Que le germe oubliera le secret de la vie
Dieu. (Ibid.)
Si l'on ne savait que Victor Hugo utilisait en 1 854-55 dans Dieu et dans la Fin de Satan, tout ce qui pouvait rehausser la splendeur, et varier la monotonie de ces poèmes religieux, on pourrait s'étonner qu'il n'ait point réservé le décor du Cirque de Gavarnie pour le Cycle pyrénéen de la Légende des
Siècles. Mais il avait alors abandonné momentanément l'idée récemment née des Petites Epopées ', et il entamait sans arrière-pensée, ses notes et ses souvenirs livresques sur l'Espagne.
Par là, d'ailleurs, il ne tarissait pas une source féconde : les impressions de son voyage avaient été nombreuses, et il les avait notées minutieusement : une édition nouvelle à' Alpes et Pyrénées nous donne presque tout l'intéressant contenu des curieux albums du voyageur de i843-.
Ajoutons que la mémoire de Victor Hugo était encore plus riche que ses notes.
Trois aspects de l'Espagne le frappèrent surtout dans son voyage de i843 :
L'Espagne aride, abrupte et sauvage, aux gorges étroites et brûlées par le soleil. Nous retrouverons cette Espagne dans le Petit Roi de Galice;
Les hauts sommets montagneux, les neiges où se marque le pas des isards et que frôle le vol de l'aigle, les torrents écumants et hurlants ; c'est le décor de Masferrer ;
L'Espagne de la guerre, aux villages dévastés, ruinés et noircis par les incendies et les pillages récents (i835) : devant ses ruines le poète évoque l'Espagne des Castillos et des guerres du moyen âge ; c'est l'Espagne du Jour des Rois.
I. Cf. V. Bekket. La Philosophie de Victor Hugo (i854-i859) et deux Mythes de la Légende des Siècles, pp. 10-12,
■A. En Voyage, II. Paris, Ollendorf, 1910. Toutes les notes de Hugo sur l'Espagne n'ont point été conservées. Le verso de la couverture de l'^^/iuiH VII porte cette indication :
Essentiel : il y a, en outre, quatre dossiers :
1' Pasages : notes et la lettre commencée à Boulanger sur Cautcrels et sa copie.
2° Cauterets : uotes écrites en marchant, copiées ; les originaux sont dans le portefeuille, mais au crayon et illisibles.
3* Le dos scié ; très important à lire et à consulter.
4* Inchoata : n'a pas trait au voyage.
Quelles lectures ont pu compléter les souvenirs de voyage du poète. — Avant de montrer comment, dans ces trois pièces : Le Petit Roi de Galice^ le Jour des Rois^ et Masferrei., Victor Hugo a mis en œuvre les documents de son voyage, il y a lieu de se demander, si, entre i843 et 1839, il ne les avait pas enrichis par des lectures.
Les productions littéraires, dues à la connaissance des sites et de Thistoire de TEspagne, s'étaient multipliées.
En 1844, l'année où Damas-Hinard traduisait le Romancero général^ Roger de Beauvoir publiait le récit de son voyage : la Porte du Soleil. Lavallée écrivait une histoire d'Espagne dans VUnivers illustré, et Rosseuw Saint-Hilaire en éditait une autre*; ce sont ces deux ouvrages que le poète se fera plus tard adresser par Paul Meurice au moment de la composition de Torquemada (24 juillet 1859).
En 1845, Théophile Gautier, malgré la prédiction d'Henri Heine, faisait poétiquement revivre ses impressions de touriste dans les vers à'' Espaha ; Mérimée contait dramatiquement, dans Carmen^ les aventures de don José Navarro, ensorcelé jusqu'au crime par une gitanilla de race maudite. Quinet, que n'avaient tenté ni les Pyrénées, ni le Romancero, décrivait Burgos dans ses Vacances en Espagne, et philosophait sur la littérature et la religion de la Péninsule. En 1847. Alexandre Dumas égayait de sa verve facile et prolixe deux volumes d^ Impressions de Voyage, De Paris à Cadix-. Charles Magnin, dans la Revue des Deux Mondes (i®"^ août 1847) cnlr'ouvrait l'horizon du moyen âge espagnol, dans ses articles sur la Chevalerie, et dans ses Études sur V Espagne ; Philarète Ghasles dissertait sur VInfluence de la littérature espagnole en France^; Scribe écrivait le roman de Piquillo Alliaga, ou les Maures sous Philippe IIV* ; Célestin Nanteuil, illustrateur des
i:. Paris, Furne, 5 vol.