‹ Le moyen âge (395-1270) Choix de lectures historiques, accompagnées de résumés, d'analyses, de notes explicatives et bibliographiquesChapitre 31 sur 66 · PHILIPPE-AUGUSTE · texte numérisé non relu

PHILIPPE-AUGUSTE

Awènemeiit de Pliilippe-Aug^ste.

Heureux pronostie.

Philippe-Auguste navait que quinze ans à la mort de son père. C'était un tout jeune homme, mais déjà il manifestait une précocité d'esprit extraordinaire. Le frère de sa mère, Guillaume aux Blanches-Mains, archevêque de Reims, comptait bien diriger les aiïaires de TEtat. Il avait sacré en grande

fjompe son royal neveu el, pour mieux assurer son influence, il songeait à ni donner une femme de son choix; mais Philippe, sans le consulter, épousa Isabelle de Hainaut, nièce de son parrain, le comte de Flandre. La princesse n'avait que treize ans et n'était pas belle, mais elle apportait en dot l'Amiénois et le Yermandois, en attendant qu'elle pût faire valoir ses droits sur l'Artois.

Ce mariage déplut à l'archevêque de Reims et aux barons de son entourage ; ils murmuraient de ce que le roi épousait la fille d'un vassal ; ils avaient tort. Le chroniqueur de Saint-Denis, gui avait vu les généalogies, ne mançiua pas de dire qu'Isabelle était du sang de Cbarlemagne. La nouvelle reine descendait, en effet, d'Ermengarde, nlle de Charles de Lorraine,

CARRÉ. — LECT. HîST. 25

le malheureax compétiteur de Hugues Capet. En Tépousant, Philippe greffait la nouvelle dynastie sur l'ancienne.

Elisabeth désirait être sacrée et couronnée; mais Tarchevêque de Reims, pour bien marquer son mécontentement, déclara quMl ne soutîrirait pas la présence des hommes du roi dans la ville du sacre. Philippe décida qae la cérémonie aurait lieu ailleurs.

« Les fêtes eurent lieu en grande pompe dans Téglise du bienheureux saint Denys. Le roi et la reine, à genoux et la tête inclinée devant le maître autel, recevaient la bénédiction nuptiale de la main du vénérable Guidon, archevêque de Sens, au milieu d'un immense concours de prélats et de barons, quand il se produisit un accident si digne de mémoire que nous avons jugé à propos de le rapporter dans cet ouvrage. Il était venu des villes, des bourgs et des villages voisins une foule considérable, car chacun voulait avoir le plaisir de contempler de ses yeux une si auguste cérémonie. Quand ces braves gens vireut le roi et la reine ceints du bandeau royal, le tumulte devint tel qu'un des hérauts du roi, pour faire cesser tout ce bruit, se mit à agiter sa baguette de ci de là dans les airs, mais voilà que, la jetant au hasard, il brisa soudain, d'un seul coup, trois lampes qui étaient suspendues, devant le maître autel, sur la tête des deux époux, si bien qu'ils furent tout couverts d'huile. Ce fut, croyons-nous, une onction miraculeuse, un signe comme envoyé du ciel pour marquer la plénitude des dons du Saint- Esprit et indiquer que le bruit du nom et de la gloire du nouveau roi s'étendrait en tous lieux. Dans le Cantique des Cantiques, Salomon ne semble- t-il pas dire prophétiquement à ce sujet : « Votre nom est une huile qui se répand? » Il disait encore dans le même sens : « La renommée de son nom et sa » sagesse se répandent d'une mer jusqu'à l'autre et du fleuve » jusqu'aux extrémités de la terre, les rois inclineront leurs têtes » devant lui et beaucoup de nations lui seront assujetties. » Telle est l'application que nous croyons pouvoir faire des livres saints aux faits qui se sont produits au sujet du roi Philippe, par la volonté de Dieu. » (Rigord * , Vie de Philippe- Auguste, 1180, § 10.)

1. Rigord, médecin languedocien, devenu moine de Saint-Denis, entreprit d'écrire une histoire de Philippe-Auguste, qu'il poussa jusqu'à Tannée 1207 exclusivement. Il mourut probablement à cette époque. Rigord est un écrivain consciencieux cl bien renseigné, dont l'œuvre a une grande valeur historique.

C'était un acte d'habile politique que ce mariage avec une riche héritière. Philippe ne s'en tint pas là. — Le comte de Flandre j)rétendait le régenter et ne pas livrer la dot promise ; Philippe le contraignit par les armes à s'iiufflilier devant lui et a remplir ses engagements. Le duc de Rourgo^ne troublait la paix publique, il lui prit Chàtillon et lui imposa la réparation des dommages causés. En même temps il détruisait les bandes de routiers dits coUereaux, qui infestaient le centre de la France, et battait en brèche la puissance anglo-normande.

Philippe- Ausrvste iugé par ses eontemporains.

Si tout réussissait si bien à Philippe II, c'est qu'il avait des qualités qui manquaient à la plupart des princes de son temps : la prudence, la persévérance, l'art de manier les hommes et de profiter des occasions; qu'il entendait la politique et l'administration aussi oien que la guerre. — Voici comment le jugeaient ses contemporains.

« L'autorité du roi Philippe est assez douce et nous avons en lui le portrait d*un bon roi ; personne, si ce n'est un méchant ou un ennemi, ne peut nier que, pour notre époque, ce ne soit un bon prince. Sous sa domination, le royaume s'est fortifié et la puissance royale s'est accrue au loin. Mais, s'il avait puisé à la source de la mansuétude divine un peu plus de modération, ses sujets et lui pourraient, sans trouble et sans difficulté, recueillir les fruits abondants de la paix, et, sans efl'orts, sans violence, sans guerre, sans aucune effusion de sang, les rebelles que l'orgueil arme maintenant contre lui, ramenés par la seule raison, obéiraient à un maître juste et ne demanderaient qu'à se soumettre à ses ordres*. Mais toutes ces guerres furieuses qui sont venues suspendre la paix accoutumée, ô France, t'attristent et t'affligent. . . Cependant, jette les yeux tout à l'entour : les autres rois, qui gouvernent tous selon leur caprice, sont encore

1. Rien n'est moins certain. Si la plupart des barons courbèrent la tête, c'est qu'ils avaient éprouvé ce que pesait le bras du roi. Voici un mot du comte de Flandre qui semble donner raison à la politique de Philippe II. « Un jour, le comte de Flandre vint trouver le comte de Poitiers, qui faisait la guerre à son suzerain et roi, et lui dit : « Seigneur comte, il me semble q^ue tu es bien impru- » dent de conduire ton armée contre le seigneur roi... Il est jeune par l'âge, mais » est déjà mûr par l'esprit. Prudent dans les affaires et plem d'activité, il garde » fidèlement le souvenir des maux qu'on lui a faits et n'oublie pas non plus les » services qu'on lui a rendus. Crois-en mon expérience; moi aussi je lui ai fait la » guerre jadis, mais je l'ai faite à mes dépens, et, maintenant, je m'en repens a amèrement. »

Si Philippe avait eu la politique de mansuétude que souhaitait Gilles de Paris, il est probable qu'il n'aurait pas brisé la puissance des Plantagenels, ni assuré à la monarchie française sa force territoriale.

de pire condition ; ils imposent au pauvre peuple, comme à l'Eglise, un joug encore plus insupportable. Reconnais, en somme, que tu es administrée par un prince d'humeur bienveillante, et ne te plains pas, quand tu obéis à un tel roi, de ne point être courbée sous la triste domination d'un Richard ou sous la dure tyrannie d'un roi allemand. » (Jugement porté par Gilles de Paris, vers 1199, Historiens des Gaules^ etc., t. XVIII.)

« Philippe était bien fait de corps, élégant de sa personne, le visage souriant, le teint très coloré ; il était en outre grand mangeur et grand buveur. Il se montrait très libéral envers ses amis, très serré à Tégard de ceux qui lui déplaisaient. Esprit prévoyant, opiniâtre dans ses résolutions, très catholique dans sa foi, il décidait des choses avec une rapidité et une certitude merveilleuses ; chéri de la fortune, craintif pour sa vie, facile à exciter et à apaiser, il était dur pour les grands qui lui désobéissaient, se plaisait à nourrir contre eux la discorde et à se servir très volontiers des gens obscurs. » {Chronique d'un c/ianoine de Tours, dans les Hist. des Gaules, t. XVIII, p. 304.)

« Certains indiscrets, faute d'avoir bien connu les projets et la volonté du roi, l'ont accusé d'ambition et de cupidité. Mais, comme il avait appris à Técole de la sagesse qu'il est un temps pour amasser aussi bien que pour dépenser ses trésors, il saisit l'occasion de mettre le sien en réserve, pour avoir plus à répandre dans les temps d'un besoin pressant, comme le prouvent les villes qu'il a fortifiées, les murs qu'il a réparés et les châteaux innombrables qu'il a élevés. » (Rigord, Vie de Pfdlippe- Auguste.)

Bien qu'il se montrât rigide administrateur et sévère justicier, Philippe a laissé à son peuple le souvenir d'un roi aimable, gai convive et joyeux buveur.

La Bataille des vins. — « Vonlez-vous, dit un trouvère normand, entendre une histoire bien jolie, qui arriva au gentil Philippe? Ecoutez-moi : ce prince, vous le savez, aimait le bon vin; il l'appelait l'ami de l'homme, et, quand il en rencontrait l'occasion, il manquait rarement de renouveler l'amitié. Néanmoins, comme en telle circonstance on ne doit pas prodiguer la sienne, il entreprit de faire un choix, et envoya chercher

par toute la terre ce qu'offraient de meilleur les vignobles les plus renommés. Tous briguaient Thonneur de désaltérer le monarque : chacun d'eux députa donc vers lui. Il se trouva-en ce moment un prêtre anglais, son chapelain, qui, Tétole au cou, se chargea d'un examen préliminaire. D'abord se présentèrent à lui Beauvais, Etampes et Châlons ; mais à peine notre chapelain les eut-il aperçus, que, les reconnaissant aussitôt, il leur défendit d'entrer jamais. Ce début sévère fit une telle impression sur ceux du Mans et de Tours, qu'ils se sauvèrent sans attendre le jugement ; il en fut de même des vins d'Argence et de Chablis. Un seul regard que le chapelain jeta de leur côté suffit pour les déconcerter. La salle étant un peu débarrassée de cette canaille, Beauvoisin parut, il fut reçu d'une manière distinguée. Bordeaux, Saintes, Angoulême, Saint- Jean-d'Angély et le bon vin blanc de Poitiers s'avancèrent pour demander l'honneur du choix; mais Cluny, Montmorillon et Reims les arrêtèrent, soutenant contre eux la gloire des vins français^, a Si vous avez plus » de force que nous, dirent-ils, nous avons un fumet et une » finesse qui vous manquent. » Les autres voulurent répliquer, on se querella ; c'était une jolie guerre que celle de ces champions disposés en ordre de bataille. Il n'y eut personne, chevalier ou moine, chanoine ou bourgeois, eût-il été éclopé ou aveugle, qui ne fût venu là briser une lance, etje gage qu'aucun d'eux n'eût demandé la trêve du roi. Philippe, dont toutes ces querelles ne faisaient qu'augmenter l'irrésolution et l'embarras, déclara qu'il voulait faire lui-même l'essai des aspirants. Le chapelain anglais l'imita, et, trouvant que les vins de France valaient un peu mieux que toutes les méchantes cervoises faites en Angleterre, il prit une chandelle, selon l'usage, et lança l'excommunication contre toute espèce de boisson faite à Londres. A chaque gorgée qu'il avalait, il criait à haute voix : Is good (c'est bon). Bref, il goûta si bien qu'on fut obligé de le déposer sur un lit où il dormit trois jours et trois nuits sans se réveiller. Le roi, après de mûres réflexions, donna îa papauté au vin de Chypre ; le cardinalat à celui d'Aquilée ; quant aux vins de France, il choisit parmi eux trois rois et douze pairs. Celui qui pourrait s'assurer d'avoir tous les jours un de ces comtes et pairs à sa table n'aurait à craindre aucune maladie. Si parmi nous, cepen-

1. Bordeaux et toute la Guyenne étaient alors en dehors du territoire français.

dirent qu'il n'avait pas assez de forces pour défendre une telle ville contre le roi. Thomas lui-même n'osa pas annoncer cette décision à ces bourgeois frénétiques, tant qu'il fut dans la ville;' il les engagea à sortir et à venir dans un champ, et il leur dit que, quand ils seraient là, il leur ferait connaître sa décision. A un mille de la ville, il leur dit : « Laon est à la tête du » royaume * , jo ne suis pas en état de défendre cette ville contre » le roi; si vous le redoutez, suivez-moi dans ma terre, vous » trouverez en moi un défenseur. » Consternés par ces paroles, maiè troublés par le souvenir de leurs crimes, les bourgeois suivirent Thomas. Theudegaud, l'assassin de l'évèque, qui, portant à son doigt l'anneau pastoral, se posait comme le chef de la ville, n'osa revenir à Laon avec ses complices et alla dans la seigneurie de Thomas.

» Le bruit se répandit bientôt parmi les serfs et les paysans du voisinage que Laon était presque déserte; aussitôt, ils envahissent cette ville abandonnée et s'emparent des maisons que l'on ne défend point. Le père de Thomas de Marie, Enguerrand de Coucy, et son gendre. Gui, y coururent aussi, et trouvant les maisons vides d'habitants, mais non de richesses, pillèrent l'argent, les vêtements et les provisions. Les paysans de Montaigu, de Pierrepont, de La Fère étaient arrivés avant les gens de Coucy et avaient déjà mis la ville au pillage. Des querelles éclatèrent entre eux : tout ce que les petits avaient pris leur fut enlevé par les grands; ceux-ci enlevaient, des maisons des bourgeois émigrés, vivres, meubles, gonds et verrous. » (Guibert DE NoGENT, Mémoires sur sa vie.)

Bientôt le courage revint aux partisans de l'évèque, qui traquèrent les bourgeois partout où ils purent les atteindre. Thomas, excommunié et poursuivi par une armée royale, livra les fugitifs de Laon, qui furent, pour la plupart, attachés au gibet et laissés en pâture aux corbeaux. Le roi abolit la commune de Laon ; mais seize ans n'étaient pas écoulés, que les idées de liberté reprenaient le dessus : en 1128, le successeur de Gaudry dut accorder aux bourgeois une nouvelle charte de commune que le roi ratifia encore : seulement au nom de commune^ gui rappelait d'effrayants souvenirs, on substitua celui ûHnstituiion de paix.

1. Elle ne Tétait plus depuis la chute des Carolingiens, mais on la considérait «ncore comme une espèce de capitale.

lia cbarte de liorrls en Gâltnats.

Une cité, comme celle de Laon, dont tous les habitants se liaient les uns aux autres par des serments solennels, juraient de se défendre contre quiconque « pouvait vivre ou mourir » , abbé, évéque, comte ou roi, arrachaient à leur seigneur, par la violence ou par des négociations, des chartes qui leur donnaient le droit de se gouverner eux-mêmes, c'est-à-dire d'élire leurs magistrats, d avoir un tribunal, une milice, des revenus, était dite commune jurée. Une commune jurée était une véritable seigneurie : comme tout seigneur féodal, elle avait un sceau à elle, où le maire était souvent figuré à cheval, un beffroi communal qui tenait lieu de donjon seigneurial. Elle prêtait à son suzerain serment de foi et hommage, et exigeait des serments analogues des gens de la banlieue, qu'elle considérait comme ses vassaux. En s'insurgeant contre leurs seigneurs, les communes voulaient, non pas se mettre en révolte contre la société féodale, mais s'y faire une place à côté des seigneurs.

Les villes de communauté ou de bourgeoisie, fort nombreuses dans le centre de la France, avaient un caractère tout différent. Là, point de magistrats élus : l'administration reste tout entière aux mains des officiers du roi ou du seigneur. C'est le prévôt qui rend la justice, commande la milice, lève les impôts. Les habitants des villes de bourgeoisie jouissaient de chartes octroyées, qui leur assuraient des garanties contre l'oppression, fixaient les cens à payer et le taux des amendes, réglementaient les cas dans lesquels les bourgeois devraient le service militaire. La charte accordée par Louis VI à la ville de Lorris en Gâtinais peut être considérée comme le type des constitutions municipales qui furent en honneur, au douzième siècle, dans le domaine royal et dans les provinces avoisinantes. En voici le texte :

Louis, PAR LA GRACE DE DlEU, ROI DES FRANÇAIS, etC, qull SOit COnilU à

tous ; lo Que quiconque aura une maison dans la paroisse de Lorris paye un cens de six deniers seulement pour sa maison et chaque arpent de terre qu'il aurait dans cette paroisse. Et, s*il fait une telle acquisition, que cela soit le cens de sa maison.

2» Que nul habitant de Lorris ne paye de droit d'entrée ni aucune taxe pour sa nourriture, et qu'il ne paye aucun droit de mesurage pour le blé que lui procurera son travail ou celui des animaux qu'il pourrait avoir, et

qu'il ne paye aucun droit de forage pour le vin qu'il retirerait de ses vignes.

30 Qu aucun d'eux n'aille à une expédition de pied et de cheval d'oii il ne pourrait revenir le même jour chez lui s'il le voulait.

40 Qu'aucun d'eux ne paye de péage jusqu'à Elampes, ni jusqu'à Orléans ou Milly qui est en Gàtinais, ni jusqu'à Melun.

S» Que quiconque a du bien a Lorris n'en perde rien, ni pour quelque méfait que ce soit, à moins que le méfait ne soit commis contre nous ou quelqu'un de nos hôtes.

60 Que personne, allant aux foires et marchés de Lorris ou en revenant, ne soit arrêté, ni inquiété, à moins qu'il n'ait commis quelque méfait ce même jour.

7° Que les délits pour lesquels on payait soixante sous d'amende n'en payent plus que cinq; que ceux pour lesauels on en payait cinq, ne payent plus que douze deniers, et que le droit du prévôt, en cas de plaintes, soit réduit à quatre deniers.

8° Que nul homme de Lorris ne soit obligé d'en sortir pour plaider avec le seigneur roi.

90 Que personne, ni nous ni aucun autre, n'exige des hommes de Lorris aucune taille ni exaction 1.

lOo Que personne, à Lorris, ne vende du vin avec ban public*, sauf le roi, qui vendra son vin dans son cellier avec tel ban.

11° Si quelqu'un a eu querelle avec un autre, mais sans effraction de maison fermée, et s'ils se sont accommodés sans qu'il y ait eu plainte portée au prévôt, il ne sera dîi à nous ni à notre prévôt aucune amende. S il y a eu plainte, ils pourront s'accorder dès qu'ils auront payé l'amende. Et si l'un a porté plainte contre l'autre et qu il n'y ait point eu d'amende prononcée contre l'un ni l'autre, ils ne devront rien ni à nous ni au prévôt.

12° Que nul homme de Lorris ne fasse pour nous de corvée, si ce n'est deux fois l'an pour amener notre vin à Orléans et point ailleurs. Et ceux-là seulement le feront qui auront chevaux et charrettes, et ils en seront avertis, et ils ne recevront de nous aucun gîte. Les vilains amèneront aussi du bois pour notre cuisine.

130 Nul ne sera retenu en prison s'il peut fournir caution de se présenter en justice.

140 Quiconque voudra vendre ses biens le pourra, et, ayant reçu le prix de vente, il pourra s'en aller de la ville, libre et tranquille, si cela lui plaît, à moins qu'il n'ait commis quelque méfait.

150 Quiconque aura demeuré un an et un jour à Lorris, sans qu'aucune réclamation l'y ait poursuivi et sans que le droit lui ait été interdit, soit par nous, soit par notre prévôt, y restera libre et tranquille.

I60 Nul ne plaidera contre un autre, si ce n'est pour recouvrer et faire observer ce qui lui est dû.

170 Quand les hommes de Lorris iront à Orléans avec marchandises, ils payeront, au sortir de la ville, un denier pour leur charrette s'ils n'y vont pas à raison de la foire: s'ils y vont pour la foire et pour le marché, ils payeront, au sortir d'Orléans, quatre deniers par charrette, et à l'entrée deux deniers.

1. C'est-à-dire aucun impôt extraordinaire, levé en dehors des redevances fixées par la coutume.

2. C'est«à-dire fasse annoncer la vente de son vin par le crieur public.

180 Aux mariages de Lorris, le crieur public et celui qui fait le guet n'auront aucun droit.

190 Nul cultivateur de Loms cultivant 5a terre ne donnera, au temps de la moisson, plus d'un demi-setier de seigle à tous les sergents de Lorris.

2O0 Si quelque chevalier ou sergent trouve dans nos forêts des chevaux ou autres animaux appartenant aux hommes de Lorris, il ne doit les conduire à nul autre qu'au prévôt de Lorris. Et si quelque animal de la paroisse, mis en fuite par les taureaux ou assailli par les mouches, est entre dans notre forêt ou a franchi nos haies, le propriétaire de l'animal ne devra nuUe amende au prévôt, s'il peut jurer que l'animal est entré malgré son gardien. Mais s'il est entré au su du gardien, le propriétaire donnera douze deniers et autant pour chaque animal, s'il y en a plusieurs*

2I0 II n y aura à Lorris point de droit de portage au four.

220 II n'y aura point de droit de guet.

230 Tout homme de Lorris qui mènera du sel ou du vin à Orléans, ne payera par charrette qu'un denier.

240 Nul des hommes de Lorris ne devra amende au prévôt d'Etampes, ni à celui de Pithiviers, ni dans tout le Gâtinais.

25° Nul d'entre eux ne payera de droit d'entrée à Ferrières, ni à Château- Landon, ni à Puiséaux, ni à Nibelle.

260 Que les hommes de Lorris prennent du bois mort dans la forêt pour leur usage.

270 Quiconque, dans le marché de Lorris, aura acheté ou \endu quelque chose et qui, par oubli, n'aura pas payé le droit, pourra le payer dans la huitaine sans être inquiété, s'il peut jurer qu'il n'a pas retenu le droit sciemment.

28o Nul homme de Lorris, ayant une maison ou un bien quelconque dans les domaines de Saint-Benoit, ne sera sous la juridiction de l'abbé de Saint-Benoît ou de son sergent, si ce n'est pour ceux de forfaiture quant au cens ou à la redevance en gerbes dont il est tenu. Et, dans ce cas, il ne sortira pas de Lorris pour être jugé.

290 Si un homme de Lorris est accusé de quelque chose et qu'on ne puisse le prouver par témoin, il se purgera par son seul serment contre l'affirmation de l'accusateur.

30o Nul homme de cette paroisse ne payera aucun droit à raison de ce ou'il achètera ou vendra pour son usage sur le territoire de la banlieue et de ce qu'il achètera le mercredi au marché.

310 Ces coutumes sont accordées aux hommes de Lorris, et elles sout communes aux hommes de Courtpalais, de Chanteloup et du bailliage de Harpard.

320 Nous ordonnons que toutes les fois que le prévôt changera dans la Tille, il jurera d'observer fldèlement ces coutumes, et les nouveaux sergents feront de même chaque fois qu'ils seront institués. (Traduction Guizot, Histoire de la civilisation en France, t. IV, p. 35-391.)

1. Guizot (François-Pierre-Guillaume), né à Nîmes en 1787, mort en 1874, était depuis 1812 professeur d'histoire moderne à la Sorbonne (poste (lu'il dut plusieurs fois abandonner et reprendre, suivant les fluctuations de la politique) quand il fit les belles leçons qui, plus tard réunies en volumes, prirent pour titres : Histoire

Îénérale de la civilisation en Europe; Hist. générale de la civilisation en France y 845. La part qu'il prit aux luttes parlementaires comme publiciste, député et ministre, ne l'empêcha pas de poursuivre ses études historiques et de publier la

Une ville an mojen ai^e.

L'administration municipale. — « A partir du douzième siècle, la monarchie intervient dans l'administration des villes, soit pour favoriser les libertés des habitants, soit pour les restreindre. Sentant qu'il était nécessaire de reconnaître aux citoyens des droits pour se les attacher et de leur imposer ses volontés pour les retenir, elle usa, suivant les circonstances, de Tune ou de l'autre de ces politiques; mais, par la force des choses et des traditions, l'arbitraire fut pour elle l'expédient, et la liberté électorale le principe. » (Babeau, la Ville, ch. v.)

Dans la plupart des villes du nord et du centre de la France, en possession de chartes d'échevinage, la municipalité était, vers les quatorzième et quinzième siècles, constituée de la manière suivante :

L'administration de la ville appartenait à un maire, assisté d'un certain nombre d'échevins (on dirait aujourd'hui des adjoints). Le maire et les échevins géraient les affaires de la cité de concert avec une trentaine de bourgeois élus par leurs concitoyens, formant, sous le nom de conseil de ville, le conseil municipal de l'époque.

A côté de cette assemblée en figurait une autre, composée, à l'origine du moins, de tous les citoyens des divers corps de métiers de la ville, et qu'on appelait, pour cette raison, l'Assemblée général(i. On les convoquait à son de cloche pour entendre les mandements royaux, sanctionner les mesures prises par le maire et le conseil de ville, ou aviser aux circonstances extraordinaires.

Collection des Mémoires relatifs à l'histoire de France, 1823 ; Yffist. de la Révolution d'An^ie^erre, 1827-1828; Vie et Correspondance de Washington, 1839-1840; Washington, 1841, etc. On sait le rôle qu'il joua sous le règne de Louis-Philippe. Rendu à la vie privée par la révolution de 1548, M. Ouizot chercha sa consolation dans les lettres. Il serait trop long de donner ici la liste complète de ses ouvrages ; citons seulement ses Mémoires pour servir à l'histoire de mon temps, 1858-1868; Hist. de France racontée à mes petits-enfants, 1870-1875. Comme historien, Guizot est plus philosophe que narrateur. Peu lui importe la couleur et le pittoresque. Le but qu'il se propose avant tout, c'est d'étudier les institutions des f>euples et de rechercher les lois qui semblent avoir présidé au développement de eur civilisation. Ses livres sont de savantes et précieuses dissertations, mais ils n'ont rien d'une histoire morale et vivante. Les physionomies qu'il nous présente ont quelque chose de raide et d'immobile. Il n'en pouvait être autrement : ce ne sont pas des hommes, a-t-on dit, mais des idées.

Les magistrats se réunissaient dans un édifice qu'on appelait maison commune ou hôtel de ville ; quelquefois môme dans une église.

La maison commune était généralement surmontée d'une tour qu'on désignait sous le nom de beffroi. A la moindre alarme, le guetteur, qui veillait au haut du beffroi, faisait entendre la cloche, dont les sons précipités appelaient les bourgeois aux armes.

Un beffroi.

C'était la même cloche qui avertissait les bourgeois de se rendre à l'assemblée, signalait les incendies et sonnait le couvrefeu, c'est-à-dire l'ordre d'éteindre toutes les lumières.

lia défense de la ville. — C'est qu'en ces temps de guerre perpétuelle, il fallait être prêt à tout; car on savait que l'ennemi n'était pas loin et qu'en moins d'une heure il pouvait se trouver sous les murs de la cité. Ce n'était pas, en effet, l'étranger qu'on redoutait le plus à cette époque : tantôt c'était un puissant seigneur du voisinage, ennemi déclaré des libertés municipales ;

tantôt une ville jalouse de la prospérité de sa voisine ; tantôt une bande de brigands, avide de sang et de pillage.

Aussi toutes les villes du moyen âge étaient-elles de véritables forteresses. Chacune d'elles se présentait à Tennemi avec ses portes guerrières, ses hauts boulevards, ses hautes tours, ses longues murailles crénelées autour desquelles circulaient de profonds fossés. On pouvait être assuré qu'il faudrait un long siège pour la réduire, à moins qu'on ne préférât tenter un assaut;

La cité de Carcassonne.

mais le jeu en semblait bien dangereux. Les bourgeois étaient braves et nombreux, divisés généralement en hommes de fer et en hommes de pourpoint. Les hommes de fer étaient les habitants assez riches pour se pourvoir de cuirasses, de casques, de lances et d'épées. Les hommes de pourpoint comprenaient les gens du peuple ou artisans, les ouvriers presque toujours vêtus de toile, de laine ou de cuir et armés de bâtons ou de maillets de fer.

Il ne fallait pas espérer tromper la vigilance des bourgeois. En temps ordinaire, quand on voulait entrer dans la ville, il fallait passer par une des trois ou quatre forteresses qui lui servaient de portes et qui commandaient à chacune des routes qui conduisaient dans la cité. Arrivé devant le pont-levis, force était au voyageur de décliner son nom. Les gardes pouvaient lui refuser le passage, s'il portait une arme ou venait d'un pays où régnait une épidémie. Ils avaient en outre pour consigne de sonder les voitures qui entraient, afin de s'assurer que par-

sonne n'y était caché. Les ponts-levis étaient levés chaque soir et les clefs en étaient remises au maire.

En temps de guerre, on prenait bien d'autres précautions. Au premier coup de cloche sonné par le guetteur, toutes les compa-

gnies s'armaient. Chacune d'elles connaissait à l'avance le poste qu'elle devait occuper. Les unes couraient aux portes, les autres se répandaient à droite et à gauche sur les murailles ou se groupaient sur les principales places de la ville.

La police de la ville était faite par les bourgeois eux-mêmes.

Chacun d'eux devait le service du guet. C'était surtout la nuit que le guet devenait nécessaire. On veillait non seulement aux portes, mais sur les remparts et dans les pues. Si le cas l'exigeait, la moitié des citoyens était sous les armes, des chaînes étaient tendues et cadenassées à l'entrée des rues. Derrière ces chaînes et à l'angle des maisons se tenaient en sentinelles, éclairés par la lueur rougeâtre des torches et des lanternes, les bourgeois de garde, prêts à- s'élancer sur l'ennemi au premier signal et à donner l'alarme dans la ville.

La police. — Les malfaiteurs étaient peut-être alors plus nombreux qu'aujourd'hui. Mais malheur à qui tombait entre les mains du guet! Il était aussitôt livré à l'autorité municipale ou aux officiers du roi qui avaient bientôt fait de lui faire son procès.

La justice de ce temps-là n'était pas tendre pour les misérables. Sur tous les points de la ville elle avait multiplié les appareils de supplices. Pas de place, pas de carrefour qui n'eût pour ornement un gibet ou un pilori; pas de semaine où le bourreau ne vînt, bras nus et manches retroussées, fiaire sa besogne aux fourches et aux échelles. La procédure était alors claire et expéditive. Aussitôt pris, aussitôt jugé. On marchait droit au but et Ton apercevait de suite, au bout de chaque sentier, sans broussailles et sans détour, la roue, le gibet ou le billot. On savait aussitôt où on allait.

En cette circonstance, le malheureux qui tenait à sa peau n'avait qu'une chose à faire : c'était, s'il avait de bons bras et de bonnes jambes, de se soustraire à ses gardes et d'essayer d'atteindre l'un de ces îlots de salut, qui s'élevaient çà et là au milieu des diverses juridictions et qu'on appelait lietix d'asile. Certaines églises jouissaient du droit précieux de sauver les condamnés. Dès que ceux-ci en avaient franchi le seuil ou tout au moins passé leur bras dans les anneaux de fer appliqués aux portes de l'édifice, les sergents n'avaient plus aucun droit sur eux. Les en arrachaient-ils de force, ils recevaient du juge l'ordre de les y reconduire aussitôt.

Aspect d'une ville au moyen âge. — Vues de haut ou de loin, les villes du moyen âge pouvaient sembler de jolies villes. C'était un amoncellement de toitures aiguës, de flèches découpées à jour, de tours majestueuses, de clochers et de clochetons.

Mais si l'on s'aventurait dans la ville, le spectacle changeait, la désillusion était complète.

Qut c'étaient des rues ou plutôt des ruelles sombres, tores, infectes, non pavées, dont les maisons avançaient ou aient au gré de leur caprice, sans souci de lalignement. QC ces maisons étaient pour la plupart très petites, le pro-

Une vieille maison de boisi.

priétaire essayait de gagner sur la chaussée la place qui lui manquait chez lui. Il plaçait en dehors la trappe de sa cave, son banc, les premières marches de son escalier. Les étages supérieurs avançaient sur le rez-de-chaussée, et le toit du grenier sur les

1. Cette gravure, ainsi que la suivante, est reproduite d'après le dessin publié dans la Statistique monumentale du département de l'Aube, de M. Ch. Fichot, ouvrnge qui a obtenu la première médaille de l'Académie des inscriptions et . belles-lettres.

étages supérieurs. Pour peu que les maisons d'en face en fissent autant, on pouvait, dans certaines rues un peu étroites, voyager à Tombre en plein midi.

Une promenade dans la ville n'était certes pas une distraction

Un coin d'une rue au moyen âge.

agréable. C'étaient, a chaque pas, des obstacles nouveaux : des chaussées défoncées, des ruisseaux bourbeux, des tas de fumier, des marches saillantes, des trappes béantes, etc.; passait-il une voiture, vite il fallait s'effacer derrière les bornes pour éviter d'être écrasé. Pleuvait-il, tous les toits vous inondaient du jet abondant de leurs gargouilles. Faisait-il du vent, toutes les enseignes des maisons s'agitaient en grinçant à l'extrémité de

leurs longues potences et vous menaçaient d'une avalanche de tôles peintes, de plats à barbe, de bottes ou de chapeaux métalliques.

Il n'était guère plus aisé de diriger sa course à travers le chaos des rues et des maisons. L'usage des numéros était alors inconnu. On désignait les maisons par les enseignes qui y pendaient ou les images sculptées au-dessus des portes. On disait alors : je demeure à l'enseigne de la Truie qui file, à l'image du Renard qui prêche. Quant aux rues, elles portaient généralement des noms aussi caractéristiques que peu distingués. Le genre de commerce ou d'industrie qui s'y pratiquait suffisait pour les faire reconnaître. On allait rue des Chaudronniers, rue des Orfèvres, rues de la Saveteiie, de VEpicerie, de la Tannerie, etc. Mais nos pères n'étaient difficiles ni sur les noms ni sur les choses. — Les pourceaux vaguaient par les rues, les pelletiers battaient leurs peaux près des puits, les bouchers tuaient leurs bêtes dans leurs échoppes et le sang qui se répandait dans les ruisseaux « y demeuroit et donnoit naissance et nourriture aux vers et autres punaisies et infections. » Les ordures restaient sur la voie publique durant des mois entiers, et il fallait une circonstance extraordinaire, une procession ou le passage d'un prince par exemple, pour qu'on criât de nettoyer les rues en détail. Ajoutons qu'on enterrait les morts dans l'enceinte de la cité et que les cimetières et les charniers, resserrés autour des églises, répandaient dans tout le voisinage une odeur cadavéreuse.

La nuit, obscurité complète, à moins que la lune ne se chargeât de l'éclairage. Les bourgeois, qu'une circonstance fortuite forçait de sortir après Theure du couvre-feu, devaient se bien pourvoir de lanternes ou mieux, quand ils étaient assez riches, se faire escorter de valets portant des torches. 11 y avait quelque chose de sinistre dans ces nuits du temps passé. Tout y prenait un caractère fantastique et inspirait l'horreur : la girouette hurlant tristement dans les airs, le pas du guet dans le lointain, les cris d'alarme et surtout la voix lugubre du clocheteur des Trépassés qui vers minuit criait : Réveillez-vou>s, vous tous qui donnez ; priez Dieu pour les trépassas, à qui Dieu veuille pardonner.

A part les demeures des riches bourgeois, les maisons étaient de construction très légère. Ce n'étaient pas seulement la charpente qui était en bois, mais les cheminées, mais les toits, mais le revêtement des façades qui se composait de plaquettes de chênes en guise d'ardoises.

CARRÉ. — LECT. HI8T. 23

Pestes et incendies. — On conçoit que, dans des villes ainsi bâties, la peste et l'incendie se soient donné libre carrière et aient pu se promener de quartier en quartier, sans souci des ordonnances des médecins et de la municipalité.

Quand une peste éclatait dans une ville, on enfermait les pestiférés. Si Ton rencontrait dehors une personne atteinte du lléau, on l'abattait sur-le-($hamp, comme on eût fait d'un chien enragé.

L'incendie était redouté autant que la peste ; car, lorsque le feu prenait dans une maison, il n'était pas rare de voir brûler toute la rue, tout le quartier, et quelquefois toute la ville. En moins d'un jour, des milliers de personnes passaient de l'opulence à la misère la plus complète ; car on ne connaissait alors ni les pompes, ni les pompiers, ni les compagnies d'assurance.

Paris au treizième siècle.

Ses agrrandissements successifs. — Paris, dit Victor Hugo, est né, dans cette vieille île de la Cité qui a la forme d'un navire. La grève de cette île fut sa première enceinte, la Seine son premier fossé. Paris demeura plusieurs siècles à l'état d'île, avec deux ponts, l'un au nord, l'autre au midi \ et deux tètes de pont, qui étaient à la fois ses portes et ses forteresses: le Grand Châtelet sur la rive droite, le Petit Ghâtelet sur la rive gauche.

Trop à l'étroit dans son île, et ne pouvant plus s'y retourner, Paris passa l'eau. Alors, au delà du Grand, au delà du Petit Châtelet, le flot des maisons commença à entamer la campagne des deux côtés de la Seine, « s'éparpillant joyeusement dans la plaine sans ordre et tout de travers comme des échappées. »

Pour mettre Paris à l'abri des attaques du dehors, si l'ennemi toutefois osait reparaître, comme au temps de Charles le Gros, sur les hauteurs de Montmartre, Philippe- Auguste l'entoura d'une chaîne circulaire de grosses tours hautes et solides^.

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