aveugle et mendiant, qu'il Iroiivait assurément plus dramatique. Le grammairien Raphaël Mafîeï, quv écrivait vers le même temps, lui prêta main-forte dans ses Commentai ,i urbani, et, dès lors, la légende supplanta l'histoire.

An dix-huitième siècle, Marmontel s'en empara et la popularisa dans son fameux roman de Bélisaire, qui fit tant de bruit lors de son apparition. Pénétrés de cette lecture, les peintres, dont nous parlions plus haut, ont fait le reste, et voici comment il se fait que tant de personnes, aujourd'hui, croient aux yeux crevés et à la sébille de j)ois du vieux Bélisaire.

Ce aui se passait sur les bords du Danube aux cinquième et sixième siècles.

Pendant cjue Justinien détruisait des peuples barbares, déjà façonnés à la vie sédentaire et à la civilisation, les vrais barbares, les nomades des bords de la Caspienne et du Danube (Huns, Bulgares, Slaves, Sarmates), pénétraient dans la péninsule des Balkans, laissée sans défense, et y portaient partout le fer et la flamme.

Jnstinien eut le tort de négliger ces ennemis. Il se contenta de semer parmi eus la division et de les forcer à se détruire les uns les autre?. C'était une imprudence. En entretenant une agitation continuelle parmi ces peuples, il perpétuait l'invasion. Les vaincus se jetaient sur le territoire romain pour y vivre ; les vainqueurs prenaient la place des vaincus, si elle en valait la peine; des peuplades nouvelles prenaient la place abandonnée par les vainqueurs. C'était un déplacement interminable de peuples; les nations succédaient aux nations ; l'mvasion était toujours en marche.

Le mouvement avait commencé après la bataille du iNétad (454), où les

' peuples soumis à Attila s'étaient affranchis de la domination des Huns. Les Ostrogoths s'étaient établis en Pannonie, les Gépides dans le pays des Huns, les Hérules, les Ruges dans le Norique, etc. Réfugiés dans les steppes du Don et du Volga, les fils d'Attila tentèrent, à plusieurs reprises, de reprendre leur revanche sur les vainqueurs du Nétad. En 467, l'aîné, Denghizikh, revint à la charge avec l'impétuosité et le fracas d'une tempête. Il tomba dans une embuscade, et sa tête, détachée du tronc, fut exposée dans le cirque de Gonstantii^ple. Ainsi finit Tainé des fils d'Attila. Ses frères, d'humeur moins batailleuse, vécurent en paix avec l'empire. Son neveu^ Jdu^ndo, compta parmi les meilleurs lieutenants de Bélisaire et commanda à des armées romaines.

^ Les Huns qui ne voulurent pas se laisser absorber par l'empire, allèrent se fondre à de nouvelles hordes qui campaient sur les bords du Don, et

, s'associer, pour l'exploitation du monde civilisé, avec des peuples encore inconnus à l'Europe, les Slaves et les Bulgares.

Les Slaves et les Bulgares. — Avec les Slaves apparaissait une nouvelle barbarie, plus sombre, plus repoussante que la ppemière. Bien que cette race eût pris des habitudes de vie sédentaire, elle connaissait à peine les premiers rudiments des arts. Ce qu'on appelait ses villes n'étaient que des tanières cachées dans la profondeur des bois, au milieu des marais, sur des roches abruptes. Le Slave était à peine vêtu de la dépouille des bêtes ; souvent il se barbouillait de suie de la tète aux pieds^ en guise de vêtements. 11 était hospitalier et fidèle à sa parole; mais la férocité dominait en lui. A la guerre, il marchait tète et poitrine nues, un long coutelas au côté, un paquet de javelots empoisonnés dans sa main, ressemblant à un chasseur d'hommes; il excellait à se tapir derrière une pierre, à ramper sur le ventre parmi les herbes, à passer des journées entières dans une rivière, plongé dans l'eau jusqu'aux yeux, ne respirant qu'à laide d'un roseau : là, il guettait son ennemi et s'élançait sur lui avec la souplesse et la vigueur du fauve.

Le Bulgare, ou plus correctement le Voulgar, appartenait au peuple des Huns-Finnois. Il dépassait encore le Slave en laideur et en férocité ; il détruisait pour détruire, tuait pour tuer, s'attachait à effacer tout travail de l'homme. Il n'avait, en fait de religion, que le chamanisme^ qu'il pratiquait avec un grand luxe de superstitions. « Quelque chose de diabolique, dit Am. Thierry, s'attachait à ce peuple hideux dont les sorciers, plus hideux que lui, évoquaient les esprits des ténèbres avec d'effroyables convulsions. C'étaient ses devins, ses conseillers politiques et ses prêtres, et l'on racontait d'eux des choses étranges... On disait que, placés dans un coin de l'armée pendant la bataille, ils

avaient lart de fasciner l'ennemi par des visions fantastiques. » Il n'y avait pas jusqu'à la manière de combattre du Bulgare, jusqu'à son arc énorme, ses longues flèches et son coutelas de cuivre rouge, jusqu''à ce filet dont il emmaillotait ses ennemis en courant, qui ne jetassent une appréhension involontaire chez les soldats les plus braves.

Durant toute la fin du cinquième siècle et le commencement du sixième, les provinces danubiennes vécurent dans la terreur de ces horribles voisins. Le Slave, ennemi invisible, tapi derrière toutes les broussailles, caché jusque dans les rivières, attendait la nuit pour faire ses surprises, fondait sur les villes et n'y laissait âme vivante. Tout d'abord, il ne faisait pas de prisonniers; quand, plus tard, il apprit qu'il y avait profit à en faire, il ne cessa de courir la rive romaine pour en ramener de nombreux captifs. C'est à une tribu slave, les Slovènes, qu'on attribue l'horrible supplice du pal, qui s'est perpétué jusqu'à nos jours dans les contrées du Danube. « La civilisation romaine, dit M. Thierry, frémit à la vue de ces longues files de pieux garnis de corps agonisants qui restaient étalés sur les chemins comme des trophées de la barbarie. »

Souvent les Slaves s'amusaient à suspendre leurs prisonniers à des poteaux et à leur casser la tète à coups de bâton, ou bien ils renfermaient les captifs inutiles avec des bœufs et des chevaux dans des étables garnies de foin et y mettaient le feu. Les Bulgares faisaient pis encore : on les suivait à la trace, et longtemps après, quand l'herbe et les broussailles avaient recouvert de grands espaces jadis habités, le Mésien disait tristement : « Voilà la forêt des Bulgares. »

Zabergrsm. — L'empereur Anastase mit la campagne de Constantinople à l'abri des attaques de ces barbares en élevant, de la mer Noire à la Propontide, un mur d'environ dix-huit lieues de long. Justin, son successeur, fit mieux ; il osa les combattre. Occupé à détruire les Vandales et les Goths, Justinien ne put les empêcher de pénétrer jusque dans le cœur de l'empire et d'en ramener cent vingt mille captifs romains. En 558, le Hun Zabergan, à la tête de bandes hunniques et bulgares, franchit le Danube sur la glace, traversa les gorges de l'Hémus, et, poussant droit à une brèche qu'un tremblement de terre avait ouverte dans le mur d 'Anastase, parut tout à coup sous les murs de Constantinople. C'en était fait de la capitale de l'Orient, si Bèlisaire n'avait été tiré à temps de sa retraite. Par une série

CARRÉ. — LECT. HïST. 7

d'opérations vigoureusement conduites, le vieux général battit en détail l'armée de Zabergan et la força à repasser le Danube (559). Sur ces entrefaites, parut une troisième nation hunnique, les Avares, qui, relevant le trône d'Attila, faillirent emporter l'empire d'Orient.

Les Avares. — Les nouveaux venus avaient usurpé un nom qui n'était pas le leur : ils s'appelaient, de leur vrai nom, Ouar Khouni; c'étaient des Huns orientaux, longtemps soumis à des conquérants d'une autre race, qu'on appelait de leur vrai nom les Avares. Ceux-ci ayant été vaincus par les Turcs, les Ouar Khouni en profitèrent pour s'enfuir. La peur leur donnait des ailes. Devenus terribles dans leur fuite, ils culbutaient tout ce qui s'opposait à leur passage. La comparaison d'une fourmilière en désordre rendrait à peine l'idée de ces mers d'hommes, de troupeaux, de chars errant pêle-mêle, se poussant, se croisant dans les plaines du Volga et du Don.

Voyant qu'on les prenait pour les vrais Avares, • les Ouars reçurent, comme leur étant dus, les présents et les hommages d'une foule de tribus. Ils négocièrent avec l'empereur Justinien, demandant comme tant d'autres des terres et de l'argent.

Sur ces entrefaites, arrivèrent à Gonstantinople les ambassadeurs du khakan des Turcs qui réclamait les Ouars comme ses esclaves fugitifs. L'empereur, sans rompre ostensiblement avec les faux Avares, se donna le temps de leur fermer le Danube. Il ne jugeait pas à propos de se créer des embarras avec les Turcs, peuple alors inconnu, mais qu'on disait fort puissant.

Les Avares errèrent à travers la Germanie jusqu'au jour où, trouvant l'ancienne Hunnie évacuée par les Lombards qui venaient de partir pour l'Italie, leur chef Baïan vint planter sa tente aux lieux où, cent ans auparavant, s'était élevée celle d'Attila.

Le khakan Baïan. — Depuis qu'ils avaient touché à l'empire d'Orient, les Avares étaient devenus voluptueux. Ils recherchaient les beaux habits, la vaisselle d'argent et d'or, et leur khakan s'étendait volontiers sur un lit d'or ciselé, garni d'étoffes de soie. Baïan importunait sans cesse l'empereur par ses demandes, toujours renouvelées, d'habits précieux, de dais, de pavillons étincelants de pierreries. Un jour, l'empereur Tibère lui fit fabriquer un trône en or massif, qui passa, aux yeux des connaisseurs, pour une merveille de richesse et de goût, et le

L'EMPIRE GREC. Hl

lui fit porter par un ambassadeur. Le khakan reçut le trône en grondant et en faisant la moue. Après l'avoir examiné avec une attention dérisoire, il le déclara horrible, indigne d un prince tel que lui, et le renvoya ignominieusement à l'empereur. Une autre fois, il manifesta le désir de posséder un éléphant. Sur sa demande, l'empereur lui fit envoyer le plus beau qu'il eût dans ses ménageries ; mais Baïan, soit peur, soit mépris pour les plaisirs des Byzantins, fit reconduire aussitôt l'animal à Gonstantinople.

En étendant ses conquêtes vers le nord, Baïan se heurta aux Francs du roi Sigebert, qu'il battit et fit prisonnier. Il fut moins heureux contre l'empereur Maurice, qui lui infligea cinq grandes défaites, lui tua quatre de ses fils et le força de fuir au delà des marais de la Theïs. Le khakan ne survécut pas à la ruine de sa puissance. Il mourut en 602, la même année que son vainqueur.

Les Avares en Italie. — Les Avares portèrent ailleurs leur activité turbulente. En 6i0, ils descendirent en Italie sous la conduite de leur nouveau khakan, battirent les Lombards dans le Frioul et vinrent assiéger Forum Julii. Inhabiles dans l'art des sièges, ils eussent été contraints à la retraite, si Rhomilde, veuve du duc Gisulf, gagnée par les bonnes grâces du khakan, ne lui eût ouvert les portes de la ville.

La ville fat pillée de fond en comble. Quand il n'y eut plus rien à emporter, le vainqueur fit ranger le butin dans les chariots et reprit la route de la Pannonie. Il emmenait avec lui tous les habitants qui n'avaient pas été tués, surtout des femmes et des enfants. Rhomilde, déçue de ses rêves de grandeur, car elle a.vait espéré épouser le khakan, était perdue au milieu des esclave^ Gomme cette multitude ralentissait sa marche, le khakan prit conseil des chefs de l'armée qui décidèrent qu'il fallait sans retard tuer les hommes qui restaient et partager par lots les femmes et les enfants. Pendant cette délibération, dont les captifs ne devinaient que trop bien l'issue, les fils du duc Gisulf trouvèrent moyen de se glisser auprès de chevaux qui paissaient à la lisière du camp et de s'éloigner à toute bride. Le plus jeune, Grimoald, qui n'était encore qu'un enfant, fut repris par l'un des Avares qui s'étaient mis à leur poursuite ; mais, tirant la courte épée qui pendait à son côté, il l'abattit de toutes ses forces sur le crâne du barbare, qui, étourdi, lâcha les rênes et alla rouler dans la poussière.

ii2 LECTURES HISTORIQUES.

Cette aventure précipita le massacre des prisonniers. Tous les hommes furent passés au fil de Tépée.

Le khakan se vengea des enfants sur la mère. Il fit dresser un pal au milieu de la forêt et se fit amener Rhomilde : « Misérable, lui dit-il, voilà le seul mari que tu mérites. » Quatre soldats la saisirent, la placèrent sur l'horrible pieu, et Tannée avare défila aux cris de la princesse agonisante.

Un guet-apens. — En 616, les Avares avaient reparu sur le bas Danube. C'était le temps où Héraclius était aux prises avec les Perses de Chosroës, et il fallait à tout prix conserver la dispendieuse amitié des Avares. Voici comment le patriarche Nicéphore raconte cet incident curieux de la vie d'Héraclius.

« Le khakan lui envoya des ambassadeurs pour la paix, dont il fut si aise qu'il lui en renvoya lui-même d'autres avec des présents. Le prince barbare leur dit des paroles si douces et si agréables qu'il leur fit accroire qu'il ne souhaitait rien tant qu'une sincère réconciliation. L'empereur en eut tant de joie qu'il se rendit à Héraclée pour y conférer avec lui. Il envoya en avant des comédiens et des chevaux pour divertir son hôte par des spectacles et des courses. Il lui porta aussi un vêtement magnifique pour lui, et d'autres moins riches pour ceux de sa suite. ^..)) Quand il fut arrivé à Salivrée, il s'y arrêta. Trois jours après, le khakan arriva à Héraclée avec un grand nombre d'Avares. Ayant choisi les plus habiles et les plus courageux, il les plaça en embuscade au delà de la grande muraille, pour surprendre et enlever l'empereur. Celui-ci, informé de l'embuscade, passa le diadème à son bras, quitta ses ornements impériaux, jeta sur lui un vêtement grossier, s'enfuit sans escorte et se sauva à Constantinople.

» Les Avares, ayant poursuivi vivement les fuyards jusqu'à l'Ebdomone, pillèrent jusqu'au pont du fleuve Barnysse, passant un nombre incroyable de Romains au fil de lepée. Ils enlevèrent les ornements de l'empereur, les présents qu'il leur avait préparés, l'équipage du théâtre, tout le bagage, et s'en retournèrent avec un nombre presque innombrable de prisonniers; on a dit environ deux cent soixante et dix mille personnes, tant hommes que femmes. » (Le patriarche Nicéphore \ Histoire abrégée.)

1. Le patriarche Nicéphore vivait au neuvième siècle. 11 fut déposé en 815, comme partisan des images et mourut dans un cloître en 828. Sa Chronologie et son Histoire abrégée sont très appréciées.

Héraclius, qui ne voulait pas se laisser détourner de sa lutte contre les Perses, différa sa vengeance. Il fit semblant de croire aux excuses du khakan, qui imputait à l'indiscipline de ses Avares le malentendu d'Héraclée, et il signa la paix avec lui.

Dés qii'Héraclius fut parti pour l'Asie, le khakan, de concert avec les Perses, vint mettre le siège devant Constantinople. Il fut battu à la fois sur terre et sur mer, et obligé de regagner ses Etats.

Cette grande défaite fut suivie pour lui d'autres revers. Les Slaves, ses vassanx, qu'il traitait avec la dernière dureté, se révoltèrent et se donnèrent pour roi un marchand franc, nommé Samo. Le khakan crut qu'il aarait bon marché d'un peuple que son fouet seul faisait trembler; il fut complètement battu. Il ne put survivre à tant de revers et mourut en 630.

Les merveilles delà cour de Constantinople décrites par un éwêque d*Occldent.

Arrivée à Constantinople. — « Ayant quitté Pavie lei" d'août, je me rendis par le Pô à Venise, en trois jours, où je trouvais aussi Salomon, comte des Grecs, eunuque, qui, de retour d'une ambassade en Espagne et en Saxe, désirait me conduire à Constantinople, et emmenait avec lui Luitfred de Mayence, ambassadeur de notre seigneur Otton, alors roi, aujourd'hui empereur, porteur de riches présents. Partis de Venise le 25 août, nous arrivâmes le 17 septembre à Constantinople, oiî j'écrirai de quelle manière admirable et inouïe nous fûmes reçus.

L'audience impériale. ■— » Il y a dans Constantinople une maison contiguë au palais, d'une grandeur et d'une beauté admirables, que les Grecs, changeant le / en r, appellent Megara, comme pour dire le Grand Hôtel. Ce fut donc elle que l'empereur Constantin fit disposer, tant pour les ambassadeurs d'Espagne, qui venaient d'arriver, que pour moi et Luitfred. Devant les yeux de l'empereur était un arbre de cuivre doré, dont les branches, du même métal, étaient pleines d'oiseaux qui, selon leur espèce, faisaient entendre un ramage différent. Le trône, ensuite, était construit avec tant d'art qu'on le voyait tantôt bas, tantôt plus haut, tantôt très élevé ; mais le siège, d'une gran- «leur immense, était gardé par des lions en cire ou en bois, je ue sais, mais revêtus d'or. Je fus donc conduit dans cette salle, appuyé sur les épaules de deux eunuques, en présence de l'empereur. A mon arrivée, les lions ayant poussé un rugissement

et les oiseaux s'étant mis à chanter, je ne montrai ni terreur, ni étonnement, attendu que j'avais été prévenu de ce qui arriverait. Après avoir adoré par trois fois Tempereur en me prosternant, je relevai la tête; mais, au lieu de le voir quelque peu exhaussé au-dessus de terre comme avant, il m 'apparut siégeant près du plafond et couvert d'autres vêtements. Je ne sais comment cela peut arriver, à moins qu'il ne soit poussé en haut par une machine.

» Il ne m'adressa point la parole; car l'eût-il même voulu, la distance ne l'aurait pas comporté décemment; et ce fut par l'intermédiaire du logothète qu'il me questionna sur Bérenger * et sur sa santé. Lorsque j'eus répondu, je sortis, sur un signe de l'interprète, et je me retirai dans le logement qui m'avait été assigné.

» Je rappellerai ce que je fis pour Bérenger, afin que Ton comprenne de quelle affection je l'ai aimé, et comment j'en ai été récompensé. Les ambassadeurs d'Espagne etLuitfred avaient apporté de grands dons de la part de leur maître à l'empereur Constantin. Je n'avais rien à lui remettre de la part de Bérenger qu'une lettre, encore était-elle pleine de mensonges. J'éprouvais de la honte et je songeais à ce que je ferais, quand l'idée me vint de donner à l'empereur, au nom de Bérenger, ce que j'avais apporté de mon chef, en rehaussant du mieux que je pourrais par mes discours ce présent modeste. Je lui offris donc neuf cuirasses à l'épreuve, sept boucliers excellents à bossettes d'or, deux coupes d'argent doré, des épées, des lances, des cuissards, des esclaves et quatre carsamazes^ plus précieux à» l'empereur que toute autre chose. Les Grecs appellent carsamaze un eunuque tout à fait amputé. Ils viennent d'ordinaire de Verdun, d'oti les marchands, qui en tirent gros bénéfices, les conduisent en Espagne.

Le banquet. — » Après avoir agi ainsi, l'empereur me fit appeler trois jours après au palais; m'ayant parlé de sa propre bouche, il m'invita à un dîner à la suite duquel il me fit des dons considérables. Puisque l'occasion s'en présente, je dirai

1. Bérenger II, roi d'Italie (915-961), renversé du trône par Otton l", mourut à Bamberg en 966. — Luitprand, l'auteur de ce récit, était alors évêque de Crémone et sujet de Bérenger. Quand celui-ci eut eu le dessous, il ne se fit aucun scrupule de passer à Otton I". On le considérait comme l'un des hommes les plus savants de son temps. C'en était aussi l'un des plus roués, malgré sa naïveté apparente. v

quelle est sa table, principalement les jours de fêle, et quels jeux se célèbrent pendant le repas. Il y a une maison à côté de l'hippodrome, vers le nord, admirable de hauteur et de beauté, et qu'on appelle decaennea cubita, or deçà en grec veut dire dix, ennea neuf, et cubita, se coucher, s'étendre. On l'appelle donc ainsi, parce qu'on y dresse, le jour de Noël, dix-neuf tables, auxquelles l'empereur et ses conviés mangent, non pas assis, comme les autres jours, mais couchés ; le service se fait avec des vases non d'argent, mais d'or. Après le repas, les fruits sont apportés dans trois vases d'or, qui, à cause de leur poids énorme, ne sont pas soutenus à bras d'hommes, mais par des machines recouvertes de pourpre. Deux se présentent de cette manière à travers des ouvertures percées dans le plafond ; ils sont déposés tous deux sur la table au moyen d'anneaux d'or et de trois cordes recouvertes de peau, soulevés ou abaissés par quatre hommes à l'aide de machines.

» Je ne dirai pas tous les jeux que j'ai vus en ce pays, mais je ne veux pas garder le silence sur ceci : d'abord il se présenta un homme qui portait sur le front, sans le secours de ses mains, une perche haute de vingt-quatre pieds et plus, ayant deux traverses de longueur inégale et en sens opposé ; puis deux enfants nus, mais avec un ceinturon, montèrent voltiger sur cette perche, qui demeurait immobile comme si elle était enracinée dans la terre. L'un d'eux étant descendu, l'autre resta seul à faire des choses plus étonnantes encore. Pendant leurs exercices, ils gouvernaient à leur gré la perche sur laquelle ils étaient montés, et le dernier s'équilibra sur le sommet de manière à pouvoir exécuter ses jeux et en descendre sain et sauf. J'en fus tellement émerveillé * que l'empereur s'en aperçut ; ayant donc fait venir l'interprète, il me demanda ce qui m'avait paru le plus étonnant, ou de l'agilité des enfants ou de celui qui tenait la perche. Gomme je lui répondis que je ne savais pas ce que je devais le plus admirer, il partit d'un grand éclat de rire et dit qu'il ne le savait pas plus que moi.

La distribution des présents. — » Je ne dois pas taire

1. Laitprand s'émerveille comme un vrai barbare ; ce qui le frappe, ce sont, non les véritables beautés de Constantinople, mais les jongleries d'un saltimbanque. De même, les chefs Bambaras, quand ils vinrent à Paris, n'y trouvèrent rien d'admirable, si ce n'est une femme court vêtue qui galopait en rond debout snr un cheval. La seule merveille qui eût fait sensation sur eux était une écuyère de cirque. (Voy. L. Lanier, L'Afrique, p. 478.)

non plus une autre chose nouvelle et merveilleuse que je vis là aussi. Dans la semaine qui précède les Rameaux, l'empereup fait des dons en pièces d'or aux soldats et aux différents fonctionnaires et employés, selon leur rang. Il me commanda d'assister à cette distribution, ce que je fis. On avait dressé une table de dix coudées de longueur sur quatre de largeur; sur cette table étaient rangées les bourses contenant l'argent destiné à chacun, avec une inscription extérieure indiquant la somme. Ils n'arrivaient pas pêle-mêle auprès de l'empereur, mais dans l'ordre où ils étaient appelés, eu égard à leur dignité. Le premier fut le majordome, à qui l'on mit les pièces d'or non dans la main, mais sur les épaules, avec quatre scaramangues. Après lui furent appelés le domesticostos Ascalonas et le ploas desLongaristis, chefs, l'un des soldats, l'autre des marins. Ceux-ci, en recevant une somme égale, et le même nombre de scaramangues, parce que le grade était pareil, ne les emportèrent pas sur l'épaule, telles qu'elles étaient, mais les traînèrent derrière eux, aidés par d'autres. Vinrent ensuite vingt-quatre capitaines, auxquels furent données vingt-quatre livres de pièces d'or à chacun, avec deux scaramangues; puis les patriciens en reçurent douze livres et une scaramangue; mais je ne sais ni le nombre des patriciens ni le total de l'or donné. On appela ensuite une foule sans fin de protospathaires, de spathaires, de candidats, de clients ^ » (Luitprandi, Historia, lib. VI.)

1. L'énumération suivante donnera une idée du monde qui composait la cour byzantine aux dixième et onzième siècles.

Vempereur était le maître par excellence, l'autocrate. Lui seul avait des brodequins de pourpre et le diadème. Le titre de despote venait immédiatement après celui d'empereur. En général, il ne s'accordait qu'à des fils ou frères d'empereurs. Le sebastocrator venait après le despote. 11 était au-dessus du césar et sur la première marche du trône. Le césar^ qui longtemps avait tenu la première place après l'empereur, ne venait plus qu'au troisième rang. Les brodequins du despote, du sebastocrator et du césar étaient verts, et il y avait moins de pierreries sur leurs couronnes, qui se tenaient ouvertes. L'empereur Alexis, fécond sur les bagatelles, avait créé en outre, comme d'autres émanations de Sa Majesté, les titres de panhypersebastnr et de protosehastor.

Venaient ensuite les grands officiers du palais :

Le grand domestique, qui avait le commandement des troupes de terre; le protovestiaire ou grand maître de la garde-robe, qui avait soin des habits, des pierreries et des trésors de l'empereur ; le grand-duc, commandant des forces de mer; le protostrator, qui tenait le cheval de l'empereur et aidait celui-ci à monter dessus; le stratopédarque, qui exerçait les fonctions de grand juge du camp; le grand 'primeciei" ou grand maître des cérémonies; le grand connétable, qui commandait les Franf.s au service de l'empereur ; le grand Jogothète, sorte ae grand chancelier; le logothète du trésor public, qui remplissait les fonctions de ministre des finances; le logothète du Drome, grand maître des courriers de l'empereur; le logothète de Varmée, qui contrôlait les sommes payées aux gens de guerre ; le

Ceci se passait au temps de Constanlin VII Porphyrogénète, vers 946. Lnitprand revint à Constantinople en 968. Il était chargé de négocier auprès de ISicéphore Phocas le mariage du fils de l'empereur Otton I^p avec la princesse Théophanie. La cour de Byzance lui apparut cette fois sous un joar moins favorable. — Dans le récit de sa seconde ambassade, il se plaint d'avoir été honteusement reçu et honteusement traité. On Tinstalla dans un palais ouvert à tous les vents. Le vin qu'on lui donna était imbuvable, à cause delà poix et du plâtre (ju'il contenait; on lui fit acheter son eau. -- Admis en présence de Phocas, il fut étonné de voir dans l'empereur « un pygmée à grosse tête, à petits yeux de taupe, à barbe courte, large, tonffae. grisonnante, dont le front d un pouce de haut était surmonté de eheveux épais et crépus ; son teint était celui d'un Ethiopien. Ajoutez à cela une panse obèse, un derrière sec, des cuisses très longues et sans proportion avec des jambes courtes et des pieds pareils aux talons... »

La première chose que fit l'empereur en voyant l'ambassadeur italien fut de le quereller et de trouver exorbitantes les prétentions de son maître à demander pour son fils une princesse née dans la pourpre. Invité à assister à une procession que dirigeait Phocas en personne, Lnitprand fut indigné des chants adulateurs qu'on répétait en l'honneur du monstre : il aurait voulu qoe, sur le même air, on lui eût chanté ces litanies d'injures : « Viens, charbon éteint, vieille femme pour la démarche, Sylvain pour le visage, malotru, capripède, cornu, bimembru, porle-soie, vaurien, rebelle, cappadocien, etc. » Un jour que l'empereur 1 avait invité à dîner, il dut s'asseoir le quinzième à table; on ne lui mit pas de nappe; on ne lui servit que des mets aspergés d'huile et du poisson de mauvaise qualité. Il dut en outre sabir les insolences de son hôle qui l'appela menteur et feignit de traiter son maître, l'empereur d'Allemagne, avec le plus profond mépris. Ne pouvant se contenir, Luitprand voulut répondre, mais Nicéphore lui imposa silence, et, pour être sûr d'avoir le dernier mot, fit enlever la table, ce qui signifiait qu'il pouvait retourner chez lui. — Luitprand ne tarda pas à tom-

logothète des troupeaux, surintendant de? troupeaux et des haras impériaux ; le logariastej à qui l'on rendait compte de l'épargne ; le curopalate, gouverneur ou capitaine du palais ; le paracemomène du sceau, garde du sceau privé ; le paracemomène de la. chambre, garde de la chambre impériale; le cetonite, qui couchait dans la chambre de l'empereur ; le grand papias, qui gardait les clefs du palais et les prisonniers renfermés dans les prisons; le tatas de la cour, dont on ignore les fonctions ; le grand cartulaire, expéditeur des actes publics ; le grand drungaire de la veille, qui commandait le guet pendant la nuit ; le grand drungaire de la flotte, chargé de la police des mers; le grand étériarque, commandant les troupes étrangères préposées à la garde du palais; le protocynège ou grand veneur; le protojeracaire ou grand fauconnier; le grand dioicète, chargé de la levée des impositions; le grand myrtaïte, commandant des gardes qui perlaient un rameau de myrte ; le garde du caniclée, qui gardait l'encre de pourpre réservée pour les signatures de l'empereur (les autres princes usaient d'encre verte); Vacolythe, commandant des gardes varangiens ; le mystique, gardien des secrets de l'empereur; le domestique de la table ou grand maître d'hôtel; le grand pannetier ; le ^and chiaoux, introducteur des ambassadeurs étrangers ; le dragoman, chef des interprètes ; le protospathaire, commandant des gardes du corps ; le protoproèdre, président du conseil de l'empereur; Vadnumiaste, qui tenait l'état des gens de goerre ; le protologator, sorte de grand prévôt de l'armée ; le juge du votle» dont la fonction est inconnue; le premier des philosophes, qui montrait la philosophie a l'empereur; le premier des orateurs, aui lui montrait à bien parler; le nomophylax, qui lui apprenait le droit; le diceophylax, qui l'exhortait à rendre la justice.

lis LECTURES HISTORIQUES.

ber malade. Comment, du reste, rester en bonne santé u quand on n'avait pour vin qu'une espèce de saumure, pour lit non du foin, non de la paille, mais un marbre dur avec une uierre pour oreiller?» — Admis de nouveau à la table du prince, il y fut placé au-dessous de « l'envoyé des Bulgares, tondu à la hongroise, ceint d'une chaîne de faux or et tout au plus catéchumène. » U est vrai giie, pour le consoler, Nicéphore lui envoya de ses friandises les plus délicates : du chevreau dont il avait liii-mème mangé, des poireaux et de la sauce de caviar. — Encore si le malheureux évoque avait pu faire chez lui une chère à son goût; mais on le retenait prisonnier avec sa suite dans le palais de l'ambassade; on ne laissait sortir que son cuisinier qui, ne sachant pas un mot de grec, était réduit à s'exprimer par signes, .achetait pour quatre sous ce qui n'en valait qu'un et ne rapportait, malgré tout, que des vivres de rebut, etc.

Luitprand continue longuement dans ce style ses plaintes sur la lésinerie de la cour grecque et des ministres qui lui enlevèrent jusqu'aux vêtements de pourpre qu'il destinait à l'empereur Otton. Evidemment ses exagérations n'ont qu'un but : détourner Otton du mariage projeté.

I. Principaux recueils. — l» Scriptores historix Byzantinx, édit. du Louvre 1644-1711, 38 volumes in-S»;

2" Histoire de Constantinople depuis le règne de Justin jusqu'à la fui de l'empire (c'est la collection des principaux historiens byzantins traduite par le président Cousin), Paris, 1672, 8 vol. in-4«.

II. Ecrivains originaux. — Zosime, Histoire nouvelle. — Socrate, Histoire ecclésiastique. — Sozomène. Histoire ecclésiastique. — Procope. Guerres Persiques, Vandalique, Gothique, défi Edifices, Histoire secrète. — A^athias, Du règne de Justinien. — Théophylacte Simocate, Histoire universelle. — Menandre, les Ambassades. — Jean Maiala, Chronographie. — Luitprand, Ambassades (Muratori, t. II).

. III. Livres de seconde main. — G\hhon, H istoii^e de la décadence et de la chute de Vempire romain, 1776-1789. — Le Beau, Histoire du bas-empire, éd. Saint- Martin, 1829-1833. — Am. Thierry, Trois ministres de Théodose, 1872; Histoire d'Attila, 1864. — Drapeyron, L'empereur Heraclius et l'empire byzantin au septième siècle, 18C9. — Diehl, Etudes sur l'administration byzantine dans l'exarchat de Ravenne, 1888. — Gasquet, l'Empire byzantin et la monarchie franque, 1888. — Debidour, l'Impératrice Theodora, 1885. — Schlumberger, Un empereur byzantin du dixième siècle, Nicéphore Phocas, 1890. — A. Kambaud, l'Hippodrome à Constantinople [Revue des Deux-Mondes, 15 août 1871 ; Empereur et impératrice d'Orient, tbid., janv. fév. 1891; l'Empire grec au dixième siècle; Constantin Porphyrogénète,iS10.— Lahsirie, le Palais impérial de Constantinople et ses abords, 1861. — Bayet, l'Art byzantin, 1883.

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