‹ Le moyen âge dans La légende des sìecles et les sources de Victor HugoChapitre 228 sur 303 · I. Précisons la bibliographie de Lcouzon-Leduc · texte numérisé non relu

I. Précisons la bibliographie de Lcouzon-Leduc

SiGURD, tradition épique, selon YEdda et les Niehelungs, restituée et précédée d'une notice pour servir à l'histoire de la tradition. Paris, 1832-71, p. in-8° (cité par J. Leclerc, 1886 : Traduction de la mythologie Scandinave de R.-B. Anderson).

J.-J. Ampère. Discours sur l'ancienne littérature Scandinave. Paris, au bureau àela. Revue des Deux Mondes, i83u, in-8". (Extrait de la livraison du i5 mai de la R. des D. M.) — Littérature et Voyages : Allemagne et Scandinavie . Paris, Paulin, i833. — Sigurd. Revue des Deux Mondes, i5 août 1832. — La Voluspa, la Hava, le Chant du Rig, ibid., i5 août i833.

— L,a vie et les ouvrages d'IIolberg, ibid., i" juillet i832.

Eyriès. Voyage en Norvège et en Laponie, pendant les années 1806, 1807, 1808, par Léopold de Buch: traduit de l'allemand, i8i6, 2 vol. in-8".

— Chronologie historique des rois d'Angleterre, de Danemark et de Suède, de 1770 à nos jours, dans l'Art de vérifier les dates. — La Norvège, dans la collection de Y Univers pittoresque, 1846.

Depping. Histoire des expéditions maritimes des Normands et de leur établissement en France au x^ siècle, in-S". Didier, 1826.

Chopin. Révolutions des peuples du Nord, 4 vol. in-8°, 1841-1842. Continuation de la Description historique du Danemark, d'Eyriès, dans l'Univers pittoresque.

Edélestand du Méril. Prolégomènes à l'histoire de la poésie Scandinave, in-8°, Brockhaus et Avenarius, i84o. — Essai sur l'origine des runes, in-8°, i844- Franck.

X. Marmier. Revue des Deux Mondes, i5 juin 1837, i5 décembre 1837, i" août 1839. Poètes et romanciers du Nord. — Lettres sur l'Lslande, in-12, Bertrand, 1837 (ont paru dans la Revue des Deux Mondes, du l'^'août i836 au 1" décembre 1839). — Histoire de VLslande, i838. — Histoire de la Littérature islandaise, 1839^ — Histoire de la Suède et du Danemark, 1839. -^

Il faut même ajouter que loin de suivre les vulgarisateurs, Topinion publique se cabrait. La Revue des Deux Mondes elle-même, après avoir été l'initiatrice en 1 832-33, en même temps qu'elle donnait encore place aux articles de X. Marmier, accueillait la protestation indignée de Ch. Labitte contre les enthousiastes « qui mettent les Eddas à côté d'Homère ». 11 faut lire ce réquisitoire d'une violence que souvent tempère à peine le respect pour le talent reconnu des propagandistes. Quel dédain pour toute la poésie du Nord « vague, floconneuse, incolore, uniforme, sans force, sans vie et sans grandeur » ! Edélestand du Méril est accusé de « se fourvoyer et de bâtir une Babel avec des grains de sable » ; Bergmann d'enfler quelques textes étroits par son admiration partiale et conjecturale; enfin X. Marmier d'avoir pris pour des réalités de la littérature Scandinave, les visions aimables de son imagination et de substituer partout dans sa ferveur, « l'esprit poétique à l'esprit critique. »

Victor Hugo qui, tant qu'il vécut à Paris, pressentit si nettement d'où venait le vent de l'opinion et du goût, n'aurait point commis la faute de « se fourvoyer » à son tour. 11 était au reste, de i83îî à i843, au moment où les admirateurs des Eddas soutenaient leur efl^ort le plus tendu, presque exclusivement occupé du théâtre, c'est-à-dire de l'Espagne, de l'Italie et de l'Allemagne.

Il y a donc lieu de penser qu'abonné de la Revue des Deux Mondes^ V. Hugo lut simplement en curieux, et rapi-

Lettres sur le Nord, i8 Jo. — Chants populaires du Nord, 1842. — Nouvelles danoises, i855.

M"' DU PuGET, Les Eddas, 1844.

Bergmann. Poèmes islandais, in-S", Brockhaus et Avenarius, i838.

Nous n avons cité ici, pour préciser la rapide revue de Léouzon-Leduc, que les ouvrages de la première moitié du xixc siècle antérieurs à i85o et ù l'exil du poètei

dément, des articles dont il ne prétendait rien tirer, et qu'il ne prit pas des notes écrites sur la littérature du Nord entre 1824 et i858.

Souvenirs lointains. Han d'Islande. — Les sources du Parricide remontent, pour une part, aux souvenirs lointains de Han d'Islande.

En cette année 1823, et sous l'influence de Fauriel, pour qui l'on créera sept ans plus tard une chaire de littératures étrangères à la Faculté des lettres, le goût des jeunes gens s'est orienté du côté de l'exotisme; c'est le temps où J.-J. Ampère, qui étudiera les Eddas et les Niebelungen, a 23 ans, où Michelet en a 25 et médite son Introduction à r histoire du moi/en âge.

Dans l'entourage direct de Hugo, les Deschamps, Ulric Guttinguer, Jules Lefèvre, Nodier, s'entraînent par des lectures réciproques*, à la connaissance des auteurs étrangers. J. Lefèvre faisait ses débuts dans la carrière poétique, l'année même de ffan d'Islande, en publiant un poème ossianique intitulé le Parricide.

C'est sous l'influence de ce goût commun pour l'exotisme, qu'en 1821 le Conservateur littéraire publiait les Dieux du Nord de Barjaud, et que Victor Hugo choisissait la Norvège pour cadre de ses fantaisies romanesques et des efl'usions lyriques de son amour pour Adèle Foucher.

Pour écrire Han d'Islande, V. Hugo a fait connaissance avec VEdda. « On reconnaît dans Han d'Islande, écrit Gh. Nodier, critique de La Quotidienne, une bonne lecture de VEdda et de l'histoire, beaucoup d'érudition.... » Et, de fait, au chapitre XI du roman, nous voyons Ethel faire à son père la lecture de VEddà. De plus, dans sa préface de janvier 1823, V. Hugo priait ses lecteurs de considérer que tous les chapitres sont précédés d'épigraphes étranges et mysté-

t Cf. Espagne, p. 83 *

rieuses, et qui ajoutent singulièrement à V intérêt. Parmi ces épigraphes figure une phrase empruntée au début de la légende de Sigurd, vainqueur du dragon Faf'nir' :

« Compagnon, eh compagnon, de quel compagnon es-tu « donc né? De quel enfant des hommes es-tu provenu pour « oser ainsi attaquer Fafnir? »

Vraisemblablement, cette traduction a été directement ou indirectement empruntée par V. Hugo au baron d'Eckstein. Il se peut que le baron d'Eckstein eût déjà lu en iSaS à la Société des Bonnes Etudes ses conférences sur la Poésie épique au Moyen âge qu'il publia dans le dernier numéro du Catholique (décembre 1829), alors que, dépourvu de collaborateurs, il était à court de matière. Le baron d'Eckstein, directeur du Catholique, était, peut-être avant, mais à coup sûr à partir de 1826, en relations amicales avec V. Hugo : il fit dans le Catholique de 1826 l'éloge des œuvres lyriques du jeune poète, et, quant à la Société des Bonnes Etudes, elle fut fondée en 1820. Elle avait le même programme- que la Société des Bonnes Lettres, et, qu'elle ait été sa rivale ou son auxiliaire, elle ne put manquer d'attirer l'attention des deux

I. Han d'Islande, ch. xxiv. Celle lulte du dragon et de Sigurd- Sigefroi est à peu près le seul souvenir de la mythologie Scandinave que nous rencontrions dans le Rhin :

« Le Rhin a vu... Sigefroi-le-Cornu qui assommait les dragons dans les antres. » (Le Rhin, lettre XIV).

c Soyez la ville qui a vu, dans le jardin des roses, le combat de Sigefroi-le-Cornu et du dragon, et, devant la façade de sa cathédrale,

cette contestation de Crimhilde d'où est sortie une épopée Depuis que

je suis à Worms, je n'ai pas encore été voir ce fameux Rosengar:en, leur jardin des roses où leur Sigefroi, à ce qu'ils disent, a tué leur dragon. » (Le Rhin, lettre XXVI, Worms).

a. Cf. Cassin. Almanach philanthropique, 1827, p. i55. La Société des Bonnes Etudes fut fondée vers la fin de 1820, dans le même dessein que la Société des Bonnes Lettres. Son but était de « procurer aux jeunes gens qui s'y font affilier une instruction monarchique et religieuse en les réunis-^ant sous des hommes célèbres par leurs talents et leurs opinions religieuses, dans des conférences consacrées au développement des principes moraux et philosophiques qui ont présidé à la formation de la Société ».

frères Abel et Victor Hugo « ces colonnes de la Société des Bonnes Lettres * » .

La traduction du Chant de Fafnir que le baron d'Eckstein donne de la phrase qui sert d'épigraphe au chapitre xxix de Han d'Islande est toute voisine de celle de V. Hugo :

(( Compagnon^ eh compagnon, de quel compagnon es-tu donc né? De quel enfant des hommes es-tu provenu pour oser ainsi rougir ton acier étincelant dans le corps de Fafnir^? »

On pourrait donc croire que les études du baron d'Eckstein furent à l'époque de Han d'Islande la source principale des connaissances de V. Hugo en matière de mythologie Scandinave.

H n'en est rien. Avec ou sans l'aide du baron d'Eckstein, V. Hugo esl remonté plus loin.

Au chapitre xlv de Han d'Islande^ il fait dire par son héros : « Allons, je suis sûr maintenant de ne point aller dans le Nystheim! » (s/c), et il ajoute en note : « Selon les croyances populaires, le Nystheim était l'enfer de ceux qui mouraient de maladie ou de vieillesse. » Le Nystheim, c'est bien là le texte, non seulement de la première édition, dont il a dénoncé et honni les fautes typographiques, mais de la page i55 de l'édition de Lecointe et Duray, 49, quai des Grands-Augustins, « la nouvelle édition, revue avec soin, la seule que j'avoue^. »

Or il s'agit du Niflheim, la demeure d'Héla, la déesse de la mort.

Il est regrettable que le manuscrit à'Han d'Islande ait disparu*; à son défaut, l'édition revue avec soin par Hugo peut nous éclairer : et je crois bien que Victor Hugo avait

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