‹ Le moyen äge et la renaissance, histoire et description des moeurs et usages, du commerce et de l'industrie, des sciences, des arts, des littératures et des beaux-arts en Europe. Direction littéraire de Paul Lacroix, direction artistiques de Ferdinand Séré. Dessins fac-similé (volume 2)Chapitre 10 sur 84 · i qucu commencent maintenant à férir · texte numérisé non relu

i qucu commencent maintenant à férir

iMaint bras i brisent, mainte tète et maint pis.

{Roman de Garni, t. 11 , p. 19.)

Il n'y a point de branches de l'hisloire naturelle auxquelles le Blason n'ait eu recours. Les poissons y représentent les voyages sur mer et les victoires navales. L'un des plus usités est le dauphin, qui, dans les armes de la province du Dauphiné, était i\'azur , lampassé , oreille el barbelé de gueules , sur un champ d'or. Une famille Aubert, en Bouibonnais, porte à'azur au chevruti d'or, accompagné de trois têtes de dauphin d'argent allumées de gueules.

Champ-Giraud de Germonville: d'argent à trois harengs de sable.

Tioutbeck, en Angleterre : d'azur à trois truites enlacées en triangle d'or.

De Luc Fontenay : d'azur au brochet d'argent mis en fasce, à l'étoile d'argent en chef.

Les crustacés , les annélides, les serpents et les insectes font aussi partie des meubles du Blason; on sait que celui du grand Colbert portait d'or à la couleuvre ondoyante d'azur posée en pal. Nous trouvons, dans diverses armoiries, des vipèies, des guivres ou couleuvres, des lézards, des écrevisses et des limaçons. Ces derniers étaient l'emblème de l'amour du foyer domestique. Quant aux insectes employés sur les armoiries, il serait dilïieile de dire à quelles circonstances ou à (juelles (pialités

morales foiil allusion les mouches, les abeilles , les sauterelles, les paons, les papillons. On sait seulement, i)ar Vlndice armoriai de Lowan Geliot , que le grillon représente tonles les vertus , » parce que cet insecte ne se met qu'au foyer des gens de bien. »

D'apiës cet auteur et autres de la même époque (1635), les plantes et les fleui's du Blason avaient aussi leur signification. Les arbres d'une espèce indéterminée indiquaient la fécondité. Le chêne symbolisait la puissance; l'olivier, la paix; la vigne, l'allégresse; le pommier, l'amour; le figuiej', la douceur des mœurs et la tranquillité de la vie; le cyprès, la tristesse; les gerbes et les épis rappelaient la frugalité et l'abondance. On ne peut guère préciser le sens de certains frnils , tels que les glands , les poannes, les •noisettes ou coquerelles; mais l'on peut trouver ingénieuse la signification donnée aux grenades, qui indiquent l'alliance des nations et des hommes réunis sous une même leligion .

Toutes les fleurs, les trèfles, lesancolies, les tierce-feuilles, quarte-feuilles et quintefeuilles sont le symbole de l'espérance, parce que leur apparition printanière fait présager les récoltes de l'automne.

La rose caractérise la grâce et la beauté.

La fleur de lis offre un sens complexe, qui motive le choix qu'en firent les rois de France , pour en diaprer le champ d'azur de leur bannière.

Divers savants ont soutenu qu'elle n'appartenait pas réellement au règne végétal. Les pièces que Louis VI classa sur son scel, et dont Philippe de Valois réduisit le nombre à trois, étaient, dit-on, des fers d' angons, p\e\o\.s recourbés dont se sei-vaient les Francs mérovingiens.

D'autres héraldistes ont ainsi blasonné les armoiries des anciens rois de France : de sable à trois crapauds d'or, et ils ont vu dans les fleurs de lis une modification de ces batraciens.

«On convient assez communément, aflirme Y Encyclopédie de Diderot, que nos premiers jois portaient des crapauds dans leurs étendards. »

Cette assertion est grotesque à priori, mais il serait impossible de lui opposer une preuve matérielle , sans les explications que nous trouvons dans les Annales de Nangis, et que les historiens ont eu le tort de négliger.

« Li roys de France accouslumèrent en leurs armes à porter la fleur de lys pinle par trois fcuillies, comme ilsdeissent à tout lo monde : foys, sapience et chevalerie, sont, par la provision et par la grâce de Dieu , plus abondamment en nostre l'oyaume qu'en nus autres. Les deux feuilles de la fleur de lys , qui sont vêles, signifient sens et chevalerie, qui gardent et défendent la tierce feuille qui est au milieu d'icelles, plus longue et plus haute, par laquelle foys est entendue et signifiée, car elle est et doit estre gouvernée par sapience et deffendue par chevalerie. »

il est donc hors de doute que le pétale central de la fleur de lis leprésentait la religion, et que les ailes ou feuilles latérales étaient la force morale et la force matérielle, destinées à lui servir d'appui.

I;T la ItENAISSANCE.

Après avoir épuisé les règnes animal et végétal, la science iK-raldicjne chercha ses emblèmes dans les ouvrages fabriqués par la main des hommes. Elle les prit tantôt parmi les instruments de miisi(pie, tels que les harpes, guitares ou cors de chasse, tantôt parmi k's ustensiles plus vulgaires, comme les couteaux, les pigimles ou vases de terre, les chandeliers, les anilles ou meules de moulin, landis (|ue certaines lamilles ne dédaignaient pas d'orner leurs armoiries des [)lus hundjles attributs, d'autres, au contraire, se lançant dans le domaine du fantastique, empruntaient aux fables antiijues les grillons, les dragons, les harpies, les licornes et autres êtres imaginaires. Ainsi, la maison Brelonvillieis le Kagois porte fWizur au phénix d'argenl, Icnanl dans sa patte droite un rameau de laurier d'or.

IJeil : de sinople au centaure sagittaire d'or.

Savalette : d'azur au sphinx d'argenl.

Clairaunay au Maine : d'argenl à trois licornes de sable.

Baehasson de Montalivet : d'azur au griffon ailé grimpant d'or.

Aubin : d'azur à la salamandre d'or, vomissant des flammes de même.

Boudrac : d'or à une harpie de gueules.

Joyeuse de Bouchage : paie d'or et d'azur de six pièces, au chef de gueules chargé de trois hydres d'or.

Sequières : d'azur à une sirène d'argent, tenant un peigne et un miroir, et nageant sur des ondes au naturel.

Un très-grand nombie d'armes sont parlantes, c'est-à-dire que les liunilles ont été amenées à choisir tel ou tel signe, à cause de l'identité ou de l'analogie que son nom olfrait avec le leur.

C'est ainsi que les Bouesseau portent dans leurs armes trois boisseaux d'azur ; les Chabot, trois chabots, poissons du genre des cottes; les Vergy, un brin de rosier {virgultum)\ les Chateaupers : d'azur au château de trois tours d'argent; les Castelneau : de gueules au château d'argent; les Rhétel : de gueules à trois râteaux d'or ; les Pellevé : de gueules à une tète humaine d'argent, le poil levé d'or; les 3Iailly : d'or à trois maillels de sinople ; les du Palmier : d'azur à trois palmes d'or; les Coloaibier : d'azur à trois colombes d'argent; les de Fougère : d'or à une plante de fougère de sinople.

Les armes parlantes nous pai-aissent être des particularités, les plus intéressantes, du Blason. Aussi , croyons-nous pouvoir en nmiti])lier les exemples sans fatiguer l'attention de nos lecteurs. Nous avons d'ailleurs à citer plusieurs blasons de ce genre, (pii n'avaient point été remanpiés par les héraldisles.

Créquy porte d'or au créquier (cerisier) de gueules.

Lelièvre : de gueules à une télé de lièvre d'or, accompagnée en chef de deux mn telles de même.

La Caille : d'azur au chef d'argent , chargé de trois cailles au naturel.

Bégassoux : d'azur à trois têtes de bécasse d'or.

Thiersault : d'azur au thiercelet d'autour à vol esployé de même.

Sciencss tt Ar'.s SC1ENC5 HSRALDIQ'JE Fol. Vil

De Phenis, en Limousin : d'azur au phénix sunmnlé d'un soleil, el soutenu d'un bûcher allumé, le loul d'or.

Auclial, en Bretagne : de sable au chat effrayé d'argent.

Grillct : d'azur à la fasce d'argent, accompagnée d'un grillon en chef el d'une étoile de même en pointe.

Tanques : d'or à la (anche de gueules, mise en pal. ,

Faverolles : d'azur à une branche de trois cosses de fèves d'or.

Héricé : d'azur à (rois hérissons de sable.

Kenez : de gueides à (rois raines ou grenouilles d'argenl.

Spaile, en Suède et France : d'azur au chevron dor (spar, en suédois, veut dire chevron).

Gourdon : d'azur au chevron d'argent, accompagné de trois gourdes ou calebasses d'or.

Trancheinez : de gueules coupé en onde sur une mer d'argenl, ondoyée , ombrée d'azur; à un couteau d'or mi-fiché dans la mer, le manche sur le gueules.

Sardigny : d'azur à trois sardines d'argent en pal.

3Iontdragon : de gueules au dragon d'or monstrueux , à face humaine, ayant la barbe composée de serpents.

Goujon de Gasville, en Normandie : d'azur à une rivière d'argent, en pointe, surmontée de deux goujons d'argent en sautoir.

Limozon, en Dauphiné : d'azur à trois limons ou citrons d'or.

Guitoii, en Bourgogne : de gueules à une guitare d'or.

Guyot, en Nivernais : d'argent à trois guyots ou poissons posés en fasce, celai du milieu contourné , e( une mer ondée d'azur en poin(e.

Le Cocq de Goupillières , en Brie : d'azur à (rois coqs d'or, crê(és , membres de gueules.

Beaucoup de familles du nom de Latour ont des tours dans leurs armes. La ville de Tours porte : de sable à trois tours couvertes d'argent, pavillonnées de gueules, girouetlées de même, au chef d'azur à trois fleurs de lys d'or. La ville de Reims avait autrefois dans son blason deux rainseaux ou rameaux entrelacés.

La fin du treizième siècle el le quatorzième furent la plus brillante époque du Blason. On voit des armoiries sur les linteaux des portes, sur les manteaux des cheminées, sur les vitraux ou les pavés des chapelles, et même sur les ajustements. Pendant la cour plénière, tenue h Saumur par saint Louis au mois de février 1241 (« il y eut grand planté de sergents vestus des armes au comte de Poitiers, batues sur sandales »), des armoiries en broderies ou en lames d'or décoraient les cottes d'armes dont on recouvrait les hauberts, et se retrouvaient sur le devant des pourpoinis. Les femmes avaient souvent, au bas de leurs robes, d'un côté leurs aimoiries, de l'autre celles de leurs maris. On brodait aussi des écussons sur les draperies de velours dont les tombeaux étaient ornés.

Les écuyers, les pages, les officiers des seigneurs en avaient la livrée , et les sei-

KT I- A ^.EINyVlSSA^CE.

qncurs l;i |iortaieiil eux-mêmes dans la lionne comme dans la mauvaise fortune. Il Le jeudi dix-soplième jour d'oclobie li09, suivant le Journal d'un bourgeois de Paris, Jehan de Monlaigu , grand niailre d'hôtel du roi, fut mis on une charrelte, vestu de sa livrée, d'une huupclaude de hiauc et de rouge, el chapperon de mesme, une chausse rouge et l'autre blanche, un esperon dor, les mains liées devant, une croix de bois entre ses majns, haut assis en la charrelte, deux trompettes devant lui, et en cet estât mené es halles. Là, on lui coupa la teste; et après, fut porté le corps au gibet de Paris el pendu au plus haut, en chemise à toutes ses chausses et espérons dorés. »

Le Blason se compliqua pendant les quatorzième et quinzième siècles. Au-dessus de l'écu, on plaça le heaume, posé de face ou de proûl. L'agencement de ce casque indiquait exactement la position et le titre de chaque gentilhomme. Les rois avaient le heaume d'or posé de face, la visière complètement ouverte et sans grille, pour indiquer qu'un souverain doit tout voir et tout savoir. Le casque des comtes el vicomtes était d'argent, posé de trois quarts, la visière baissée et garnie de neuf grilles d'or. Le casque des barons n'en avait que sept. Celui des gentilshommes anciens était en acier poli, placé de profil et garni de cinq grilles d'argent. Trois grilles seulement indiquaient un noble de trois races paternelles et maternelles. Lorsque les rois donnèrent ou vendirent des titres, ils imaginèrent, comme timbre du Blason des nouveaux anoblis, un casque de fer posé de profd, dont la vanlaille et le nasal sont entr'ouverts. Les écrivains héraldiques prétendent que celle disposition avait pour but de rappeler aux roturiers transformés en gentilshommes, qu'ils devaient être modestes et ne pas chercher à examiner les actions d'autrui. Les bâtards timbraient également le heaume d'acier poli, posé de profil, mais tourné à sénestre. en mémoire de leur origine illégitime, et la visière complètement baissée. Les heaumes se compliquèrent des morceaux d'étoffe, appelés lambrequins, que les gentilshommes attachaient généralement à leurs cimiers. Ces cimiers eux-mêmes devini-ent un ornement essentiel; ils avaient les formes les plus singulières, représentant des cornes, des lions, des bras armés de poignards, des chimères et des sirènes, quelquefois des trompes d'éléphant. Peu à peu, l'usage prévalut de substituer à ces décorations de simples couronnes enrichies de fleurons et de perles, dont la forme variait, suivant que le propriétaire des armoiries était duc, marquis, comte ou vicomte. Les barons n'avaient pour couroime qu'un cercle d'or émaillé, autour duquel serpentait un chapelet de perles. Un cercle d'or enrichi de pierreries servait de timbre à l'écu des chevaliers bannerets.

C'est au quinzième siècle seulement, que s'établit l'habitude de superposer h leurs cimiers un listel ou banderole portant leurs cris d'armes. Celte dislinction ne pouvait appartenir qu'aux familles dont les ancêtres avaient conduit des troupes sous leurs propres bannières. Les ducs, les vicomtes s'arrogèrent d'abord le privilège d'avoir un drapeau et un cri de guerre; mais bientôt tout chevalier put l'acquérir, pourvu qu'il

fût assez riche pour réunir sous ses couleurs quatre ou cinq genlilsliommes, et douze ou seize gendarmes. Il demandait à être hanneret pendant une expédition, et les chefs de ï'osl, après avoir examiné ses titres, coupaient carrément la pointe anguleuse de son pennon. Les règles de celte transformation sont tracées dans une vieille loi anglonormande : « Banneret est un chivaler fait en le camp avec le ceremony del amputeila point de son standart, et feasant ceo si comme un banner. Et tiels sunt allouvés pur display leur armes en un banner, en le army le roi, conmie barons font. »

La faculté d'avoir un cri de guerre était la conséquence du droit de porter bannière. L'usage de rallier les soldais par une acclamation convenue, est d'une très-haute antiquité, puisqu'on en voit des traces dans la Bible. Gédéon, marchant contre les Madianiles, recommande aux siens de crier tous ensemble : « Vive le Seigneur et vive Gédéon! » et les Hébreux crient tous ensemble : « L'épée du Seigneur et de Gédéon ! » Les cris de guerre au Moyen Age se proféraient, tant dans les batailles que dans les tournois. La plupart étaient simplement nominaux, accompagnés d'une épithète élogieuse ou d'une pieuse invocation. On entendit, dans maint combat, retentir ces cris : « Mailly! Bochechouarl ! La Trémoille! Coucy à la marveille! » La Chronique du duc Louis de Bourbon rapporte que ce prince fut i-econnu.à son cri de guerre, au siège de Verneuil,que défendait un châtelain nommé le Borgne de Vaus. Les deux chefs, accompagnés de (pielques chevaliers d'élite, en étaient venus aux mains dans une mine, et luttaient au milieu des lénèbres : « Leduc fit armes le premier contre l'escuyer du chaslel , lequel on clamoit Regnaud de Montferrand, tous deux firent, h poussées de leurs épées, cinq coups l'un à l'autre, et entre deux orent aucuns qui ne se purent tenii' de dire : Bourbon, Bourbon, Nostre Dame! Dont celuy escuyer Regnaud de Montferrand fut moult esbahy, et se recula, et dit : « Et comment, messeigneurs, c'est monsieur le duc de Bourbon? — Ouy certes, dit le Borgne de Veausse, c'est il en personne. » Lors dit Regnaud de Monferrand : « Je dois bien loiier Dieu , quand il m'a aujourd'huy fait tant de grâce et d'honneur, d'avoir fait armes avec un si vaillant prince. Et vous Borgne de Veausse , dites luy que je luy requiers qu'il luy plaise qu'en cette honorable place où il est, il me fasse chevalier de sa main, car je ne le puis estre plus honorablement, et pour l'honneur et vaillance de luy, je suis piest h lui rendre la place. » Et de cecy parla le Borgne au duc de Bourbon, qui regarda que toutes ces choses estoient à son très grand honneur, disant qu'il estoit bien content, mais que Montferrand lui apportast les clefs au pertuis de sa mine. Si luy accorda Montferrand qui les luy bailla, et le clef rendue, illec mesme le fit chevalier le duc. »

Quelques barons criaient le nom d'une ville importante de leurs domaines.

Le comte de Haiuaut : Hainaul au noble duc!

Les rois de Navarre et d'Aragon : Bigarre, bigorre !

Le duc de Nivernais : Aev€7's!

Les Beauvoisiens : Binuvais la jolie!

Les ducs de Brabant : Louvain au riche duc!

Jcan-!e-Viclorieux, s'étanl emparé du (liitlié de Limbourg après une longue et pénible campagne, substilua à ce dernier cri : Limboitrg à celiiy qui l'a conquis!

Plusieurs Ihuiilles indiquaient par leurs cris les pièces de leur Blason. Les comles de Flandres disaieiii : Flandres nu lion! Les comtes de Gavres : Gavres au chapelet !

Los seigneurs de Callanl : Au peigne d'or!

Plusieurs cris étaient une exlioilalion qui ainait pu s'appliquer indiiïéiemmenl ii tous les barons, mais (pii avait été monopolisée par quel(pies-uns; les comtes di' Champagne criaient : Passavant les meillors! Les seigneurs de Chauvigny : Chevaliers pleuvenf! Les seigneurs de Cramailles : Au guet! au guet! Les barons de Tournon : An plus dru! Les chevaliers de la maison de Brie : Cans d'oiseaux! Ceux de Bar : Au feu! au feu! Ceux de la Châtre: ^1 l'allrail de bons chevaliers!

D'autres cris avaient pour but d'implorer l'intercession de Dieu , de la Vierge et des saints.

Les ducs de Normandie disaient : Dam diex aie!

Les ducs de Bretagne : Saint Yves! saint Malo !

Les ducs d'Anjou : Saint Maurice!

Les comtes de Limoges : Saint Léonard! Les Liégeois : Saint Lambert! Les barons de Chastel-Monlfort : Sainte Marie, aie! Les Montmorency : Dieu ayde au premier baron chrestien !

C'est à ce genre de cris, qu'appartenait celui des rois de France : Montjoye, saint Denis! dont l'origine a fourni le sujet d'un grand nombre de dissertations inexactes. Raoul de Presles, dans son traité De la Jouissance ecclésiastique et séculière, prétend que Clovis, combattant dans la vallée de Conflans-Sainte-Honoiine, repoussa les ennemis jusqu'au pied d'une tour appelée Monljoye, et qu'il en conserva le souvenir. Suivant Robert Scenal, évèque d'Avranches, ce cri date delà bataille de Tolbiac, où Clovis invoqua saint Denis, en l'appelant mon Jupiter, mon Job! dont on fit ensuite Montjoie. Lacbesnaye des Bois, dans son Dictionnaire historique des Mœurs, trouve ces deux opinions probables, mais elles s'écartent toutes deux de la vérité. « On appelle Montjoie, dit Suger, le lieu d'où ceux qui arrivent h Rome découvrent pour la première lois les temples des bienheureux apôtres. » Hugues de Saint-Cher, domi nicain du treizième siècle, ajoute: « Dos que les pèlerins aperçoivent le terme de leur voyage, ils élèvent un monceau de pierres sur lequel ils [tlanlent une croix. C'est ce qu'on appelle Montjoie {inons gaudii). » Delrio raconte (pie les pèlerins, pour retrouver la route de Saint Jacciues de Galice, entassaient des amas de pierres, appelés en français montjoie. Moréri atteste que de son temps on nommait encore Monts-Joie les éminences de terre et de cailloux qui bordaient le chemin de Paris à Saint Denis. Le mot Mont-Joie, signifiant la limite extrême de la perfection, est employé par l'auteur anonyme de la chanson de Blanchelleur :

Bien ai \v\i De biauté la Montjoie;

Sti:iices el .^rls. SC1SNC5 HÉRALDIQUL M. IX.

LE MOYEN AGE et par Clémeiil Marot :

D'un seul baiser prens réconfort et joye : Ma maîtresse est de doulceur la Montjoie.

Montjoie saint Denis veut dire simplement : Suivez la bannière de saint Denis! Les rois la portaient, comme l'on sait, en qualité d'avoués de l'abbaye et de comtes de Vexin. Louis VI le premier, en 1126, était allé prendre Voriflamme sur l'autel des saints martyrs, et ses successeurs continuèrent à venir la chercher h Saint- Denis toutes les fois qu'ils commençaient une expédition. Philippe- Auguste la prit, en 1190 , comme l'atteste son contemporain Guillaume Gniart :

L'écharpe et le bourdon va prendre A Saint Denys, dedans l'yglise, Puis a l'oriflambe requise. Que l'abbé de céanz lui baille :

Devant lui l'aura en bataille, Quand entre Sarrazins sera ; Plus séur en assemblera.

Ses descendants conservèrent cette coutume, parce que, selon Suger, « le bienheureux saint Denis élail le patron et le protecteur particulier du royaume. » El le cri national de Monijoye saint Denis fut usité jusqu'au commencement du quinzième siècle. La même formule se retrouvait dans plusieurs cris d'armes : Montjoie saint Andrieux! — Montjoie au noble duc ! ~ Montjoie Anjou!— Aux barres! aux barres! Montjoie! ~ Montjoie Notre-Dame!

Les cris d'armes disparurent délinitivement vers l'an 1450, loisque Charles Vil établit les compagnies d'ordonnance , et dispensa les bannerets de conduire eux-mêmes leurs vassaux h l'ost et à la chevauchée. Ce ne fut guère qu'à celte époque que les cris d'armes furent placés au-dessus des cimiers sur un listel ondoyant; sur un second listel qui se déroulait au-dessous des armoiries, on inscrivait en lettres d'or ou d'argent la devise patrimoniale.

L'emploi des devises, sentences courtes et significatives, est aussi ancien que celui des peintures sur les boucliers. Judas Asmonéen avait inscrit sur ses enseignes les lettre M A C A B 1, initiales des mots hébreux dont voici le sens : Qui est semblable à toi, 6 Seigneur, parmi les dieux! Euripide, dans les Phéniciennes , donne à Polynice un bouclier sur lequel est peinte la Justice avec ces mots : Je te rétablirai.

Eschyle, dans la tragédie des Sept chefs devant Thèbes, décrit Capanée comme ayant sur son bouclier l'image de Promélhée, avec une torche à la main, et celte devise : Je réduirai la ville en cendres.

Il ne laut pas conclure de ces trois exemples que les devises fussent très-usitées chez les anciens peuples; elles étaient inconnues au commencement du Moyen Age, et ne paraissent guère eu France qu'au quatorzième siècle. On les brodait sur les

cottes (l'armes, les meubles, les couvertures de lit, les caparaçons des palelrois, cl on y ajoutait quelques figures symboliques. Froissard raconte que Jean de Clermont, marécbal de France, eut une discussion avec Jean Cliandos, « pource qu'ils portoicnt chacun d'eux une niesme devise : d'une bleue dame ouvrée d'une bordure rai/ du soleil. » Les devises n'étaient [)as toujours héréditaires, et on les voit parfois chani,'er à chaque génération. Guillaume de Rocheforl , d'Ailly, en Auvergne, avait adoplé : Nasci, laborare, mari. Son (ils Hugues de Uochelort y substitua : Moderala durant, ci son petit- fils, Claude de Hochefoi-t : Per ardua virlus.

La devise ordinaire de la maison de Sales , en Savoie, est : N'y plus ni moins. Mais plu.sieurs gentilshommes de cette maison l'ont quillée, pour en prendre une autre. Celle (le François de Sales, seigneur de Hoizy, est : En bonne fuy. Celle de Jean de Sales : Adieu, biens mondains ! CeWc (]e G.\\o\ii de Sales, seigneur de Villagerot : Inpaucis quies. Celle de saint François de Sales : Nunquam excidel {mas-entendu charilas).

Lorsque les devises sont héréditaires, elles se confondent souvent avec le cri d'armes, et se placent au-dessus de l'écu. Dans ce cas, elles sont très-fréquemment parlantes, c'est-à-dire qu'elles contiennent le nom de la famille reproduit par ime espèce de calembour.

Achay, en Franche-Comté : Jamais lasd'ûcher.

Vaudray : .l'ai valu , vaux el vaudrai/.

IJu Chambge, en Flandre : Pour un mieulx du chambge.

Morlaix : S'ils te mordent, mors-ks.

Le Chat Kersaint : Mauvais chai, mauvais rat.

Beaujeu : A tout venant beau jeu.

IMypont, en Beaujolais : Mypont difficile à passer.

Grandson : A petite cloche grand son.

Les ducs de Nemours, de la maison de Savoie : Suivant sa voie.

Lauras, en Dauphiné : Un jour l'auras.

Eurre : A toute heure.

Disemieux : // n'est nul qui dise mieux.

Bout : De bout en bout.

il y a aussi des devises de ce genre, en latin. Les possesseurs des seigneuries de Vento et de Pennes, en Provence: Super pennas ventorum. La maison Campi de Crémone, qui portait des épis de blé dans ses armoiries, avait choisi ces mots du psaume G4 : Campi lui replebuntur ubertate. La maison d'Avesnes en Hainaut avait pris ce cenlon des Bucoliques de Virgile : Tenui modulatur avenu.

Plusieurs devises font allusion aux figures des armoiries. La famille Simiane , en Provence, porte d'or semé de fleurs de lis el de tours d'azur, avec cette devise : Su.<tentant iilia turres. La famille Sabhatier, à Arles, a dans ses armes un croissant avec ces mots : Pieno sidère plenœ. La famille Vogué porte d'azur au coq d'or creste, barbé el

membre de gueules; elle a pris pour support deux lions à la tête contournée, avec deux devises : i° Vigilanlia , 2° Sold vel voce leones lerreo.

La famille Montclienu , en Daupliiné, porte de gueules à la bande engrêlée d'argent ; elle a pour devise : La droite voie.

D'autres devises sont un souvenir d'amour ou de guerre, une sentence ou un proverbe, une idée vague, laconiquement exprimée; Philippe de Bourgogne, après avoir épousé Isabelle de Portugal, le 10 janvier 1429, écrivit au-dessus de ses armes : « Autre liauray dame Isabeau , tant que vivray; en abréviation : Autre n'auray.

Antoine de Croy : Souvenance.

Jacques de Brimeu : Plus que toutes.

Pierre de BaufTreniont : Plus deuil que joie.

Jean de la Trimouille, sieur de Jouvelle : iVe m'oubliez.

Philippe de Croy, duc d'Ârschot : Y parviendray .

Jean Schenck, en Allemagne : Plustot rompre que fléchir .

Chalant, en Savoie : Tout est et n'est rien.

Solara, en Piémont : Tel fiert qui ne tue pas.

Florentin de Brimeu : Autrefois mieux.

Le Bègue de Lannoy : Bonnes nouvelles.

Gilbert de Lannois : Votre plaisir.

Jean de Villers : Va outre.

La maison Malet de Coupigny : Pûtir pour jouir.

La maison Wollgang, en Allemagne : Plus cogitare quam dare.

Ces fières devises des Rohan et des Coucy ont été souvent citées :

Roi ne puis , Duc ne daigne , Eohan suis.

Je ne suis roy, ne duc , ne comte aussi , Je suis le sire de Coucy.

Quelques devises se composaient d'une simple figure sans explication. Tels étaient la rose blanche de la maison d'York et la rose rouge de la maison de Lancastre, le chardon des ducs de Bourbon , le fusil des ducs de Bourgogne.

La maison de Montmorency avait pour devise une épée, avec le mot grec ankai/Mz; le cardinal de Bourbon, un bras tenant un glaive flamboyant, et le mot : A'espoir ny peur; Frédéric III, un bras étendant une épée nue sur le Code de Justinien, avec la légende : Hic régit, ille /«e/«r;CamilloPallavicini, une fleur dont une tortue rongeait le pied, avec cette inscription italienne : Ogni belleza ha fine; Marco-Antonio Trevisani, doge de Venise, un cadran et un sablier, avec ce mot : Sumus.

Paolo Sfortita, au seizième siècle, avait fait peindre auprès de son blason une flèche sur son arc, dirigée contre le ciel, avec cette légende : Sic ilur adastra.

Jacques de l\k'tlicis , marquis de Marignan , avait adopté pour devise une balle cl deux brassards de joueur de paume, avec ces mots : Percussus elevor.

Les devises en rébus lurent à la mode au seizième siècle. La maison de Médicis avait dans la sienne un diamant, trois plumes d'aulrucbe et ces mots : Semper adamas inpennis, ce qu'il fallait traduire par : Toujours im^iucible dans les peines.

Pierre de Morvillers, premier [)rési<lenl du parlement de l'aris, avait pour devise une lierse liée à un Y, et son nom était exprimé en rébus par celte figure {MorlYliés), parce que la herse est l'emblème de la mort qui rend toutes choses égales.

Plusieurs devises consacrent le souvenir d'un événement historicjue. Charles VIII, pendant la bataille de Fornoue, le 5 juillet liOo, appela à son aide un seigneur de la maison de JMontoison , en Dauphiné, et le secours opportun de ce brave chevalier changea la face du combat. L(.' roi récompensa son défenseur, en lui donnant pour devise perpétuelle ces mots : .4 la rescousse, Montoison!

La devise de la maison de Sassenage : J'en ai la garde du pont, rappelait quelque action héi'oique dont le récit ne nous est point parvenu.

Catherine de Médicis, ajiri'S la mort de Henri II, qui avait été blessé d'un coup de lance dans un tournoi, (il représenter sur sa devise une lance brisée, avec celle légende : Ilinc dolor, hinc lacripnœ!

Christophe Colomb laissa à ses descendants une devise en vers espagnols :

Por Castilla y por Léon Nuevo mundo hallo Colon.

Vers le temps où se propageaient les devises, on commençait à flanquer les armoiries (\e supports on leuanls , presque toujours facultatifs. La première ciualificalion s'applique aux animaux réels ou fantastiques; la seconde, aux êtres de forme humaine, tels que les anges, les religieux, les chevaliers, les hérauts, IMores, sauvages, etc. Les familles investies d'une autorité supérieure avaient d'abord le monopole des supports; mais, au seizième siècle, chacun en prit à sa fantaisie. Cette époque fut à la fois brillante el fatale pour le Blason. Ses insignes furent plus multipliés que jamais, et les monuments en font foi; mais un grand nombre de familles profilèrent de la confusion des temps pour usurper des armoiries, et cet abus se perpétua, malgré l'ordonnance rendue à Amboisepar Henri II le 26 mars 1555. Elle condamnait à une amende de 1000 livres quiconque prenait indûment la (jualité de noble, et elle défendait de [)orter le nom ou les armes d'une autre famille. Une ordonnance de 1560, des édits de 1579 el de 1600 réitérèrent ces prohibitions avec peu de succès, puisqu'on voit tous les rois s'occuper de prévenir l'usurpation des armoiries. On toléra néanmoins celles que s'étaient données les villes , les couvents, les chapitres, les corporations d'arts et métiers, dont nous pourrions citer de nombreux exemples.

Le prieuré conventuel des bénédictins de Solesme, fondé en 1010 par Geoffroy de Sablé, portait de sable à une crosse d'argent, accompagnée de deux étoiles de même. Simes el Arts. SClfSNCS HERALDIQDE. Fol ISI

Le chapitre de Saint-Jiist, à Chàteau-Gontier, portait d'azur à un saint Just, martyr, vêtu d'une tunique sans manches de gueules , portant sa tête entre ses bras : une croisette pâtée aussi d'argent en chef, et autour ces mots : Sancli Jusli martyris.

Les Ursitliiies de la même ville : d'argent à un lis de gueules tige et feuille de sinople.

Parmi les armoiries des corporations , nous remarquons celle des merciers de Paris : d'argent à trois navires, dont deux en chef et un en pointe , tous trois construits et mâles d'or sur une mer de sinople, surmonté d'un soleil d'or aux trayons élincelants, avec cette devise : Te, loto orbe-sequemur.

Ce Blason fastueux rentre dans la catégorie de ce qu'on nomme les armes h enquérir , [larce qu'elles pèchent conti-e les principes de l'art , qui défend de mettre métal sur métal, et couleur sur couleur. Les armes des bouchers de Kouen sont plus exactes : ils portaient de gueules à la tête de bœuf d'argent.

l'our (ous les autres détails du Blason, nous renvoyons aux ouvrages didactiques. Nous avons voulu indiquer seulement son origine, suivre ses développements et signaler quelques-unes de ses nombreuses singularités. Notre travail i^e résume ainsi :

De temps immémorial, les guerriers ont tracé des arabesques, des images symboliques sur leurs boucliers. Nous pouvons ajouter que cette coutume existait non-seulement dans l'antiquité civilisée, mais chez les peuples barbares, comme les Germains, les Celtes, les Galls, les Pietés de la Calédonie. Aneurin , barde breton du sixième siècle, parle des Gaels, au corps peint, et de leur chef, Domnal Breck, aux armes peintes de plusieurs couleurs. En Amérique, les tribus indiennes, Mohicans, Tuscaroras, lo-Ways, Onondeigas, ornaient leurs armes, leur visage et leur poitrine, de peintures de guerre, que certaines familles transmettaient même à leurs descendants. C'était le Blason à l'état sauvage.

Lorsque la féodalité se constitua en Europe, le choix des peintures qui couvraient les écns ou blasons fut d'abord abandonné à la fantaisie individuelle; mais bientôt chaque seigneur monopolisa une combinaison particulière de couleurs et de symboles, qui se perpétua dans la famille.

Au quatorzième siècle, les symboles étaient tellement variés, leurs dispositions tellement compliquées, que l'étude des armoiries devint une science spéciale, ayant sa langue à part et ses règles déterminées; et, bien qu'elle ait perdu beaucoup de son importance , elle demeureia comme un monument du passé, comme une ramification essentielle de l'histoire.

EMILE DE LA BÉDOLLlÈPiE.

Auteur de Vllistoire des 7nœurs et de lu vif^^riiee des Français.

Sv»ipiiou. Cii\MPiEii. Le foiulemi'nt et oriiiine dos tilties de Noblesse et excellens estatz de tons nobles et illustres quant à la dilîtSience des empires, royanlmes, ducliez, contez et autres seigneuries...; avec la manière de faire les roys d'armes, liéraulx et poursnyvans; ensemble, le parfond se-cret de l'art d'armuyne... Paris, 1535, p. in-8 de 40 fl.

Reimpr. plusieurs fuis.

Andh. Tiiu(Jui;lli Commentarii de nubilitate et jure pri-

migenioruni, quarta edit. quartâ paite locupletata. Liigduni, 1617, in-lul.

La 1" êdil. cslde 1.S74.

Fu. DE l'Alouète. Traité des nobles et des vertus dont ils sont formés; leur charge, vocation, lang et degré; des marques, généalogies et diverses espèces d'iieux; dr- l'origine des llefs et des armoiries, etc. l'aiis , H. de La A'oue, l'on , in-4.

fi

ta

UJ

CE

en

UJ

ce tu

lO

M Oïl N

' l'i II

airi.'xu

LK MOVKN A(iK KT LA UIvNAISSAN'CK.

Science héraldique. PI. 2 bis.

i.Tî.'?.w:..j.vf.,...TTv-

Arypiil

tiueulri

Sinople.

Coiitrt-iiii».

Puurfire

OriQge.

1'' ri <l i II »ud Scit Jt-1

ItikSuti i-l CoMdfd sc.

E\1AL\ Er FÛUHULllES.

1 II tcrprt'talion par la gmvuri».

F Scie diri'iil

WKÏû

aDDU

iVI I . i i

r;i NCL HERALDIOliL l'LVI

TTÏÏT

ny

Page 1