‹ Le moyen âge dans La légende des sìecles et les sources de Victor HugoChapitre 65 sur 303 · LE CID EXILÉ · texte numérisé non relu

LE CID EXILÉ

Le Cid exilé est une reprise des griefs du Cid à l'égard de son roi. V. Hugo imagine que le suzerain a reconnu ses torts et a envoyé comme messager le roi Santos pour aller chercher dans l'exil son vassal offensé et le ramener à la

cour. Le Cid renvoie d'un geste hautain le royal messager. Le Cid exilé portait d'abord ce titre significatif: Y Exil. Le nom même du Cid était absent du titre.

De point de contact avec le Romancero espagnol, cette pièce n'offre plus que les vers de la conclusion :

iai Sire, il faudrait d'abord que vous fissiez en sorte, Que j'eusse de l'estime en vous parlant à vous,

OÙ transparaît comme un ressouvenir d'une réponse insolente du Cid à son souverain :

« Vous avez essayé de me déshonorer : on ne peut être déshonoré que par des gens qui ont de l'honneur*. »

Au reste, presque toutes les allusions historiques de la pièce sont de pure fantaisie.

Le Cadre historique. — Les noms des victoires sont des termes géographiques que le poète a choisis en raison de leur harmonie avec le reste des vers, et qu'il considérait comme interversibles : Graos (vers 3) a remplacé Huelec ; Givrez (vers 6^ a surchargé Xérès; Gor (vers 9) a été tour à tour Lerne et Torme.

Il y a même d'étonnantes erreurs historiques. La plus grave a sa source dans le souvenir qu'a conservé le poète de son passage à Tolosa, pendant son voyage en Espagne de 1843.

Chercher des détails sur la bataille de Tolosa, a-t-il mentionné sur son album. Ces détails, il les a évidemment cherchés et trouvés, puisqu'il sait que le pays s'appelait autrefois Muradal et, apparemment, il ne lui échappe point que cette bataille de Muradal est la grande victoire de la Chrétienté sur l'Islamisme.

Il «crira donc sans hésiter, pour attribuer cette victoire fameuse à son Cid — vraiment trop sien :

Il n'est pas démontré que l'aigle se permette De faire encor son nid dans ce mont Muradal, Qui. fît de Tizona la sœur de Durandal.

Or, le Cid est mort en 1099, et la bataille de Muradal est de 1202, et il n'y a pas lieu de penser que l'épée du Cid fût en 1202 entre les mains d'un héritier quelconque, car toutes les légendes s'accordent à dire que le Cid fut enseveli et repose à San Pedro de Cardena avec sa fidèle épée.

Ici donc, et parce qu'il ne résiste pas au plaisir d'exploiter, même mal à propos, un souvenir personnel, le poète, très consciemment, altère la tradition, et fausse l'histoire.

Le dilettantisme historique du poète ne s'arrête point là.

Le Romancero espagnol ne parle point d'un messager envoyé par le roi Alphonse au Cid pendant son exil, et le poète crée le personnage de toutes pièces. Il le nomme d'abord Don Jaijme^ puis Santos; Santos a gain de cause auprès de lui à cause de sa sonorité, et sans doute aussi parce que le mot a été jadis relevé sur des notes de voyage'.

D'autres fois, la source des fantaisies de V. Hugo est

plus étrange encore :

Autrefois

2G Un homme a fait lâcher au duc Gaston de Foix-

Conite Odet de Foix.

Les infantes d'irun, Payenne et Manteline,

exploit qui est tout imaginaire, mais qui est d'intéressante origine. Le poète avait écrit d'abord

... qu autrefois Un homme ait arraché de leur prison des bois Les infantes d'irun, Payenne et Manteline,

et, dans une surcharge, il se demandait s'il ne vaudrait pas

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