Le moyen âge dans La légende des sìecles et les sources de Victor Hugo
C'est grâce à son obligeante complaisance que j'ai pu visiter à Guernesey, il y a sept ans, ce qui restait encore des livres de travail de Victor Hugo.
A la même date, j'eus connaissance du catalogue de sa Bibliothèque aujourd'hui dispersée : j'ai pu confronter ce catalogue avec les notes que j'avais prises devant les volumes mêmes et me rendre compte de sa valeur.
Ce catalogue avait été rédigé en 1870, au moment du départ de V. Hugo, et par les soins de Madame Chenay, belle-sœur du poète: les indications en sont sommaires, incomplètes, souvent même inexactes. La nature des fautes laisse supposer que ce catalogue a été dicté ; les volumes devaient être brièvement nommés et décrits un à un : Madame Chenay inscrivait rapidement; d'où des lapsus, dans l'audition et dans la rédaction. Madame Chenay était une femme de culture très moyenne et le catalogue contient quelquefois de regrettables confusions.
Mais, une fois le travail de correction fait, c'est un guide très intéressant pour la recherche des sources. Certes, tout livre possédé n'est pas nécessairement un livre lu : sans doute aussi, il est prouvé qu'à Guernesey même V. Hugo possédait des livres qui, volontairement ou involontairement, n'ont pas été inscrits au catalogue de 1870 : mais nous avons relevé sur place les titres des livres situés dans les rayons non catalogués du cabinet
de travail d'Hauteville-House '. Seuls auraient pu nous échapper des volumes qui, non portés à la connaissance de Madame Chenay, auraient été expédiés à Paris. De l'avis de tous ceux qui Tont connu, V.Hugo n'avait pas de bibliothèque à Paris. L'intérêt qu'il aurait eu, après 1870, à transporter les livres utilisés pour la Légende des aS«<?6'/^5 apparaît d'autant moins qu'il retournait à Guernesey chaque fois qu'il se remettait au travail.
Une question se posait : V. Hugo, bien qu'exilé à Guernesey, ne pouvait-il se documenter ailleurs que dans ses propres livres ? N'avait-il pas des bibliothèques à sa disposition ?
La bibliothèque Guille Allés à Guernesey n'existait pas encore ; à peine contenait-elle, en i858, quatre cents volumes, légués par des pasteurs, et qui pour la plupart étaient des œuvres de propagande religieuse.
H faut exclure aussi la bibliothèque de Bruxelles : la Légende des Siècles a été composée presque tout entière entre les deux séjours de V. Hugo à Bruxelles : i85i>-i862. En i852, Wu^o écrWilV Histoire d'un Crime e\ Napoléon le Petit. M. Fétis, qui fut pendant près d'un demi-siècle directeur de la Bibliothèque royale de Bruxelles et avec qui j'ai eu le plaisirde m entretenir encore en 1907, ne se rappelait pas avoir vu V. Hugo plus de deux ou trois fois
1. y. Hugo gardait dans le i-ayon atteuaiit à son look-out — il appelait ainsi la pièce vitrée oii il travaillait — ses livres de chevet. Ces livres n'ont pas été catalogués. Ce sont cependant les sources les plus importantes. Presque aucun des dictionnaires, utilisés par le poète, pas même celui de Moreri. ne figure sur If catalogue de Madame Clienay. On n'y rencontre ni y Histoire d'Allemagne de Pfeffel, source du Bhin et de Rathert, ni VHérodote de du Hyer, source des Trois-Cents : 1 iiivenlaire des journaux conservés y est très incomplet.
Dans les notes de notre présente étude sur les Sources de la Légende des Siècles nous avons eu soin d indiquer (|uels étaient les volitmes omis sur le catalogue et que nous avions vus nous-mênie à Guernesey.
à la Bibliothèque royale : c'était en 18G2, et Hugo y consulta des livres pour son chapitre de Waterloo des Misérables.
Il Y a donc lieu, une fois les lacunes du catalogue comblées, de considérer la bibliothèque personnelle de V, Hugo à Guernesey comme la source, à peu de chose près, unique des lectures du poète.
Notre préoccupation a été de suivre pas à pas et de faire revivre la genèse des poèmes que nous nous proposions d'éclairer : nous avons pensé qu'en imposante tous ces poèmes sans distinction les mêmes divisions dans l'examen de leurs sources, nous risquions de présenter au public une étude artificielle. H nous a paru que notre méthode d'exposition devait se modifier en même temps qu'avaient varie les influences générales et particulières subies par le poète : nous avons cru qu'il y avait pour chaque pièce une sorte de hiérarchie des sources : ici prédomine pour le poète la préoccupation de l'actualité ; là, il a tout d'abord l'esprit plein de ses souvenirs de Aoyages ; ailleurs, il amasse sur le même plan des matériaux pour créer une légende.
Puis, il s'agit d'un poète, et de Victor Hugo : nous ne devions pas encourir le reproche d'offrir au public : disjecti tnernbra poetœ.