I. Je n'ai de lerre vaillant, ij. rommoisis
Aymeri dit en réalité : « Je n'ai même pas une terre valant deux deniers de Reims ». La traduction de Jubinal est au moins inexacte. I 2. le sui enquor bacheler de iouvent. 3. Jubinal. Journal du Dimanche. Nov. 1846, p. 0 cl scj.
comme un texte du moyen âge le chant l)asqiie à' Altabiçar . C'est en i834, dans la Revue : V Institut historique, que Garay de Montglave avait organisé, dans le goût du temps, cette plaisante supercherie'.
« J'ai vu, écrivait-il, j'ai vu autrefois une copie du Chant d'Alta- « biçar, chez Monsieur le Comte Garât, ancien ministre, ancien séna- « leur, et membre de l'Institut de France, un des philosophes les plus « célèbres de notre pays, un des hommes dont le talent honore le plus « les Escualdunas ses compatriotes. Il la tenait du fameux La Tour « d'Auvergne, le premier grenadier de France, lequel pendant les « guerres de la République se délassait de ses fatigues, en travaillant « à un glossaire en quarante-cinq langues. La Tour d'Auvergne avait « été chargé de traiter de la capitulation de Saint-Sébastien, le « '5 août 1794, et c'était au prieur d'un des couvents de la ville qu'il « était redevable de ce précieux document écrit en deux colonnes sur <i parchemin, et dont les caractères peuvent remonter à la fin du '< xui« siècle, date évidemment postérieure de beaucoup à celle de w ce chant populaire. »
La curiosité des lecteurs une fois amorcée par ces détails ingénieux autant qu'imaginaires, Garay de Montglave avait donné en français et en basque des vers de son cru. La contrefaçon était grossière : les images chères aux romantiques de i83o, aigles anthropophages, ossements blanchis dans les plaines, dataient manifestement Télucubration : la langue basque, sa syntaxe, son orthographe, sa métrique étaient impudemment outragées dans la version prêtée aux Escualdunas. Contre son attente même, Garay de Montglave vit que le public était sa dupe ; il ne se dénonça point : les soupçons ne devaient s'éveiller que trente ans plus tard dans l'esprit d'un critique belge*, et c'est seulement en i883 qu'Antoine d'Abbadie, de l'Institut, éclaira
I. Institut historique, année i834. Paris, Baudouin, in-4°- 1. BoRMA.NS. — La Chanson de Roncevaux. Académie royale de Belgique, t. XYI.
définitivement les circonstances de la duperie, en communiquant la lettre d'un confident* :
« M. de Garay de jMontglave », déclare cette lettre, « fréquentait « ses compatriotes. Il était Bayonnais. Cet air, ce souvenir loin du « pays lui inspira l'idée du chant d'Altabiçar. Il le composa en « français; il l'avait inséré en i834 dans le journal de Vlnstltut his- « torique. Un de mes cousins, M. Louis Duhalde, d'Espelette, qui « donnait alors des répétitions aux jeunes gens étudiant à Paris, pour « entrer à l'Ecole polytechnique, traduisit en basque l'œuvre de « M. de Montglave. Louis Duh'alde ne s'était jamais occupé de sa « langue maternelle, il n'en savait que ce qu'il avait appris dès l'en- « fanée, aussi sa version traduit-elle une main inexperte
« M. Duhalde a bien ri avec moi de la méprise de tant d'écri- « vains. »
DCVOISIA.
« L'original de la note ci-dessus accompagnait une lettre du même littérateur basque, datée : Ciboure^ 3o mai i883, oîi il m'autorise à faiie de sa déclaration l'usage qui me conviendra.
Aa'TOIxe d'Abbadie, de l'Instilut.
Paris, 1""" juin i88j.
Nous n'aurions pas rappelé les détails de cette imposture, si nous ne soupçonnions ici Jubinal d'avoir dupé sciemment Hugo. En i833, en même temps que le Chant d' Altabiçar , paraissait dans une encyclopédie populaire, sous le nom de Napol le Pyrénéen-, une pièce intitulée Roland. Cette pièce offre de curieux rapports avec le Chant d'Altabiçar., aussi bien qu'avec le début de l'adaptation de la Chanson d' Aymeri par Jubinal.