‹ Le moyen âge dans La légende des sìecles et les sources de Victor HugoChapitre 266 sur 303 · Le Rhin. Conclusion · texte numérisé non relu

Le Rhin. Conclusion

2. Hugo nous avertit lui-même dans l'Ane, IX, de la médiocre estim<?

qu'il a pour Cantemir :

O honte ! on trouvera toujours, grand ou petit. Un homme pour verser des pleurs de crocodile ! Ce sera Cantejuir, si ce n'est Chalcondyle; Ce sera Karamsin, si ce n'est Bossuet.

3. Cf. M. RôsLKR. Les sources des Trônes d'Orient. Revue d'Histoire littéraire delà France, avril-juin 1908, pp. a4i-'244-

Hugo, une lointaine réminiscence des éloges outrés distribués par Gantemir à Amurat II. Ces éloges auraient été répétés ironiquement par le poète :

i3. II fut sublime ; il prit, mêlant la force aux ruses,

Le Caucase aux Kirghiz.., 25. Mourad fut saint; il fit étrangler ses huit frères... 42. Mourad {ui magnanime :\\ détruisit Elée, ... '|8. Mourad fut sage et fort ; son père mourut tard,

Mourad l'aida.

Mais, d'une part, les hésitations du manuscrit au sujet de ces épithètes trahissent chez Victor Hugo le souci de charpenterhabilement un échafaudage d'antithèses beaucoup plus que celui de faire un portrait d'après la réalité ; et, d'autre part, si l'on veut voir dans cette série d'adjectifs, une préoccupation historique, il faut plutôt songer au procédé de généralisation familier au poète : tout autre que Gantemir pouvait lui suggérer l'idée de pareilles épithètes.

Il faut exclure aussi Ylfisioire de la Turquie de Lamartine que Y. Hugo ne posséda qu'en 1862, dans l'édition des Œuvres complètes^ à laquelle il avait souscrit.

Gette élimination faite, il est facile de retrouver trois sources principales et distinctes du détail des cruautés que V. Hugo accumule sur la tête du sultan Mourad:

i" Tout d'abord Napoléon le Petit.

V. Hugo s'est ingénié à rapprocher les violences du coup d'Etat des monstruosités des despotes orientaux et à identifier la personne de Louis Bonaparte avec celles des tyrans d'Asie.

Voici ce qu'on peut lire dans le manuscrit de Napoléon le Petit:

« Et s'il n'a pas scié ses victimes entre deux planches comme Ghristian II;

/j6. Il fit scier son oncle Achraet entre deux planclies.

Sultan Mourad, i.

s'il n'a pas enfoui les gens en vie comme Ludovic le Maure; s'il n'a pas bâti les murs de son palais avec des hommes vivants et des pierres comme Timour-Beig qui naquit, dit la légende, les mains fermées et pleines de sang; s'il n'a pas ouvert le ventre des femmes grosses comme [César duc de Vafentinois*]; s'il n'a pas estrapade les femmes par les seins, testibusque viros; s'il n'a pas roué vif, brîilé vif, bouilli vif, crucifié, empalé, écartelé, ne vous en prenez pas à lui, ce n'est pas sa faute, c'est que le siècle s'y refusait obstinément-.

La bassesse de ses vices nuit à la grandeur de ses crimes. Que voulez-vous ? Pierre le Cruel massacrait, mais ne volait pas. Henri 111 assassinait, mais n'escroquait pas. Timouiécrasait les enfants aux pieds des chevaux comme M. Bonaparte a exterminé les femmes et les vieillards sur le boulevard, mais il ne mentait pas. Ecoutez l'historien arabe : « Timour-Beig, Sahebkéran (maître du monde et du siècle, maître des conjonctions planétaires), naquit à Kesch en i33G, il égorgea looooo captifs; comme il assiégeait Sivas, les habitants, pour le fléchir, lui envoyèrent i ooo petits enfants portant chacun un Coran sur leur tète et criant: Allah! Allah ! Il fit enlever les livres sacrés avec respect et écraser les enfants sous les pieds des chevaux ; [il employa 10 000 têtes humaines avec du ciment, de la pierre et de la brique à bâtir des tours à Hérat, à Selbzwar, à Tekrit^ à Alep^ à Bagdad.^

6~. Mourad accourt, brûlant moissons, granges, greniers... Puis, autour de l'iramense et noir champ de bataille Bâtit un large mur tout en pierre de taille. Et fait dans les créneaux, pleins d'affreux cris plaintifs. Maçonner et murer les vingt mille captifs.

1. V. Hugo avait d'abord laissé uii blanc : il ajouta César de Yalenlinois au moment de la revision de son manuscrit.

2. Manuscrit de Napoléon le Petit, pp. iiS-iig. Il y a eu désordre dans la pagination et la page 119 suit la page ii3.

« Il détestait le mensonge. Quand il avait donné sa parole, on pouvait s'y fier ' ».

Ces pages, que nous venons de citer, contiennent des additions de la dernière heure : César, duc de Valenlinois — Il employa 10 000 têtes humaines, etc. Ces additions, notamment la dernière, sont assez précises pour laisser supposer <|ue V. Hugo, qui était alors à Bruxelles, eut recours à quelque encyclopédie pour compléter son manuscrit. L'hypothèse est d'autant plus vraisemblable que dans le reliquat de Napoléon le Petit figure une liste de cruautés et d'excentricités de tyrans-, recueillies de toute évidence dans des manuels historiques '.

11 y a donc, tout d'abord, dans Sullan-Mourad des souvenirs issus des recherches faites au temps de Napoléon le Petit.

-i" La seconde source est une Histoire de Turquie assez peu connue, publiée chez Dentu en iSSj, par un nommé Henri Mathieu ^

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