Quatrième romance. La Confiance du marquis Fabrice
L'histoire de l'héritière de Final est un thème plus compliqué. Les faits s'y réduisent à peu de chose ; mais ils sont habilement choisis pour permettre l'insertion facile de développements épiques.
Ratbert vient visiter au château de Final [Description et histoire de Final) sa parente, petite-fille de Fabrice, marquis de Final. — Préparatifs de réception au château féodal. — Toilette à^Xsor a [C'est Vinspiration de V Art d'être grand-père). — Mauvais présages [Introduction du merveilleux). — Festin des nouveaux arrivants [Tableau vivant des mœurs féodales : mets, costumes, armures). Fabrice est déclaré traître à l'empire [Lecture d\ine proclamation par un héraut). — Ratbert demande à Fabrice un trésor qu'il refuse : on donne la question à Fabrice; Fabrice clame son indignation devant le cadavre de sa petite-fille. Ratbert irrité lui fait trancher la tête. La tête
de Ratbert se trouve mystérieusement coupée en même temps que celle de Fabrice.
L'action. — La torture de Fabrice, le meurtre d'Isora, la tête coupée de Ratbert sont les épisodes dramatiques de ce sujet, plus fécond en descriptions qu'en action.
L'action de Ratbert paraît être un amalgame de souvenirs assez lointains. Le premier de tous est celui du roman d'Içanhoë * auquel Hugo avait déjà emprunté pour les Burgraves le personnage de Guanhumara.
Dans le roman à'Ivanhoë (ch. xxii), Front-de-Bœuf, cet autre Ratbert, va faire mettre à la torture sur un brasier ardent Isaac, le père de la juive Rebecca, s'il ne veut pas lui livrer mille livres d'argent : Isaac, il est vrai, contrairement à Fabrice, épouvanté devant la douleur, promet de livrer l'argent et, sa promesse faite, se répand en banales lamentations d'avare ; mais il a de commun ce point avec Fabrice : c'est de laisser éclater une douleur sauvage en apprenant que sa fille a été livrée au templier Brian. Ces deux vieillards, menacés de la torture, n'ont d'entrailles que pour l'enfant chérie qu'ils ont élevée.
La tête mystérieusement disparue de Ratbert appartient sans doute aux légendes du Rhin. Grimm nous raconte que sur le Pétersburg, près d'Erfurt, vin frère et une sœur ayant commis le péché d'amour, le diable leur coupa la tête. Leur image fut sculptée sur la pierre du tombeau; mais les têtes de pierre se séparèrent du corps et disparurent ; il ne resta que le clou par lequel on les avait fixées. On remit d'autres têtes, en cuivre cette fois ; elles disparurent encore. Bien plus, si l'on dessinait avec la craie la figure des trépassés sur la pierre, une main mystérieuse l'effaçait pendant la nuit*.
I. Hugo possédait à Guernesey les œuvres de W. Scott, a. Grimm. Traditions Allemandes. Traduction Theil. Paris, i838. .4»io«r coupable, I, p. 556.
Ajoutons que les textes écrits ne sont pas toujours la seule source de Hugo ; il faut compter avec ses impressions et sa mémoire visuelles ; il se trouve que certains des livres d'histoire qu'il possédait à Guernesey sont un véritable jardin des supplices. A lui seul, le Grand Théâtre historique lui fournissait un répertoire des visions utilisées dans l'action de Ratbert. 11 y pouvait contempler des décapitations*, des pendaisons-, des crucifiements', des cuissons à la broche ou au poteau % des yeux crevés*, des écorchements et des étranglements. Il pouvait même y rencontrer une manière d'illustration anticipée du dénouement de Ratbert. Il s'agit du terrible supplice subi par les auteurs d'un complot contre Philippe IV d'Espagne. « On lia les condamnés sur un échafaud au milieu de la place publique, et ensuite on leur coupa la tète avec un rasoir, après quoi la tête séparée du corps fut mise entre leurs jambes, et resta en spectacle au peuple jusqu'au soir* ».
Le personnage central de la gravure apparaît tranquillement assis et comme s'il était à table, et cependant de son cou tranché fuse une gerbe de sang.
Une pareille vision se fixait d'autant mieux dans la mémoire de Hugo qu'elle y évoquait le souvenir de Virgile :
Truncumque reliquit Sanguine singultantem...
jSo. Et son cou, d'où sortait, dans un bruit de tempête, Un flot rouge, un sanglot de pourpre, éclaboussant Les convives, le trône et la table, de sang.
Le dénouement de Ratbert^ il est vrai, donne un rôle conscient à une épée, surnaturel instrument de la ven-