‹ Le moyen âge dans La légende des sìecles et les sources de Victor HugoChapitre 233 sur 303 · Moreri, art. Canut V · texte numérisé non relu

Moreri, art. Canut V

7. Pour compléter ces renseignements historiques à propos du meurtre de Canut, signalons :

1° Parmi les publications antérieures à Han d'Islande, l'histoire de

Comment V- Hugo a ntilisé ces sources. — Le poète a /ait un tout de ces divers éléments.

Il a dramatisé l'assassinat; il l'a rendu plus lâche que les meurtres violents dont ses sources lui offraient l'exemple : il ne s'agit plus ni d'un coup de flèche perfide après le combat, ni d'un coup de poignard en plein festin, ni même de poison; la victime est endormie et confiante : la France ne se méfiait pas de Louis Bonaparte.

Il a reculé le remords du coupable après le trépas : du vivant de Napoléon III, on s'amuse aux Tuileries.

Il a exagéré la grandeur de Kanut, par besoin d'antithèse, entre la gloire lumineuse de sa vie et la sombre douleur de son supplice, mais beaucoup aussi parce qu'il faut que Napoléon puisse se dire : De plus triomphants que moi ont été punis.

Donc le Kanut le Grand de la Légende des Siècles élargit

Saxo Grammaticus, que V. Hugo uommc dans Han d'Islande, et l'histoire de Mallet. qui fait suite à son introduction déjà citée.

Saxo Grammaticus écrit :

Sueno reguum parricidio occupât (Table).

In augustioris nemoris partes (près de Iulin, dans lile de WoUin. située à l'embouchure de l'Oder) concessit Heraldus. Ibi cum, exaniniendi ventris gratia, arbustis insideret, a Tokone injuriarum suarum ultionem sitiente, sagitta vulnus excipit et celere vitae exitium habuit, 94, C. [Saxonîs Grammatici Historiée, lib. XVI, Bâle, i538.]

Mallet raconte de même que Suénon fit assassiner son père Harold, par son précepteur Palnatoko « qui ayant appris que le roi passait la nuit dans un bois, accompagné d'un petit nombre de gardes, le surprit, et le tua d'un coup de flèche. [.Mallet. Histoire de Danemark, Copenhague, 1738, p. 26.]

Saxo Grammaticus et Mallet procèdent tous deux d'Adam de Brème : Gesta Hammahurgensis ecclesise pontificum (1708) qui s'indigne vivement contre Suénon et répète à satiété le mot de parricide, II, -25, 26, 27, 28 et 32.

2" Parmi les historiens de la première moitié du xix* siècle :

H. Wheaton. Histoire des peuples du Nord. Paris, 1844, P- 3Si.

Eyriès. Histoire de Danemark (Univers pittoresque). Paris, Didot, 1846, pp. 3i et 53.

CATTBAU-GATTEviLtE, Histoire des Révolutions de Norvège. Paris, Pillet, 1818.

les bornes des conquêtes du Canut de l'histoire. Le Canut de Mallet se contente de conquérir l'Angleterre, la Norvège, de massacrer les Vandales^ d'envahir les Ecossais et les Pietés, de mettre trois rois en fuite, mais il gourmande ses courtisans quand ceux-ci l'appellent « Le Seigneur de la terre et de la mer^. » Le Canut de Y. Hugo est moins modeste. Non seulement

i6. Il vainquit les Savons, les Pietés, les Vandales

mais encore

j'j. Le Celte, et le Borusse, et le Slave aux abois.

Il mêle les exploits mythologiques aux exploits historiques ; les trois rois d'Ecosse sont devenus pour lui autant de Fafnir.

3o. Rien que, clans cet hiver, ce chasseur détruisit Trois dragons en Ecosse'^, et deux rois en Scanie.

Enfin, l'éloge que fait Mallet de la vertu et du christianisme de Canut le Grand engage Hugo à croire que Canut était un démolisseur de menhirs.

19. Il abolit l'horreur idolâtre, et la rune Et le menhir féroce.

Les runes furent non pas abolies, mais modifiées, pour devenir d'un emploi plus général, à partir du viii* siècle.

Conclusion. — Ces quelques erreurs et ces exagérations n'enlèvent d'ailleurs rien à la pièce de son caractère ; sans doute, tout le décor de VEdda et des Niebelungen n'est pas

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