‹ Le moyen âge (395-1270) Choix de lectures historiques, accompagnées de résumés, d'analyses, de notes explicatives et bibliographiquesChapitre 13 sur 66 · En arabe Mohammed (le louable · texte numérisé non relu

En arabe Mohammed (le louable

tête forte, une figure ovale et légèrement colorée, encadrée d'une barbe épaisse et de cheveux noirs qui retombaient en boucles sur ses épaules. Il avait le front large, le nez long et légèrement recourbé, la bouche grande, de belles dents un peu écartées, des yeux noirs et brillants, bien garnis de cils ; entre ses sourcils allongés et fins se dessinait une veine que les émotions gonflaient. Sa physionomie était ouverte, bien qu'il ne regardât jamais en face. Il se tenait mal, un peu voûté; sa démarche était rapide, mais lourde : il avait toujours l'air de gravir une montagne. Il prenait grand soin de sa personne, se lavait plusieurs fois par jour, se baignait souvent, parfumait sa barbe et ses cheveux. Simple dans ses goûts et ses habitudes, il s'occupait lui-même de traire, s'asseyait sur le sol pour raccommoder ses habits et ses chaussures. D'abord facile, d'humeur patiente et douce, jamais il ne rompait le premier un entretien commencé; si quelqu'un lui prenait la main, il la laissait aussi longtemps que celui qui l'avait abordé ne retirait pas la sienne. Avec de remarquables qualités, des vertus auxquelles l'estime publique rendait hommage, il y avait chez lui un défaut d'équilibre moral qui tenait à sa santé. Il parlait peu et jamais sans nécessité ; il ne pouvait supportg: certaines odeurs ; il était sujet à des faiblesses et à des abattements; lorsqu'il était malade, il avait des plaintes d'enfant et, selon le mot de sa femme Aïcha, il cornait comme un chameau. De bonne heure il avait ressenti des troubles nerveux qui, grandissant avec l'âge, donnèrent lieu à de véritables crises. Il éprouvait d'abord une sensation d'accablement ; ses extrémités devenaient froides ; il tremblait comme quelqu'un qui a la fièvre et demandait qu'on le couvrît; alors ses oreilles tintaient fortement ; ses yeux s'égaraient, puis restaient fixes; sa tête avait des mouvements convulsifs; de grosses gouttes de sueur, roulant sur son visage, annonçaient la fin de la crise; ou bien il tombait à terre comme un homme ivre, et les assistants lui jetaient de l'eau sur la figure. Ce sont là les symptômes d'une hystérie bien caractérisée. On sait que ces sortes d'affections prédisposent à l'exaltation mystique et à la manie des grandeurs. » (M. Wahl*, Histoire générale du qua-

1. Wahl (Maurice), ancien élève de l'Ecole normale, est acluellement inspecteur général de l'instruction publique pour les colonies. Longtemps professeur au lycée d'Alger, il écrivit une remarquable étude sur l'Algérie, qui a été couronnée par l'Institut. M. Wahl est l'un des écrivains qui connaissent le mieux le monde musulman.

i26 LECTURES HISTORIQUES.

triême siècle à nos jours, sous la direction de MM. Lavisse et Rambaud, t. I, ch. ix; Paris, Armand Colin et C'®, 1893.)

lia prédication et l*liéi^ire.

Mahomet avait quarante ans, lorsque eut lieu, vers 611, l'apparition qui devait décider de sa vie. Un être surnaturel, qu'il appela plus tard l'ange Gabriel, se montra devant lui : «Prêche!» lui dit-il. — « Mais je ne sais pas prêcher. » — « Prêche! » lui répéta plusieurs fois cette voix que, dans son hallucination, il croyait entendre de sa propre oreille.

Mahomet prêcha, mais bien timidement tout d'abord ; il ne s'ouvrait guère qu'à ses amis et à ses parents. Quand le moment lui sembla venu de parler plus haut, il réunit dans un grand repas ses parents au nombre d'environ quarante et leur dit : « Je vous apporte des richesses incomparables, la parole et la volonté de Dieu : ceux qui me suivront seront heureux en ce monde et dans l'autre; qui de vous sera mon lieutenant? » Comme personne ne se levait, Ali, son cousin, jeune homme de quinze ans, se leva : « Ce sera moi, s'écria-t-il ; et, si quelqu'un s'oppose à mes desseins, je lui briserai les dents, je lui arracherai la langue, je lui casserai les jambes, je lui ouvrirai le ventre. » Mahomet accepta ce dévouement sauvage et présenta Ali aux convives en leur disant : « Voilà mon vicaire, respectez-le, obéissez-lui. w L'assemblée éclata de rire : « Voilà qui est bien, dirent les assistants en se tournant vers Abou- Taleb, père d'Ali : « Maintenant ce sera à toi d'obéir à ton fils. »

A partir de ce jour, Mahomet prêcha publiquement. Son oncle Abou-Taleb l'engageait à la prudence : « Par Allah! s'écriait le novateur, si l'on me mettait le soleil dans une main et la lune dans l'autre, je ne reculerais pas. »

Sous l'éloquence rapide et enflammée du prédicateur, les conversions se multipliaient, principalement parmi les jeunes gens, les femmes et les esclaves. Bien qu'il ne prétendît pas avoir le pouvoir de faire des miracles, les plus exaltés de ses disciples étaient tout disposés à lui en attribuer. « Les arbres vont à sa rencontre, disait-on ; les pierres lui ont parlé ; l'eau jaillit de ses doigts ; il guérit les malades, il ressuscite les morts; la nature entière lui est soumise; un chameau pleure devant lui; une épaule de mouton avoue qu'elle est empoi-

sonnée; à sa voix, les pains et les vivres abondent sur les tables

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vides de ses disciples. Une nuit, monté sur un animal merveilleux, le Borak, le prophète a quitté La Mecque et a été porté à

Jérusalem. L'ange Gabriel Ta saisi dans ses bras, et de Jérusalem Ta enlevé dans le ciel et, après avoir traversé les demeures des saints et des patriarches, l'a déposé aux pieds du Dieu vivant. Dieu a touché de sa main son prophète et Ta illuminé de son esprit. » Que ne disait-on encore? Un jour on avait vu le prophète couper d'un mot la lune en deux, la contraindre ensuite à descendre sur la terre, à tourner sept fois autour de la Caaba : l'astre obéissant avait même passé par le col de sa chemise et était sorti par sa manche.

Mais si, à La Mecque, les uns étaient pour lui pleins d'admiration et de vénération, les autres l'accablaient de sarcasmes ou d'injures. Les plus animés lui jetaient de la boue et des pierres, lui crachaient au visage. Ils parlèrent même de le tuer. Mahomet résolut de quitter La Mecque et de se réfugier à Yatreb, qui lui était dévoué. Il erra pendant plusieurs jours avec son fidèle Abou-Bekr entre La Mecque et Yatreb. Une nuit les cavaliers qui les poursuivaient arrivèrent à l'entrée d'une caverne où ils s'étaient réfugiés : « Nous ne sommes que deux, disait Abou- Bekr en tremblant. — Un troisième est avec nous, répondait le prophète, et c'est Dieu. » Les cavaliers s'éloignèrent en effet; ils avaient trouvé sur un buisson, devant la caverne, une toile d'araignée tendue et un nid oiî des pigeons dormaient. Les fugitifs sortirent, au jour, de leur retraite, mais ce fut pour tomber entre les mains de leurs ennemis. « Dans ce moment, dit Gibbon, la lance d'un Arabe pouvait changer l'histoire du monde. » Mahomet fut assez éloquent pour séduire ses assassins et il arriva avec eux à Yatreb, qui prit le nom de Médine (Medinetal-Nabi, ville du prophète).

Cette fuite mémorable, appelée Hégire (16 juillet 622), est le point de départ de l'ère adoptée dans tous les pays musulmans. C'est à partir de ce jour que date la puissance de Mahomet, car Médine lui offrit un asile assuré qui lui permit d'organiser à la fois le culte, le gouvernement et la conquête.

I^e Koran.

La doctrine de Mahomet est contenue dans le livre qu'on appelle le Komw, mot qui signifie lecture, récitation. Le Koranest l'ensemble des révélations que Mahomet disait tenir de Dieu. Ses auditeurs les écrivaient sur des bandelettes de papier, des

feuilles de palmier, des pierres et même des omoplates de mouton. Après sa mort, Abou-Bekr, puis Omar, les recueillirent et les publièrent. Le calife Othman lit reviser Touvrage la trentième année de Thégire et en donna un texte définitif, qu'on considéra comme officiel et qui ne fut jamais modifié. Le Koran se partage en 116 sourates ou chapitres subdivisés en versets. Suivant les calculs des Arabes, il compte 6 243 versets, 77 639 mots et 323 015 lettres.

Le Koran est un livre mal composé. Les sourates ne sont rangées ni suivant les matières, ni d'après l'ordre chronologique ; « il semble, dit M. Wahl, que dans le classement on n'ait tenu compte que des dimensions, mettant la plus longue en tête pour finir par la plus courte. Chacune des sourates ne forme même pas un ensemble. Beaucoup contiennent des morceaux disparates sans lien logique, sans rapport entre eux. Cette confusion rend assez pénible la lecture du Koran. » Aussi le consulte-t-on plutôt qu'onne le Ut' .

Le dogme musulman est d'une extrême simplicité, puisqu'il consiste uniquement à croire à l'unité de Qieu et à la mission divine de Mahomet. Les fragments suivants donneront une idée de la forme et du fond du Koran.

Unité et grandeur de Dieu. — « Dieu est le seul Dieu, le Dieu vivant et éternel. Le spmmeil n'approche point de lui. Il possède ce qui est dans les cieux et sur la terre. Il sait ce qui était avant le monde et ce qni sera après. Son trône sublims embrasse les cieux et la terre; il les conserve sans effort. Il est le Dieu grand, le Dieu très haut.

» Dieu a élevé la voûte des cieux sans colonnes visibles. Il ordonne au soleil et à la lune de remplir leurs tâches ; tous les corps célestes se meuvent dans la route qu'il leur a tracée. Il gouverne l'univers ; il vous offre des merveilles sans nombre, afin que vous croyiez à la résurrection.

» C'est lui qui* a étendu la terre, qui y a mis les montagnes et les fleuves, qui y a mis des couples dans toutes les productions, qui ordonne à la nuit d'envelopper le jour. Il est unique dans les cieux et sur la terre ; il est éternel. 11 n!a pas été engendré et n'a point engendré ; il n'a point de fils et de compagnon ; il règne seul, louange à lui seul !

» Dieu montra à Abraham le royaume des cieux et de la terre pour rendre sa foi inébranlable. Quand la nuit l'eut environné de ses ombres, Abraham vit une étoile et s'écria : « Voici mon Dieu ! » L'étoile ayant disparu, il reprit ; « Je n'adorerai point de dieux qui disparaissent. »

» Ayant vu la lune se lever, il dit : u Voici mon Dieu 1 » mais, quand

1. La Sounna ou tradition est le complément du Koran. Elle raconte la vie du prophète et rapporte une foule de paroles et de décisions attribuées à la sagesse du grand homme.

elle se fut couchée, il ajouta : « Si le Seigneur ne m'eût éclairé, j'étais » dans l'erreur. »

» Le soleil parut sur l'horizon, et il s'écria : « Celui-ci est mon Dieu ; » il est plus grand que les autres »; mais, le soleil ayant fini sa carrière, il continua : « 0 mon peuple, je repousse le culte "de vos divinités. » J'ai levé mon front vers celui qui forma les cieux et la terre; j'adore son » unité, et ma main ne brûlera pas d'encens aux idoles. »

Le jugement dernier. — « Lorsque la terre éprouvera le tremblement terrible qui lui est réservé, quand elle aura secoué tous ses fardeaux, l'homme dira : « Quel spectacle ! » En ce jour, la terre racontera ce qu'elle sait, parce que Dieu le lui commandera. Les hommes alors s'avanceront par troupes pour rendre compte de leurs œuvres.

w Tandis que les hommes se disputent, le cri de l'ange peut se faire entendre tout à coup, et ils disparaîtront de la face de la terre. Ils n'auront pas le temps de faire leurs testaments, et ils ne seront pas rendus à leur famille.

» La trompette sonnera une seconde fois, et ils se hâteront de sortir de leurs tombeaux pour paraître devant Dieu. « Malheur à nous ! s'écrieront- » ils. Quelle voix nous a fait quitter le repos où nous étions ? »

Le Paradis. — « Dans ce séjour, les hôtes du Paradis boiront à longs traits dans la coupe du bonheur. Couchés sur des lits de soie, ils reposeront sous des ombrages délicieux. Ils y trouveront tous les fruits : tous leurs désirs seront comblés.

» Les vrais serviteurs de Dieu auront une nourriture choisie", des fruits exquis, et ils seront servis avec honneur. Les jardins de délices seront leur asile. Pleins d'une bienveillance mutuelle, ils reposeront sur des sièges, on leur offrira des coupes remplies d'une eau pure, limpide et d'un goût délicieux. Près d'eux seront des vierges aux regards modestes, aux grands yeux noirs, et dont le teint aura la couleur des œufs de l'autruche. »

Fatalité. — « Dieu a décrété de toute éternité chaque action, chaque événement de l'homme ; tout est écrit dans le livre" de l'Evidence. Les infidèles sont prédestinés au feu; l'homme porte son destin suspendu à son cou, et, au jour de la résurrection. Dieu lui montrera son livre ouvert.

» L'heure finale est prédestinée par Dieu, et ceux qui périrent dans le combat de Ohod, fussent-ils restés chez eux, n'auraient pas évité leur destin, parce que, dans aucun lieu, l'homme ne peut se soustraire au décret absolu ae Dieu. »

La pratique. — « Les prières sont les colonnes de la religion et les clefs du Paradis 1.

» Quand vous vous disposez à la prière, purifiez- vous d'abord le visage et les mains jusqu'au coude, puis la face jusqu'aux oreilles, et les pieds jusqu'à la chevilles. La propreté est la clef de la prière.

» Secourez vos enfants, vos proches, les orphelins, les pauvres, les pèlerins ; le bien que vous ferez sera connu du Tout-Puissant. Faites l'aumône de jour, faites-la de nuit, en public, en secret: vous en serez récompensé

1. « La prière, disait Omar, nous conduit à moitié route du paradis; le jeûne à ses portes; Taumône nous les ouvre. » La prière doit être dite cinq fois par jour, au lever de l'aurore, à midi, dans l'après-midi, au coucher du soleil et après la venue de la nuit.

2. En Arabie, où l'eau est rare, l'Arabe peut se puriQer avec le sable.

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des mains de l'Eternel, et vous resterez exempts des terreurs et des tourments. Celui qui donne par ostentation est semblable à un rocher couvert dépoussière ; une ondée survient-elle, il ne lui reste que sa dureté.

» Dans le mois de Ramadhan*, mander et boire vous est permis jusqa'au moment où le jour suffit pour distinguer un fil blanc d'un noir. Alors gardez le jeûne du point du jour jusqu'à la nuit, et passez le jour à prier*. Tel est le précepte du Seigneur.

» L'odeiir de la bouche qui jeune est plus agréable à Dieu que celle du maso. »

La guerre sainte. — « Annonce ceci, de la part de Dieu et du prophète, aux idolâtres avec lesquels vous contracterez alliance : « Voyagez en » sûreté pendant quatre mois, et pensez que vous ne pouvez arrêter le » bras de Dieu, et que Dieu couvrira d'opprobre les infidèles... Après les » jouis du grand pèlerinage, plus de rémission pour les mécréants. Con- )' vertissez-vous donc. Si vous persistez dans l'incrédulité, vous ne pourrez » détourner la vengeance céleste. »

» Les croyants qui abandonneront leur famille pour se ranger sous les étendards de Dieu, en sacrifiant leurs biens et leur vie, auront une place honorable dans le royaume des cieui... Ils^habiteront des jardins de délices où la béatitude sera perpétuelle, les plaisirs sans fin, parce que les récompenses du Seigneur sont infinies.

» 0, croyants ! cessez d'aimer pères, mères et frères, s'ils préfèrent l'incrédulité a la foi. Si vous les aimez, vous deviendrez pervers. Si pères, mères, frères, épouses, parents, richesses, commerce, habitations chéries, ont sur vous plus d'empire que Dieu, son apôtre et la guerre sainte, attendez le jugement du Très-Haut ; il n'est point le guide des prévaricateurs.

» Combattez celui qui ne croit pas à Dieu et au dernier jour.

» Les Juifs disent qu'Ozaï est le fils de Dieu ; les chrétiens disent que le fils de Dieu est le Messie; ils parlent comme les infidèles qui les précédèrent, et le ciel punira leurs olasphèmes. Ils appellent seigneurs leurs pontifes, les moines et le Messie, ne de Marie, tandis qu'il leur est commandé de servir un seul Dieu, hors duquel il n'en existe pas. Anathème à qui s'associe à leur culte !

» 0 croyants ! combien vous fuies consternés alors qu'on vous dit : « Allez et combattez pour la foi ! » Préféreriez-vous la vie du monde à la vie future ? Si vous ne marchez pas au combat. Dieu vous en demandera un compte sévère ; il mettra un autre peuple à votre place, et vous ne pourrez arrêter sa vengeance parce que sa puissance est infinie.

» 0 croyants ! combattez les ennemis de votre foi, et que le culte divin soit affermi ; le Paradis est à l'ombre des épées, les fatigues de la guerre sont plus méritoires que le jeûne, les prières et les autres pratiques de la religion. Les braves tombés &ur le champ de bataille montent au ciel comme des martyrs. » {Le Koran, passim.)

1. Le Ramadhan est le carême des musulmans et dure juste trente jnurs. Le mois de Ramadhan est le neuvième de Tannée musulmane. Comme l'année musulmane est lunaire et par conséquent de onze jours plus courte que l'année chrétienne, le Ramadhan se trouve, au bout de trente-trois ans, avoir parcouru toutes les saisons de Tannée.

2. Pour éluder la rigueur de la loi religieuse, les riches dorment tout le jour et passent toute la nuit à table.

I^a conquête*

Instructions d'un calife à ses généraux. — La conquête commença, pour ainsi dire, au lendemain de la mort de Mahomet. Au moment ou lés Arabes allaient entrer en campagne, le calife Abou-Bekr adressa à ses généraux la proclamation suivante :

« Rappelez-vous que vous êtes en présence du Seigneur et » voisins de la mort. Evitez donc l'injustice et l'oppression; » délibérez d'accord avec vos frères, et conservez l'amour et la » confiance de vos troupes. Comportez- vous pour la gloire de » Dieu comme il convient à des hommes, sans tourner le dos; » mais épargnez les femmes, les vieillards, les enfants, les pal- » miers, le blé, les fruits et les bestiaux, sauf ce qui est néces- » saire pour vous nourrir. Avant de faire la guerre aux peuples, » invitez-les à embrasser la vraie foi; si vous concluez des » traités, ne les violez pas. Vous rencontrerez, en avançant, des » religieux qui vivent dans les monastères pour servir Dieu; ne » les égorgez pas, et ne détruisez point .leurs asiles. Vous en » trouverez d'autres avec la tête rasée en couronne* ; à ceux-là, » fendez-leur le crâne sans ménagement, à moins qu'ils ne » veuillent devenir musulmans ou payer tribut. »

î Un bulletin de victoire. — Les Arabes, s'étant jetés sur la Syrie, enlevèrent rapidement Bosra et marchèrent sur Damas. Werdan, général I de l'empereur Héraclius, essaya en vain de les arrêter dans la plaine d'Aiz- ) nadin (634) ; il fut complètement battu. Le vainqueur informa le calife de 1 cette nouvelle importante par la lettre suivante :

« Au nom du Dieu très miséricordieux. Khalid, fils de Walid » à Abou-Bekr. Louange à Dieu, unique et seul Dieu ! hors lui, » il n'est pas d'autre dieu. Son prophète est Mahomet, à qui je » rends d'ardentes actions de grâce pour avoir détruit l'idolâtrie » et ouvert les yeux à ceux qui vivaient dans l'erreur. Sache, » ô chef des fidèles, que nous nous sommes rencontrés avec des » Romains, commandés par le préfet Werdan, qui avait juré » par Jésus de vaincre ou de mourir, et qui est mort. Avec » l'assistance divine, nous, qui avions juré aussi de vaincre ou

1. Il est difficile d'expliquer la diCFérence que le calife mettait entre les tonsurés et les non-tonsurés. Il est probable qu'il n'avait pas alors des idées très nettes sur le clergé chrétien.

I de mourir, nous avons vaincu. Il avait été décrété que nos » ennemis devaient être vaincus ; c'est pourquoi nous sommes » demeurés vainqueurs. Louanges à Dieu ! Nous avons tué plus I de cinquante mille ennemis; le reste s'est dispersé comme la » poussière dans le désert. Nous avons perdu quatre cent » soixante-quatorze hommes, qui jouissent de la gloire céleste. » J'ai écrit cette lettre le 30 du premier mois Djoumadi, pen- » dant que je me trouvais en chemin pour retourner d'Aiznadin, » oii s'est donnée la bataille, à Damas. Prie pour nos prospérités » ultérieures et pour nos heureux succès. Adieu, que la paix et » la bénédiction soient sur toi, ô successeur du prophète, et sur » les vrais musulmans! »

La conquête de l'Egypte. — Khalid est l'Arabe fanatique qui, dans la conquête, n'aspire qu'à la victoire ou au })aradis. Amrou est TArabe intelligent qui, sorti de son désert encore grossier et ignorant, se transforme tout à coup au contact des chrétiens civilisés, et qui, non content de prendre aux vaincus leurs terres et leurs villes, cherche aussi à leur prendre leurs arts et leurs sciences. Ses bulletins de victoire ne ressemblent en rien à ceux de Khalid qu'on croirait dictés par l'ange exterminateur. Voici comme Amroa annonçait au calife Omar ^on entrée en Egypte.

« Au nom de Dieu, etc. Au successeur du prophète, comman- » deur des croyants, salut. Figure-toi une belle campagne, située » entre deux déserts et deux rangées de montagnes, ressemblant » à Téchine d'un chameau ou au ventre d'un cheval étique. » Toutes les riches productions de Syène à Menka sont dues au » fleuve bienfaisant qui coule majestueusement au milieu de la » grande vallée. 11 croît et diminue en des temps aussi réguliers » que le cours du soleil et de la lune. A une saison donnée de » Tannée, toutes les sources paient à ce roi des fleuves le tribut » annuel imposé par la Providence. Ses eaux s'élèvent jusqu'à ce » qu'elles aient dépassé ses rives et couvrent toute l'Egypte en y ») déposant un limon fécond. Les communications entre les villes » et les villages ont lieu à l'aide de légers bateaux, aussi nom- » breux que les feuilles qui tombent des palmiers. Quand les eaux » ne sont plus nécessaires à l'amélioration du sol, le fleuve » docile rentre dans le Ut que lui a donné la nature, afin qu'on » puisse recueillir les trésors qu'il a semés.

» Ce peuple protégé du ciel, qui semble, comme les abeilles, » destiné à travailler pour autrui sans tirer profit de ses tra- » vaux, laboure superficiellement le terrain, et, y déposant des

» semences peu pressées, attend leur fécondation de la bonté de » Celui par qui tout germe, croît et mûrit. Le grain se développe, » la tige s'élève, l'épi mûrit, alimenté par d'épaisses rosées. La » riche moisson est immédiatement suivie de la stérilité. De cette » manière, chef des croyants, cette contrée présente alternative- » ment l'image d'un désert poudreux, d'une plaine liquide et » argentée, d'un marais noir et fangeux, d'une prairie verte et » ondoyante, d'un jardin émaillé de fleurs et d'un champ chargé » de blondes moissons. Béni soit Tauteur de tant de merveilles!

» Je te propose trois choses, chef des croyants, pour la pros- » périté de l'Egypte, qui, si elles sont exécutées, feront pleuvoir » les bénédictions sur la tête des fidèles : 1** que les taxes ne » soient pas augmentées; 2° que le tiers des revenus publics » soit consacré à l'entretien des canaux, des ponts et des digues; » 3^ que la perception des impôts soit faite en nature sur les » diverses productions de la terre. Agis ainsi, si tu veux que » la félicité réside parmi tes nouveaux sujets. La paix et la » bénédiction du ciel soient sur toi, chef des croyant?! » (Relation attribuée à Amrou par l'historien Al-Wakedi.)

Quand, après quatorze mois de siège, Amrou se fut rendu maître d'Alexandrie (641), il en informa le calife Omar parla missive suivante, où il fait ressortir à la fois la beauté et l'importance de sa conquête : « La grande cité de l'Occident a été » prise par les tiens avec une vaillance et une ardeur merveil- , » leuses. Son opulence, sa beauté, ne peuvent s'exprimer par des » paroles; elle renferme quatre mille palais, autant de bains, » quatre théâtres ou lieux de divertissements, douze mille bou- » tiques de comestibles, quarante mille Juifs payant tribut, deux » cent mille Gophtes et Grecs, qui le paieront. Elle a été em- » portée de vive force et sans capitulation, ce qui fait que les » musulmans attendent impatiemment le fruit de la victoire*.»

i. Les Arabes ont-ils brûlé la bibliothèque d'Alexandrie? — Rien n'est plus répandu dans le monde scolaire que l'anecdote d'Abulfarage, écrivain du treizième î«iècle, qui met sur le compte des Sarrasins la destruction de cette incomparable collection. Lorsqu'ils se furent rendus maitres de la ville, Amroa fît demander au calife ce qu'il fallait faire de la bibliothèque. Celui-ci lui aurait fait alors cette réponse : « Si les écrits des Grecs sont d'accord avec le Koran, ils sont inutiles ; s'ils se trouvent en opposition avec lui, ils sont dangereux. Dans l'un et l'autre cas il faut les brûler. » Et pendant six mois les quatre cent mille volumes auraient servi à chauffer les quatre mille bains d'Alexandrie.

Les Arabes sont complètement innocents de la deslruction de la fameuse bibliothèque des Ptolémée-. Quand ils entrèrent dans la ville, il y avait déjà lopgtemps qu'elle n'existait plus ou plutôt qu'elles n'existaient plus; car il y en avait deux :

Capitulation de Jérusalem (638). — Trois ans avant la prise (l'Alexandrie, les Arabes étaient entrés dans Jérusalem par capitulation. Jérusalem était pour eux une ville sainte, qui venait immédiatement après La Mecque et Médine; ils la révéraient comme une terre consac;;ée par les révélations de Moïse, de Jésus-Christ et de Mahomet lui-même ; ils pardonnaient aux chrétiens de ne pas croire à Mahomet, parce que ceux^rci, du moiDs, croyaient à un Dieu unique et qu'ils étaient les ennemis déclarés de l'idolâtrie ; aussi les conditions qu'ils accordèrent aux vaincus furent-elles relativement assez douces et empreintes d'un esprit de tolérance, bien rare au temps passé. Voici les termes de cette capitulation :

« I. Les chrétiens de la noble cité, en se rendant aux musulmans, conserveront l'exercice public de leur religion, mais ne pourront édifier de nouvelles églises dans la ville ni sur son territoire.

» II. Les chrétiens n'excluront pas les musulmans des églises, afin que ceux-ci observent si, dans leurs réunions, il n'est rien tramé contre la sûreté publique.

» III. Les habitants devront tenir ouvertes leurs maisons aux voyageurs et aux pèlerins, pour qu'elles puissent leur servir de logement.

» IV. Si un voyageur musulman n'avait pas de quoi se nourrir, les chrétiens seront obligés de lui fournir des vivres gratuitement, mais non pour plus d'un jour, à moins que, par maladie ou fatigue, il ne pût poursuivre son voyage.

» V. Les chrétiens ne devront pas parler avec mépris du Koran à leurs enfants, ni empêcher aucun d'eux d'embrasser l'islamisme.

t» celle du Bruchium, la principale ; 2» celle du Sérapeum^ installée dans le temple de Sérapis. La première fut brûlée durant la guerre que César soutint contre les Alexandrins (48) ; ce fut un désastre complet. Il n'éshappa rien des quatre cent mille 'olomes qu'elle renfermait. La seconde, enrichie par Antoine des deux cent mille volumes sur parchemin de la bibliothèque de Pergame, fut saccagée sous le règne de l'empereur Théodose, par les chrétiens ameutés contre les philosophes païens. Orose, qui visita Alexandrie vingt-cinq ans après l'événement, raconte qu'il put voir dans certains temples les armoires de l'ancienne bibliothèque, mais complètement «des de livres {exinanita armaria). En admettant qu'on eût essayé de reconstituer une troisième bibliothèque, cette collection ne pouvait avoir, ni par la rareté, ni P»r le nombre des ouvrages, l'importance des deux précédentes. Du reste, au sixième siècle, l'école d'Alexandrie avait presque entièrement disparu et les rares esprits gui cultivaient encore la science se plaignaient que les auditoires demeuraient vides, tandis que les cirques et les théâtres regorgeaient de spectateurs. Dans dépareilles dispositions d'esprit, les Alexandrins n'ont pas dû s'intéresser beaucoup à leur troisième bibliothèque dont le sort fut probablement celui de tant d'autres établissements du même genre qui ont péri par l'oubli et le délaissement, sans qu'il Mt été nécessaire, pour expliquer leur ruine, de faire intervenir les Barbares ou le» Arabes.

» VI. Les chrétiens auront le respect convenable pour les musulmans auxquels ils devront céder le poste d'honneur.

» VIL Ils ne s'habilleront pas à la musulmane. Les formules ordinaires de salut leur seront interdites, comme aussi leurs noms et leurs prénoms devront être différents de ceux des vrais croyants.

» VIII. Les montures des chrétiens seront des ânes et des mulets, et ils ne porteront point d'armes. Ils n'emploieront pas les caractères arabes dans les inscriptions sur leurs églises, leurs maisons, non plus que les sceaux.

» IX. Il leur sera interdit de vendre du vin ou d'autres liqueurs enivrantes sans une permission spéciale. Ils ne pourront laisser courir les pourceaux dans la rue.

» X. Ils porteront des vêtements de deuil et une ceinture de cuir noir autour des reins, tant dans la ville qu'en voyage.

» XI. Ils ne pourront ériger de croix sur les églises, ni sonner les cloches, mais seulement les frapper; et, lorsqu'elles seront brisées, ils ne pourront les refondre.

» XII. Ils n'épieront pas les actions des musulmans et ne se feront point délateurs.

» XIII. Ils paieront exactement le karacht (tribut).

» XIV. Ils reconnaîtront à perpétuité l'autorité des califes, et jamais ils ne feront rien contre elle, soit directement, soit indirectement.

» XV. Le calife assure auj^ chrétiens la vie, leur fortune et la liberté de leur culte. La protection du chef des croyants sera immédiate et perpétuelle. »

La conquête de la mer et de l'Espagne. — Les Arabes avaient compris de bonne heure que la possession de la mer leur était nécessaire

Î)Our assurer leur puissance en Syrie et en Egypte. La conquête leur avait ivre des ports vastes et commodes, des marins exercés et des ouvriers habiles; ils en profitèrent. En 640, Moaviah, qui n'était encore que gouverneur de Syrie, fit construire avec les bois du Liban une flotte de dix-sept cents vaisseaux avec laquelle il saccagea Carthage, puis Chypre, les Cyclades et Rhodes, où les débris du fameux colosse, renversé par un tremblement de terre, furent vendus à un juif d'Emèse qui en chargea, dit-on, neuf cents chameaux i.

1. A PROPOS DU COLOSSE DE Rhodes. — Le colosse de Rhodes, dit Rollin, était de si énormes proportions que les navires passaient à pleines voiles entre ses jambes. » Rollin ne faisait que reproduire une opinion très accréditée de son temps. On était persuadé alors que le colosse avait été dressé à l'entrée du port, les deux jambes placées sur deux rochers, de manière à donner passage aux navires. Un

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La dispersion de la flotte de Tempereur Constant II à la balaille de Jacoabé, sur les côtes de Syrie, ouvrit aux musulmans l'entrée de l'Hellespont.

En moins d'un siècle, les Arabes conquirent l'Asie antérieure, le nord de l'Afrique et entamèrent l'Europe. La seule victoire de Xérès suffit à leur donner l'Espagne. Nous n'avons sur cette bataille que des détails confus et contradictoires. On n'est pas sur qu'elle se soit donnée àXéiès; les historiens les plus autorisés la placent sur les bords de l'Oued-Becca, petite rivière qui se jette dans la mer près du cap Trafalgar. Ce qu'on peut affirmer avec certitude, c'est que la trahison fit plus pour le succès des Arabes qoe la brillante valeur de leur chef Tarik. Abandonné sur le champ de bataille par les amis et les parents de l'ancien roi Wiliza, le roi Roderic fut mis en aéroute et disparut sans que jamais on n'entendit plus parler de lui.

Mouça, qui était le supérieur de Tarik, acheva la conquête de l'Espagne et franchit les Pyrénées. A peine eut- il le temps d'entrevoir les Francs; le calife le rappela a Damas. Il voulut toutefois se donner l'air de les bien connaître : « Et de ces Frandji qu'as-tu à m'apprendre? lui dit le calife. — C'est un peuple très nombreux et abondamment, pourvu de tout, brave et impétueux à l'attaque, mais lâche et timide dans les revers. — Et comment s'est passée la guerre entre eux et toi? T'a-t-elle été favorable ou contraire? — Contraire! Non par Allah et le prophète! Jamais bataillon de mon armée n'a eu le dessous, et jamais musulmans n'ont hésité à me suivre quand je les ai conduits quarante contre quatre-vingts. »

En 732, les Arabes apprirent à leurs dépens ce que pouvaient valoir ces Frandji, dont Mouça avait parlé avec tant de légèreté. Ils purent les voir de près à Poitiers et pour la première fois ils hésit»>rent à attaquer.

Bataille de Poitiers (732). — «... Durant sept jours, l'Orient et TOccident s'examinèrent avec haine et terreur : les deux armées, ou plutôt les deux mondes, s'inspiraient un étonneraent réciproque... Les Francs contemplaient d'un œil surpris ces myriades d'hommes bruns, '"aux turbans, aux burnous blancs, aux boucliers ronds, aux sabres courbés, aux légères zagaies, caracolant, parmi des tourbillons de poussière, sur leurs cavales échevelées : les cheiks musulmans passaient et

savant du dix-huitième siècle, le comte de Caylus, réfuta cette opinion en prouvant : !•» que jamais ledit colosse n'avait été placé de la manière bizarre qui 1 avait mis en si grand honneur ; 2* que c'était un érudit français du sei/àème siècle, nommé Vigenère, qui s'était avisé le premier, on ne sait pourquoi, de lui donner cette position extraordinaire qu'il était impossible de lui faire prendre ailleurs que dans an livre. — Il est certain que bien des écrivains de rantic[uilé ont parlé du fameux colosse; mais aucun d'eux ne fait la plus petite allusion à l'écarteinent des jambes, ce qui eût dû pourtant mériter de leur part une mention spéciale. Philon de Byzance (JJOO ans av. J.-C), qui a consacré tout un petit livre, aux Merveilles du monde^ parle de la base du colosse^ ce qui indiquerait que les deux pieds se trouvaient réunis sur un même bloc. Ampélius (cinquième siècle ap. J.-G.) «lit : « A Rhodes est la statue du Soleil sur une colonne de marbre avec quadrige. » U colonne de marbre, le quadrige, suffisent pour démontrer l'impossibilité de i'écartement des jambes. Du reste, si le colosse eût été dans la position que lui donne Vigenère, il serait tombé dans la mer, lors du tremblement de terre qui le rompit aux deux genoux.

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repassaient au galop devant les lignes gallo-teutoniques, pour mieux voir les géants du Nord avec leurs longs cheveux blonds, leurs heaumes brillants, leurs casaques de peau de buffle ou de mailles de fer, leurs longues épées et leurs énormes haches. Enfin, le septième jour, qui était un samedi de la fin d'octobre, vers l'aube, les Arabes et les Maures sortirent de leurs tentes, aux cris des muezzins appelant les fidèles à la prière; ils se déployèrent en ordre dans la plaine, et leur chef, Abd-el-Rhaman,

Bataille de Poitiers.

donna le signal. L'armée chrétienne reçut sans s'émouvoir la grêle de traits que firent pleuvoir sur eux les archers berbères; les masses de la cavalerie musulmane s'élancèrent alors, et, poussant leur cri de guerre : Allah aqbar (Dieu est grand !), tombèrent comme un immense ouragan sur le front de bataille des Européens. La longue ligne des Francs ne ploya pas et resta immobile sous ce choc épouvantable, comme un mur de fe7\ comme un rempart de glace : les peuples du septentrion demeurèrent serrés les uns contre les autres, tels que des hommes de

marbre. Vingt fois les musulmans tournèrent bride pour reprendre du champ et revenir avec la rapidité de la foudre ; vingt fois la charge impétueuse se brisa contre cette zone inébranlable; les colosses d'Austrasie, se dressant sur leurs grands chevaux belges, recevaient les Arabes sur la pointe du glaive, et, frappant de haut en bas ces petits hommes du Midi, les perçaient d'outre en outre par d'effroyables estocades. Abd-el- Rhaman conservait encore l'espoir de lasser la résistance des chrétiens, lorsque, vers quatre heures de l'après-midi, de lamentables clameurs s'élevèrent derrière les musulmans ; c'était le roi Eudes qui, avec ses Aquitains, se jetait sur le camp du wali. Aussitôt, les Arabes reculèrent; le mur de glace s'ébranla enfin; Karle et ses Austrasiens chargent à leur tour, culbutent, sabrent, écrasent tout ce qui se trouve devant eux, et le brave Abd-el- Rhaman et l'élite de ses compagnons disparaissent, broyés sous cette masse de fer. A l'instant où le soleil descendit sous l'horizon, la foule confuse des musulmans se précipitait vers ses tentes, pressée dans toute la largeur du champ de bataille par une forêt mouvante de glaives qui s'élevaient et s'abaissaient incessamment, abattant à chaque pas une nouvelle file de cadavres. La fin du jour arrêta les Francs. Au lever du soleil, ils revirent blanchir les tentes ennemies à la même place et dans le même ordre que la veille; mais aucun bruit ne se faisait entendre; les Arabes avaient disparu*. » (D'après Henri Martin, Histoire de France, Jouvet et G'^.)

De la civilisation arabe.

Sortis barbares du désert et n'ayant d'abord pour guide que le Koran, les Arabes ont accumulé beaucoup de ruines sur leur passage. Ils étaient appelés néanmoins à jouer un rôle glorieux dans l'histoire de la civilisation. A leur insu, ils ont servi d'in-

1. Nous ne connaissons guère la bataille de Poitiers que par le beau récit de l'évègue espagnol, Isidore de Béja. On a lieu de croire ce récit exagéré. Henri Martin, en le développant avec talent, l'a exagéré encore. Ce dut être toutefois one grande bataille que celle qui barra la route à l'invasion musulmane. La plupart des historiens arabes n'en parlent pas. Hidjazi rapporte simplement (^ue Charles, roi des Francs, voyant les Arabes au milieu de la Gaule, ne voulut point les combattre, dans Tespoir que leurs divisions les détruiraient. « En effet, ajoute- Wl, les Arabes de Damas et de TYémen, les Berbères et les Modarites se brouillèrent, se firent la guerre et la conquête de la Gaule fut manquée. »

termédiaires entre les différents mondes qui se partageaient l'ancien continent. Ce sont eux qui, les premiers, ont révélé à l'Europe les civilisations jusqu'alors inconnues de Tlnde et de la Chine et fait connaître celle de la Grèce au monde latin du moyen âge qui l'avait complètement oubliée. Ils étaient prédisposés à ce rôle par les conditions géographiques de leur empire, qui s'étendait sans interruption des pentes des Pyrénées à celles du Pamir.

Les Arabes ont été plutôt d'ingénieux vulgarisateurs que de véritables inventeurs. Ils s'assimilèrent les connaissances des autres peuples bien plutôt qu'ils n'y ajoutèrent. Aussi a-t-on pu dire que leur civilisation, presque toute d'emprunt, était plus brillante que solide, plus superficielle que réelle.

Poésie. — Leur poésie seule est originale. Les Arabes ont eu de grands poètes, même avant Mahomet. A la foire d'Okazh, les plus habiles d'entre eux se réunissaient chaque année pour réciter publiquement leurs compositions poétiques. Les pièces qui obtenaient la palme étaient copiées en lettres d'or et suspendues à la porte du temple de La Mecque; de là, leur nom de Moallakàh (suspendues). Il nous reste plusieurs de ces chants ou cassideh. Les querelles des tribus, l'amour-propre, les jalousies des races, les mœurs du désert en forment le fond principal. Les citations suivantes donneront une idée de ce qu'il y a d'étrange dans cette singulière poésie.

La cavale. — « La cavale qui m'emporte a les pieds longs, les crins épars, blanchâtres, se déployant sur le front.

» Son ongle est comme récuelle dans laquelle on donne à manger à un enfant. Il contient une chair compacte et ferme.

» Sa croupe est comme la pierre du torrent qu'a polie le cours d'une eau rapide.

» Sa queue est comme le vêlement traînant de l'épouse.

» Son cou est comme le palmier élevé entre les palmiers, auquel a mis le feu un ennemi destructeur.

» Les crins qui flottent sur les côtés de sa tête sont comme les boucles des femmes qui traversent le désert, montées sur des cavales par un jour de vent.

» Son front ressemble au dos d'un bouclier fabriqué par une main habile.

» Ses narines rappellent l'idée d'un antre de bêtes féroces et d'hyènes, tant elles soufflent violemment.

» Les çoils qui couvrent le bas de ses jambes sont comme des plumes d'aigle noir, qui changent de couleur, quand elles se hérissent.

» Quand tu la vois arriver à toi, tu dis : c'est une sauterelle verte qui sort de l'étang...

LES ARABES. i4i

» Le rouet en tombant sur elle produit le bruit de la grêle.

u Elle court comme une biche que poursuit un chasseur.

» Elle fait des sauts pareils au cours des nuages qui passent sur la vallée sans l'arroser et qui vont se verser sur une autre.

La rencontre des tribus. — « Ils se précipitèrent avec violence sur la tribu et dispersèrent l'avant-garde comme un troupeau d'ànes sauvages; mais ils rencontrèrent un nuage plein de grêle.

» Les lances, en se plongeant dans le sang, rendaient un son humide, comme celui de la pluie qui tombe dans la pluie ; les épées, en frappant, rendaient un son sec, comme quand on fend du bois.

» Les arcs rendaient des sifflements confus comme ceux d'un vent du sud qni pousse une eau glacée.

» On eût dit que les combattants étaient sous un nuage d'été qui s'épure en versant sa pluie, tandis que de petites nuées amoncelées lancent leurs éclairs. »

Les contes. — Les Arabes sont encore meilleurs conteurs que poètes. C'est dans le génie de la race d'aimer les contes et de savoir en faire.

« Tout ce qu'on dit de la passion des Arabes pour les contes est vrai, dit Chateaubriand, et j'en vais citer un exemple : Pendant la nuit que nous venions de passer sur la grève de la mer Morte, nos Bethléemites étaient assis autour de leur bûcher, leurs fusils couchés à terre à leurs côtés, les chevaux attachés à des piquets, formant un second cercle au dehors. Après avoir bu le café, ces Arabes tombèrent dans le silence, à l'exception du scheik. Je voyais, à la lueur du feu, ses gestes expressifs, sa barbe noire, ses dents blanches, les diverses formes qu'il donnait à son vêtement en continuant son récit. Ses compagnons l'écoutaient dans une attention profonde, tous penchés en avant, le visage sur la flamme, tantôt poussant un cri d'admiration, tantôt répétant avec emphase les gestes du conteur ; quelques têtes de chevaux qui s'avançaient au-dessus de la troupe, et qui se dessinaient dans l'ombre, achevaient de donner à ce tableau le caractère le plus pittoresque, surtout lorsqu'on y joignait un coin du paysage de la mer Morte et des montagnes de Judée. » (Itinéraire de Paris à Jérusalem.)

La littérature orientale n'offre pas d'ouvrage qui ait eu chez nous autant de célébrité que les contes des Mille et une Nuits. Pour la plupart des lecteurs européens, ce livre constitue le principal bagage littéraire de l'Orient musulman. « Quel est, dit M. de Sacy, le livre qui ait été traduit dans un plus grand nombre de langues, et qui ait eu plus de lecteurs que ce recueil de contes dont s'est amusée notre enfance et qui, dans un âge

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plus grave, nous offre bien souvent un délassement et un remède contre Tennui? »

Ce n'est pourtant pas que cet ouvrage ait jamais occupé une place bien distinguée dans la littérature de l'Orient. Il est incapable même, par le style dans lequel il est écrit, de prendre rang parmi les modèles de l'élégance et du bon goût; il n'offre aucun but moral ou philosophique, il conte uniquement pour le plaisir de conter; mais il est écrit avec tant de verve et d'imagination, il est si riche en couleur, qu'il est considéré aujourd'hui comme l'un des chefs-d'œuvre du genre narratif.

On ne connaît pas l'auteur de ce livre célèbre ; peut-être y en a-t-il eu plusieurs. Quelques critiques ont dit qu'il était originaire de l'Inde, d'autres de la Chine. Il semble établi aujourd'hui qu'il est bel et bien d'origine arabe; qu'il a d'abord été écrit en Syrie dans l'idiome vulgaire; qu'il n'a jamais été achevé par son premier auteur; que, dans la suite, les copistes ont cherché à le compléter en y insérant des nouvelles. qui avaient appartenu à d'autres recueils; que les additions ont été faites en diverses contrées, et surtout en Egypte; enfin que le livre n'est pas relativement fort ancien, puisqu'il ne daterait guère que du treizième ou du quatorzième siècle de notre ère.

Cette date nous éloigne de la belle époque de la littérature arabe; mais, quel que soit le temps dans lequel il ait paru, cet ouvrage nous prouve suffisamment que. les Arabes n'étaient pas des conteurs ordinaires.

Histoire et géographie. — Cette imagination capricieuse et vive, qui convient si bien au conte et à la poésie, a empêché ce peuple de réussir en histoire. Les historiens arabes n'ont produit que des compilations indigestes et sans goût. La précision chronologique, la discussion critique, l'appui des commentaires leur font complètement défaut. Ils enregistrent sans ordre et sans art les faits les plus divers auxquels ils mêlent les contes et les légendes les plus absurdes et les plus invraisemblables.

Les géographes valent mieux, car les marins arabes, voisins de terres jusqu'alors inconnues de l'antiquité, avaient contribué pour une large part à créer la géographie de l'Orient. Les voyages de Sindbad le Marin ^ dans les Mille et une Nuits, sont un écho de ces grandes navigations orientales qui ont doublé l'étendue du monde connu. D'ailleurs, les Arabes ne s'en sont pas tenus aux légendes. Maçoudi, Aboul-Féda, l'Istakhri, l'Edrisi ont, par

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leurs grands travaux, laissé fort loin en arrière les informations très générales des auteurs classiques. Malheureusement leur cartographie est des plus défectueuses. Il est impossible d'imaginer rien de plus informe que la plupart des cartes jointes à leurs manuscrits.

Philosophie. — C'est aux Grecs que les Arabes ont emprunté la philosophie qu'ils devaient enseigner plus tard aux savants de l'Occident. On raconte qu'un jour le khalife Almamoun vit dans un songe une belle ligure d'homme. « Qui es-tu? lui demanda-t-il. — Je suis Aristote, lui répondit l'apparition. — Quelle est la cause de ta beauté? — C'est la beauté de la raison. » Ce récit prouve quel cas les Arabes faisaient du stagyrite. En effet, Aristote a toujours été considéré par eux comme lephilosaphe par excellence, et, si l'on a eu tort de soutenir que les philosophes musulmans n'ont fait que se traîner servilement à sa suite, du moins est-il vrai qu'il a toujours exercé sur eux une véritahie dictature pour tout ce qui concerne les formes du raisonnement et la méthode. L'autorité d'Aristote augmenta lorsque Avicenne parut ; ce philosophe composa ses ouvrages sur le même plan qu'Aristote et lui prodigua ses louanges. Ce qu 'Avicenne fut pour les Arabes de l'Orient, Averroès le fut pour ceux de l'Occident, et, par lui, le stagyrite devint dominateur dans les académies de l'Andalousie, en attendant qu'il le devînt dans les écoles de Paris. Platon ne paraît avoir été connu aux Arabes que par les commentateurs d'Aristote; sa République seule fut mise en arabe par Averroès.

Sciences et chiffres arabes. — Les Arabes cultivèrent avec succès les mathématiques, l'astronomie, la médecine et la chimie ; mais là encore ils furent mis dans la bonne voie par les savants grecs. Les œuvres d'Euclide et de Ptolémée, celles d'Hippocrate et de Gallien servirent de bases à leurs études; ils les traduisirent et les commentèrent, et ce fut par eux que le moyen âge en eut tout d'abord connaissance. De ce qu'on a désigné sous le nom d'almageste, mot de saveur tout arabe, l'ensemble des observations astronomiques, on s'est figuré que la science des astres devait être essentiellement d'origine arabe, il n'en est rien. L'almageste était primitivement le titre du grand ouvrage astronomique de Ptolémée, désigné sous le titre de Syntaxis megistè. En le traduisant, les Arabes l'appelèrent ïal medgiste, puis par corruption donnèrent le nom d'almageste à la science qu'ils tenaient de l'astronome alexandrin.

LSCTURES HISTORIQUES.

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Oq leur a fait Thonneur de l'invention des chiffres dits arabes, II est prouvé aujourd'hui qu'une partie de ces caractères existait bien avant eux. Ainsi Boèce, ministre du goth Théodoric, remplaçait déjà les chiffres romains par des caractères appelés (npkes, dont quelques-uns ressemblent fort aux chiffres d'aujourd'hui, particulièrement les apices 1,2, 6, 7, 8, 9. Un signe que ne connaissait pas Boèce et qui nous est venu, dit-on, de Hnde* ou d'Alexandrie, par l'intermédiaire des Arabes, c'est le zéro [de l'arabe sifir, vide, nul, italianisé en zefiro ou zeiiro).

L'Alhambra de Grenade.

L'emploi de ce signe put seul donner aux apices une valeur dite déposition, puisque l'addition d'un nombre plus ou moins grand de zéros à la droite d'un chiffre permet de multiplier les dizaines à l'infini et d'exprimer les quantités les plus prodigieuses. L'auteur arabe qui fît connaître cette belle découverte se nommait Mohamraed-ben-Mouça, surnommé VAlkhorismi, d'où le nom d'Algonthmisme donné jadis à ce système de numération.

1. Les Arabes n'en revendiquaient pas la paternité; eux-mêmes donnaient au.v chiffres nouveaux le nom de chiffres indiens.

CARRÉ. — LKGT, HIST.

L'art musulman. — « L'art musulman est moins complet que Tart antique et même que l'art byzantin. Il n'admet ni la peinture, ni la sculpture. L'architecture seule est pratiquée. Les Arabes n'ont pas cherché à imposer leurs idées artistiques aux peuples conquis. Ils ont admis les styles qui prévalaient chez les vaincus. L'Inde et l'Egypte d'abord, puis Byzance, leur ont fourni des modèles. Leur architecture n'est pas une. Nue, raide et uniforme à l'extérieur, elle est, à l'intérieur, luxueuse jusqu'à la prodigalité et elle se plaît à briser et à faire scintiller toutes les lignes.

...» L'architecture des Arabes ne diffère point par son essence de celle des Orientaux ; ses créations sont toutes de détail. On lui doit l'arc en fer à cheval^ l'arc en accolade ou contourné; mais elle a fait aussi usage de l'arc plein cintre.

» Les mosquées sont couvertes, dans les espaces intérieurs, soit par des charpentes, comme dans les basiliques, soit par des coupoles, comme les églises grecques. La construction est la même, un peu plus élancée, toutefois.

» Ce qui appartient en propre aux Arabes, c'est la voûte à stalactites. Elle se retrouve dans tous leurs monuments et elle est peut-être le trait le plus saillant de l'art musulman. L'ornementation par les arabesques est particulièrement brillante ; elle étonne et elle réjouit les yeux. » (Lhomme et Rocheblave * , Gidde- 'programme d\m cours d'histoire de l'art ^ i vol. in-12, Paris, Allison et C^\)

Si les Arabes sont les inventeurs des arabesques. — « Les arabesques sont un genre d'ornements peints, sculptés, ou sculptés et peints à la fois, représentant un bizarre et un fantastique assemblage de fleurs, d'arbustes et de rinceaux qui viennent se mêler à de merveilleuses et gracieuses combinaisons de lignes.

» L'origine des arabesques est des plus anciennes, car ces sortes de compositions proviennent immédiatement du goût de l'homme pour l'ornement, de son besoin d'imitation et de son amour pour le merveilleux et le surnaturel. On en trouve des

1. M. F. Lhomme, professeur d'enseignement moderne au lycée Janson-de- Sailly, s'est fait connaître dans le monde des lettres par de savants articles de critique et d'histoire. — M. S. Rocheblave, docteur es lettres, deux fois lauréat de l'Académie française, est professeur de rhétorique au lycée Lakanal. Il est l'auteur d'un savant Essai sur le comte de Caylus (1889) et d'une étude très approfondie sur le graveur Cochin,

traces chez tous les peuples, quelle que soit leur place dans l'échelle de la civilisation. Ce sont, en effet, de véritables arabesques que ces singuliers dessins qui sont employés au tatouage chez la plupart des peuplades sauvages, qui sont sculptés sur leurs armes ou peints sur leurs pirogues. On en a trouvé au Mexique, dans l'Inde, en Chine, on en voit partout, sur les édifices, sur les étoffes, sur les mosaïques. La Grèce elle-même, dont le goût était si pur, et qui admettait si peu les bizarres produits de imagination, a eu des arabesques peints et sculptés sur les monuments. Les Romains n'ont pas non plus négligé ce genre d'ornementation ; on en a trouvé de fort beaux spécimens dans les ruines de Pompéi. Il faut remarquer toutefois que les peuples d'Occident n'ont jamais poussé aussi loin que les Orientaux l'amour et l'art des arabesques.

» Après la chute de l'empire romain, alors que les beauxarts, immobilisés un instant, parurent ne plus pouvoir se plier aux austères exigences des néophytes chrétiens, les arabesques disparurent en grande partie de l'Occident, et à peine en aperçoit-on quelques traces dans les constructions qu'élevèrent les chrétiens entre les troisième et neuvième siècles de notre ère. Mais, dès que les Arabes vinrent à leur tour prendre leur part aux progrès de la civilisation, on vit refleurir de nouveau avec vigueur ces créations capricieuses de l'imagination. Ces brillants enfants de l'Orient réunissaient en effet toutes les conditions que cette peinture réclame. Les prescriptions de Mahomet, qui défendaient la représentation de tout être animé, apportaient, il est vrai, de grandes entraves à l'introduction du symbole dans la décoration ; mais les Arabes y suppléèrent habilement en mêlant de brèves et élégantes devises aux fleurs et aux plantes, que seules, entre tous les objets naturels, ils pouvaient employer. Les formes élégantes et contournées des caractères de leur alphabet se prêtaient merveilleusement à l'ornement ; et les arabesques arabes sont surtout remarquables par leur richesse, leur légèreté et la gracieuse fantaisie de leurs contours. » (L. Reynaud, Encyclopédie nouvelle, art. arabesques.)

I. Documents. Le Koran, trad. Kazimirski (1840). — Albouféda, Vie de Mahomet, trad. Desvergers, 1837.

II. Ouvrages de seconde main. — De Sacy, les Arabes avant Mahomet. —

Causai n de Perceval, Essai sur l'histoire des Arabes (184T/, 3 vol. in-8«. — R. Dozy, Essai sur l'histoire de l'islamisme, trad. du hollandais, par V. Chauvin (1879). — Barthélémy Saint-Hilaire, Mahomet et le Coran (iSfô). — Sédillot, Histoire des Arabes (1867), 2 vol. in-8*. — Foornel, les Berbères, essai de la conquête de l'Afrique par les Arabes (1873 et 1881). 2 vol. — Le Bon, la Civilisation des Arabes (1884). — Guyard, la Civilisation musulmane (1884). — Prisse d* A venues, l'Art tirabe depuis le septième siècle.

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