TROISIEME PARTIE
AMEUBLEMENT RELIGIEUX ET CIVIL, par M. Charles Louandre.
ABMl KEIUK, p.r M. .. S.uucv, direcleur <lu Musée d'.rtill.rle 6e P.rl..
CÉr*MIOUK: p.. MM. R.oc»« , c.n».™«u. d„ M™, a. ,a ™,u,.e,u,. ... po,ee,.,„e de Se.re.
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SKLI.KRIK, I.OUMKRIK ET CARROSSERIE, par M. le marquis ..f. Vauunnes.
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l^otiuiiquf, i&foloijif, iUmcniloijif, (Dmitljolngic, 3tHilotjif, cU.
race aux conquèlcs d'Alexandre, au génie d'Arislole, les Sciences naturelles élaienl sorties de leur long sommeil, et pendant plus d'un siècle elles fleurirent en Egypte sous la protection tutélaire des Ptolémées; mais le goût des sophismes et des ])aradoxes , les subtilités de la dialectique eareul bientôt ari'été cet élan : aux (ails bien observés, on substitua le merveilleux; on recueillit, sur les animaux, les minéraux et les plantes, l'opinion vulgaire, avec plus.de soin (ju'on n'observa la nature même; et le livre de Pline, si remarquable par la prodigieuse érudition qu'il témoigne, présenta l'image de l'extrême confusion qui régnait alors dans les idées. D'ailleurs, l'agitation tumultueuse d'un grand empire comme l'empire romain ne comportait guère les éléments de quiétude, indispensables h la culture, aux progrès des Sciences naturelles. SciEctes e; A'ts. SCI8NCES NATUfiELLFS Fol 1
On s'en occupait généralement fort peu. Elles n'entraient pas dans le système d'éducation des hautes classes. Reléguées avec la philosophie spéculative parmi les nuageuses conceptions des sophistes, ou mêlées aux théories transcendantales des pythagoriciens, elles oflVaient un domaine presque inaccessible, dont les médecins mêmes n'exploraient qu'une partie, celle relative aux moyens de soulagement des souffrances de l'humanité. Quand arriva la décadence romaine, les Sciences naturelles, presque immobiles depuis quatre siècles, se trouvaient au point oîi les avait laissées le compilateur ^lien, qui, dans son Histoire des Animaux, réunit, entassées pêle-mêle, des notions prises à divers auteurs grecs ou latins perdus aujourd'hui. Les poètes de la décadence, Némésianus, Titus Calpurnius, Ausone, Claudien, les panégyristes, les Pères de l'Église, présentent, dans l'ensemble de leurs oeuvres, le tableau non moins fidèle qu'intéressant des idées de l'antiquité sur les phénomènes et les productions de la nature. Ces idées, plus ou moins altérées, ont inspiré Georges Pisidès et Venantius Fortunalus , célébrant, en de petits poèmes descriptifs, les charmes de la villégiature, les jardins splendides d'un évêque de Trêves, les campagnes d'un comte de la NA'oëvre et le cours de plusieurs rivières dont ils signalent les merveilleuses productions. Triste époque que celle où pour constater le maintien de certaines traditions scientifiques, il faut recourir à des poésies éphémères qui n'en offrent (ju'un pâle reflet; où la place qu'occupent, en littérature, les scènes splendides du monde, est si étroite qu'à peine l'auteur daigne s'y arrêter, dominé qu'il est par des instincts physiques et par des jouissances matérielles! Tout objet qui ne servait qu'aux plaisirs de l'intelligence restait alors inapprécié; on n'envisageait que l'utilité pratique des choses, le régime alimentaire et le régime pharmaceutique, la table et l'officine, les moyens de conservation individuelle et les moyens de défense. Aussi, les écrivains de ces temps barbares, Oribase, Ammien Marcellin, Macrobe, Sidoine Apollinaire, Paul Orose, saint Cyrille, Paul d'Egine, Aétius et leurs successeurs depuis le quatrième siècle jusqu'au huitième siècle, parlent-ils des plantes, des animaux et des minéraux, sans s'inquiéter de leur organisation, de leur forme, de leur structure, de leur physionomie; ils les examinent sous un seul point de vue, celui de l'emploi qu'on en peut faire, soit dans l'économie, soit dans les arts; ils n'adoptent pour eux qu'une seule base de classification , Vhexameron ou théorie des six jours de la Création.
Chailemagne, ce puissant organisateur, voulant à la fois maintenir la production des grands domaines et favoriser l'horticulture, semble préoccupé d'une seule chose, du maintien des bonnes espèces; il ne paraît pas même soupçonner le but des études d'histoire naturelle. Au lieu d'encourager les cultures d'agrément, de veiller à ce que les végétjmx exotiques, dont plusieurs lui sont venus de Constantinople et de Cordoue, fructifient dans ses villa royales, il ne paraît pas y songer le moins ilu monde, tandis qu'il insiste sur la multiplication des graines et des fruits originaires d'Allemagne et sur la culture des choses nécessaires à la vie. L'intelligence prévoyante du monarque avait compris que de longtemps encore les peuples, même les gens d'élite,
ET LA UKNAISSANCE. pressés de jouir, n'accorderaient une valeur réelle qu'aux produits d'une utilité évidente. On attribue à Cliarlemagne la création des pépinières du pays Messin; on fait remonter jusqu'à lui certaines espèces, et mieux vaut trouver là lui anneau de la chaîne des idées pratiques du cinquième siècle, que de l'aller chercher à travers le vague d'un poëme de Walefride Strahon, moine de Saint-Gall, où sont décrites avec exaclilude, même avec élégance, qucKpies plantes observées dans un petit jaidin (hurliculum) visité pai' le poôte. Un autre écrivain , qu'on croit Français, Macer Floride, composait vers la même époque, sur les vertus des herbes, un traité dont le seul mérite est de constater la culture indigène de différentes solanées, telles que la morelle. Cette culture et cette récolte , qui s'opéraient avec beaucoup de soin à l'intérieur des monastères, devinrent sans doute l'origine des jardins botanitiues ou médicinaux organisés plus lard : de sorte que l'Église servait de sauvegarde aux produits végétaux reconnus efficaces pour certains traitements curatifs, en même temps qu'elle recueillait, dans le trésor des basiliques, les débris fossiles les plus remarquables; en même temps tju'elle permettait aux ciseaux de l'artiste d'exécuter, sur ses propres murailles, la représentation figurée des croyances populaires. A Metz, à Cologne, à Trêves, on montrait au peuple do prétendus débris d'une race de géants antérieurs au déluge; c'étaient effectivement des fossiles gigantesques provenant d'animaux inconnus , semblables aux poissons et mastodontes fossiles que l'illustre évéque d'Hip[)one désignait comme appartenant aux vieilles races humaines, et dont Cuvier a restitué l'origine perdue depuis soixante siècles. Ils ne pouvaient être mieux placés que dans un sanctuaire de dévotion, car ils servaient à manifester la grandeur des œuvres divines et les révolutions étranges qui avaient passé sur le monde. Quant aux sculptures architecturales introduites avec l'art byzantin, il ne faut pas seulement y voir la main capricieuse d'artistes indépendants usant de leur libre arbitre, il faut encore y lire le témoignage des idées bizarres, fantastiques, qu'on se formait d'une myriade d'êtres invisibles disséminés dans les airs et dans les ondes, ou de génies bienfaisants et malfaisants habitués du ciel et de l'enfer. Sous ce dernier rapport, la statuaire byzantine consacre une véritable mythologie chrétienne, qui est à l'histoire subséquente de la nature, telle que nous l'a révélée notre époque, ce que fut la mythologie grecque à l'égard de son histoire politique. Des motifs empruntés surtout à la botanique et à la zoologie , servent d'accessoires ou d'encadrements à cette mythologie chrétienne. Or, comme les accessoires ne sont pas inventés, mais choisis parmi les productions les plus familières aux artistes qui les exécutaient , peut-être deviendrait-il possible, après l'examen attentif et comparé des principaux monuments d'un même âge , d'apprécier l'origine et les caractères traditionnels des principales écoles artistiques de l'Europe. Chez les uns, on verrait dominer le lotus; chez les autres, le genre cactus; ici, la feuille de chêne; ailleurs, la feuille de laitue, selon que l'artiste se serait inspiré dans les régions méridionales ou septentrionales. Mais nous anticipons sur les faits.
Revenons au grand siècle de Charleniagne, au règne si brillant d'Almanzour, qui fonde à Baiîdad une erande école où se réfugient les sciences exilées d'Athènes et d'Alexandrie, où quantité do nestoriens illustres apportent, traduits en syriaque, les ouvrages les plus estimés de la Grèce et de Rome, notamment Jrislote et Galien; n'oublions pas cet autre calife, Haroun-al-Raschild, qui occupe une si belle place dans les récits des romanciers. Le piemier éléphant connu dans l'Europe occidentale fut envoyé par lui à Charlemagne, et plus que les cendres d'Homère, les restes de ce quadrupède ont préoccupé les savants; car, chaque fois qu'avait lieu une découverte d'os fossiles , on voulait y voir ou le squelette d'un géant, ou celui de l'éléphant d'Haroun-al-Raschild. Mamûm, fils d'Haroun, porla l'amour des sciences au point de faire la guerre à l'empereur de Constanlinople, pour l'obliger à lui envoyer des lioiiiuies lettrés et des manuscrits. Ces manuscrits, presque tous syriaques, se traduisaient aussitôt en arabe, et il en était tiré de nombreuses copies; mais d'invincibles préjugés empêchaient la dissection des cadavres et rendaient fort difficile l'emploi du dessin, regardé par le peuple comme une œuvre suinaturelle et magique.
Du huitième siècle au dixièiue , les Arabes cultivèrent avec succès les branches d'histoire naturelle qui se rapportent à la préparation des médicaments. Ils firent, en botanifjue, en matière médicale, de précieuses découvertes. Avant eux, on ne connaiss.ait que les purgatifs violents : tels que l'ellébore; ils y ont joint la casse, le séné, le tamarin. Dans le texte d'un cours de Rhazès^ rédigé sans doute par un de ses élèves, il est question des végétaux utiles de l'Inde, de la Perse et de la Syrie, que n'ont point connus les anciens. Sérapion le jeune, dit Agijregalor, a écrit un livre. De simplicibus , où il traite, d'après Dioscoride, des plantes grecques et de la plupart des plantes observées dans l'Inde. Avicenne avait étudié la botanique de la Baclrianeet de la Sogdiane : c'est lui qui lit connaître le premier Vassa fœlida. Mesué a laissé un ouvrage , De re medicâ, traduit plusieurs lois en latin, qui, jusqu'à la Renaissance, a servi de manuel dans toutes les écoles de l'Europe. Poui' plus de garantie, le gouvernement arabe sanctionnait les formules reconnues bonnes. Sabar-Ebn-Sahel, directeur de l'École de Dschondisabour, publia même un dispensaire, intitulé h'rabadin : premier livre de ce genre qu'on ait imaginé. Mais, en dehors delà matière médicale, il n'y a plus (]ue désordre et confusion dans les connaissances ramassées par les Arabes. Abandonnés à leui' esprit conjectural, ils marchent sans ordre, sans méthode, sans esprit de critique, même sans guide assuré, car ils ne possèdent ni l'Histoire des Animaux d'Aristote, ni les écrits de son disciple Théophraste : ils n'ont traduit que Pline et Dioscoride, qui, ayant subi deux transformations, une première en syriaque, une seconde en arabe, n'ofïrent souvent qu'un sens obscur. Aussi, les efforts mêmes que tentent Sérapion le vieux, Khazès, Avicenne, Mesué, Averrhoès, Abenbitor, pour démêler le vrai du faux , ne font-ils qu'ajouter à leur incertitude, et jettent la nomenclature des espèces, la désignation des individus, dans une déplorable confusion. Constantin l'Africain, qui le premier introduisit en Europe quelques livres arabes relatifs
ET L.\ HKNAISSANCE. aux sciences métiicalos, ne pouvait avoir la prétention de débrouiller ce chaos. Dans son Jïssai de matière médicale il se contente de diviser les médicaments simples en (liialre classes, d'après leur degré d'aclivité relative. Vers la même époipie, apparaissent deux voyageurs d'un mérite éminent : Ebn-Taitor, de Malaga, le plus savant des botanistes arabes, «pii visita jtrcscpie tout l'Orient et remplit au Caire les lonclioiis de ministre ducalile; Abdalla -Tel', auteur d'une description Tort exacte de plantes et d'animaux d'Egypte : il décrit, entre autres, l'hippopotame, et fait preuve d'une sagacité remarquable en lelevant, à l'inspection d'un squelette de momie, plusieurs erreurs commises par Galien dans son ostéologie humaine. Presque toute la science, disséminée sur quelipies poinis du monde, venait encore des A i-abes d'Espagne, et notanunent du califat de Cordoue. Ce fut là que Gerbert, archevêque de Ueims, si connu sous le nom de Sylvestre II, alla puiser son profond savoir. Dans le même temps, un Anglais, l'archidiacre Henri de Hunting, écrivait un traité sur les plantes et les animaux, et Olhon de Crémone composait un poëme en cent quinze vers léonins sur le choix des médicaments ordinaires : essais informes, superficiels, qui nous conduisent h Jean de Milan, auteur du code hygiénique de l'École de Salerne, dont l'œuvre fait moins époque dans l'histoire des Sciences naturelles que dans celle des Sciences uïédicales proprement dites.
La ruine des institutions scientifiq\ies d'Espagne approchait : l'empire des califes allait s'écrouler; la barbarie menaçait de nouveau la civilisation : heureusement, une nation nomade, la nation juive, se trouvait là fort à point pour recueillir les débris littéraires échappés au naufrage, et pour en alimenter les divers foyers (]ue la Providence ménageait au genre humain. Devenus les conseillers ou les médecins de presque tous les souverains de l'Europe, même des papes, pendant quelque temps les Juifs gardèrentle monopole des Sciences naturelles. L'École de Montpellier leur dut son origine ; et quand l'ordonnance de l'empereur Frédéric Barberousse eut rendu les écoliers justiciables des tribunaux ecclésiastiques, à tiioiiis qu'ils ne préférassenl se faire juger par leurs professeurs, on vit les Juifs utiliser merveilleusement celte tolérance inusitée, établir des chaires à Bologne, à Milan, à Naples, et substituer un code d'enseignement nouveau à V Elymologicon d'Isidore de Séville. Cette espèce de dictionnaire raisonné formait, depuis le septième siècle, la base essentielle de l'éducation scientifique. L'analomie, la physiologie, la zoologie, la géographie, la minéralogie, l'agriculture con- .stituaient le texte de \' Elymologicon ; mais il n'en était parlé que d'une manière trèssuperficielle et peujudicieu.se. La partie minéralogique seule, oîi l'art du verrier se trouve exposé, renferme des documents curieux.
A la fin du douzième siècle, une abbesse de Bingen sur le Rhin, Hildegarde, écrivait son Jardin de sanlé, sorte de matière médicale, compendium de recettes souvent bizarres, empreint d'une infinité de préjugés et d'erreurs, fort curieux, fort intéressant néanmoins, en ce qu'il peut contribuer, avec d'autres monuments du même genre, avec V Elymologicon lui-même, à résumer l'ensemble des idées populaires et Sciences et Ans. SCIENCES HHURELLES. Fol. 111.
des principes acceptés par la classe instruite, sur la nature des plantes herbacées ou ligneuses, sur les minéraux , sur les poisons, sur les animaux utiles ou nuisibles, et sur la puissance génératrice et niédicatrice de la nature. Hildegarde se livrait à la culture, à la récolte des plantes reconnues efficaces au traitement des maladies ; elle composait ses remèdes et les appliquait. Il devait en être ainsi des abbesses de Remiremont, de Sainte-Odile, de tous ces grands monastères fondés sous l'inspiration des bénédictins d'Irlande du septième siècle, et qui étaient devenus, en quelques points, les héritiers des doctrines pythagoriciennes appliquées aux phénomènes, aux évolutions successives de l'univers. Dans les basiliques oii la règle de Chrodegard imposait les habitudes claustrales d'une vie commune , dans les abbayes riches où le travail manuel marchait d'accord avec quelques travaux d'esprit, on ne négligeait ni l'horticulture appliquée aux plantes médicinales, ni les collections de fossiles, de minéraux ou de coquillages réputés nécessaires au traitement de certains désordres fonctionnels, à l'exercice de certains arts, tels que la vitrerie coloriée, la teinture, etc. Depuis les croisades, ces collections, ces cultures avaient même pris un caractère plus intéressant; car, en cherchant à multiplier quelques arbustes, quelques plantes de Judée, en faisant éclore chaque année sur l'autel la rose de Jéricho, l'imagination pieuse du cénobite peuplait sa solitude des plus augustes souvenirs, des consolations les plus touchantes et des espérances les plus douces. Le temps n'était pas encore venu de traiter au sérieux l'histoire naturelle, la matière médicale, l'horticulture, etc. Aussi ne s'étonnera-t-on pas qu'un homme grave, archiatre de Philippe- Auguste, Gabriel Naudé, ait eu la pensée bizarre de consacrer un poëme de six mille vers à faire connaître la composition des principaux médicaments. C'est de la matière médicale accommodée avec l'esprit du siècle; elle n'est pas plus remarquable comme science que comme poésie. Divers manuscrits bien autrement sérieux, bien autrement dignes d'une citation, prenaient place alors dans les princi|)a!es bibliothèques de l'Europe. A Metz, par exemple, la cathédrale acquérait un livre de J. Bray sur les fruits, les légumes, les viandes, les poissons et les oiseaux dont il convient d'user pour la conservation de la santé; c'était une espèce d'hygiène destinée aux chanoines. Bray ne se trouve dans aucun dictionnaire biographique; nous le croyons Anglais; il écrivait en latin. Le Musée Britannique de Londres possède quelques ouvrages du même temps : un lYaité sur l'usage et les vertus des plantes; un Traité de la nature des arbres et des pierres; un volume sur les arbres, les plantes aromatiques et les herbes; tous sont en langue latine. La Bibliothèque Nationale.de Paris possède également dos codex, des antidotaires (Mss., n"' 7009, 7010, 7031 , Ancien Fonds); mais ils offrent moins d'intérêt que ceux qui figurent dans les collections d'Angleterre. D'ailleurs on ne trouve pas plus dans les uns que dans les autres des théories acceptables, des descriptions bien faites, des conséquences judicieusement déduites, encore moins un corps suivi de doctrines. C'est un mélange de préceptes hygiéniques, de matière médicale, d'indications pharmaceutiques, où çh et là se montrent, presque
à la dérobée, des descriptions iniparfuiles, écourtées, d'animaux, de plantes et de pierres fossiles ou minérales. Au même siècle appartient Alain de Lille, poëte-pliysicien qui |)rofessait avec ^l'^nd succès. On lui doit un poëme moral, intitulé Anli-Claudianits , sorte de conspccliis général des sciences, dans lequel sont traités (lueliiucs points d'histoire naturelle. Il a fait aussi une dissertation, De naluris quorurndam animalium, demeurée manuscrite. Il mourut à l'abbaye do Citeaux, en 1202.
Époque d'épuration, de transformation sociale, de déplacements forcés et continus, durant laquelle les peuples, comme les individus, obéissent au courant électri(iue (jui les entraîne vers un nouvel éfcit de choses, le treizième siècle a laissé dans les annales des Sciences naturelles la trace visible de son passage. Pour arracher h la corruption du monde une partie du clergé, et trouver, en de nouvelles institutions monasti(jues, la |)ieuse abnégation qu'on ne pouvait attendre des anciens moines repus d'or et de sensualité , l'Église venait d'établir les ordres mendiants, franciscains ou cordeliers, dominicains ou frères-prêcheurs, en leur abandonnant les intérêts delà civilisation, la garde des traditions scientifiques et littéraires. D'autre part, considérant comme des alliés les ennemis de ses ennemis, la chrétienté, Rome en tète, était allée chercher l'amitié de Gengis-Kan, belliqueux Tartare, conquérant du Mongol, d'une partie de la Chine, de la Perse et de la Russie, tandis que les croisades continuaient leur propagande armée. A ce vaste théâtre d'émigrations lointaines les ordres mendiants ont fourni, presque aussitôt, d'intelligents acteurs, auxquels les Sciences naturelles sont redevables de certains progrès : un cordelier, Jean de Piano Carpini , envoyé près de Kacouck parle pape innocent IV (124G), fit connaître le premier les nations situées au delà de la mer Caspienne; un autre cordelier, Guillaume Picard, député par saint Louis vers Mengsko-Ran (1253), laissa une relation exacte et circonstanciée de son voyage; Pierre Ascelin, Vincent Rubriiqua ou de Rubruquis, mais principalement le Vénitien Marco- Paolo, visitèrent la Perse, l'Afrique, la Tartarie, la Chine septentrionale. Leurs récits servirent de thème à des contes bizarres, à d'absurdes croyances. On appela Paolo le plus grand des menteurs, et cependant il n'était que crédule. » Ce sont, dit Haller, de stériles voyages où se rencontrent rarement des notions d'histoire naturelle, où la botanique n'a place presque nulle part, et où l'auteur croit assez faire d'indiquer nominalement les choses nouvelles qu'il rencontre; malgré l'extrême rareté d'observations utiles consignées en de tels livres, il s'y trouve un puissant attrait, l'attrait de l'inconnu, et d'autres livres moins superficiels devaient bientôt les suivre. » Gilbert l'Anglais, philologue assez érudit pour avoir eu recours au texte même des anciens, visita aussi des contrées lointaines, s'occupa de l'étude des plantes, surtout de leur usage médical , et composa un Codex cité dans la Bibliothèque brilanniqne de Tanner. Il en fut de même d'Hernicus Arviell, voyageur anglais infatigable, dont les biographies ne disent pas un mot, et qui retiré dans la ville de Bologne, sous la protection tutélaire du souverain pontife, y composait, vers l'année 1280, un ouvrage important sur la bolanicjue.
Être réduit à citer, comme naturalistes, des hommes tels que Gentilis de Foliguo, Guillaume de Salicet, Jean Platearius de S. Paulo, et le juif Abraham, qui ne se sont occupés des productions du globe que dans leurs rapports avec la médecine ou la chirurgie, c'est confesser notre indigence. Ils écrivaient dans la première moitié du treizième siècle; leurs manuscrits relatifs à la matière médicale existent presque tous à la liibiiothè(iue Nationale de Paris (n"'G934, 6964, 6960, 6823, C938, 6896, 6871, 6898, 6899, 6988, Ancien Fonds). Ces ouvrages, curieux au seul point de vue des emprunts ou des interprétations qu'on y rencontre, sont bien loin d'offrir l'intérêt substantiel que présentent les livres de Jean de Saint-Arnaud, de Simon de Cordo et de Pierre de Crescentià, érudits observateurs, les deux premiers médecins, le troisième homme du monde. Simon de Cordo, ou Simon de Gènes, improprement appelé par Haller Siméon de Coro et par d'autres Siméon Januensis , a fait un Diclionnaire bolonique , pour lequel, non content d'emprunter aux écrivains grecs et arabes, il a consulté les savants du monde entier {leslalur se informaliones ex tolo mundo per viros dodos cepisse), et il a pris soin d'herboriser lui même dans l'Archipel et la Sicile. Son ouvrage, imprimé plusieurs fois, existe manuscrit à la Bibliothèque Nationale, avec un appendice de ]\hinfred du Monl-lmpérial (n°' 6823 et 6958, Ancien Fonds). Malheureusement, la connaissance des idiomes de l'Orient manquant h Simon de Cordo, il avait dij recourir aux traductions, toutes incorrectes, source déplorable d'erreurs et d'incertitudes. Jean de Saint- Arnaud, chanoine de Tournay, qu'il ne faut pas con- Ibndre avec le martyrologiste du même nom, sortit de la classe ordinaiie ties praticiens de cette époque, et composa une thérapeutique générale excellente , où se rencontrent, sans doute, des réflexions trop subtiles, mais où le génie de l'observation se décèle à chaque pas. Saint-Amand est du nombre, infiniment petit, des houmies qui interrogeaient, qui étudiaient la nature. Celui de ses ouvrages ayant le plus de rapports avec l'objet dont nous nous occupons, a pour titre : Areola, seu Iraclatus de virtulibus el operaiionibus medicinarum simplicium el composilarum. Il existe en triple exemplaire à la Bibliolhèque Nationale (u°'7063, 6976, 6888, Ancien Fonds) , et dans plusieurs grandes bibliothèques d'Angleterre; ce qui prouve l'estime qu'inspirait son auteur. Pierre de Crescentià, dont il nous reste h parler, sénateur de la ville de Bologne, personnage considérable par sa naissance et sa foilune, s'occupa beaucoup d'agriculture et d'horticulture, sans négliger les différentes branches <Ies Sciences naturelles qui s'y rapportent. Né en 1230, il fut assurément le plus célèbre agronome du siècle: il cultiva lui-même; il lut, dans leur propre langue, Catou, Varron, Columelle, Palladius; il enijirunta aux Arabes, ainsi qu'aux divers auteurs du Moyen Age, ce qu'ils offraient d'utile; il consulta l'ex[)érience de ses contemporains, compara les diverses cultures d'Italie, et composa un ouvrage, rempli défaits pratiques, de conseils judicieux, de connaissances étendues et positives, qu'il intitula : Opus ruralium commodorum. Cette espèce d'encyclopédie rurale, divisée en douze livres , traite aussi (les plantes utiles à la médecine; de la sorte, elle a pris rang parmi les livres d'histoire
ET I.A HENAISSANCK.
iiaUirolle. Sa vojïiie a vl6 j^rando et rapide. On en a fait des copies iioiiihieuscs qui •se vendaient fort cher, et (jni niéiileiaienl encore d'être recliercliées si l'imprimerie n'était point venue multiplier encore l'œuvre des calligraphes.
Après un homme du mérite de Pierre de Crescentiâ, peut-être devrions-nous tirer le rideau sur le treizième siècle, mais ce tableau resterait incomplet, si nous passions sous silence trois personnifications véritablement typi(jues, qui résiimcnl en elles mêmes une épo(jue, un âge, un monde; qui sont ce que le siècle les a créées, et dont la physionomie, |)lus bizarre, plus originale, plus émouvante qu'elle n'est majestueuse, porte l'empreinte énergique, le cachet de leur temps : nous voulons parler de Vincent de Beauvais, d'Albert de Bolstc-edt, dit le Grand, et d'Arnaud de Villeneuve, mieux appréciés jusqu'à présent comme astrologues, alchimistes et théologiens, qu'ils ne le sont comme naturalistes. Tous trois appartenaient aux congrégations mendiantes, récemment instituées. Vincent de Beauvais a donné la relation du voyage de Carpini; il connaissait les découvertes de Marco -Paolo; il était instruit dans tout ce que l'antiquité savait d'histoire naturelle, mais il professait aussi les croyances superstitieuses du Moyen Age. Pour lui , la mandragore avait la forme du corps humain; le dragon ailé enlevait quelquefois un bœuf et le dévorait dans les airs sans lâcher sa proie; Vognus scylliicus, agneau de Tartarie , animal-plante, tenant au sol par une tige et des racines, ayant l'aspect d'un mouton et couveit d'une laine jaunâtre, se rencontrait le long du Volga. Il racontait l'histoire du serpent-basilic, des serpents amphisbènes; il peignait la tendresse proverbiale du pélican ; il assurait qu'en Ecosse les fruits de certains arbres produisaient, en tombant dans l'eau, une espèce de canard noir, appelé macreuse; il parlait du vol indéfini du phénix, etc., et s'imaginait sans doute avoir fait un cours trèssérieux d'histoire naturelle. Quant à Bolstœtlt, il ne méritait certes pas qu'on lui fit l'injure de le supposer auteur des misérables rapsodies, intitulées : Secrets du grand Albert, Secrets du petit Albert, ni même d'une quantité d'ouvrages apocryphes indignes de ses talents, de la gravité de son esprit et de son caractère épiscopal. VOpus de animalibus, recueil d'observations intéressantes, sorte de commentaire d'Aristote, décèle l'homme supérieur. Pour le composer, Bolstaedt paraît avoir eu en main dilférentes traductions arabes ou latines d'ouvrages grecs aujourd'hui perdus. Aux faits pris chez les anciens, il joignait la description de quelques animaux à fourrure, tels que la zibeline, la fouine , et de divers poissons du Nord qu'il étudia le premier. Dans un autre ouvrage sur la minéralogie, Mineroiium libri quinque, Bolstaedt reconnaît la réalité des aérolithes et traite de la lithologie, d'une manière parfois judicieuse, propre à confondre les orgueilleux penseurs du dix-huitième siècle. Un naturaliste érudit devrait feuilleter ses œuvres complètes et en méditer quelques livres, source vierge pour la physique et la chimie , comme pour la physiologie animale ou végétale du Moyen Age. Briicker, Buhie, Tcnnemann, mais surtout Tiedemann , ont ouvert cette voie si rebutante et si diHicile. 11 est à regretter qu'au lieu d'élucider les doctrines philosophiques du célèbre évêque de Ratisbonne, ils n'aient pas plutôt fait connaître l'ensemble de ses idées sur l'histoire l'Ami e; Ans, SCIENCES NATURELLES. Fol V.
naturelle du monde. Lorsque, rentré dans sa cellule, accablé par l'âge, fatigué des gloires mondaines, Albert attendait paisiblement la mort, un brillant élève des écoles d'Italie et de Montpellier, nourri de la lecture des anciens et des Arabes, Arnaud de Villeneuve éveillait l'attention publique, alors si facilement excitable. A Paris, où il enseigna simultanément la médecine, la botanique, l'astrologie, on vit un concours prodigieux d'auditeurs. C'était la première fois qu'aux leçons d'une thérapeutique quebjuefois judicieuse se trouvaient annexées des leçons d'histoire naturelle; la première fois, depuis peut-être un siècle, qu'un maître pût faire parade d'une érudition profonde qui n'était pas d'emprunt, discuter les textes grecs, arabes, hébreux, latins, les appuyer ou les infirmer de l'autorité de sa propre expérience, et trancher, en connaissance de cause , des questions demeurées insolubles jusqu'à lui. Avec cette supériorité d'esprit, cette habitude d'examen et cette impulsion logique, auxquelles Ainaud s'abandonnait volontiers, il lui devenait presque impossible de ne point sortir du domaine scientifique où la prudence aurait dîi le retenir, et de ne point employer, contre le désordre moral de la société, les armes à l'aide desquelles il frappait certains préjugés absurdes ou certaines formes qui entravaient le progrès des connaissances humaines. Si, mieux inspiré, Arnaud s'en était tenu, comme Albert-le-Grand, à l'explication des phénomènes de la nature, eût-il, comme lui, professé le péripatétisme, malgré la bulle d'un pape, jamais il ne lui en serait mal advenu; mais il osa proclamer l'excellence de la morale sur les formules du culte extérieur, mépriser le monachisme, attaquer les ordres mendiants, parce qu'ils étaient sans charité; aussi, la censure vindicative des petits moines, l'intolérance des inquisiteurs français, le poursuivirent. Taxé d'hérésie , on l'obligea de fermer ses cours, tandis qu'Albert- le-Grand avait toujours professé presque sans obstacle. Pour les choses merveilleuses annoncées ou exécutées par ce dernier, on admettait l'intervention de la vierge Marie; solidarité presque divine qui écartait le soupçon de complicité avec les diables; au contraire, Arnaud fut accusé de sorcellerie, inculpation capitale dont il évita les conséquences funestes, en quittant la France sous la protection tutélaire de Charles IJ , roi de Naples, à la personne duquel il demeura quelque temps attaché comme médecin. Par une coïncidence remarquable, l'homme de génie h qui la physique expérimentale dut son évolution, comme l'histoire naturelle dut la sienne aux deux hardis penseurs précités, Roger Bacon expiait alors dans les fers le crime irrémissible d'avoir mal pensé des moines. Les deux nations les plus intelligentes du monde, la France et l'Angleterre, s'entendaient dans un même système de persécutions, et c'étaient Naples, Païenne, Charles II, Frédéric II, ou les papes d'Avignon, qui donnaient asile aux grands hommes exilés. Plus qu'aucun autre souverain de son époque, Frédéiic II favorisa le développement des Sciences naturelles. Par ses ordres, Aristote fut traduit en latin et enseigné dans son royaume. 11 fit venir d'Afrique et d'Asie plusieurs animaux inconnus, entre autres une girafe, et il composa sur la fauconnerie un traité qui décèle des connaissances en zoologie. On lui doit la première description exacte du pélican et des
I;T I.V l'.KNAISSAiNCE.
oiseaux (le chasse. Quoi(]iic saint Louis el Charles H n'eussent pas exercé sur les progrès des Sciences naturelles une iniluence aussi directe que Frédéric, ils contribuèrent à les développer par leurs expéditions armées, par leurs relations diplornatirpies , et par la protection tutélaire accordée aux savants cpii vivaient près du trône. Là cependant n'existait pas la véritîible in(l<'pcndance; elle se trouvait plutôt parmi les coin|)aL;nies d'artistes qui sillonnaient l'Kurope, véritables associations industrielles où j)rètres et laïques, seigneurs et ph'béieiis mettaient en libre prali(iue leins idées, leur fortune, leurs croyances, el sculptaient, au front des temples, au [tourtour des jubés, mille choses qu'ils n'eussent point osé dire.
L'ogive naissait. Avec l'ogive s'opérait un vaste système d'ornementation pris dans la nature végétale : le pilier, la colonne et leurs arceaux devenaient la représentation de l'arbre avec ses branches; l'église figurait, dans son ensemble, soit une forêt de pierres, soit un vaste berceau, où se trouvaient réunies les richesses variées des trois règnes. De cette manière l'architecture emprunta aux Sciences naturelles un véritable programme de motifs nouveaux, sinon tous également heureux, du moins presque tous vrais, et l'on put considérer les édifices coujme d'immenses musées où la main des sculpteurs étalait avec une diversité féconde l'image des productions de la nature. L'arc en tiers -point s'est beaucoup moins généralisé que le plein cintre. On peut le ramener à deux types fondamentaux : au type arabe, ou méridional; au type germanique, ou occidental. De même qu'on peut ramener à deux grandes divisions l'ensemble des travaux exécutés sur les Sciences naturelles depuis le douzième siècle jusqu'au quinzième, savoir : les tentatives d'imitation et les tentatives originales. Ces dernières semblent dévolues principalement aux peuples du Nord , Allemands, Anglais, (jui des premiers sentent le besoin d'étudier leur propre sol et de se frayer une route en dehors de la route tracée par les Grecs. Les Français , les Italiens, les Flamands , les Belges ont à cet égard montré plus de tiédeur et d'indécision.
Au commencement du quatorzième siècle, l'étude des sciences naturelles continuait de se faire en suivant les Grecs et les Arabes; et, comme il arrivait souvent aux Arabes de ne point s'accorder avec les Grecs, Dioscoride donnant à une plante un autre nom que Rhazès ou Sérapion, c'était une source déplorable d'incertitudes journalières. Au lieu d'interroger la nature même , d'examiner, de comparer les objets, médecins et pharmaciens ne s'attachaient qu'aux descriptions anciennes; ils traduisaient en grec les noms arabes ou les rendaient par des dénominations ofïicinales. Mathieu Sylvaticus, de Mantoue, qui avait à Salerne un beau jardin où il cultivait les plantes utiles, fut embarrassé dans ses attributions, comme Simon de Cordo l'avait été avant lui. N'imaginant pas la possibilité de mieux faire, il suivit la même route que son prédécesseur; il tacha d'éclairer l'un [)ar l'autre les textes de Dioscoride, d'Avicenne, de Mosué, de Sérapion, textes qu'il ne pouvait corriger, faute de connaître les langues originales Un semblable travail n'aboutissait donc a rien. La Matière médicale du Florentin Dinus de Garbo, les mélanges de Botanique de l'Anglais Ardern de
Newwark, le Codex de Manfrédi sur les herbes et les plantes employées en médecine, n'avaient guère plus de valeur. Cependant, pour les plantes qui croissaient sous leurs yenx, Ardern et Manfrédi ont quelquefois interrogé la nature. Jacques Dondis et son fils Jean, qui vivaicMit à Padoiie vers 1340-1385, bien qu'ayant copié les autres, sont parvenus, moyennant des descriptions bien faites de plusieurs plantes indigènes, et moyennant un ordre plus méthodique, à fiiire oublier leurs devanciers. Le Liber de medicamenlis sitnplicibus , autrement dit Herbolario vulgare, œuvre de Jean Dondis, a joui d'une grande réputation. Son auteur est mort en 1395, emportant dans le tombeau l'estime profonde de Pétrarque, qui ne la prodiguait pas. Un livre latin au-dessous du médiocre, le Propriétaire des choses, par Barthélémy l'Anglais, de Glanville, avait eu l'insigne honneur d'obtenir un interprète du choix de Charles V. Traduit en français, sa vogue devint étonnante, sans doute parce que, renfermant un peu de tout, il convenait aux gens superficiels. On en trouve des exemplaires manuscrits dans les principales bibliothèques de Paris , dans la Bibliothèque royale de Londres , dans la bibliothèque Ambrosienne de Milan, dans celle du Vatican et dans la Bibliothèque (•ha|)itrale de Metz, d'ailleurs si riche en manuscrits de différents genres. Cette multiplicité de copies n'empêcha pas le nom de Barthélémy l'Anglais d'être oublié, destin fatal que n'évitent jamais les auteurs médiocres, et qu'il eut de commun avec le dominicain Henri Daniel, avec Jean de Saint-Paul, Galfrède, Nicolas Bollar, Virivasius, Louis de Caerlean, etc., etc., dont les ouvrages, cités par Tanner et par James, existent encore dans les grandes collections littéraires de la Grande-Bretagne. C'est un liuras d'érudition oiseuse, indigeste, qu'une fois pour toutes il faudrait cependant compulser avec attention , pour voir par quelles aberrations l'esprit humain a dû marcher avant d'atteindre la vérité. Les œuvres d'Albert de Saxe, mort évêque d'Halberstadt en 1390, quoi(jue sortant de la ligne des productions absolument inutiles, ne méritaient ni la réputation dont elles ont joui, ni les éditions multipliées qu'on en a faites. Son livre sur les vertus des plantes, des minéraux et des animaux, Liber de virluiibus herbarum , etc. , ses commentaires sur Aristoie, De cœlo et mundo, De generalione e( corruplione , témoignent quelque esprit d'observation, mais une crédulité presque enfantine. Albert de Saxe appartient à l'Université de Paris, qui lui avait conféré le litre de docteur et (pii le compta, dit-on, parmi ses régents de philosophie.
L'Europe latine formait alors, pour ainsi dire, une seule nation à laquelle divers centres d'activité donnaient la vie. C'étaient d'abord les villes universitaires : Paris, Milan, Bologne, Salerne, Montpellier, Oxford, Pise, Prague, Cologne; c'étaient, en second ordre, les grandes congrégations monastiques, où quarante à cinquante collaborateurs traduisaient, commentaient, justifiaient, enseignaient et copiaient la même |tonsée, la même théorie, le même système. Université signifiait corporation. Il y avait des universités de droit, des universités de médecine, comme des universités ou corporations de moines, de tailleurs et de cordonniers. Partout se retrouve le principe d'association avec une règle spéciale, avec un 'but déterminé d'avance.