‹ Le moyen äge et la renaissance, histoire et description des moeurs et usages, du commerce et de l'industrie, des sciences, des arts, des littératures et des beaux-arts en Europe. Direction littéraire de Paul Lacroix, direction artistiques de Ferdinand Séré. Dessins fac-similé (volume 2)Chapitre 9 sur 84 · I:T I.A lti:NAISSANCE · texte numérisé non relu

I:T I.A lti:NAISSANCE

corde canlator. Quelques paroles puissantes ou haimonieuses lui sulïisent pour dompter les âmes ou pour (rouiller les éiéuients; il procède toujours par les charmes, per carmina. Le Moyen Age admet les dénominalions de charmeurs et de charmeresscs : il faut bien se i;arder de les conl'ondi'e avec celles (pii désigncjit les sorciers ou faicluriers, bien dillérents eiix-mcMues des nécromans et des magiciens. Par une bonne lortune échappée à tous les démonoççraplies, ce sera l'esprit le plus rigoureux de son siècle, qui se chargera de la déliuition. Richelieu a dit : « La magie est un art de produire des effets par la puissance du diable; sorcellerie ou maléficie est un art de nuire aux honmies par la puissance du diable : il y a cette différence cntie la magie et la sorcellerie, que la niagie a pour tin principale ïoslentalion, et la sorcellerie, la nuisance. » Si nous rétrogradons d'un ou deux siècles, nous verrons, dans un langage moins précis, régner les mêmes opinions. Les sorciers, les sorcières, les stryges qu'on leur assimile et qui prennent leur nom d'un oiseau nocturne, les sagues qui tirent le leur du mot latin sagus (devin), occupent dans la hiérarchie intellcctuelb' un rang beaucoup moins élevé, (jue les hommes, plus redoutés peut-être, que l'on confond souvent avec eux. Jean Wier a dit des sorciers de son temps : « Ils ne vont pas chercher la doctrine de leur esprit corrompu, par longue pérégrination. .. ou estude. » Bien loin de ressembler, en effet, à ces hommes d'élite qui demandaient à la science plus qu'elle ne devait donner, les sorciers, qui apparaissent en foule au temps de la Renaissance, semblent surtout victimes de leur crédulité et de leur grossière ignorance. Ils se recrutent, en généial, parmi les bergers, les moines des ordres mendiants, les paysans fanatiijues des montagnes. Ils ne sont pas toujours tiomjtés, comme les magiciens du Moyen Age, par les seules illusions de leur forte intelligence, et les livres dépositaires des doctrines cachées ne leur sont pas nécessaires; car, à vrai dire, leurs conjurations ne reposent sur aucune base prescrite par la science. A l'exception d'Héloïse, dont la tradition bretonne a fait une charmeresse puissante, nous ne connaissons pas au Moyen Age de magiciennes qu'on puisse opposer aux giands noms exhumés si souvent ici du maityrologe de la science. Les sagues, les stryges, les sorcières, les faiclurières, se multiplient d'une manière effrayante à partir du quinzième siècle, et le Maliens maleficarnm, qui n'est à bien dire qu'une glose étendue de la bulle d'Innocent VIII, dirige suitout ses instructions contre les femmes possédées du malin esprit, créatures misérables plongées presipie toutes dans une profonde ignorance, dit un déinonographe, et qui , pour nous servir de l'expression énergique d'un contemporain, n'ont d'autre maître que \euv perverse fantaisie. Sans aucun doute, les onctions magiques agissent alois d'une manière déplorable sur ces imaginations déjà troublées, et ce n'est pas sans raison que la belladone prend dès le seizième siècle le nom û'/ierbe aux sorciers. Un habile praticien l'a d('jà fait remarquer : « L'huile qu'on extrait de la graine de slramoine , lorsqu'elle est appli(iuée sur les tempes, enfante des visions féeriques; » et une sorte de démence, ajoute-t-il, peut être excitée chez certains individus par le principe narcotique du datura, de la jusquiame, de l'aconit Sciences et Arts SClSHCEi OCCULTES Foi. XXXl

maculé, de la ciguë vireuse; elle l'est encore par certaines substances opiacées, introduites dans l'ostomac. Il n'en faut pas davantage pour expliquer la sincérité aussi bien que la persistance des aveux les plus effrayants. Donc, il y eut des martyrs de la sorcellerie, comme il y a encore des martyrs des convictions les plus saintes. Ce n'est pas sans raison que l'austère Simon Goulard a pu dire des misérables créatures, dont il signale les paroles avec une sorte d'effroi : « Ce sont en réalité les sibylles de leur propre malheur ! » La répression fut aussi terrible que la lutte fut exaspérée. Si le seizième siècle compta des esprits indulgents, comme les Alciat, les Ponzinibius, les Pigray, les Montaigne; il y eut aussi des esprits inflexibles, comme les Bodin, les Delancre, les Boguet, et, lorsque ce dernier eut mis ses passions fougueuses au service d'un siècle trompé, on eut le Code de la sorcellerie. Il faut avoir présent au souvenir cet écrit épouvantable , enfanté par le délire de l'ignorance , pour se faire une juste idée des supplices dont on punissait les prétendus mystères du sabbat. L'idée une fois admise que le démon n'abandonnait qu'à la dernière extrémité les suppôts de ces assemblées inlérnales, toute espèce de torture fut employée sans remords contre ceux qui y prenaient part. Pour subir une condamnation néanmoins, l'aveu du crime que l'on poursuivait fut toujours exigé; et, s'il n'était obtenu , c'était, disait-on, grâce à la subtilité du diable, que le sort de laciluniilé préservait ces esprits rebelles. Dès lors, les perquisitions les plus odieuses fuient mises en pratique pour découvrir ce stigmate puissant que le sorcier cachait sous sa chevelure ou dans les parties les plus secrètes de son corps. Une fois découvert, disait-on, les aveux ne se faisaient pas attendre et les mystères du sabbat étaient dévoilés.

Mais sait-on bien quand le Sabbat commence et quelle est sa véritable origine? Les uns veulent (ju'il tire son nom de Sabaz ou Sabazius , une des dénominations imposées à Bacchus par l'antiquité, et les initiations bruyantes où figuraient le thyrse et le van, cet instrument aimé des sorcières, auraient enfanté les assemblées redoutables qui furent, durant tout le Moyen Age, la terreur des populations. Selon d'autres autorités, ce nom aurait été imposé aux réunions infernales que Satan présidait, par allusion aux mouvements des Juifs et à la dissonance de leur voix quand ils chantent en chœur au jour du sabbat. Sans se servir de ce terme, adopté surtout par la Renaissance, les Capitulaires de Charlemagne signalent déjà ces assemblées et les vouent à l'exécration des fidèles. Au quinzième siècle, lorsque l'opinion égarée eut fait des infortunés Vaudois une population de sorciers, la Vaulderie ne s'en tint pas à troubler l'ordre des éléments et à détruire les moissons : elle eut des assemblées mystérieuses, des festins diaboliques ; elle se livra à des rondes infernales, qu'on désigna sous le nom de Mezcle et de grand Mezcle. Le sabbat des Vaudois est tout à fait pareil au sabbat des bas siècles et à celui de la Renaissance; les faiclurières et les sorciers s'y rendent à cheval sur la verguelle ou sur leramon, dont l'ironie moqueuse du dix-septième siècle a fait l'ignoble manche à balai; mais ce sabbat est simple en comparaison de ce qu'il deviendra. Un siècle plus tard , il grandit, il se colore, il tourne surtout à la variété.

Tout ce que l'iiiKiginalion délirante des hommes peut rêver, souvenirs mythologiques, traditions bizarres, légendes teri'ihles ou grotesques, se mêle, se conCoud, s'unit irilimeniont, pour composer la cour pléniére de Satan. Les esprits malades inventent de nouveaux crimes, et le rire stiiilenl du diable encourage mille péchés sans noms. Beelzébuth lui-même cesse de se revêtir uniquement du simulacre d'un houe immonde; au seizième, il devient si terrible dans ses formes indécises, que les juges épouvantés reculent d'eiïroi devant les aveux que va punir le bûcher.

Ce qu'il y a eu de victimes réelles pour tant de crimes imaginaires ne se peut dénouibrer aujouni'hui. La science de la statistique, toute probK'maticjuo qu'elle peut être sur un pareil sujet, ne reste pas néann)oins nuiette. De l'eusenible de ses calculs, on peut conclure qu'il y eut plus de bijchers allumés au déclin de la sorcellerie, qu'à l'épo- (jue où la magie du Moyen Age se confondait avec la science et mêlait ses sombres mystères aux débals de la théologie. En t^pécifiant les degrés du crime parmi ceux qui se livraient aux Sciences occultes ou qui abandonnaient leur âme à Satan, la jurisprudence devint impitoyable. Elle le fut surtout au delà du Rhin. Si (juinze mille individus succombèrent, par exemple, depuis le teuqis de la Reuaissance jusqu'en 1628, il en périt cent mille à partir de cette époque jus(ju'en 16G0. (Voy. Conrad Horst, /iibl. magique.) En France, les grands procès de .soicellerie, ceux où figurent Gaufridi , Uibain Grandier, la Voisin, Charles et Urbain Pelé, Franchillon , et tant d'autres, datent du dix-septième siècle. Il y a des dates et des chilTrcs qui mettent à néant bien souvent toutes les conjectures de la philosophie, et l'histoire verra toujours avec surprise que le siècle où parut Newton fut aussi celui où le plus grand nombre de bûchers s'allumèrent pour punir les crimes prétendus des magiciens et

des sorciers.

Ferdinand DENIS,

B. Bekker. Le Monde enchanté, trad. du lioll. (par B. Binol?). Amslerd., 1694, 4 toI. p. in-12.

PiF.KRE Lebrln. Uisloiie critique des pratiques superstitieuses qui ont séduit les peuples et embarrassé les savants. l'aris. 1732-36, 4 vol. in-8.

Cet(p rdil. , pull), par les nbbi'S UetloQ t>t Granot, Pst plus complète que les aolres. Lu I^"" est celle de i"0-2, en uû volume iu-lâ.

Kl S. SALVi;iiTE. Des Sciences iiccultcs, ou Essai sur la magie, les prodtgeset les miracles. Paris, 1829, 2 vol. in-8

jAC.-.\ur,.-Si»i. CoLLiN DE I^L.vNCï. Dictionnaire infernal, iiu liihliolliéqiie universelle sur les (''très, les persiinnagos, les livres, les laits et les dioses qui tiennent aux apparitions, à la magie, au commene de l'enfer, aux divinations, aux sciences secrètes, aux grimoires, aux prodiges, aux erreurs et aux préjugi's, aux traditions et aux contes populaires, aux superstitions diverses, et généralement il toutes les croyances merveilleuses, surprenantes, mystérieuses et surnaturelles. Sec. édit. Paris, IS2.i, 4 vol. iii-S, fig.

La l'c édil. est intitulée ; Dif(. mfemat , ou Rctiurches et anecdoUs sur tes démons, les esprits, les fantômes, les revenants, etc. (Par., I8I8. 2 vol.in-S).

Anselme Jilien. Art et jugement des Song s et visions nocturnes. Lyou, 1576, in-16.

J. TniBAiT. La physionomie des Songes et visions fautastiques des personnes, avec l'exposition d'iceux, selon le vrai

CoDBertateoi de la Itibliotlicqae Sainte -Geoerièce.

cours de la lune. Les Songes de Daniel le prophète, translatez de latin en (rançois. Lyon, Jacq. Moderne, s. d. (1528?), p. in-S golh.

Plusieurs fois reimpr-

SiGissi. F.vxTt. Trioiupho di Fortuna. Venegin , Agost. da Portese, 1527, in-fol.

Delisle. Des Talismans ou ligures faites sous certaines constellations pour faire aimer et respecter les hommes, etc., et un ttaito de l'onguent des armes, etc. Paris, 1636, in-8.

Jac. Gaffahel. Curiosité/, inouyes sur la sculpture talismanique des Persans ; horoscope des patriaiclies et lecture des estoilles. Paris, 1629, in-S, lig.

Trad. eu lal,. avec notes de Gtég. Michaélis {Hamb., IGIG. 2 roi. in-8 .

t't.AOKT. Les superslilions du temps reconnues aux Tali.smans, tigures aslrales et statues fatales. J'aris, 1667, in-12.

JiL. Reichelti Exercitatio de Amuletis. Argentorali, 1676, in-i, fig.

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Lin. Lavater. De Spectris, lemuribus et niagnis atque

uni

Li: MOYEN AGE ET LA RENAISSANCE.

insolitis fiasorilms, variisque piœ>agitionibiis, etc. GorinckemkK, 1C83, iii-12, li?.

1,0 I""-^ i-dil. est colle de Zurich. 1570, in-12, tr.id. en fraoç. bous ce tilre : Trois livres des apparitions (les esprits, fantômes , prodiges et accidents merveilleux qui précédent souvent la mort de quelque personnage renommé... (Genève ) , impr. de Tr. Peiriti , I&71 , iii-8.

Auo. Calmet. Traité sur Ifs Apparitions des esprits et sur les vampires ou revenants, etc. Paris, 1751 , 2 vol. in-12.

Xic. Lenclet du Presnoy. Traité liistorique et dogmatique sur les.\p|iarilions, les visions et les révélations paiticnlièios. Paris, I7.')i, 2 vol. ih-I2.

Recueil <]' dissertations anciennes et nouvelles sur les Apparitions, les visions et les songes (publ. par Lenglet du Fresnoy). Paris, 1752, 4 vol. in-12.

I.tt plopart des pièces qui compOBeut ce recneil avjiient para Béparèmenr À dtierses époques.

(Hennengds Grosius. ) Magica deSpectris et apparitionibus spirituum ; de vaticiniis, etc. Liigd.-Batav., 1C56, in-12.

Fil. Marcolini da Forli. Le ingeniose Sorti, iiititul^te Giardinode pensieri. Venetia, Fr. Marcolini, l.'iio, iii-fol., lig. de Jos. Porta Garfagnino.

Plusieurs fois réimpr. La dernière édit. . pobl. en 1.584 , est intitulée: (liardino de' pensïeri.

J. Belot Œuvres, conten. la Cliyromancie , physiognoniie, l'ait de la mi'moire de Hayraond Lulle, etc. Lyon, I(i5;, 111-8.

CiiR. BE CATT4N. La Géomancc, pour savoir toutes choses présentes, passées et à venir : avec la roue de Pjtliagoras, par Gab. du Préau. Paris, 1567 , in-4.

Jos. INUfi. Maravicija. Pseudomantia veterum et recen- (iorum explosa , sive (U fide divinationibus adliibenda Iraclalus ad abolendain lalse divinationis superstili'inem pliilusopliicus, asirologicus, tlieologicus. Venet., 16C2, in-tol.

.lEL. Garinet. Histoire de la Magie en France, depuis le commencement de la moiiarcliie. Paris, ISI8, in-8, fig.

(Daucis. ) Traité sur la Magie, le sortilège, les possessions, e(c. Paris, 1732, in-12.

Arfis cabalistiiœ Scriptores , ex bibliotheca J. Pislorii. Hasileœ, 1587, in-fol., tome 1" (le seul publié).

H. CoBN. AoBiPPv. De occulta Philosopbia, lib ITI Colon.-Agrippinœ , 1533, in-fol.

Plusieurs fois réirapr. Trad. en franc, par A. Lerasseur {La Baye, 1727. 2 col. iQ-8), et par P.d'Afaan, sous le titre d'OEuvres magiques de II. C. Agrippa I Liéjie , 1788, ia-12i.

Beiin. Basin. Tractatus exquisitissimus de magicis arlibus et magorum maleficiis. — Impresius Parisius, 1483, in-'i lie 15 If, gntli.

Jamjs ,Iac. Boissaiu). De Divinatione et magicis prc-cstigiis. Oppenhcmii, ti/p Hier. Galteri, s. a. (1596?), in-fol,, fig, de Tliéod, de Bry.

Maux. Ant. Dei. Rio. Dùsquisitionum magirarum lib. VL Lovanii, 159'.), in-4.

Snovent réimpr. avec des augment. L'édit. la plus complète est celle de Venise , 1741» . 3 vol, io-4, Trad, en franc, et abrég, par Andr, Ductjesne |/'a™, 1611, in-8).

Histoire prodigieuse et lamentable de Jean Faiiste, magicien, avec son teslament et sa mort épouvantable (trad. de l'allem. par Vict, Palma Cayel). Pans, 1598, iii-12.

Souvent réimpr. avec des changements. L'orijtinal allcm. a paru poor la première fois à Francfort, en I-58S, sans nom d'auteur. Il ne faut pas confondre cette légende in-8 avec le volumineux ouvrage de (ieorg. Rod, Widman sur le même sujet [IIa7nb. , 1599 , 3 part, en 1 vol. in-4 |. L'histoire de Fauste a été trad. dans toutes les langues.

G. NvuDÉ. Apologie pour les grands hommes accusés de magie, ylïnstorf. , 1712, in-12.

Souvent réimpr. La Irc édit, est celle de Paris. 163,'î, in-8.

RoB. DiTRiKZ. Les ruses, finesses et impostures des Esprits malins, Cambratj, Me. Lombard, 1563, in 4,

J. WiEK. Histoires, disputes et discours des illusions cl Impostures des Diables, etc, , le liiiit compris en six livres

(trad, du lai, par J.icq, Grevin); avec deux dialogues de Th. Erastiis, touchant le |iouvoir des sorcières. (Genève,) Jact/. Clwuet , 1579 , in 8.

Cette traduct. avait para d'abord à Palis , en 1569. sous le titre de Ci7lq livres (le l'imposture et tromperie des diables. L'original latin , De prœstigiis Dirnionnm, fut imp. à Haie en I5G6.

Hier. Menci, ordin. Minor. C^pucinor.,Flagellum Dœmonum seu exorcisuii lerribiles, potentissimi et efficaces, lemediaque in uialignos spiritus expellendos. /îonoH(«!, 1578, in-S.

Souvent réimpr.

Pierre de Lancre. Tableau de l'inconstance des mauvais anges et Démons. Paris, 1610, iii-i, fig.

Frider. Forneri, episcopi Hebronensis, Panoplia armatiira; Dei adveisus ouinem dxmonolatriam et universus magorum infestationes, Ingostaklii, 1626, in-4.

Fr, Perreacd. Démonologie, ou Traité des Démons et sorciers. Genève, 1653, in-12.

Maliens maleficarum. Lugduni, 1606-69, 4 vol. in-4.

Recneil de pièces et de traités latins, déjà publiés à part, sur les sorciers et les magiciens.

Lame. Dane\u, Deux traités trés-ntiles, le premier toucbant les Sorciers, et le second remonstrances sur les jeux de cartes et de dez. s. n, {Paris', 1579, in-8,

René Benoit. Traité des causes des maléfices, sortilèges et enchanteties. Paris, 1579, in-8,

P, Mkc.é. De rimposture et tromperie des Diables, enchanteurs, noueurs d'éguillettes et autres qui par art magique abusent le peuple. Paris, 1579, in-S.

J. BoDiN, La Démonomanie des Sorciers, Paris, Jacqiniptiy, 1580, in-8.

Souvent réimpr L'édit. de Niort, 1616. in-16. est intitulée ; Le Jlrau des Démons et des Sorciers. Trad. en lat. par Fr. Junius snns le nom de Lotarins Philopotius ( Rasiletc , 1581, io-4), et en ital. par Hercole Cato I Venezia, 1589, in-4i.

Léox DuvAiR. Trois livres des Charmes, soicelages ou enchantements, Trad. du lat. en Iranç, par Julan Baudon. Paris, Ckesneau, 1583, in-8.

L'original latin a paru en même temps sons ce titre : De Fascina lihri III in quibus omnes Jascini species et causa: describuntur et explicantur (Parisiis, Chesneau, 1583, in-4),

Jacq, Fontaine. Discours des marques des sorciers et de la possession réelle que le diable prend sur le coips des hommes. Lyon, 1611 , in-S,

E»iAN. DO Valle de MotRA, De Incanfatlonibus seu ensalinis opusculum. Eborce, 1620, in-fol.

Pierre de Lancre L'incrédulité et mescréance du Sortilège pleinement convaincue, où il est traite de la fascination, de i'altoitcbement, etc, Paris, I6')2 , in-4 , fig.

Traité de l'enchantement qu'on appelle vulgairement le Noueiiient de l'aiguillette en la célébration des mariages, La Rochelle, Haultin, 1591, in-8.

Cl. Priecr. Dialogue de la Lyi:antliropie, ou Transformation d'iiomtiies en loups-garoux. Louvain , J. Maes, 1596, in 8.

Le sieur de Beauvoys de Ciiaijvincocrt, Discours de la Lycanthropie ou de la transmutation des hommes en loups. Paris, Jacq. lîczé, 1593, in-8 de 40 p.

J. DE NvNAiLD. De la Lycanthriipie, tr.insformalion et extase des .sorciers, où les astuces du diable sont mises eu évidence, Paris, 1615, in-8.

Frid, RoïiisGnoLTZii Catalogus rariorum librornm et ni.inusciiptoiitm magico-cablialistico-cbymicorum, Voy, ce calai, dans l'ouvrage suivant : Veterum soplioriim sigitlica et imagines magicœ (llerenstadt, 1732, in-8).

Voy. aussi la liste des principaux auteurs qui ont traité des esprits , démons . apparitions, songes, etc., dans ie t. IV du liée, de dissertât, anc. et mod., publ. par Lenglet Dufresnoy,

Voy., d -ns notre novoge , les ihap. Cartes a JUUER , Chimie , SciEN'CRS XATL'itELLES , etc , et IcuTS Iti bliographics.

î5C3Q:UC€ f)€ll2lirD3«ftM€.

a science du Blason e^t la connaissance des divers emblèmes que les familles nobles ont adoplës liérédilairement comme signes dislinclils.

On en a fait remonter l'origine à la création du monde, el André Favyn , dans son Thédlre d lionne ar el de chevalerie , affirme que la postérité de Seth emprunta des armoiries au règne animal ou végétal , tandis que les enfants de Gain peignaient sur leurs boucliers des instruments aratoires. Charles Segoing attribue l'invention du Blason h Noé sortant de l'arche. Le Pérou, Furslen et Bara partagent cet avis, et en fouillant les archives des siècles les plus reculés, ils prétendent avoir retrouvé les armes d'Adam , des patriarches, des prophètes, des rois de Jérusalem, de la sainte Vierge et de Jésus-Christ.

Des rêveries aussi étranges n'ont besoin d'aucune réfutation. Loin d'être conlempolain des premiers âges , le Blason n'était pas même connu des anciens. Ils avaient des symboles nationaux héréditaires, tels (jue le lion de Juda, l'aigle d'or des Mèdes, la chouette d'Athènes, le crocodile d'Egypte, la colombe d'Assyrie, etc.; mais les figures dont leurs bouclieis étaient ornés n'étaient pas Iransmissibles. La fantaisie la plus complète [)rési(lait au choix de ces signes, que les soldats romains, selon Végèce, peignaient sur leurs écus. Diversis coluribus diversa in sculis signa pingebanl {De re SùM el Arts, SCltNCS HFMLDIQUÏ. Fol. I

mililari, liv. I, ch. xvni). On cite toutefois, comme exemple d'un emblème patrimonial, le corbeau que portaient pour cimier les descendants de Valerius Corvinus.

Lorsque la féodalité se constitua, elle adopta l'usage d'enjoliver par des décorations variées les écus et les enseignes, afm d'of[rir des i)oints de ralliement aux troupes pendant la mêlée. Ces figures, premiers élémenls du Blason, furent d'abord désignées sous le nom de connoissances ou entre - sains , en latin cogniliones picluralœ (Mathieu Paris, ann. 4250); elles étaient d'autant plus nécessaires que les vantailles ou œillères cacliaient entièrement le visage des guerriers. La coutume en devint générale, comme l'atteste ce passage du Roman de Roit :

Ni a riche Jiomme ne baron - . '

Qui n'ait es lui son gonfanon ,

Ou gonfanon ou autre enseigne

Ou sa mesnie se restreigne :

Connoissances ou entresains.

De plusieurs guises escus pains.

Il nous reste de très-anciennes traces de connoissances. Sept sceaux étaient suspendus au contrat de mariage de Sanche , infant de Castille, avec Guillelmina , fille de Centulle Gaston, vicomte de Béarn : sur l'un de ceux qui sont intacts, est un écu traversé de deux barres; sur l'autre, un écu chargé d'un bouclier. Cet acte date de l'an 1000. Deux autres chartes des années 1030 et 1037, souscrites par Adelbert, duc de Lorraine, portent sur le scel un écu chargé d'une aigle au vol abaissé. Le père Ménestriei-, dans son Origine des armoiries, mentionne un contre-scel de l'an 1072, sur lequel Robert, comte de Flandre , est représenté à cheval , l'épée à la main , avec un lion sur son écu. Mabillon a contesté l'authenticité de cette pièce {Dipbmalique , pag. 14C); mais, fût-elle de l'époque qu'on lui assigne, elle ne prouverait point l'existence synchronique du Blason. Les hiéroglyphes qu'on a qualifiés plus tard de signes héraldiques n'avaient pas encore servi h former de ces combinaisons spéciales , qui devinrent l'apanage exclusif de telle ou telle famille. Ils étaient dans le domaine public. Mailre Jean de Garlande (Joannes de Garlandid) , qui écrivait en 1080 une curieuse description de Paris, rapporte : « Que les marchands de boucliers, défrayant toutes les villes de France . vendaient aux chevaliers des écus couverts de toile, de cuir et de chrysocale , où étaient peints des lions et des fleurs de lis : scularii prosunl civilalibus lotius Galliœ, qui vendunl militibus scula lexla lelâ, corio eloricalco, leonibus et foliis liliorum depicta. (Bibl. Nat., Ms. suppl. latin, n° 194.)

A la fin du onzième siècle , les rois de France n'aviiient donc pas encore d'armoiries, et les écus chargés de lions s'achetaient au marché. Aussi, les voit-on figurer mainte fois dans les vieux poèmes :

Si véist maint baron Armer et tervestir, devant son pavillon ,

i;t i.\ l!l•:NAISSA^JCE.

Tant vert elme luisir, tant esru à lion. Isnclemcnt s'arma Godefroi do Bouillon : En l'escu de son col ot un vermeil lion.

(Chanson d'Antior/ie, t. I , p. 252.)

(jirbert se sist sur le cheval de pris, L'escu au col qui fut fet à Paris , Kl milieu ot un grand lionccl bis, Tel eseu ot li loherans Garin.

( Roman de Garin. )

Cependaiil (iiichiucs blasons coinniencèronl à devenir héiédilaiies. Le sceau de Kaymond de Saint-Gille, apposé sur un acte de l'an 1088, poile une croix vidée , cléchée et pannetée, que les comtes de Toulouse conservèrent. En 1093, l'écu dessiné sur le sceau de Thierry il , comte de Monlbelliard et de Bar-le-l)uc, [)ortait deux bars adossés, endjième <|u'il transmit à ses successeurs. Dès 1127, il est question des lionceaux que la famille Planlagenet avait dans ses armes, et qui se retrouvent sous le nom de léopards dans le blason de la Grande-Bretagne, o Geoirroi l'ianlagenet , comte d'Anjou, dit la chronique de Marmoulier, se rend à Uouen le jour de la Pentecôte de l'an 1127. Il devait épouser la princesse Mathilde, (ille de Henri V , roi d'Angleterre; mais il se fait préalablement admettre dans l'ordre de chevalerie. Au jour fixé, dès l'aurore, un bain lui est préparé par les camériers. Il en sort; on le revêt d'une chemise de soie, d'une cyclade tissue d'or, d'une chlamyde teinte de pourpre et de chausses de soie brodée; ses pieds sont munis de souliers qui portent sui' la surface des lionceaux d'or. C'est ainsi que, brillant comme une fleur de lis, le gendre royal, quittant la chambre à coucher , se présente en public, à la tète d'un nombreux cortège. On lui amène un cheval d'Espagne d'une rare beauté; on lui passe un haubert incomparable , dont les doubles mailles sont h l'épreuve de la lance ou du Irait. A ses souliers sont substituées des chausses de fer h doubles mailles ; on attache à ses talons des éperons d'or; on suspend à son cou un bouclier décoré de lionceaux d'or imaginaires. Son casque est eni ichi de pierreries, et de trempe h n'être ni entamé, ni faussé par la plus solide épée. Enfin, on lui appoile une lance de frêne, surmontée d'un fer poitevin, et une épée, tirée du trésor royal. »

Les lionceaux imaginaires reparaissent dans un émail sur cuivre, exécuté dix ans après et représentant le même prince. Il est vêtu d'une longue robe et dune chlamyde fourrée d'hermine; un lionceau d'or décore la partie antérieure de son bonnet |)hrygien; il tient de la main droite une épée nue, et de l'autre une targe qui descend jusqu'à ses pieds en pointes aiguës. Celte large est chargée d'azur à quatre lionceaux d'or rampants, lampassés de gueules (Musée du IMans).

C'est pendant le douzième siècle que les armoiries se multiplient : le choix même des émaux indique suffisanmient l'époque des croisades. Le bleu d\izur ou lapis-lazuli venait d'être inqjorté d'Orient, et son nom actuel ti'oulremer esl encore une lémi-

niscence de nos lointaines expéditions. Le rouge devait sa qualification de gueules à des parements d'hermine, dont les chevaliers se garnissaient alors le cou et les poignets, el qui élaient teints avec du minium, tmtrium rubricalas pelliculas quas gulas vocaiil (Saint Behnard, édit. de 1690, t. I , pag. 6G4). Ce qui justifie cette étymologie, c'est qu'on écrit gueules au singulier avec le signe du pluriel.

L'émail vert du Blason, le simple, était une matière tinctoriale très -anciennement connue que les croisés rapportèrent de Sinople, ville de l' Asie-Mineure. On pourrait objecter que le simple était vermeil et invoquer ces vers gracieux d'un poète du treizième siècle :

La florette qui naist el pré , Rose de mai, ne flor de lis, N'est tant bêle, ce m'est avis; Et raielx avenoit sor son vis , Le vermeil sor le blanc assis.

Que le synople sor l'argent.

Il y avait, en elTel, un sinople rouge qu'on nommait parfois hamalile paphlagonien ; mais il est distingué du sinople vert, dans un manuscrit de l'an 1400 cité par le P. Ménestrier.

Synoplum uirnmque venil de urbe Sympli el est bonum; aliud viride , aliud rubicundum. Viride synoplum scu sympum dicilur paphlagonicus Tonos, et rubicundum vocalur Ilamaliles paphlagonicus .

Plusieurs pièces ou meubles de l'écu rappellent encore les temps où la chevalerie guerroyait en Palestine : les merlelles , oiseaux voyageurs, reportent la pensée vers Jérusalem; les coquilles a|)partiennent aux pèleiins; les besantsd'or sont le prix d'une forte rançon payée aux infidèles. La guerre sainte est également indiquée par la multiplicité des croix : croix patlées , croix tré/lées , croix potencées, croix pommelées , croix alésées, cvo'ix échiquelées , croix recroiselées , croix aux pieds fichés , etc.

Au treizième siècle, les connaissances étaient d'un usage universel; dans les combats, elles signalaient les chevaliers aux coups de lenuemi, et, en prenant les armes et le bouclier d'un autre, on s'exposait à être tué h sa place : ainsi, à la bataille de Tagliacozzo, livrée, le 23 août V2G8 , au jeune Conradin par Charles d'Anjou , Henri de Cosances portait les couleurs du frère de saint Louis, ce qui l'exposa à des attaques dont l'issue lui fut fatale :

El premerain pour le conduire Est li preus Henris de Cosances , Cel jour porta les connoissances Du roi , par quoi plus tost péri.

(Guillaume Guiart. )

Il suffisait, au contraire, qu'un chef connu changeât de blason pour combattre sous un pseudonyme et envelopper de mystère sa victoire ou sa défaite. En 1266,

ManfieJ , roi de Na[)lcs, périt dans la mêlée en disputant ses droits à Charles d'Anjou ; mais personne ne put s'enorgueillir de lui avoir donné la mort, parce qu'il n'avait pas ses armoiries accoutumées :

V.i\ la chace est Maiiifroi tué , Mi's onc nus homs ne pot à dire Pour certain qui le pot ocire :

Car le jour de celés nuisances Porta estranges connoissances.

(GUII.L. GlIART.)

Non-seulement les nobles prirent des armes, mais les villes elles-mêmes voulurent en avoir : celles de Beaujeu, capitale du Beaujolais, d'or à un lion de sable armé el lampassé de gueules, sont décrites dans ce vieux quatrain en patois du pays :

Un lion nai en champs d'ora Les ongles roges et la quoua , L n lambey roge sur la joua , Sont les armes de Bejoua.

Les connoissances reçuiont alors le nom de Blason, dont l'étymologie a ét(', nous le croyons, mal déterminée par les érudits. Il vient, ont-ils dit, de l'allemand blazen (sonner du cor), parce qu'on annonçait par une fanfare l'arrivée des chevaliers qui se présentaient dans la lice. Cette opinion se rattache au système qui attribue à Henri l'Oiseleur l'initiative des tournois, behours et apertises d'armes; mais ce système a contre lui d'imposants témoignages. Les tournois sont d'origine française, et leur véritable inventeur fut Geoffroy de Preuilly, mort h Angers en 1063 : Hoc anno obiil Gaufredus de Pruliaco, qui tornenmenta invenil (Chronicon Andegavense). Mathieu Paris qualifie les tournois de conflits français {con/liclus gallici)^ en ajoutant que le roi Uichard nous les emprunta en 1194, pour les introduire en Angletoi-re.

lilason, dont la racine pourrait être le celtique blaze (briller, flamboyer), est un vieux mot français synonyme (.Vécu ou de bouclier; on le rencontre souvent en ce sens dans les poèmes du Moyen Age. Le trouvère Adenès, qui refit une troisième version iVOgier le Danois, s'écrie, en dénigrant ses prédécesseurs : « Quand ils débitèrent leur chanson, ils avaient pour violon une targe ou blason, et une épée d'acier pour archet :

Ils viélèi ent tous deux d'une chanson , Dont les vicies est targe et blazon , Kt brane d'acier estoient li arçon.

{Ms. de l'Arsenal, n» 17. i, f° 7 4.)

L'auteur du roman de Guillaume au cnrl nez, décrivant une bataille, dit ipie les assaillants froissaient les casques et mettaient les blasons en pièces :

Froisent li heaumes, dépiècent li blason.

Dans le roman de Garin, le héros est ébranlé par un coup terrible que porte sur son blason le chevalier Yvait; et le roi Amadus, voulant frapper un Gascon , atteint la boucle ou partie centrale du blason de son adversaire.

Yvait féri Garin sur le blason.

Rois Amadus vet férir un Gascon ; De sor la bocle li perça le blaçon.

La Chronique rimée de Bertrand Du Guesclin dépeint des chevaliers la lance au poing, le blason suspendu au cou.

Les lances en leur poins , et aus col le blazon.

Blason signifie donc tout simplement un bouclier, un écu, La science du Blason, c'est l'étude des métaux , des émaux et des pièces qui figurent sur les écus armoriés. On lui donna aussi la dénomination de science héraldique j parce qu'elle était spécialement pratiquée par les hérauts d'armes , dont les fonctions acquirent une importance considérable. Pour les obtenir, il fallait faire un apprentissage préalable en qualité de chevaucheur d'armes ; puis, au bout de quelque temps, le récipiendaire était présenté à son seigneur, qui lui imposait un nom. Un héraut l'appelait par ce nom, lui versait sur la tête une coupe remplie d'eau et de vin, et lui passait la tunique du seigneur; mais, par une singularité inexplicable, il la mettait de travers, de sorte que l'une des manches tombait sur la poitrine et l'autre le long de la colonne vertébrale. Il était alors poursuivant, mais il servait encore sept années entières avant de devenir héraut d'armes. En recevant ce dernier titre, il était en même temps gratifié d'un fief Les devoirs de sa charge étaient de représenter le seigneur dans diverses négociations , d'assister aux fêtes et principalement aux joutes, et de décrire les armoiries des chevaliers qui se présentaient pour combattre.

Les hérauts d'armes avaient au-dessus d'eux les rois d'armes , institués parle roi pour dresser état des seigneurs et gentilshommes de chaque province, et pour en composer un nobiliaire général qui était remis au premier roi d'armes de France.

Tous les olïiciers d'armes se consacraient, comme on le voit, à la vérification des preuves de noblesse. Le rôle qu'ils remplissaient dans les tournois a élé indiqué par Jacques Bretex dans la relation rimée du tournoi de Chauvency en l'an 1285 :

Ribaus huient, et garçon brayent; Li joustcour plus ne délayent, Cheval saillent, et lambel volent.

Hirant parmi les rens parolent, Le fils au prodomme vaillant , Au cheval grand, ruste et saillant,

i:t la renaissance.

D'armes vermeilles fu parez, En l'ccu si com vous orrez, Ot une croix d'argent assize; JJiranl brayent d'étrange guise.

Au fils dou prodomme gentil, Aspremonl , eorefs que c'est il.

Devant les dames droilement Vint chevauchant moult cointement Parez d'unes armes vermeilles.

Qui cstoient belles à merveilles.

Li deux Saumons d'argent battu Kn son ecu sont eubastu Iliraux tyois, hiraux romans Tuit sèment de l'or estament.

Et escrient lilammont, Blammonl Et Falquemberl, ainsi s'en vont.

Un chevalier de bel atour, leune et léger, fort et puissant , Au chief des rans vint chevauchant. Dont chastel étant repairié , D'or et gueulles fut vairié.

Les hérauts, après avoir introduit successivement les jouteurs, suspendaient les blasons h des l'enèlrcs ou h des poteaux, ce qui leur valait une redevance assez fructueuse :

« La coustunie es tournois est que, pour le clouer de chaque blason , il est deu aux oHiciers d'armes pour attacher lesdits blasons 8 sols parisis. ;>

Les chevaliers qui s'exerçaient pour la première fois abandonnaient leurs heaumes aux officiers d'armes. Quand ils avaient pa^/e le heaume pour le combat à l'épée , ils étaient obligés de payer de nouveau pour le combat de la lance; mais s'ils débutaient par la lance, ils étaient dispen.sés de tout autre droit, suivant cet adage : « La lance adranchit l'épée, l'épée n'allVanchit pas la lance. »

Les hérauts étaient à la fois des personnages publics appelés à parader dans certaines cérémonies, et des hommes de cabinet occupés à dresser des généalogies, à discutei' des blasons, à coordonner les éléments de la science. Ce furent eux qui soumirent à des règles fixes celle multitude de décorations dislinclives, au choix desquelles le caprice avait présidé. Ils s'occupèrent d'abord de la loinie île l'écu. Celui des barons français avait été triangulaire d'abord et légèrement incliné ; mais il fut remplacé par un ëcu quadrilatéral, arrondi aux deux angles inférieurs, et finissant tu pointe au centre de la base. Les chevaliers bannerets du Poitou et de la Guyenni' avaient un écu carré, identiquement semblable à leur bannière. L'écu germanique était remarquable par sa base arrondie et par une échaiici'ure latérale, qui servait ;i supporter la lance.

Ce n'est que dans les traités spéciaux qu'on peut décrire les dilférentes partitions

de l'écu, dont le champ est divisé en sections par des lignes horizontales, diagonales et perpendiculaires; mais nous devons expliquer, au moins sommairement, les figures aujourd'hui énigmatiques qui conslituent le Blason.

Les couleurs que nous avons déjà mentionnées semblent avoir été choisies uniquement pour s'harmoniser avec le costume du Moyen Age. Il faut y ajouter l'hermine et le voir, fourrures usitées en France dès le neuvième siècle; car on lit, dans la Vie desainl Géraud, que les grands de la cour carlovingienne garnissaient leurs pelisses de peaux d'hermine ou rat d'Arménie, et qu'ils découpaient en losange, pour en former du vair, des morceaux d'hermine et de belette. L'émail qu'on nomme sable en langage héraldique, n'est autre chose que la fourrure de la martre zibeline, désignée sous cette qualification par plusieurs poètes du Moyen Age :

Sables, ermins, et vairs et gris As jouvenciaux, et as vious gris.

( Chron. de Philippe Mouskes. )

Argent et sables de Roussie.

{Chanson d'Antioc/ic.)

Or te donrai mon pelicoa hermin , Et de mon col le mantel zehelin.

{Roman de Garin, t. Il, p. 22.)

On remarque, parmi les pièces des armoiries, beaucoup d'autres figures, qui sont empruntées aux ajustements ordinaires du Moyen Age. Tels sont les lambels , franges d'or qui ornaient les ceintures, ornamentum quod linguà ruslicâ labellos dicilur (Hel- GAUDi , Epilome, pag. 100) ; les orles ou bordures des tuniques; les fermaux, agrafes des manteaux; les bandes ou barres, qui représentaient les écharpes; les lambrequins^ panaches d'étolïé qu'on attachait à l'extrémité des casques; les macles ou mailles de la cuirasse; les/asces, bandelettes qui entouraient les jambes; \cs houseaiix ou bottes; les molelles des éperons. Le pairie, qui avait la forme d'un Y, rappelait le palHum des évêques: c'était, suivant les héraldisles du seizième siècle, l'emblème des trois grandes dévotions du chevalier, son Dieu , sa dame et son roi.

Aux hiéroglyphes tirés du costume, les gentilshommes annexèrent des symboles plus héroïques , qui faisaient allusion à leurs exploits. Nous voyons sur un grand nombre d'armoiries \es pals, qui étaient une marque de juridiction; les frelles, frelliaux et chevrons, dont les champs-clos étaient environnés ; les pièces brelessées , forteresses de planches, munies d'une ceinture de fossés; les herses, les chaînes, les tours, les béliers, les chausse -irapes , les flèches, les boulleroles ou bouts de fourreau; les badelaires ou épées recourbées; les clefs, apposées sur le champ d'un écu , en souvenir de la capitulation d'un château , etc.

Le feu et l'eau, les nuées, le soleil, la lune, l'arc-en-ciel , les étoiles, les comètes entrent dans les meubles de l'écu. La famille de Cornon porte d'azur à six esloilles

i:t i.a |{l;l^AIs.SA^(:L.

d'or, (ruts en chef el Irais en poinle , un croissant de mesme en uhisinc , c'csl-ii-diie ;iii milieu de l'étu. L:i famille de Clialiis porte irazur à Irais croissants d'argent; h l'amille Morelli : dazurà une nuée d'argent en bande , traversée de (rois foudres d'or posées en barres.

L'image de riioumie entière est moins fièciuente dans le Blason que les pai'ties du corps sépaives, les tètes, les mains, les yeux , les janihes, etc.

Les animaux sont très-communs, et l'on y allaehail des idées allégoriques. Le lion signifiait la générosité; le bœuf, le travail; l'éléphant, la courtoisie; l'écureuil, la prévoyance, à cause de l'attention (|u'il apporte à boucheries ouvertures de son nid; l'agneau, la douceur, etc. Voici quelques exemples (|ue nous prenons parmi les plus singuliers plutôt que dans les plus illustres.

IMaflc'i : d'azur à trois bandes abaissées d'or, celle du milieu supporlanl un cerf naissant de même.

Montalemberi : d'or à li'ois têtes de loup arrachées de sable.

Bard : d'azur au mouton sautant de sable accolé d'argent.

Seguier : d'azur au chevron d'or, accompagné en chef de deux étoiles du même, et en pointe d'un mouton passant d'argent.

\>'embding, en Bavière : de gueules à la tête el au col de dogue d'argent, accolé el bouclé, le collier garni de pointes de même.

Portai : d'azur an bœuf d'or, accompagné de six /leurs de lis de même, armoiries concédées par le roi Charles IX.

Lanet Cliami)ost : d'argent à une vache de gueules , accornée el onglée du champ , c'est-à-dire ayant les cornes et les ongles de la même couleur que l'écu.

Ashiey , en Angleterre : d'argent à trois taureaux de sable , accornés d'or.

Lescot de Lissy, en Brie : de sable à une léle el cou de chevreuil d'argent, accorné d'or.

Mandat : d'azur au lion d'or, au chef d'argent, chargé d'une hure de sanglier de sable , accosté de deux roses de gueules.

Lopj)in : d'argent à deux louves ravissantes et affronlées de sable.

Humbschman, de Kiberbacli , en .\lsace : de gueules à un castor d'argent mis en l)ande.

Maupeou : d'argent au porc - épie passant de sable.

Le Coigneux : d'azur à trois porcs -épies d'or.

Boucallar : d'azur au bouc d'argent.

Krochei' : d'azur au chameau d'argent.

Hotembourg, en Bavière : d'azur au chevron abaissé d'or, soutenu de gueules , supportant une tête de léopard d'or.

SaintGall (ville suisse) : d'or à l'ours debout de sable accolé du champ.

Gleinchen, en Turinge : d'azur à deux pattes d'ours coupées, renversées el adossées de sable.

Sciences et Arts S31EKCK HERALDIQUE. Fol V.

LE MOYEiN agi:

Charles Segoing, dans son Trésor héraldique, dit que les ânes et mulets sont rares dans le Blason de France, et (jii'il s'en voit plus en Angleterre et en Allemagne. Il en cite deux exemples; la maison Uietheim, en Autriche, porte lï argent à un âne effrayé d contourné de sable.

La lainillo Askow, en Angleterre : d'argent à une fusce de sable accompagnée de trois ânes passons de même.

L'ornithologie fournit ail Blason un grand nombre de symboles. Suivant leshéraldisles, tons ces symboles, en général, expriment les migrations. La domination est représentée par l'aigle ; la hardiesse, par le vautour ; l'amour conjugal , par la colombe; l'éloquence, par le perroquet; la médisance et la dissension, par le corbeau; la vigilance, par le coq, le héron et la grue. Le lançon rappelle la chasse, exercice favori des anciens preux. Le cygne caractérise une vieillesse longue et glorieuse. Le pélican qui, selon les bestiaires antiques, se déchirait le sein pour nourrir ses petits, symbolise le dévouement. On le peint de profil sur son aire, les ailes étendues, et se perçant la poitrine. Ses petits sont toujours au nombre de trois. En langage héraldique , les gouttes de son sang se nomment piété., lorsqu'elles sont d'un autre émail que l'oiseau.

La maison Lecannis porte de gueules au pélican d'argent, avec sa piété de gueules, dans son aire; au chef cousu d'azur, chargé d'une fleur de lis d'or.

L'anliijue famille de Vienne, qui avait donné deux amiraux et un maréchal de France , porte de gueules à l'aigle d'or.

Deschamps : d'azur à trois cannelles d'argent, au croissant de même en abîme.

Savoie, en Dauphiné : d'azur à trois colombes d'argent.

Tiescar : ddrgent à trois têtes d'autruche de sable accolées et bouclées d'or.

Jehan , en Bretagne : d'argent à laj'asce d'azur , accompagnée de trois chouettes de sable, deux en chef, une en pointe, becquées et membrées d'or.

Busnel : d'argent à l'épervier au naturel, longé, grillé et becqué d'or, perché sur un écot ou tronc d'arbre de sable.

Le Jay : d'azur à l'aigle cantonné de quatre aiglons d'or , regardant un soleil d'or, placé au canton dextre du chef

Kergreac : d'argent au chêne de sinople, sur lequel est posé un geai an naturel.

Martin des Ogis : d'argent, à trois martinets d'azur.

Cor : d'azur à une chauve-souris esployée de gueules, la tête et les ailes d'or.

Gédoin : d'argent au corbeau de sable.

Robins Gravcson : d'or à trois pigeons d'argent.

Albon : d'azur à une perdrix d'argent.

Le Maruyer : d'azur au pélican d'or.

Saint-Paul de Ricault : d'azur au paon rouant d'or.

La Cave : d'or au perroquet de sinople.

Bevereau : d'azur à un butor d'or.

Culdoe : d'azur à trois oies d'or.

I;T L\ HKMAISSANCE.

(jiraid : d'azur ù Irais hérons au nulurel.

Dubois Gamat : de gueides au clief d'argent chargé de trois râles de sable.

Gruel : dazur à trois grues d'argent becquées et membrées d'or au pied senesire.

L'Hospiial : de gueules au coq d'argent cresté, barbelé , becqué et membre d'or.

Montmorency : d'or ù la croix de gueules cantonnée de seize alérions d'azur.

Los alérions élaiciit des aigles sans bec cl sans patles, (|iii inirhiiiaiciU inic vicioiie renjporlce sur i'clranger. La famille du premier baron cbiélien n'en portail d'abord (|ue quatre dans ses armes ; mais, après 1214, MathieudeMonlmorency en ajouta douze, cbilïre correspondant à celui des bannières qu'il con(juit à la bataille de Boiivines.

L'ancienne [)rovince de Lorraine portait d'or à la bande de gueules chargée de trois alérions d'argent. Ces oiseaux ainsi posés figuraient un rôti de phivieis embrochés, el rap|)elaienl des souvenirs de gloire nationale.

Pendant une fêle que ilonnail le roi Pépin, une querelle s'engage entre les Francs et les Lorrains. Le duc Begon, qui remplissait l'ofTice de sénéchal, se met à la tète des gens de cuisine, les arme de peslels, de cuillers et de crochets, el saisit lui-même une broche garnie de pluviers avec laquelle il fait un terrible carnage.

Lidus avoit un grand haslier saisi,

PInin de plovicrs , qui chaut sunt et rosti ,

Fiert Isorc qui tenoit Auberi ,

Parmi le cou , U peçoia parmi ;

Si don tronçon fiert le conte Harduin ,

Que devant lui sor le marbre l'assit.

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