Le moyen age et la réforme
La latte séculaire de TÉglise et de TÉlat a-t-elle encore un intérêt actuel, ou est-ce de Thistoire ancienne, bonne pour les savants, inutile pour la vie? Les ultramontains du xix"" siècle voudraient bien le feire croire ; quand on leur prouve que TÉgiise a pendant des siècles aspiré à dominer sur l^Élat, qu'elle a même exercé cet empire dans de certaines limites, ils se récrient et soutiennent que TÉglise ne songe plus à envahir Tordre temporel, qu'elle ne réclame que sa liberté. A ceux qui prendraient ces belles paroles au pied de la lettre, nous dirons que, quand il s'agit de l'ambition de l'Église, l'histoire ancienne est toujours de l'histoire moderne, car ses prétentions sont plus immuables encore que ses dogmes : elle y voudrait renoncer, qu'elle ne le pourrait pas.
En effet, ce que l'Église apppelle sa liberté, ce que nous appelons son esprit de domination , est de droit divin ; or le droit divin change-t-il? peut-il être antre au xix* siècle qu'au xii«? L'Église sent que, si elle abandonne quoi que ce soit de ce qu*elle considère comme sou droit, elle abdique ; car , renoncer à un droit divin , ce serait
L*àOLin n I.*ÉTAT. i
6 INTRODUaiON.
avouer que ce droit n'est pas divin, que la prétendue origine divine de son pouvoir n'est qu'un moyen de tromper les hommes pour mieux les exploiter. Aussi TÉglise ne cëde-t-elle jamais; elle soutient, au besoin, les prétentions les plus absurdes, et, dans son intérêt, elle a raison ; il vaut mieux être absiurde que de se suicider. Cependant TÉglIse, quoi qu'elle fasse, est aussi obligée de s'accommoder au temps; elle n'aime pas de trop heurter, de trop froisser. Voilà pourquoi elle change de langage; mais que Ton y regarde de près, et Ton verra que, sous des formes nouvelles, c'est toujours le vieil esprit.
A entendre les défenseurs de l'Église, on la calomnie quand on l'accuse d'aspirer au pouvoir temporel; elle ne prétend, disent-ils, et ils voudraient même persuader qu'elle n*a jamais prétendu, qu'au pouvoir spirituel ; si elle est intervenue dans l'ordre temporel, ce n'était que par voie indirecte , et en vertu de l'action bleu légitime que Tespril exerce sur le corps. Que réclame-t-elle aujourd'hui? La liberté. Elle veut la liberté de renseignement, parce que son divin fondaleur lui a donné mission d'enseigner les nations. Elle veu; la liberté de la charité, parce que sa mission est une mission de bienfaisance. Voilà le langage que les défenseurs de l'Église tiennent en Belgique; ils ne parlent plus des immunités des clercs, parce que notre droit public les rend impossibles, et au besoin ils jurent leurs grands dieux qu'ils ne songent plus aux dimes, bien moins encore pensent-ils à reconstituer le patrimoine de rÉgiise. Ils ne demandent que la liberté j donnez-leur la liberté et ils sont satisfaits.
Quand on a affaire à l'Église, il faut apprendre ce que parler veut dire. Qu'est-ce que cette liberté qu'elle réclame? En Belgique, plus que partout ailleurs , nous avons le droit de lui adresser cette question. Notre Constitution, Dieu merci, s'est montrée généreuse envers l'Église; elle ne lui a pas marchandé la liberté. Ne j.uit-elle pas de l'indépendance la plus complète? NVl-elle pas la liberté illimitée d'association, la liberté d'enseignement, également illimitée? Cela ne l'empêche pas de revendiquer encore sa liberté, et parfois l'on entend d'étranges plaintes venant de Rome, sur l'oppression de l'Église en Belgique. Elle a cependant toute la liberté possible; si elle demande
LA UBBRTÊ DE L*ÊGUSE BT L'hISTOIRB. 7
plus, qae pourrait-elle vouloir, sinon la domination? Le mot de liberté doit donc avoir pour TÉglise un autre sens que pour nous laïques. II est bon de s'entendre/et pour cela il faut interroger le passé de TÉglise : ses prétentions pendant le moyen âge , ses prétentions sous Tancien régime , et jusqu'à la veille de 89, expliqueront le langage qu*elle tient de nos jours. Voilà pourquoi nous faisons appel à rhistoire, que les partisans de TÉglise font mine de dédaigner comme une vieillerie ^ Ce dédain ne serait-il pas un nouveau calcul? L'Église est très intéressée à ce qu'on croie que la liberté qu'elle demande est réellement la liberté; elle redoute le témoignage de rhistoire, parce qu'il prouve, à chaque page, que la liberté dans la bouche de l'Église signifie domination.
Revenons donc au passé, pour apprendre ce que la liberté veut dire, et ce que veulent dire ses défenseurs , quand ils protestent que l'Église n'entend pas exercer un pouvoir temporel, qu'elle se contente de son pouvoir spirituel , de sa mission divine. Nous aurons à rechercher ce que c'est que le pouvoir spirituel, et il nous sera facile d'établir que ce pouvoir implique la souveraineté spirituelle et temporelle tout ensemble. Si aujourd'hui le langage couvert et les restrictions mentales des défenseurs de l'Église laissent quelque doute sur ce point, l'histoire le dissipera.
Au moyen âge, l'Église ne cachait pas ses prétentions, elle avait ia franchise de la force. Les papes réclamaient hardiment les deux glaives, le pouvoir temporel aussi bien que le pouvoir spirituel, comme vicaires de Celui qui a été roi et grand-prétre : ils déposaient les rois et les empereurs , et ils déliaient les sujets de leur serment de fidélité. C'est bien là la souveraineté, ou les mots n'ont plus de sens, et les faits n'ont plus de signification. Cependant il arrivait
^ Lettre du comte de L?edckcrke à M, Devaux . « La lutte de rÉKlisc et de PÉtat est une vieillerie. Craindre que TÉglise domine TÉtat, c*est croire que les fleuves remontent leur source. » (Novembre 1858.)
MX papes , dans teur lutte contre de tout-puissànts empereurs , de parter de: la liberté de VÊglise; q!ii'ap)»elaieiit-il6 d#*c Hbené? Le droit qtl*i1s prétèûdaiient tenir de Dieu, de déposer les princes qni ne voulaient pias' subir le joug de Rome. Voili la liberté de la pa)>auté , au moyen âge ; il faut être aveugle pour n*y pas voir l'am^ bitfon de la souveraineté.
L'Église, en fa^e de TÉtat, réclamait aussi sa liberté. Qti'élait ce que la liberté pour elle? La liberté pour TÉglise, c'était le droit d'envahir ksol, au point d'être presque Punique propriétaire , tout en s'exeroplant des charges qui pèsent sur 1» propriété* La liberté pour l'Église , c'était le droit de lever le plus lourd des impôts sur les fidèles, sous le nom de dime. Enfin, la liberté pour l'Église, c'était le droit de soustraire ses membres à la juridiction de TÉtat, et d'exercer une juridiction sur les laïques. Voilà la liberté de rÊglise au moyen âge. Qu'est-ce, sinon la souveraineté? Et que reste-t-il à l'État? L'Église veut bien lui abandonner le glaive temporel, à condition que les princes le tirent sur ses ordres et pour son service.
Nous savons maintenant ce que la liberté de l'Église et de la papauté veut dire au moyen âge : c'est la domination absolue exercée sur les princes et sur TÉtat. Après la Réformation, le langage changea, mais les prétentions restèrent les mêmes. La révolution religieuse du xv!"" siècle ébranla dans ses fondements la monarchie pontificale et l'empire de l'Église. Les papes essayèrent encore de leurs foudres, mais elles se trouvèrent impuissantes; ils furent obligés de ménager la puissance des rois,qui étaient devenus leur seul appui. L'Église ne pouvnit pas parler trop haut de son droit divin en présence des maîtres de la terre : que fit-elle? Vu ordre fameux, qui s'était donné la mission de défendre la cause de la papauté et de l'Église contre les rudes attaques des réformateurs, sentit qu'il fallait donner une satisfaction apparente à l'indépendance des rois et à la souveraineté des nations. C'est sous l'empire de ces circonstances que se produisit la théorie du pouvoir indirect de la papauté sur le temporel. Les papes, disent les jésuites, n'ont pas de puissance temporelle directe , celle-là appartient aux princes et aux peuples; ils n'ont qu'un pouvoir spirituel, mais, en vertu de ce
U LIBERTÉ Qi V^GIASB l&T l'hISTOIRE. »:
fiouvoir, ils oot le droit d*intervenir dans le temporel , quand !a religion y est intéressée» Voilà , eu apparence, la souveraineté de rÉtat sauvegardée y mais ce n*est qu'en apparence; en réalité, le pouvoir indirect aboutit à la même conséquence que le pouvoir diceotyà la souveraineté de TÉgiise et à la dépendance des rois et des nations. Les plus zélés ne veulent même pas de 4xiie distine* (ion, et continuent à réclamer la toute-puissance pour les souverains ponlifes. Mais le fait remporte sur le 4lroit. Les papes ont besoin de lappui des rois; ils les ménagent, ils subissent Tinfluence que le protec4c^r exerce sur te protégé : il B*esi plus question dans les («mps modernes d'excommunier ni de déposer les rois.
Tels sont aussi les rapports de TÉglise avec TÉtat <lans les pays (catholiques. La Réforme a donné une' force immense aux natio* nalités; TÉtat se sent fort de la souveraineté des nations dont il est Toi^ne. En présence du véritable souverain, la pujsssuice usurpée de rÉglise s'efface. Elle transige, nous nous trompons, TÉglise ne transige jamais, mais elle subit ce qu'elle ne peut pas changer; elle reconnaît l'État, tout en cherchant à conserver le plus de liberté possible. Ses prétentions restent les mêmes; elle est, et elle prétendra toujours qu'elle est un pouvoir spirituel , et, à ce titre, eHe a droit à dominer sur l'ordre civil, de même que l'esprit domine sur le corps. Mais le fait n'est pas en harmonie avec ee prétendu drok; pour mieux dire, le vrai droit, cehii de l'État, l'mporte sur le droit Hsurpé de l'Église. Toutes les libertés que l'Église avait coftqnises pendant fanarchie du moyen âge, lui échappent ; le gouvernement se sécotarise, la jusliee se sécularise, en attendant que l'enseignement, la charité et la morale se sécularisent également. L'État gagne, l'Église perd ; telle est la position des deux pouvoirs rivaux depuis la Réforme jusqu'à la Révolution. L'Église est toujours «m pouvoir spirituel, mais é'est un pouvoir qui s'en va, c'est une royauté déchue. Cependant, par cela nême qu'elle est toujours ua pouvoir, eUe^^onaerv^ toates^es prétentions, dlen'a rk» abdiqué, ei elle compte bien, les circonstances aidaat, revendiquer sa liberté, c*est à dire, ressaisir sa domination.
L'ère des révolutious s*ouvre; od dirait que TÉglise et la papauté Toot être emportées dans la destruction universelle qui menace toutes les institutions du passé. Avant 89, TEglise paraissait aussi solide que le sol, qui était en grande partie sa propriété; le sol lui est enlevé, et en même temps les âmes lui échappent; un nouveau culte, celui de la raison, prend la place de Tantique Toi. La papauté tremble sur ses fondements ébranlés; elle est sur le point d*étre sécularisée, lorsque Tempire français s'écroule, et la réaction commence. Dans son magnifique élan, la Révolution avait fait en un jour un chemin que Thumanité, dans sa lente marche, ne peut accomplir que pendant des siècles. De là une inévitable réaction. Toutes les puissances déchues se relèvent et se donnent la main pour restaurer 4e passé. L'Église se met à la (été de ce mouvement ; elle reconstitue sa milice, qu'elle avaiteu tort de licencier. Le combat entre le passé et l'avenir s'engage. Mais l'esprit révolutionnaire n'est pas éteint. Il éclate en 1850, il éclate avec plus de puissance encore en 1848. Jamais, pas même en 93, il n'avait excité d'aussi vives appréhensions dans les rangs de tous ceux qui tiennent au passé par un lien quelconque; l'alarme universelle donna une force immense à la réaction. Le moment favorable était arrivé; l'Église s'en saisit avec ardeur, avec passion. C'est la peur, bien plus que la religion, qui ramène les esprits dans son sein; mais peu lui importe, pourvu que ses rangs se grossissent.
Nous sommes encore au milieu de cette réaction. Il ne faut pas que quelques succès partiels fassent illusion aux hommes de l'avenir; le vent souffle toujours du côté du passé, et l'Église en profite. De là la hardiesse , la témérité de ses défenseurs ; ils marchent le front haut et leur parole est superbe. En plein xix* siècle, ils reproduisent les plus folles théories du moyen âge sur la puissance de la papauté et de l'Église. On revendique pour les papes le droit d'excommunier et de déposer les rois; on déclare que la doctrine de l'indépendance du pouvoir civil est une doctrine hérétique et athée.
LA UBERTÉ DE L*ÉGUSE ET L*HISTOIRE. Il
Oo réclame pour TÉglise ce qu'elle appelle sa liberté^ c'esl-à-dirc la souveraineté dans Tordre spirituel, et un pouvoir au moins indirect sur la société civile. Ici l'Église obtient son indépendance complète de TÉtat, tout en conservant ses avantages pécuniaires, ce qui revient à dire que TÉtat a des obligations , et qu'il i>'a aucun droit : doctrine absurde qui aboutit à faire de TÉtat Tinstrument de rÉglise. Ailleurs, TÉglise demande la liberté de renseignement, c'est à dire le monopole de l'éducation, qui lui sert à maintenir et à étendre son empire sur les esprits; elle demande la liberté de la charité, pour reconstituer son patrimoine, sous le nom de patrimoine des pauvres. Là où les circonstances lui sont favorables, elle va plus loin; elle revendique sa juridiction, ses immunités et jusqu'aux dîmes, et quand TÉtat résiste à ses incroyables prétentions, le pape proclame, du haut du Vatican, que les lois civiles, contraires aux droits de l'Église, sont nulles de plein droit. La peur de l'esprit révolutionnaire vient en aide à la papauté, et elle l'exploite à merveille. Ainsi s'expliquent les concessions que de puissantes monarchies ont faites à l'Église, concessions qui sont une vraie abdication de la souveraineté. On le voit, il ne s'agit plus seulement de doctrine, il y a des faits; l'Église gagne et l'État perd. Sous l'empire de ces victoires, les prétentions des partisans du passé vont croissant; ils veulent démolir l'œuvi-e de la Réforme et de la Révolution, et reconstituer le moyen âge. Si l'on en croyait la presse miliiaute, cette révolution d'une nouvelle espèce serait inévitable : la papauté et TÉglise vont de nouveau dominer sur le monde.
Les.partisans du passé aiment à rêver, et quand on rêve en plein jour, pourquoi ne se donnerait-on pas la jouissance de faire un beau rêve? Mais le réveil sera moins agréable. Parmi les choses impossibles, nous n^en connaissons pas de plus impossible que le rétablissement du pouvoir de la papauté et de l'Église sur le temporel. Ce pouvoir, qu'on l'appelle direct ou indirect, est une usurpation de la souveraineté : quand un roi peut être déposé par le pape, ce roi n'est plus indépendant : quand le pape peut casser et annuler les lois faites par une nation, cette nation n'est plus souveraine. Il n'y a pas de chicane ultramontaine qui puisse obscurcir une vérité qui est claire comme la lumière du soleil. La lutte entre TÉglise et
iS INTRODUCTION.
rÉtat est donc une lutte de souveraineié. Au moyen âge» lorsque le pouvoir temporel de TÉglise s'est établi, il n^y avait pas d'État; les nations se formaient à peine dans leurs premiers éléments, les e.mpereurs et les rois étaient des organes très imparfaits d'une souveraineté qui n'existait qu en germe. Même après la Réforme, les nations n'eurent que des représentants plus ou moins fidèles dans les princes; la royauté, pouvoir jaloux mais égoïste, trouvait parfois de son intérêt de pactiser avec le pouvoir rival de TÉglise. Mais en 89, le vrai souverain a fait entendre sa grande voix ; les nations ne transigeront pas, parce qu'en transigeant elles abdiqueraient leur souveraineté ^t leur indépendance. Si TÉglise se montre incompatible avec la souveraineté nationale, les peuples la briseront. Malheur à l'Église, si elle se repose avec une aveugle confiance sur la réaction qui a suivi les révolutions ! Malheur à TÉglise, si elle continue à marcher dans la voie où ses imprudents amis l'ont fait entrer! La réaction vers le passé aura sa fin, et plus elle aura été violente, plus le mouvement en sens contraire sera impétueux et irrésistible; plus FÉglise aura soulevé contre elle les tendances, les aspirations, les sentiments et les idées de Thumanité moderne, plus sa chute sera profonde et irréparable.
Est-ce à dire que la lutte de l'État et de l'Église soit une guerre contre la religion? Les ullramontains le disent, pour effrayer les âmes simples et croyantes. C'est une tactique à laquelle l'histoire donne un démenti formel. Constatons d'abord que dans le sein des nations protestantes, cette hostilité entre l'État et l'Église n'existe point. Cependant le protestantisme est une face du christianisn^e traditionnel; il en accepte les dogmes fondamentaux. Preuve certaine, que la religion chrétienne, dans son essence, n'est pas hostile. à l'État. La lutte n'a lieu que dans les pays catholiques. En apparence, cela suffit pour justifier les appréhensions des fidèles, car pour eux le catholicisme seul est le vrai christianisme, et s'il était vrai que la doctrine catholique est nécessairement en opposi-
LA LIBERTÉ D^ CtÇf^ ^ l'hISTOIRE. iZ
Moû avec les droit» (fe rjÉt^t, il faudrait en coqclure^ ou que^ciçs drojls qe sopt qu'une usufpjatioo, ou que TÉgUse est usurpatrice. L'oQ copçoji qije cette de^'nîère alternative alarme les consciences limorées. Hâtoqs-pous d*ajouter que rhistoife dissipe leurs inqwélades.
Il y a, quoi qu'en disent les ultrsunontain^^x^lliolicisme et catbolijcisniç. Depuis des siècles, il y a dan3 le aein de TEglise deux ^oave|[ipe|Dil8 bien différent^ et presque opposés : ruitramontanisfqe cl le gallicanisime. Le gallicanisipe n'est jias, comme on pourrait le croire, ujpe doctrine particulière à la France; les opinions qu'il pro^^e sur la puissance des papes, sur les rapports de TÉglise içt de rjËtat, ont été loi;igten^s partagées pa^ l^te la chrétienté de qe cét^-ci des Alpes : de là le nom d'^ltramontanislne pour désigfi^r le^ croyapces romaines. L'on sait quels so^ les points qui d^vi^t 1^ deux écoles; |C'est un 4éba,t sur la sou^^ra^ieté , spuverai^^ spirituelle et s^çtuverain^té teipporelle.
Les ultramoutains soutiennent que le pppe a la plénitude d|U pouvoir spirituel, et ils lui reconnaissent a.ussi, soit directenaent; s^it indirectement, le pouvoir temporel. Les gallicaps, au contraire, di^nt que la puissant spiritoellç réside dans l'Église, représentée par Içs conciles générait^; ils ajoutent qu^ T^li^e iti'a pas ,et ^e peut pas avoir de p^is^nc^e tempor,ellje, parce qtie Jésus-Christ, de qiui elle ticQt sa mi^ion^ a déclaré que son roy^me n'est pas d|e ce monde. $ur les dogmes, le gallicanisme et l'ultramonijanisme SjOnt |d*a^ccord; cependant les docteurs gallicans se sont tQujpuji*^ (jl^tfngués par lin esprit plus large que le^ docteijifs ultra^nontainç. L'immutabilité, dont le catholicisme se glorifie, est avant tout le p^rtagje des nitramontains; le gallicanisme s'ouvre davantage aiiuc idées no^velle^.
QujÇ la lii^t^ de f*Égliçe et de l'État soit au fond une guerre contre Icjca^holicisme ultramontain, nous l'avQUons et nous le proclamons iQiit h^t. Mais qpus nions qife la guerrç s'adrjesse à la religion chrétienne. Il faut Tignorance ou la mauvaise foi des ullramontains pour le prétendre. Oublient-ils , ou n'ont-ils jamais su que le roi qui^ au moyen âge, prit l'initiative de la résistance contre les empiétements de l'Église, est Louis IX, un roi canonisé? Et que feront-ils
de Bossuet, dos modernes orthodoxes? Rangeront-ils le dernier père de rÉglise parmi les schisma tiques? Il y a donc un catholicisme qui se concilie avec les droits de TÉtat. Si Louis IX a pu défendre Tindépendance du pouvoir civil, et mériter néanmoins d'être béatifié, les fidèles peuvent aussi, au xi\« siècle, prendre parti pour TÉtat contre TÉglise, sans être hérétiques.
Dira-t-on qu'en faisant appel au gallicanisme, nous évoquons un mort? En effet, à s'en tenir aux apparences, il n'y a plus de gallicanisme , puisque dans la patrie même de saint Louis et de Bossuel, le clergé répudie les libertés gallicanes. En France et partout ailleurs, c'est l'ultramontanisme qui prévaut. Mais le triomphe de Rome est plus apparent que réel. Que Ton y regarde de près, et l'on remarquera que la dissidence persiste dans le sein de l'unité romaine : seulement au xix^ siècle, elle prend d'autres formes qu'au xvu^ La lutte s'agite aujourd'hui sur le terrain politique; il s'agit de savoir si le catholicisme est compatible avec la liberté qui a fait la vie des sociétés modernes. La papauté s'est prononcée. Grégoire XVI, dans sa fameuse encyclique, flétrit Yindifférentisme y c'est à dire, l'opinion perverse d'après laquelle on peut acquérir le salut éternel par quelque profession de foi que ce soit, pourvu que les mœurs soient droites et honnêtes : c De cette source infecte, dit le pape, découle cette maxime absurde et erronée, ou plutôt ce délire, qu'il faut assurer à qui que ce soit la liberté de conscience. > Si la liberté de penser en matière religieuse est un délire, il y a une autre liberté qui est tout aussi funeste, et pour laquelle on ne saurait avoir assez d'horreur, c'est la liberté de la presse. Il en est de même de toutes les libertés civiles et politiques. Si TÉglise les semble tolérer, c'est comme un moindre mal, ainsi que l'a dit le cardinal Pacca, et parce qu'elle y est forcée par les circonstances ^.
Le monde catholique est-il d'accord avec Grégoire XVI? Est-ce un article de foi pour les catholiques, de repousser la liberté de conscience comme un délire, et la liberté de la presse comme une
« Encyclique de Grégoire XVI ; — lettre du cardinal Pacca à Tabbé de Lamennais; — lettre de Grégoire XVI à révoque de Rennes; — lettre de Grégoire XVI à Tarcbevôque de Toulouse. [Lamennais, Affaires de RomeJ
ehose funeste, horrible? La qaeslion est capitale. Car les libertés que le pape maudit sont inscrites dans nos constitutions comme les plus précieuses de nos garanties. Faut-il» pour être catholique » revenir au vieux régime du pouvoir absolu» ou peut-on, tout en restant catholique , maintenir la liberté moderne? Les catholiques se sont divisés sur cette question , bien que tous se disent ultramontains. Mais il y a ultramoutains et ultramontains. Les purs» les zélés» disent que si la papauté est infaillible» la doctrine de lencyclique doit être celle de TÉglise. En effet» Grégoire XVI déclare qnll a écrit sa holle^aidé du secours d' en-haut, et particulièrement sous les auspices de la très sainte Vierge. Sa bulle est donc une décision dogmatique» et par suite obligatoire pour les fidèles. Il n*y a rien de fatal comme la logique, quand ce sont des esprits étroits qui s'en servent : ils ne reculent ni devant labsurde» ni devant Timpossible» ils vont et ils vont toujours, sans voir l'abîme qui s ouvre sous leurs pas» et qui les engloutira, eux» TÉglise et la religion.
Il y a d'autres catholiques auxquels la liberté est chère; ils voient le danger qui menace une Église et une religion qui seraient inalliablés avec les besoins les plus impérieux des sociétés modernes ; ils veulent concilier la liberté et le catholicisme. Voilà donc un désaccord analogue à celui qui divisait jadis les gallicans et les ultramontains. Ce désaccord réagit sur les rapports de TÉglise et de TÉtat. Dans leur zèle aveugle» les ultramontains purs voudraient ramener le monde au moyeu âge : c'est l'Église du xu" siècle qui est leur idéal. S'ils étaient les maîtres» ils rétabliraient les dîmes aussi bien que l'inquisition ; ils reconstitueraient les biens de l'Église aussi bien que sa juridiction et ses immunités. Les modérés et les clairvoyants s'effraient de ce délire d'absurdité ; ils aiment mieux faire violence à l'histoire et soutenir que la papauté des Grégoire el des Innocent n'est qu'une forme passagère de l'Église» et que pour des temps nouveaux» il faut des formes nouvelles.
Yoilà donc à certains égards un catholicisme progressif qui lutte contre un catholicisme immuable. Notre conviction est qu'introduire le progrès dans le domaine du christianisme» est le seul moyen de sauver la religion. Plus d'une fois nous avons dit qu'à notre avis il n'y avait pas d'ennemi plus dangereux pour le christianisme que