L'INSPIRATION ISSUE DES SOUVENIRS DU VOYAGE EN ESPAGNE
Voyages en Espagne. — • Les guides et les albums. — Comment Victor Hugo utilise ses notes : Gavarnie. — Les renseignements de Moreri. — Le Petit Roi de Galice. — Le Jour des Rois. — Masferrer. — Légendes espagnoles : Galffer. — L'Hydre.
Voyages en Espagne. Le voyage de 1843. — « Comment ferez-vous pour parler de l'Espagne, lorsque vous y serez allé? » disait Henri Heine à Théophile Gautier, partant pour la Péninsule.
Malicieuse satire dirigée contre l'imagination romantique, à qui une confrontation avec la réalité, devait, insinuait H. Heine, couper les ailes.
Ce serait se méprendre que de juger ainsi à propos de V. Hugo.
Les spectacles visuels sont nécessaires au jeu et à l'entretien de ses facultés Imaginatives. L'inspiration, chez lui, procède des impressions provoquées par les couleurs et les lignes : il avait donc tout à gagner en étudiant de près un décor aussi pittoresque que celui de l'Espagne.
11 était impossible que Victor Hugo ne songeât à revoir les paysages entrevus dans son enfance. Ce qui est étonnant, c'est que l'auteur des Orientales, d'Hernani et de Ruy Bios, n'ait pas fait plus tôt le voyage, et qu'il ait attendu i843 pour aller visiter la patrie de ses héros.
Après Ruy Blasj et depuis i838, le mouvement de curiosité qui portait les auteurs français à l'étude de l'Espagne n'avait fait que s'accentuer'.
I. Rappelons ici les principaux ouvrages qui, depuis iSaS jusqu'en i838. avaient déjà paru en France : âbel Hugo : Romances historiques. Paris, Pélicier, iSaS. — Gé:»éral Hugo : Mémoires. Paris. Ladvocat, 3 v. in-8, iSaS. — A. GciBACD : Le Comte Julien. Paris, Barba, in-8, iSaî. — De Rozoir : Description de l'Espagne. Paris, Pillet. in-8, iSaS. — A. Gciracd : Cadix. ou La délivrance de VEspagne. Paris, Didot, in-8, i8a3. — Mérimée : Théâtre de Clara-Gazul. Paris, Sautelet, i8a5. — J. Taïlor ^ Voyage pittoresque en Espagne. Paris, Gide, 3 t. in-4. 1826. — La Beaumelle ; Collection des chefs-d'ctuvre du théâtre étranger. Traduction des Mocedades du Cid, 1827. — Mémoires sur la guerre d'Espagne, par un apothicaire, •» V. in-8. Paris. Ladvocat, 1828. — E. Deschamps : Etudes françaises et étrangères. Paris, Urbain Canel, in-8, 1828. — De Saivaxdy : Don Alonzo ou r Espagne. Paris, Beaudoin, 4 ^- in-12, 1828. — Musset : Don Paez. Premières poésies, 1829. — De Rec:<ard : le Romancero, traduction en vers. Paris, Anselin, 2 v, in-12, i83o. — Revue des Deux Mondes, i83ii835 : articles de A. Foxta:«et. — Maréchal Suchet : Mémoires sur mes campagnes en Espagne. Paris, Anselin, 2 v. in-8, i834. — La Péninsule, t. I. Paris, rue des Filles-Saint-Thomas, i835. — Baron de Lamotte : l'Espagne. Paris, Delloye, in-8, i835. — Louis Viardot : Etudes sur l'histoire des institutions, de la Littérature et des Beaux-Arts en Espagne. Paris, Paulin, I V. in-8, i835. — Lord Feelixg : Scènes de la vie castillane et andalouse. Paris, Charpentier, i t. in-8, i83f>. — A. Chaho : Voyage en Navarre pendant l'insurrection, i83o-i835. Paris, Artus Bertrand, i836. — Don Mamel Godoi : Mémoires, traduction Esménard. Paris, Ladvocat. 2 V. in-8, i836. — E. Maigme:* : Excursions en Espagne ou Chroniques provinciales. Paris, Lcbrasseur, in-8, i83G. — Cor?cille : Souvenirs d'Espagne. Paris, A. Bertrand, 2 v. in-8, i83G. — A. Dumas : Don Juan de Marana. Mystère en 5 actes. Paris, Marchant, in-8, i836. — Chateaibria:td : Le dernier Abencerrage. Paris, Pourrat, i836. -:— Paquis : Histoire de VEspagne et du Portugal. Paris, Parent-Desbarres, i838. — De Custihe : L'Espagne sous Ferdinand III. Paris, Ladvocat, 4 vol. in-8. i838. — Adolphe Guéroclt : Lettres sur l'Espagne, i838 (parues antérieurement dans le journal Zes Débats). — Voir aussi Foulché-Delbosc : Bibliographie des voyages en Espagne et en Portugal. Paris, Welter, 1896.
Non seulement un spécialiste, comme Jean-Ferdinand Denis, bibliothécaire de Sainte-Geneviève, après avoir visité la Péninsule et la Nouvelle-Espagne d'Amérique, accommodait au goût français de i84o les Clu-oniques chevaleresques de r Espagne et du Portugal ; non seulement un traducteur avisé, comme Irving, nous montrait que l'étranger partageait notre goût de l'Espagne et de ses légendes^; mais des publications importantes de vulgarisation s'organisaient, dues les unes à des artistes^ les autres à des historiens : en iSSg, Guisin* et Gh. Romey avaient écrit l'un et l'autre une Histoire d^ Espagne.
V. Hugo voyait autour de lui, dans le monde des lettres parisiennes, éditeurs et auteurs parcourir le monde ibérique et raconter leurs impressions. G'est déjà dans son entourage, en i835, que s'était préparée, avec le concours de Gharles Nodier et de la duchesse d'Abrantès, l'intéressante édition de la Péninsule. En i84i, George Sand publiait dans la Revue des Deux Mondes^.! les impressions de son séjour aux îles Baléares. En 1842, Gh. Furne, l'éditeur du Rhin., parcourait les Gastilles avec sa femmes Furne avait été précédé par un grand admirateur de V. Hugo, Roger de Beauvoir. Du sommet des Pyrénées, Roger de Beauvoir envoyait à V. Hugo, en même temps qu'une plume d'aigle, ces vers de courtisan :