‹ Le moyen âge dans La légende des sìecles et les sources de Victor HugoChapitre 223 sur 303 · I. Histoire d'un Crime, ch. xiii · texte numérisé non relu

I. Histoire d'un Crime, ch. xiii

a. Ibid., XIX.

Le supplice éprouvé par Napoléon dans Sacer Esto est déjà celui que subit Kanut dans le Parricide : une pluie de sang qui tombe goutte à goutte:

Le couteau ruisselant des rouges guillotines Laisse tomber le sang, goutte à goutte, sur lui.

Châtiments. Sacer Esto, 27-28.

Quels sont les souvenirs d'histoire et de mythologie Scandinaves qu'on rencontre dans le Parricide ? — Pour écrire le Parricide de la Légende des Siècles., Hugo a matérialisé, amplifié et détaillé largement cette image, déjà concrète, de Sacer Esto. Il l'a installée dans un décor Scandinave.

Le décor du parricide offre, à coup sûr, plus d'un point de contact avec l'histoire et la mythologie des peuples du Nord : les parricides sont nombreux dans l'histoire des premiers rois de Danemark, et l'enfer décrit par V. Hugo est semblable à celui des Eddas. La Voluspa nous apprend que le rivage des morts, le Narstrand, est situé loin du soleil, que les portes en sont tournées du côté du Nord*, qu'on y arrive par des chemins obscurs et des sentiers ténébreux, qu'une nuit éternelle l'environne-.

^8. 11 entra, par delà d'Islande et la Norvège,

Seul, dans le grand silence et dans la grande nuit.

Il vit 85. L'ombre, hydre dont les nuits sont les pâles vertèbres

L'informe se mouvant dans le noir, les Ténèbres; 89. Pour tout bruit le frisson lugubre que fait l'onde

De l'obscurité, sourde, effarée et profonde.

1. La Voluspa, traduite par Xavier Marmier. Littérature islandaise, Paris, Bertrand, 1843, p. 96, et Chants populaires du Nord, Charpentier, 1842, p. i3.

2. X. Marmier. Lettres sur l'Islande, pp. 181-82. « Une nuit éternelle l'environne et on y arrive par des chemins obscurs. Quand Homord y descendit pour chercher son frère Balder, il traversa pendant neuf nuits des vallées sombres et silencieuses.... Les Lapons en enterrant leurs morts avaient coutume de mettre à côté d'eux une pierre à fusil, afin qu'ils puissent s'éclairer dans les ténébreux sentiers qui conduisent à l'autre monde;

La Voluspa dit encore que des gouttes de venin tombent là par chaque ouverture des voûtes '.

i3i. 11 voyait, plus tremblant qu'au vent le peuplier, Ces taches s'élargir et se multiplier;

Une autre, une auti-e, une autre, une autre, ô cieux funèbres ! Leur passage rayait vaguement les ténèbres.

Ce supplice des gouttes de venin est d'ailleurs fréquent dans la mythologie Scandinave. Quand les Dieux veulent punir Loki, le génie malfaisant, auteur de la mort de Balder, ils l'enchaînent, suspendent au-dessus de sa tête un serpent, et les gouttes de venin tombent une à une sur le visage du prisonnier-.

Qu'au venin, Hugo ait substitué le sang, il n'y a rien là que de vraisemblable : les supplices de sang se rencontrent souvent dans la mythologie Scandinave. Dans la Voluspa, le monstre issu de Fenris, et qui dévorera la Lune, tache de gouttes rouges le siège des Dieux', et jusque dans la littérature populaire, une chanson nous montre un amant que torture le regret de sa bien-aimée, frappant la nuit à la porte de la jeune fille et lui disant : « Chaque fois que ton cœur est gai, mon cercueil est rempli de feuilles de roses, chaque fois que tu as l'âme lourde et inquiète, mon cercueil est inondé de sang^ ».

Ces traditions ont passé jusque dans la poésie ossianique : le fantôme qui vient annoncer à Fingal la mort de ses guerriers, se dissout en pluie de sang^

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