SOURCES GENERALES. — L'HISTOIRE CONTEMPORAINE
V. Hugo et l'Italie contemporaine (1849-1857). — Au printemps de i856, où V. Hugo se décidait, sur les instances de l'éditeur Hetzel, à ne point publier ses Apocalypses et remettait sur l'enclume les Petites Epopées, il était gravement préoccupé du sort de l'Italie.
Mazzini était à Londres : ce républicain impénitent conservait au cœur, avec la haine de l'Autriche, celle de la royauté : il voyait avec peine l'Italie tourner ses espérances du côté de Victor-Emmanuel et de Napoléon III : pour lui, il rêvait obstinément de faire sortir d'un coup de main isolé une insurrection nationale en faveur de la république; l'insuccès de l'échaufTourée qu'il avait provoquée à Milan (6 février i853), la malheureuse issue du débarquement de la Magra (mai i854) ne l'avaient point découragé. Cependant, les partisans de Victor-Emmanuel gagnaient du terrain et l'opposition languissait; Garibaldi, le futur hôte de Guernesey, revenu de son malencontreux essai de république romaine, s'immobilisait dans l'agriculture à Caprera, Mazzini multipliait en vain les appels; il faisait imprimer à Saint-Hélier, chez l'éditeur de Hugo, une vigoureuse injonction au parti national : Du devoir (Vagir ' ; il dénonçait, de concert avec les proscrits Ledru-Rollin et Kossuth, le danger qu'il y aurait à s'allier avec l'homme du Deux- Décembre, le « meurtrier de Rome^ » ; mais il ne parvenait
I. Jersey i854. Imprimerie universelle, 19. Dorset Street. a. Aux Républicains. Sept. i855, s. 1. d.
pas à enrayer le mouvement des esprits italiens, les uns empressés, les autres résignés, pour créer Tltalie, à subir la royauté. Le Congrès de Paris prêtait une oreille complaisante à Cavour.
Mazzini eut alors l'idée de s'adresser à la grande voix de Hugo, son voisin d'exil.
Le 25 mai i856, il écrivait au poète :
« Je vous demande un mot pour l'Italie. Elle penche du côté des rois. Avertissez-la et redressez-la. »
Les journaux anglais et belges publièrent le i" juin la réponse du poète : A I'Italie.
Pour mettre les Italiens en garde contre le concours que leur offraient le roi de Piémont et l'empereur des Français, défenseur de la papauté, Hugo dressait un tableau de toutes les horreurs du despotisme :
• « Rappelez-vous, disait-il, ce qu'il y a de taches d^ boue et de « gouttes de sang sur les mains pontificales et royales. Rappelez-vous « les supplices, les meurtres, les crimes, toutes les formes du martyro- « loge, la bastonnade publique, la bastonnade en prison, les tribunaux tt de caporaux, les tribunaux d'évêques, la sacrée consulte de Rome, w les grandes cours de Naples, les échafauds de Milan, d'Ancône, de « Lugo, de Sinigaglia, d'Imola, de Faënza, de Ferrare, la guillotine, « le garot, le gibet; cent soixante-dix-huit fusillades en trois ans au « nom du pape dans une seule ville, à Bologne; le fort Urbin, le « château Saint-Ange, Ischia; Poërio n'ayant d'autre soulagement que « de changer sur ses membres la place de ses chaînes, les pros- « cripteurs ne sachant plus le nombre des proscrits; les bagnes, les
« cachots, les oubliettes, les t'/i ^ace, les tombes
« Défiez-vous des rois*. »
Et ce n'était pas la première fois que V. Hugo préludait ainsi aux lamentations d'Elciis et d'Onfroy, en évoquant le spectacle des misères de l'Italie. Sans parler de la Vision de Dante, écrite en i853 et destinée d'abord aux Châtiments, en