‹ Le moyen âge dans La légende des sìecles et les sources de Victor HugoChapitre 265 sur 303 · II eut le Rhamséion et le Généralife · texte numérisé non relu

II eut le Rhamséion et le Généralife

Smyrne (iSsa) et Brousse (iSaa) ont été conquises par Orkhan (i 327-1 358); Ancyre et Didymo-Tychos, par A murat I" (i36i-i369) ; Éphèse, Athènes, Argos, par Bajazet 1"

1. Il ne serait pas impossible qu'en consultant Morcri, Hugo cul confondu le Mahomet II de Turquie avec le Mahomet II, vingtième calilc, qui transporta son séjour à Bagdad.

(i389-i4oii) ; Salonique par Amurat II en 1429; Patras (i463), Gorinthe (i468), et l'Eubée par le second Mahomet; Modon a été rendu célèbre en 1498, par une victoire de Bajazet II. Il faut aller jusqu'au début du xvf siècle pour voir^Tyr, Naxos, Erzerouni, Alep, Damas et TÉgypte (Rhamséion, Fiume), tomber au pouvoir de Sélim P\ L'occupation de Tunis, du Caucase, de Rhodes et d'Aden est due aux armes de Soliman le Magnifique (i52o-i566); quanta Famagouste, elle ne fut prise qu'en iSjo par Sélim P^ Enfin, les Druses du Mont Liban ne furent soumis, dit Moreri, qu'en i585 par Amurat III.

Il serait d'ailleurs vain de confronter ici tous ces noms avec les sources que V. Hugo avait entre les mains ; il est évident que, seules, la sonorité et la couleur exotiques des vocables l'ont guidé : il avait, depuis ses études sur la Turquie, dans la Conclusion du Nhin, une idée générale de l'étendue des conquêtes des sultans : Asie Mineure, Grèce, Balkans, Egypte : il a puisé dans ces contrées, au hasard, le détail des noms propres, substituant dans son manuscrit, Agrigente à Mantinée et la Sicile à la Grèce*, remplaçant Mégare-en-Péloponèse par Nice-en-Cappadoce, ou changeant Nicée, ville de Bithynie, en Fiume -, ville d'Egypte.

Les mots, rapprochés surlemanuscrit,de Nice(Cappadoce'; et de Nicée (Bithynie), le nom, assez peu commun, de Fiume laisse à penser que V. Hugo avait établi, selon son habitude, une liste géographique d'après Moreri^ et qu'il a glané, selon

1. Peut-être par confusion des Turcs avec les Sarrasins: c'est à cette même confusion qu'il faut attribuer l'idée étrange de citer le Généraliffe au nombre des conquêtes d un sultan turc. II est vrai que Boabdil réclama contre les Espagnols les secours de Bajazet I".

2. L'orthographe de Moreri est J^jm/m. Art. Egypte. Y. Hugo a écrit Fiume par confusion sans doute avec la ville d'Italie ; mais il est peu probable qu'il ait voulu désigner cette dernière, vraiment trop éloignée des conquêtes vraisemblables des sultans.

3. En effet, Nice, voy. Nisse, Nicée (Bithynie) se trouvent presque côte à côte dans Moreri, et le mot Fium figure dans la liste des villes d'Egypte.

son caprice, dans cette nomenclature. Il est toutefois une appellation qui remonte à d'anciens souvenirs. 11 désigne la ville de Demotuc sous le nom de Didymo-Tychos. Cette appellation de Didymo-Tychos figure dans la Conclusion du Rhin. Elle est tirée de ce Discours sommaire sur VEslat du Turc, publié en 1627 à Paris, que V. Hugo cite dans le Rhin comme une de ses sources, et qu'il a mis plus d'une l'ois à profit ; il y a puisé notamment les vocables de cette énumération : « Le grec en passant dans la bouche des Turcs était devenu patois — Argos s'était changé en Filoquia, Delos en Dili, Didymo-Tychos en Dimotuc, Tzorolus en Tchourli*, etc »

Les cruautés des Sultans. — Les sources de l'histoire turque dans Sulian Mourad commencent à se préciser à propos des cruautés prêtées par le poète au conquérant. Il faut tout d'abord abandonner la fausse piste sur laquelle Hugo lance ses lecteurs dans sa préface : « La barbarie mahométane ressort de Cantemir ', à travers l'enthousiasme de l'historiographe turc, telle qu'elle est exposée dans les premières pages de Zim-Zizimiet de Sultan Mourad. » Hugo ne possédait pas Cantemir à Guernesey, et tous ceux qui ont essayé de confronter l'Orient de Victor Hugo avec l'histoire de Cantemir ont emporté la conviction que le poète, s'il avait jamais lu l'historien turc, n'en avait ^ardé que des souvenirs lointains et confus^. Tout au plus pourrait-on penser raisonnablement, qu'il y a eu, chez Victor

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