Colombes, ôtcz-vous de là, le vautour passe
utilisé dans le passage où l'abbesse essaie d'arrêter Tiphaine. Nous n'avons pas le premier état de ce passage, et la page 272 du manuscrit de l'Aigle du Casque nous présente seize vers recopiés.
conteiiaiil un remaniement du poème de Bertolai de Laon.
Après celte citation, il concluait avec conviction : «Je le « demande au lecteur lui-même, y a-t-il dans aucune langue, « sans en excepter Homère, quelque chose de plus fortement M accentué que celle longue et interminable course presque « aussi fantaisiste que celle de Lénore à travers monts et « vaux? — Eh bien, il en est ainsi dans tous nos anciens « romans, et Ton peut affirmer qu'il n'en est point un seul 1- oii Ton ne retrouve vingt scènes pareilles, que tout le « monde connaîtrait en France, si au lieu d'être écrites dans ti \a langue de nos aïeux que nous n entendons qu^à moitié, « elles l'avaient été dans celles de Tasse, de Shakespeare « ou de Lope de Vega, que nous n'entendons pas du tout. »
Pour cette fois, devant ses lecteurs du Journal du Dimanche, Jubinal se parait des plumes du paon. 11 empruntait ses idées générales et son texte au livre d'un érudit. Edward Leglay, qui, fils d'un bibliothécaire de Cambrai, s'était particulièrementintéressé aux antiquités de la Flandre. Edward Leglay avait, en i838, publié chez Techener, dans un volume portant pour titre Fragments d^ Epopées romanes, une adaptation de Raoul de Cambrai. Edward Leglay, avant Jubinal, destinait son adaptation, non pas aux savants, mais au grand public.
«On le conçoit, le public, c'est tout le monde; tout le « monde ne comprend pas la langue romane, et chacun Ven- « tend à demi. C'est là ce qu'il y a de fâcheux. On est porté « à trouver insipide un livre déchiffré avec peine, et pour « l'intelligence duquel il faut avoir un glossaire sous la <( main. Le lecteur n'aime pas qu'on lui impose une tâche ; « il lit pour le plaisir de lire, et non pas pour la peine de « traduire.
« Ce n'est pas tout de rendre à la lumière ces textes que « notre ingratitude a méconnus si longtemps ; ce n'est pas « tout de les faire connaître aux érudits et aux philologues, « et leur fournir par là l'occasion de faire de la science, et
« de procréer des théories et des systèmes magnifiques sur « les origines de notre littérature, toutes choses fort bonnes « sans doute, et qui vaudront peut-être à leurs auteurs un « fauteuil à l'Académie, mais qui ne rendront pas le moins « du monde nos vieilles poésies à la popularité dont elles « ont joui lors de leur apparition, et dont elles devraient « jouir encore.
« La popularité, pour elles, c'est la traduction. Non pas « une traduction libre comme celles du siècle dernier, qui « hissaient les antiques châtelaines sur des vertugadins, et « leur collaient des mouches aux joues; mais une traduc- « tion littérale, servile même, reproduisant avec une facile « clarté le style énergique, naïf, rustiquenent chevaleresque « de la poésie romane.
« Indiquer les qualités que doit avoir cette espèce de « traduction, c'est peut-être faire d'avance la censure de « celle que j'offre aujourd'hui au public. Aussi, je ne la « présente que comme une tentative qui a besoin d'indul- « gence. »
« On le peut : je l'essaie, un plus savant le fasse*. »
Quant au texte de Jubinal, il est la reproduction exacte des pages 61-67 ^^^ livre d'Edward Leglay. Nous les citons, en signalant en italiques les dissemblances du Journal du Dimanche, dont quelques-unes semblent provenir de fautes d'impression :
I. « Il a plu et le champ de bataille est un marais trempé d'eau et de sang, car bien des barons sont morts en ce lieu. Les plus ardents destriers vont au pas, harassés qu'ils sont de fatigue; ils glissent, ils s'abattent sur la terre molle.
Voilà que le comte Ernaut [revenant) de Douai, rencontre le sire de Cambrai, Raoul.
« Par Dieu! Raoul, lui crie-t-il, nous ne serons amis que lorsque je t'aurai mis à merci et tué ! Tu m'as occis mon
I. Leglay. Fragments d'Épopées romaneSy i838. Préface, pp. 19, 20, 21.
neveu Bernier et Richerin que j'aimais tant! et bien d'autres encore de mes amis que je ne verrai plus!.
— Oui certes ! dit Raoul, et ce n'est pas tout ! Toi-même, tu tomberas sous mes coups !
— Eh bien, par le corps de Saint-Nicolas! je t'en défie! reprit Ernaut, Ah! te voilà donc, Raoul de Cambrésis^ que je naivu depuis ce jour oit mon cœur fut par toi tant navré. J^ avais de ma femme deux petits enfants que j^ envoyai à la cour du roi Saint-Denis, et tu les fis mourir, traître. Tu es depuis ce jour mon ennemi^, et si cette épée ne te coupe pas la tête, je ne me prise que la valeur de deux parisis.
— En vérité ! répond Raoul, tu t'estimes bien haut ! Que je ne voie plus la cité de Cambrai, si je ne te fais mentir à la parole. »
Et les deux barons éperonnèrent leurs destriers et se précipitèrent l'un contre l'autre, se donnant sur leurs écus des coups terribles. Mais ils sont protégés par leurs hauberts. Bientôt ils sont désarçonnés : ils sautent à terre et tirent leurs glaives.
A cette vue, les plus hardis chevaliers s'arrêtent épouvantés. Le comte Raoul est un merveilleux baron par sa force et son audace à manier les armes. Il frappe Ernaut au chef et abat du coup les ornements de son heaume doré. Le fer aurait pénétré dans la tète, sans la coiffe du haubert qu'il n'a pu traverser; mais, glissant à gauche, l'épée coupe un quartier de l'écu avec deux cents mailles du haubert.
Ernaut, étourdi du choc, trébuche; et glacé par l'effroi, réclame le Dieu de toute justice :
— Aidez-moi, Sainte-Vierge! et je rebâtirai le moutier d'Origni !
Alors, reprenant courage, il se retourne plein de colère