‹ Le moyen äge et la renaissance, histoire et description des moeurs et usages, du commerce et de l'industrie, des sciences, des arts, des littératures et des beaux-arts en Europe. Direction littéraire de Paul Lacroix, direction artistiques de Ferdinand Séré. Dessins fac-similé (volume 2)Chapitre 3 sur 84 · I:T la ItKNAlSSANCE · texte numérisé non relu

I:T la ItKNAlSSANCE

L'œuvre diffôrait selon les hoinmos ; ici , œuvre de foi ; là , œ^uvre de science ; ailleurs , œuvre d'art ou de métier. Si le maître de l'œuvre, comme le furent Vincent de Beauvais, Albert-Ie-Grand, saint Thomas d'A(iuin, ne dominait pas sa corporation, il demeurait enchaîné par elle. Dès lors, pour affranchir l'indépendance de l'esprit, deux moyens s'oll'raiont soûls : il fallait s'enrôler dans une confn-rie d'artistes, ou prendre le bourdon du pèlerin et voyager. Jean de Mandeville adopta ce dernier parti. Pendant trente-trois années, il promena sur les trois parties du monde son caractère inijuiet et curieux. Doué d'autant de science qu'il était possible d'en acquérir au quatorzième siècle , sachant les langues latine , espagnole , anglaise et romane ; plus crédule cependant qu'instruit, plus pieux qu'observateur, visitant les reliques et négligeant les productions naturelles, Hlandeville présente le vrai type des voyageurs du Moyen Age. Leurs récits sont écrits avec candeur, avec boime foi; jamais ils ne généralisent, et les particularités (ju'ils énoncent semblent toutes des fables inventées à plaisir. On ne saurait douter néanmoins que Mandeville n'ait été de bonne foi, lorsqu'il affirme l'existence d'une peuplade d'Éthiopiens n'ayant qu'un pied, lorsqu'il parle du poivre croissant dans les Indes au milieu d'une forêt de dix-huit journées d'étendue, et qu'il raconte ses histoires invraisemblables d'animaux fabuleux ou de plantes imaginaires, mêlées à des faits que les naturalistes et les géographes ont reconnus exacts. Au commencement du quinzième siècle, l'histoire naturelle, confondue tantôt avec l'alchimie, tantôt avec la toxicologie, la matière médicale ou l'hygiène, n'osait s'affranchir encore de cette espèce de tutelle incommode. On en trouve des fragments éparsdans presque toutes les œuvres scientifiques de l'époque, notamment dans Gui de Chauliac, qui herborisait en allant voir ses malades ; dans Valescus de Tarenle, médecin de la Faculté de Montpellier; dans la Pharmacologie de Christophe-George de HonesUs, et dans les livres de Nicolas Nicole et d'Antoine Guainerius de Turin. Nous citons d'autant plus volontiers ces trois derniers auteurs qu'ils existent manuscrits à la Bibliothèque Nationale de Paris (n"' 6910, 6985, 6981, Ancien Fonds); et qu'en les parcourant, surtout George de Honeslis, nous avons élé frappé de leur instruction et de leur sagacité. La lumière commençait enfin h pénétrer dans le chaos des Sciences naturelles. Ce fut un Allemand, resté inconnu, qui le premier eut l'idée d'accompagner son texte de peintures représentant les objets (pi'il décrit. Il vivait, selon toute apparence, dans les premières années du siècle, et habitait une des localités riveraines du llhin. Son œuvre a pour titre : Das Jiuch der natiir (le livre de la nature); on y tiouve la description d'animaux, d'arbres, d'arbustes et de quatre-vingt-seize plantes choisies parmi celles qu'on jugeait utiles. L'auteur s'imagine avoir donné l'idée d'ensemble des richesses du globe; cependant il s'en faut qu'il signale même toutes les productions végétales alors connues, car il ne paraît pas écrire d'après les manuscrits grecs d'Aristote, de Théophraste, de Dioscoride etd'iElien, tandis qu'il cite volontiers Pline, Isidore de Séville et le Salernitain Jean Platearius. Ce dernier nomenclatcur, aride, sans critique, mais observateur (luelipiefois exact, passait alors pour une auto- Stieiices et Ar;s. SCIENCES NATURELLE?. Fol, ïll.

rite fort respectable. On a tiré beaucoup de copies de ses œuvres; il en existe trois exemplaires à la Bibliothèque Nationale de Paris (n"' 6954, 6976, 6988, Ancien Fonds); mais le Buch der nalur, tout incomplet, tout informe qu'il soit, devait les faire oublier. On fit à ce livre les honneurs de plusieurs traductions; on le publia en anglais avec la dénomination pompeuse de Miroir du monde {The mirour oflhe world) ; il fut mis en latin par Coin-ad de Mcgenberg, et reçut plus tard la faveur d'une impression illustrée. Nous n'avons trouvé des faits nouveaux relatifs aux Sciences naturelles, ni dans la Lumière des apothicaires , par Quii'inus de Auguslinis de Tortone; ni dans le Trésor des aromates, du Milanais Paul Suard; ni dans le Grand luminaire , de Jacques Manlius de Bosco : ce sont des livres de pharmacologie plutôt que de matière médicale ; mais des livres, les deux derniers surtout, qui ont joui d'une vogue remarquable, ainsi que l'attestent les nombreuses éditions que la librairie en a publiées.

Une ère brillante naissait pour les sciences d'observation. La gravure autant que l'imprimerie allait aider à leurs progrès. Le siège de Mayence par Adolphe de Nassau, en disséminant les ouvriers graveurs et les ouvriers typographes, répandit d'une extrémité de l'Europe à l'autre les procédés de Guttemberg et de Schœffer, en sorte qu'on put bientôt représenter, dans un même recueil, l'image de l'objet et l'image de la pensée. Les érudits songèrent d'abord à reproduire le texte des anciens. Dans les principales villes d'Italie, s'organisèrent, pour cet objet, des associations de philologues. Pline l'Ancien, Arislote, Théophraste, attirèrent leur attention. Dès l'année 1468, Jean Spire, Johannes Spira, typographe non moins habile que linguiste distingué, fixé h Venise, préparait, aidé sans doute de quelques savants, les matériaux d'une édition de Pline. Elle parut en 1469. C'est un livre magnifique, véritable chef-d'œuvre de typographie , mais où les passages grecs sont laissés en blanc pour être écrits à la main. L'année suivante, Conrad Sweynheym et Arnold Pannartz, imprimeurs associés, publiaient dans la ville de Rome le même ouvrage. Cette fois, le célèbre philologue André, évêque d'Aléria, en avait surveillé la correction avec un soin qu'il conjura tous les copistes d'imiter, afin, dit-il, de ne point s'exposer aux ténèbres inextricables, aux peines infinies qui ont accompagné son travail. Voici en quels termes l'éditeur s'énonce : Hereneus Lugdunensis Episc. : Item luslinus ex pliilosopho Martyr. Item cum diuo ITieronymo Eusebius Cesariensis : serio poster itatem adiurarunt : ut eorum descripturi opéra conferrent diligenter exemplaria. el sollerti studio emendarent. Idem ego lum in céleris libris omnibus tum maxime in Plynio ni fiât : veliemenfer obsecro. obleslor. atq. adiuro : ne adpriora menda et lenebras inexlricabiles lanti sudoris opus relabanl. Impressum Rome in domo Pétri el Francisci de Maximis iuxla campum Flore presidenlibus Magislris Conrado Suueynlicym et Arnoldo Panaratz {sic). Deux années après, notre compatriole Nicolas Jenson, fixé à Venise, et dont les ateliers typographiques rivalisaient avec ceux de Jean Spire, osa publier à son tour un Pline qui ne mérita pas moins d'être recherché.

Aristote était encore presque complètement inédit. Les seuls fragments de ses

i:ï la renaissance.

œuvres, mis sous presse , ne se rapportaient point aux Sciences natinelles. Sa Philosophie, sa Rhétori(iue, sa Politique, intéressaient davantage, et offraient par conséjuent des chances de vente que n'offraient point ses œuvres d'histoire naturelle et médicale. Le choix du premier éditeur assez téméraire pour consacrer des sommes considc-rables à la publication d'un traité techni(]ne, qu'il attribuait à Aristole, ne lut pas heuicux. Ce typographe, appelé Lucas de Brandis, mil sous presse, en 1473, dans la ville de Mersborg (Saxe) , VAristolelis lapidarius cum aiiis lupidariis, disacrldùon sur les vertus imaginaires des pierres précieuses, suivie d'un Traité de physionomie, opuscules tiaduits du grec en latiu, fourmillant d'erreurs et tout à fait iudignes du judicieux précepteur d'Alexandre; mais, grâce aux soins de Théodore Gaza, le Traité des animaux d'Arislote allait enfin être connu. Assez heureux pour s'être procuré différentes copies du même texte , Gaza les avait coUationnées, corrigées avec une attention scrupuleuse, et ne leur avait fait subir une version latine qu'après s'être bien pénétré du sens. L'ouvrage parut à Venise en 1476.

L'année où parurent les Animaux d'Aristote, un typographe lyonnais fixé à Parme, Etienne Corallus, publia une excellente édition in-f" des œuvres de Pline, revue, corrigée par Philippe Béroalde; et Nicolas Jenson imprima le même ouvrage traduit en langue italienne. Les éditions successives du naturaliste romain l'avaient rendu familier à tous les hommes sérieux qui s'occupaient de science et d'histoire. On adopta ses idées , vraies ou fausses; on les commenta ; et l'erreur , grâce au merveilleux dont souvent elle s'accompagne, fit des progrès plus rapides peut-être que la vérité. L'imprimerie même devint complice des fausses doctrines, des préjugés, des savantes niaiseries qui se répandirent par le monde, car elle ressuscita, multiplia beaucoup d'ouvrages qu'on eût certes mieux fait de laisser dans l'oubli. Heureusement le bon grain se mêla bientôt à l'ivraie : deux philologues allemands, deux artistes typographes, Medemblich et Keller, conçurent l'excellent projet de mettre au jour des traductions latines de Dioscoride, d'Aristote et de Théophraste.

Les Sciences naturelles et la philologie venaient de faire une grande perte dans la personne de Théodore Gaza, Thessalien d'origine. Venu en Italie, comme tant d'autres, h la suite des troubles de l'Orient; attaché depuis longues années à l'élucidation des textes grecs, il avait rendu d'éminents services par la vigueur avec laquelle il avait attaqué la fousse philosophie d'Averrhoës et d'Alexandre d'Aphrodisée, pour rétablir Aristole sur son trône usurpé. Si l'exagération de son zèle, si le ridicule de ses prétentions lui ont attiré des disgrâces, Georges de Trébizonde, Jean Argyropulo, Georges Gennadius, sont venus l'appuyer, et continuer sa lutte contre les prêtres et contre les Platoniciens de Florence et de Rome. La modération, la logique, l'érudition eussent servi la science beaucoup mieux que les injures dont ces philosophes, les péripaléliciens surtout, accablaient leurs adversaires; mais du froissement même des esprits, tout pénible qu'il fût, jaillissaient les étincelles qui devaient bientôt éclairer le monde.

Le mouvement général de la librairie est toujours une indication certaine du mouvement des idées, car on n'imprime que ce qu'on espère vendre, et l'on ne vend que ce qui peut intéresser, sous un point de vue quelconque, la portion du public h laquelle on s'adresse. En parlant des éditions de Pline, d'Arislote, de Dioscoride, nous avons signalé les produits de littérature scientifique destinés aux princes de l'Église, aux évêques, aux savants, aux professeurs, assez judicieux pour apprécier la valeur des sources antiques; mais les Arabes, les scboliastes du Moyen Age avaient encore leurs partisans, leurs admirateurs. Dès lors, rien d'étonnant que, pour ces derniers, on ait l»ublié, entre 1473 et 1480, soit en Italie, soit à Augsbourg, Strasbourg, Mayence, Cologne, Louvain, etc., le livre de Mésué le Jeune sur les simples, en italien; les œuvres de Vincent de Beauvais, de Simon de Cordo, de 3Iathieu Sylvaticus; le Buch der nature, en allemand, et traduit en latin [lar Megcnberg; ainsi que beaucoup d'autres ouvrages analogues, au nombre desquels nous citerons certain traité extrait des œuvres d'Albert- le-Grand et d'Albert de Saxe, le livre De animalibus. Empressons-nous d'ajouler, pour l'bonneur du siècle, que généralement ces publications, étrangères à l'antiquité greccpie ou romaine, n'ont pas été les plus recberchées. Le seul livre qui ait conservé longtemps sa vogue, et il la méritait, c'est le livre de l'illustre agronome Pierre de Crescentiâ, dont le texte original fut peut-être édité dix fois, à la fm du quinzième siècle, à Louvain, Augsbourg, Strasbourg, Vicence, etc., dont la traduction italienne parut à Florence, la traduction française h Paris, et la traduction allemande en différentes villes, d'abord sans figures, puis avec gravures eu bois dans le texte.

Les progrès simultanés de ce genre de gravure et ceux de la typographie, le double avantage qu'on avait de représenter les objets en regard du texte, bien qu'un tel mode d'impression fût encore infiniment coûteux, inspirèrent le plan d'ouvrages qu'on n'eût point imaginés sans cela. On vit un bourgmestre de Lubeck, Arndes, amateur d'histoire naturelle, partir pour la Palestine accompagné d'un jeune artiste dessinateur, y faire ses dévotions, et rechercher ensuite dans le Levant les plantes décrites par Dioscoride, Sérapion, Avicenne, etc. Celles qu'il découvrait étaient dessinées sur pied, sauf à leur adapter ensuite telle ou telle indication qui semblait s'y rapporter. Les difficultés insépaiables d'une telle exploration , l'incertitude des déterminations d'espèces, devaient arrêter, presque à chaque pas, notre naturaliste. Quand il fut de retour, il fit graver sur bois un certain nombre de planches représentant les plantes qu'il avait vues; mais, au lieu de les décrire lui-même, il chargea de ce soin Jean Cuba, médecin de Mayence, qui feuilleta les Arabes, prit dans leurs livres les extraits le plus en rapport avec les gravures, s'attacha surtout aux propriétés de chaque plante, et fit de cette macédoine un mauvais livre. Quelques-unes des planches sont fidèles; d'autres sont abominables; il en est de purement imaginaires : de sorte que ce recueil, dont l'exécution avait coûté beaucoup, ne servit qu'à perpétuer des erreurs préjudiciables aux progrès de l'histoire naturelle. Pendant ijue Arndes poursuivait, avec une

ET LA RENAISSANCE, lenteur inexplicable, l'exécution de son entreprise, plusieurs Herbiers enrichis de gravures sur bois s'imprimaient en même teni|)s à Mayence, h l'assaw, à Louvain. Les deux premiers Herbiers, latin et allemand, parus à IMayence en l/i8i- liS") , portent l'écusson (le I'. Sclioitlcr. Celui de L<»uvain, sorti, selon toute apparence, des presses de J. Veldener, est en flamand. L'Herbier de Passaw, réimpression de l'Herbier latin de Mayence, contient cent cinquante figures gravées sur bois représentant des plantes, au-dessous desquelles on a mis leurs noms en latin et en allemand; l'année suivante, il en parut mie nouvelle édition dans la même ville. Un livre, en langue allemande, il la ibis hygiénique et botani(iue, le Jardin de la saïUi; , volume in-l", eniichi de gravures sur bois, se publiait ;i Mayence en 1483; à Augsbourg en i480 et li87; à Ulm, sans nom ni date, avec des gravures mieux soignées; à IMayence etVicenceen LWl . Ce fui seulement alors que le bourgmestre x\rndes fit paraître son recueil d'histoire naturelle, in-4", Lubeck, 1492, sans pagination et avec des titres différents, savoir : Das liuch der Kruder, et Der luslige and nugliche Garde der Sunt/ieit ( le livi-e des herbes, des [)ieries précieuses, etc.); il s'y trouve cin(] cent vingt-huit figures. Nous avons dit ce qu'on doit penser de leur fidélité. Les ouvrages de ce génie ne s'adressaient point aux savants; la traduction qu'on en faisait immédiatement en langue vulgaire, flamande et fiançaise, montre assez quel ordre de lecteurs ils devaientinléresser.

La |)ublication des éerivains arabes qui ont traité (jnelques parties d'histoire naturelle n'était {)oint négligée : on impiimait les œtivies complètes d'Avicenne, d'Avenzoar, d'Aveirhoës, de Mésué, traduites en lalin; on en détachait divers fragments qu'on mettait en langue italienne, et presque toujours Venise prenait l'initiative de ces sortes d'entreprises. Foyer commercial auquel s'alimentaient toutes les nations du monde, Venise calculait d'avance, et fort bien, les chances d'un placement. Des moyens nudli|)les d'exportation lui permettaient d'écouler ses produits avec plus de rapidité (|ue ne le laisaient les autres villes. La (piestion scientifique ne préoccupait pas le marchand de Saint-Marc; il n'envisageait guère que la question industrielle. Le choix des ouvrages qu'ont imprimés les typographes vénitiens indique plutôt le goût général des acheteurs qu'un choix arrêté avec l'intention d'être utiles. Si, dans l'espace d'une année ( 1490), les écrits des premiers médecins naturalistes arabes ont vu le jour h Venise; si, les années suivantes, on y adonné plusieurs éditions des mêmes livres, tandis que les chefs-d'œuvre de la Grèce et de Uome s'imprimaient autre part, cela lient ii la dilTérence des ca[)italistes, négociants plutôt qu'érudils à Venise, érudils ou curieux plutôt que négociants dans la |)lupart des autres localités. Au quinzième siècle, V^enise , avec ses deux cent cinquante maîtres imprimeurs, fut rentre[)ôt de la pensée considérée comme marchandise, mais l'essor des idées scientifiques et littéraires partait d'ailleurs. Le mérite d'artistes typographes tids que Jean Spire, Nicolas Jenson, Christophe Waldarfer, Adam de Ambergau, etc., l'érudition de correcteurs tels que Omnibonus, Leoniceno, Louis Carborne, attachés à leurs S ciences et Ails. • SCIENCES HâTURKLLES Fol, IX

presses; la publication, exécutée par eux, d'ouvrages de Cicéron et des livres de Pline l'Ancioii, n'infirment en rien celte opinion. Venise ne semble point avoir fait marcher d'un seul pas les Sciences naturelles, malgré les provenances vaiiées que lui procuraient ses vaisseaux. Elle n'a guère secondé davantage le progrès des autres sciences. Pour le Midi, l'impulsion principale émanait de Rome, de Florence, de Padoue, de Ferrare; pour le Nord, elle émanait de Bâle, de Mayence, de Strasbourg, de Louvain, etc. Elle surgissait également de petites villes prescpie inconnues, de simples retraites monastiques où les charmes de la vie paisible attiraient une réunion de savants dont quelques publications typographiques constataient la présence. Ainsi, quand du haut de la chaire qu'il occupait à Ferrare, Nicolas Leoniceno flt tomber .sur les admirateurs enthousiastes d'Avicenne, de Pline et des Arabistes ce blâme courageux qui retentit d'une extrémité de l'Europe à l'autre, Ferrare prit aussitôt , dans la science . plus de place que n'en occupait Venise. Leoniceno démontrait l'inexactitude 'avec laquelle Pline avait consulté les écrits de ses prédécesseurs , et combien peu il avait interrogé la nature; il adressait le même reproche plus amèrement encore aux Arabes, copistes infidi'les de Pline. « Ces gens-là, dit l'illustre professeur, n'ont jamais connu les plantes dont ils parlent; ils en pillent les descriptions dans ceux qui les précèdent et qu'ils traduisent souvent fort mal, d'où est venu un vrai chaos de dénominations, augmenté encore par l'inexactitude et l'imperléction des descriptions. >•> L'état peu avancé de l'histoire naturelle empêche Leoniceno de frapper toujours juste sur les fautes qu'il relève, sur les erreurs qu'il signale; mais sa lettre à Ange Politien , Angelo Poliziano, n'en mérite pas moins l'admiration des critiques les plus exigeants. Jusqu'il lui personne n'avait parlé un langage aussi ferme, aussi noble, aussi pur. Cet opuscule est intitulé : De Plinii el aliorum medicorum in medicinà erroribus, Ferrare, 1492, in-4°. Un savant naturaliste, Flrmolao Baibaro, ré[)Ondit à Leoniceno; Angelo Poliziano lui répondit également, et Leoniceno leur répliqua avec un ton d'urbanité, un respect des convenances, une modération pleine de noblesse et de simplicité^ véritable modèle de polémique littéraire. Pandolfe CoUanuccio vint ensuite attaquer l'illustre professeur, qui, devenu très-vieux, abandonna h l'un de ses disciples, Virunio Pontico, le soin d'une réponse.

Sous l'influence des paroles graves de Leoniceno, il s'opéra, en faveur d'Aristote, de Théophrasie et de Dioscoride, un revirement dont les Aides profitèrent pour les mettre sous presse dans leur texte original. Ces livres précieux , revus , corrigés avec une attention si scrupuleuse, avec un savoir si profond par Aide Manuce lui-même (Ex reccnsione Aldi Munidii), n'étaient pas les seuls ouvrages concernant l'histoire naturelle que les Aides missent au jour. Ils publiaient, soit à Venise, soit à Rome, en l'i88, Li97, doOl, différents ouvrages de Georges Valla sur les plantes; un Lexicon botaniiiue d'après les auteurs grecs; les Casligationes Piinianœ , d'Ermolao Barbaro, 1 V92, 1 i9:3, iu-f°; le Dioscoride, De maleriâ mcdicû Hbri novem, grœcè, 1499, in-f". Evidemment alors il y avait, chez les Aides, l'intention de compléter l'ensendjle des

connaissances d'histoire nalurelle iiiie l'anliciuité nous a léguées, et d'y joindre les nioillours commentateurs modeiiies.

A la fin du siècle, (]uan(l rilalie savante accueillait avec ti'aiiS[)ort ces diUt'rentes publications, l'ierre Caron iiiipriniail ;i l'aiis le (^r and Herbier en français , extrait dAvicenne, de Rasis, de Constantin, delsaac, de Plateaire, translaté du latin. Cet Herbier paraissait avec (luanlilé de gravures sur bois; les unes semblables à celles de l'Herbier de Mayence, quelques-unes nouvclbvs, d'autres appropriées h plusieurs descriptions diiïérentes. L'ouvrage eut assez de succès pour que Guillaume Nyvert, son éditeur, en publiât une seconde édition. Un livre beaucoup |>ius utile, œuvi'c consciencieuse de Hubert de Valle, s'imprimait presque en même temps que le Grand lier l)ier; c'est une explication des passages les plus difficiles de Pline le naturaliste, Di/ficitium Plinii explicatio, suivie d'un vocabulaire des mots techni(]ues em[)loy(''s [)ar lui et rendus à leur sens véritable. Malheureusement, beaucoup d'expressions corrompues, dont Pline ne s'est jamais servi, se sont glissées dans celle noniendatiu-e, sans (pie Robert de Valle ait cru nécessaire de les rectifier ou d'énoncer un doute. L'ouvrage parut en 1500, Paris, in-4°. Ce fut une voie ouverte aux commentateurs qui suivirent, et (pii, plus attentifs ou plus judicieux que ne l'avaient été leurs devanciers, élucidèrent le texte si difficile du naturaliste romain. Depuis la lettre de Leoniceno, depuis les observations critiques d'Ermolao Barbaro et de l'hilippe Béroalde, on n'acceptait plus son histoire naturelle que sous bénéfice d'inventaire; il se fil même à son égard une réaction injuste, et l'on se montra disposé à rejetei' toutes les choses qui, venant de Pline, n'étaient pas sanctionnées par l'expérience ou par l'observation. Rien ne saurait mieux peindre le discrédit où cet illustre naturaliste était tombé, que l'interruption qui eut lieu tout à coup dans les éditions de son livre. Entre 1409 et 1486, Venise, Rome, Parme, Trévise, avaient rivalisé d'émulation pour les multiplier. Il en parut neuf; mais tout à coup la vente de l'ouvrage se ralentit, à ce point (pie, pendant trentedeux ans, jus(pi'à l'impression de 1518 faite avec les corrections d'Ermolao Barbaro, les anciennes éditions suffirent aux besoins du public. Une compilation d'importance médiocre, intitulée Opusculum sanctorum peregrinationum , par Bernard de Breydenbach, publiée en 1486 avec des figures d'animaux étrangers exécutées assez grossièrement, prit date dans les annales d'histoire naturelle. Deux siècles plus tard, Linnée lui emprunta une figure de guenon insérée dans sa dissertation sur les anthropomorphes, ou animaux semblables à l'homme.

Lorsque l'ancien monde renaissait de ses cendres presque éteintes, un monde nouveau appelait les explorations des Européens. Le 6 septembre 1492, Christophe Colomb mettait à la voile; le mois suivant, il prenait possession de plusieurs îles importantes, parmi lesquelles Cuba, qui pour l'Espagne vaut encore un grand royaume; il découvrit ensuite la Jamaïque, ])uis Paiia, dans le continent occidental qu'il rêvait. Ces conquêtes rapides éleclrisèrent l'ambition rivale de dinérents navigateurs. Dès l'année 1497, Vasco de Gama ayant doublé le cap de Bonne -Espérance,

LE MOYEN AGE aborda Calicut; tandis que, d'un autre côté, Améric Vespuce, parti la même année, découvrait la lerre ferme à laciuelle il donna son nom. Ce n'était point l'iiraour de la science, ni le désir de comparer les deux hémisphères séparés par l'Océan, qui faisaient exécuter d'aussi longs voyages sur des mers inconnues : les rois voulaient élendrc" leur puissance, accroître leurs richesses, et quelques hommes intrépides, mus i)ar le besoin d'opérer de grandes choses, mettaient leur existence et leur gloire à la solde des rois. Dans ces nombreux navires qui revinrent en Espagne, en Portugal, chargés d'or et de produits exotiques, à peine s'il se trouva cpielque objet recueilli par une main curieuse dans un but d'ulililé philosophique. Cependant on en rapporta le gaiac, ()ui allait devenir si précieux contre la maladie syphilitique; le sassafras, la salsepareille, et différentes productions analogues employées par les Indiens pour certaines circonstances maladives. Ici encore, comme il est arrivé de tout temps, la matière médicale s'enrichit de substances variées dont l'observation constata les propriétés, bien avant qu'un esprit judicieux les classât d'après l'ordre naturel qui doit K'ur ai)partenir. Bientôt l'amour de la science entraîna aussi quelques hommes au delà des mers. Cardan parle {Variélés, livre VIII) d'un médecin appelé Codrus, qui paya de sa vie cette louable curiosité. Son exemple eut des imitateurs plus heuienx, et, dans les premières années du seizième siècle, on vit quelques naturalistes italiens, espagnols, portugais et allemands, se livrer à la recherche, h l'étude des [)roductious exotiques que fournissaient , en abondance, les vastes territoires nouvellement découverts. D'autres naturalistes explorèrent l'Asie, principalement la Grèce et l'Egypte, de sorte qu'il s'opérait parmi les observateurs une ligne de démarcation tranchée, ceux-ci inclinant vers les anciens, cpi'ils considéraient comme la source de toute lumière; ceux-là séduits par les merveilles du continent américaiji et par celés des Indes, où venait d'aborder Albuipier.iue (1503), et négligeant les traditions du vieux monde pour ne s'occupei' que des spécialités du nouveau. A cette épo(iue, dans les deux premières décades du seizième siècle, un savant naturaliste, Jean Léon l'Africain, lit en Egypte, en Arabie, en Arménie, en Perse, sur les côtes de Tiipoli, des voyages dont la relation est encore utile à consulter; Pierre Martyr, chargé d'une mission diplomatique en Orient, profita de la circonstance pour vérifier sur les lieux les données d'Aristote, de Théophraste et de Dioscoride; Jean Manardi herborisa en Pologne et en Hongrie; le médecin Du Bois d'Amiens, dit Jaccpies Sylvius, parcourut une partie de la France, de l'Allemagne et de l'Italie, pour étudier les productions de la nature; beaucoup d'autres jeunes médecins suivirent son exemple. Le goût des voyages, des explorations lointaines, devint général; on eut l'idée de faire des collections d'objets d'histoire naturelle, de cultiver les planli's exotiques, de multiplier certaines espèces indigènes; riiorticulluie prit du développement, et l'on vit, vers loOO, un prêtre messin, maîtie François, découvrir la greffe herbacée, dont l'idée, peidue pendant trois siècles, a été reproduite par Tschiidy et donnée comme une invention nouvelle : MuUa renasceiUur quœjum cectdére, dit Horace.

l'T LA HENAISSANCL.

Ollioii IJriiiiIcLs et Jean Mauarcli, décèdes à deux années d'inlervallc, en lo3/i- 1536, après une longue existence consacrée à l'étude de la nature; Euricius Cordus, mort en 1535, et dont la diction non moins facile qu'élégante sut relever l'aiidité de l'enseignement universitaire, furent un véritable trépied, placé au point de contac t du (juinziiMiic siècle avec; le seizième, pour personnifier l'action multiple, le caractère vérilahle de l'universalité d'ellorls cpii constituaient alors le progrès dans les Sciences naturelles. Brunlèls, né à Mayence, ne fut pas seulement éditeur ou traducteur de Dioscoride, de Sc-rapioii, d'Averroës, de Hhazès, de Paul d'Egine; il observa par luimême, élucida les textes, et décrivit beaucoup de plantes dont ne parlent pas les anciens. Son ouvrage le plus important est intitulé : Herbarum vivœ icônes ad nalurfr imilalioncm sumttid diligentid cl atiificio cffifjiakr , und cum c/fcclibus cnrumdcm : (juibits adjecla est ad calceni appcndix isagogica de usu cl adininislraliou'' simplieium, Sti-asbourg, 1530- 153G, 3 vol. in-f". C'est un recueil de tout ce que les anciens ont écrit sur cliaque plante, enrichi de deux cent trente planches gravées avec beaucoup de soin, bien supérieures à tout ce qui s'était fait antérieurement dans ce genre. Il en |)arut, en moins de dix années, trois éditions, et le même succès couronna l'impression du texte allemand que Brunlèls avait commencée deux années avant de mourir. VOnomasHcon mcdictnœ , conlincns omnia nomina herbarum, /'rucluum, arborum, seminum, /lorinu , lapidum preliosorim , etc., etc., vocabulaire général imprimé à Strasbourg en 1533, fut aussi très -recherché : on en donna plusieurs éditions. Manardi, brillant successeur de Leoniceno dans la chaire que cet homme illustre tenait h Ferrare, n'écrivit point, h beaucoup près, autant que Brunfels; mais ses Ànnolaiiones cl ccnsiirœ in Joannis Mesuœ siiuplicia et composda soi'tent de la ligne ordinaire des commentaires. Leur apparition conflrma la haute opinion qu'avaient inspirée de son savoir, comme médecin et comme naturaliste, ses lettres médicales, Médicinales epistolœ , imprimées successivement à Ferrare, Paris, Strasbourg, Francfort, Bâle , Venise et Lyon. Presque toujours il appelle à son aide les Grecs et l'observation , contre les allégations hasardées, mensongères des naturalistes arabes. Euricius Cordus, poète plutôt que savant, auteur d'un liolanologicum , seu colloquium de licrbis , Cologne et Marbourg, 1534 et 1535, sacrifia souvent, au désir de briller, par un vain luxe d'érudition , l'observation de la nature; mais il en fit sentir les merveilles et lui conquit des admirateurs. Son fils Valérius, qui, des bancs de l'Université de Marbourg, alla visiter la Saxe, le Hartz, la Bohême, l'Autriche, afin d'étendre les connaissances botaniques qu'il avait précédemment acquises, revint iiuehiue temps après à Marbourg, expliquer aux élèves de l'Université le texte de Dioscoride et enrichir le jardin botanique qu'Euricius Cordus avait commencé. On lui doit la connaissance d'un grand nombre de plantes nouvelles parlaitement étudiées, et la composition d'ouvrages recommandables publiés depuis par le savant Gessner. La mort prématurée de Valérius fut une perte réelle pour la science; mais l'élan était donné et beaucoup de jeunes naturalistes rivalisaient d'émulation. Ainsi : Ghini ,1e mai ti'e d'Ulysse AIdrovandi, occu- ScietcES el Ans. SCIENCES NATURELLES. Fol XL

pait à liologno une chaire <le botanique, rivale illustre de la chaire fondée à Padoue eu 1533 pour le même objet; Antoine Musa, Léonard Brassavolo, disciple de Leoniceno, émule de Manardi , savant philologue et bon observateur, soutenaient h Ferrare l'éclat d'un enseignement séculaire. Ln Allemagne, Simon Gryna3us donnait une nouvelle édition grecque d'Aristole, Bâie, 1531, in-f°; Bouck , dit Tragus, herborisait dans le Palatinat, les Vosges, l'Alsace, la Forêt-Noire et sur les bords du Rhin; Fuchs, médecin non moins judicieux qu'érudit, botaniste distingué, s'appliquait à signaler les erienrs grossières de ceux tjui avaient appli(jué, sans restriction, les noms grecs ou arabes des plantes, aux végétaux qu'on rencontre dans l'Allemagne. Ses Commenlarii insignes, remarquables en ce qu'ils donnent des descriptions exactes dont le mérite est relevé encore par d excellentes figures, n'ont commencé de paraître qu'en 1542, mais déjà la réputation de Fuchs se trouvait faite, même comme naturaliste. L'Alsacien Laurent Fries, l'imprimeur francfortois Chrétien Égenolf, le comte de Neuenar, méritent également d'être cités au nombre des promoteurs ardents de l'histoire naturelle. Dans toute l'Allemagne, surtout aux bords du Uhin, les Sciences naturelles comptèrent des disciples zélés; elles en eussent compté davantage encore si l'alchimie, la chimiatrie, n'avaient point préoccupé beaucoup d'individus doués d'une imagination vive qui consumèrent , en de vaines recherches, leur existence et leur fortune. L'Angleterre suivait l'Allemagne de fort loin; la Hollande, de plus loin encore. L'Espagne, le Portugal, dont les vaisseaux sillonnaient des mers immenses, qui chaque jour découvraient des rivages inexplorés, étaient absoi'bés par une seule pensée la pensée de I'ot'; car, dans ce grand nombre de voyageurs qui abordent l'Amérique et les Indes, nous ne trouvons qu'un seul observateur à citer : Gonzalès Hernandez de Oviedo, auteur d'une hisioire générale et naturelle des Indes publiée en 15'26, lo3o, 1541, à Tolède, Séville, Salamanque, etc. C'est quelque chose de bien incomplet assurément, mais du moins s'y trouve-t-il une description assez bien faite de quantité d'animaux, d'arbres, d'arbustes et de plantes inconnus jusqu'alors.

Pendant un demi -siècle, la France avait semblé se tenir à l'écart du mouvement imprimé aux Sciences naturelles. Parmi tant d'inutilités théologiques" sorties des presses de .ses imprimeurs, h peine si l'on aperçoit çà et là (pieUpies ouvrages ayant pour objet l'étude de la nature. On cite une édition latine de Dioscoride faite à Lyon, en 1512, d'après celle de Cologne de 1478; une autre édition latine, infiniment plus correcte, due à Jean Huelle, dont nous parlerons tout à l'heure, et qui parut à Paris en 1516; une édition de Pline sortie de la même ville en 1532, et quelques livres d'une moindre importance. Dans notre pays, il arrivait rarement qu'un ouvrage sérieux subit l'heureuse chance d'une réimpression immédiate : preuve évidente de la lenteur de sou débit. Trente années se sont écoulées entre la première et la seconde édition française de Pline le naturaliste. Il n'est donc pas surprenant que nos typographes aient souvent hésité de courir les hasards d'exploitations scientifiques, toujours très-dispendieuses et pour la réussite desquelles il fallait, au préalable, un

i:t la henaissance.

public à leur porléo. Le télcbrc imprimeur Charles Eslienne, anatoniiste et médecin , qui joignit à des connaissances philologicpies piolondes le goût de l'histoire naturelle, qui fut une de nos gloires liltéraires les plus grandes, et qui mourut victime de l'intolérance religieuse, ayant voulu servir la science sans compromoltre son industrie personnelle, lui ohligt- de composer el de pid)lier des livres d'iitililé pratique. Son vocabulaire d'iiisloire naturelle, dont les nombreuses éditions allesleut le succès, devint une spéculation excellente. Il ne vendit pas moins bien divers opuscules d'agronomie, d'horticulture, de bolanicpie et de sylviculture, qui, réunis, constituèrent la base du Prœdium ruslicum, ou Maison rustique, devenu si popidaire quand Liébaull, gendre de Charles Estienne, en eut l'ait une traduction. Le jardinage était ii la mode; l'amour-propre des gens riches se tournait de ce côté : c'était h (pii posséderait quelque plante inconnue, quel(]ue (leur venue de loin, l'rinces et prélats, gens du monde el plébéiens s'occupaient volontiers d'horticulture; plus l'agitation politique prenait d'accroissement, plus on savourait les charmes de la vie paisible. Le cardinal Jean Du Beilai, le cardinal de Lorraine, les deux hommes d'État de celte époque qui ont eu les plus grandes affaires à traiter, font date dans l'histoire du jardinage et des plantes : ils encourageaient, ils favorisaient les bonnes cultures; ils comprenaient l'utilité de la botanique, et maintes fois on les a vus secouer le pesant fardeau de la politique pour aller, l'un à Meudon, l'autre à Saint-Maur, vivre loin des hommes, au milieu des fleurs. On cite trois jardins publics de botanique fondés dans la première moitié du seizième siècle : le jardin de Passaw, commencé en 1533 par Daniel Barbare; le jardin de Pise fondé dix années après par Ghini, qui, l'année suivante, établit également celui de Florence aux frais des Médicis. Les jardins de Cordus, de J.-.\. Nordeciiis Cassellanus et de Du Beilai n'étaient point ouverts au premier venu. Il en existait d'autres que Charles Estienne n'aura point connus, et qui furent, pour les naturalistes, une source précieuse d'explorations. Conrad Gessner cite notamment les jardins de Dominique Obrechl, de Jérôme Messaria, d'Israël Mankel, à Strasbourg. On y cultivait beaucoup de piaules exotiques que sans eux, peut-être, ce Pline de l'.Xllemagne n'eût jamais vues ni déciites.

Nous ariivons enfln au moment décisif où les Sciences naturelles, alîranchies de leurs entraves, prendront un libre essor. Déjà les recherches sont devenues plus sérieuses, les gravures plus fidèles : un Français, Jean Uuelle, chanoine et médecin, philologue et natin^alisle, auteur de la seconde traduction de Dioscoride imprimée par Henri Eslienne, a publié, eu 1530, à Paris, sur la naluie et lliisloire des plantes, un ouvrage remanjuable, reproduit presque aussitôt à Bàle et à Venise; livre rempli d'érudition, d'aperçus judicieux, auquel manque une seule chose pour être excellent, l'expérience que donnent les voyages. Ruelle n'a jamais été au delà de l'Ile-de-France et de la Picardie , aussi confond-il souvent les plantes de Grèce et d'Italie avec celles qu'il a sous les yeux. Vllistoria slirpium , de Léonard Fuchs , le plus grand botaniste du seizième siècle, le premier qui ait pré.senlé les plantes d'une manière convenable , est

le seul livre comparable au livre de Jean Ruelle ; il parut en 1542. Ruelle donne trois cents espèces avec leur nom vulgaire en français; Fuchs en présente cinq cents gravées au trait, mais très-exactes et sur une grande échelle.

De la même époque date l'ère féconde des observations transatlantiques, des voyagas véritablement utiles : les Portugais ont ouvert le chemin de la Chine, conquis le Bengale, abordé au Japon; les Espagnols occupent le Pérou, le Mexique, la Floride; on peut parcourir l'Amérique, faire le lour continental de la Chine, des Indes et de l'Afrique jusqu'au Congo, et commencer de sérieuses études, à l'abri des étendards européens plantés sur lous les principaux rivages. Une société pleine de résolution et d'audace, la société des jésuites, occupée de la conquête morale des populations, rendit d'importants services à la science. Les premiers faits d'histoire naturelle recueillis avec intelligence, au delà des mers, nous viennent des jésuites. Le Japon notamment leur a fourni d'intéressantes relations. Dans un temps où la diplomatie n'était pas encore une science, les ambassadeurs, soit jésuites , soit hommes de cour, avaient la double mission d'entretenir de bons rappoits avec les souverains étrangers et de recueillir des notions exactes sur les productions exotiques : ainsi , le nom de Busbecq, cet inf;iligable botaniste chargé d'affaires de France à la Porte, est inséparable du nom de Maltioli; celui de Pélicier, ambassadeur français h Venise, inséparable du nom de Rondelet: ainsi , l'on doit h Sigismond de Herberstein , ambassadeur de Maximilien 1" près de Basile iV, grand-duc deMoscovie, la connaissance du bison de Lilhuanie, et celle du bœuf sauvage, type original du bœuf domestique. L'ouvrage de Sigismond, Rerum moscovilarum commenlarii, composé en même temps que celui d'Olaiis Magnus, archevêque d'Upsai , intitulé : Hisloria de genlibns septenlrionalibus , concourut, avec ce dernier, à fixer l'attention publique sur des pays inexplorés. OlaiJs. trompé par les récits exagérés ou mensongers des Suédois réfugiés en Italie, fut beaucoup moins vrai que Sigismond et charma davantage. C'est Olaûs qui attribue au glouton la pensée instinctive de comprimer son estomac contre un arbre, pour se décharger de l'excès de nourriture et ingérer de nouveaux aliments; c'est lui qui parle de serpents longs d'une lieue et demie; qui donne l'histoire du kraken, poulpe gigantesque, pris pour une île par certains navigateurs, et s'enfonçant dans la mer après qu'on y eut jeté l'ancre . . . Une carte géographique, publiée à Venise, consacra, popularisa les idées fabuleuses d'Olaiis Magnus.

Enfin, l'expérience que donnent les voyages, quand l'observation lui vient en aide, un homme de génie allait l'employer : vers 1535, partait d'une misérable cahute du Périgord, la besace sur l'épaule, un simple ouvrier de vingt-cinq ans; il parcourut les Pyrénées, traversa la France, l'Auvergne, le Dauphiné, le l'oitou, la Bourgogne, la Franche-Comté, la Lorraine, les Ardennes, la Champagne, les Pays-Bas, les bords du Rhin, s'occupant à la fois de vitrerie, de poui^lrailure et d'arpentage; étudiant la topographie, les accidents du sol, les curiosités naturelles; visitant les carrières, les mines; interrogeant tour à tour les paysans et la nature, et se faisant une éducation

i:t la uknaissance.

scieiilifique, aidé de la seule puissance de son esprit. Ce jeune homme s'appelait Bernard Palissy. Ses excursions étaient terminées en 1B39, quand, après quelques années de réflexions et(l(> labeurs, pendant lescpiellcs il apprit, dit- il, la science avec les dents, expression d'une vc'-rili' pc-nihlc, (|ui rend bien ses privations, l'ouvrier, le potier de terre, le [)auvrc tuilier périgouidin , sans éducation, sans aucune notion de littérature ou d'histoire, se trouva grandi de toute la hauteur des premiers savants, des premiers artistes du monde. Il avait deviné les lois fondamentales, découvertes trois siècles plus tard , et il n'allendail que le moment de fixer les bases sur lesquelles reposent encore la géologie, Iborlii ulture et certaines pailies de la pliysi(jue. Les troubles religieux, les malheurs de l'alissy retaidèrent de treutc-cinci années celle manifeslaliou de vérités utiles; trente cinq années d'attente!... Mais la conviction du grand honuiie n'en devint que plus profonde et son succès plus assuré. Les souffrances qu'il éprouva sont inimaginables; lui-même en a laissé la touchante description : c'est un des morceaux les mieux écrits dans notre langue. Obligé de réitérer sans cesse de coûteuses tentatives, jiour obtenir les émaux dont il posséda le secret bien avant d'en connaître la cuisson, il consomma sa ruine, connue George Agricola consomma la sienne, avec la certitude d'atteindre un résultat final. H y eut beaucoup d'analogie entre ces deux illustres contemporains. L'époque active de leurs travaux coïncide tout à fait : Agricola fit en Saxe, pour la métallurgie, ce qu'en France opéra Palissy pour la terre émaillée. Tous deux eurent de puissants |)rotecteurs, de généreux Mécènes, qui, néanmoins, demeurèrent au-dessousdes exigences de la science et des besoins cruels que ressentait le génie en lutte avec les impossibilités de la misère. A ceux de ses amis qui lui conseillaient d'exercer la médecine plutôt que de continuer des recherches dispendieuses, Agricola répondait : » H en est de la médecine comme des » ordres sacrés : ce sont les lieux communs de l'intelligence humaine; tout esprit » médiocre peut y voyager h loisir. ÎMais la litléralure! mais les sciences ! le génie seul » y conduit, et lui seul a droit d'y légner. » Selon Cuvier, Agricola est en minéralogie ce que fut Conrad Gessner en zoologie. La partie chimique, la partie dociuiastique surtout de la mélallurgie, sont déjà traitées par lui avec infiniment de soin et de clarté. Les modernes ne les ont pas beaucoup perfectionnées depuis. Le premier ouvrage d'Agricola, point de départ lumineux, sous forme de dialogue entre Nicolas Ancone, Jean Nœsius, ses maîtres, et le chimiste Bergmann, a pour titre : Bergmannus, seu dialogus de re melallica. Il parut à Bàle en lo30; à Paris, en 1541 ; puis, à Leipsick et à Genève. Ses ouvrages De orlu el causis sublerraneormn , in-fol. ; De re melallica, in-fol., ont été publiés h Bàle, en 1546, et son livre De animanlibus subterraneis , dans la même ville, deux années jilus tard. Ils acquirent à leur auteur la plus grande, la plus légitime célébiité. On en fit plusieurs éditions successives; on les traduisit en allemand; Venise imprima, en langue italienne, l'ouvrage De orlu el causis subterruneoruin. L'u seul homme, plus heureux sans avoir été plus riche qu'Agricola, et marchant sur la même ligne, pouvait rivahser de gloire avec lui : c'était, ScieDces et Arts. SCIEHCES HÂTUMLES. Fol. Xlll.

nous l'avons déjà nommé, Conrad Gessner. Appelé le Pline de l'Allemagne , irésor d'érudition prodigieuse, on pourrait lui appliquer ces paroles, qu'il mérita certes mieux que Casaubon : ô bibliographorum quidquid esl, assiirgile huic làm colendo nomini! Né à Zurich, mais élève des écoles de Strasbourg, de Paris et de Montpellier, Gessner, par son éducation, appartient à la France autant qu'à la Suisse; par l'ordre et la méthode qu'il introduit dans ses ouvrages, il se rapproche même beaucoup plus de l'esprit français que de l'esprit allemand, et forme une honorable exception, au milieu de l'amas confus de connaissances indigestes qu'entassent à plaisir ses contemporains. On possède de Gessner des ouvrages fort importants sur les trois règnes de la nature. Toutefois, quoique sa correspondance témoigne certaines recherches relatives aux minéraux, il s'en occupa peu, persuadé qu'il était de l'impulsion qu'imprimerait Agricola à cette paitie des sciences. La zoologie et la botanique l'absorbèrent essentiellement. S'il n'a établi, en zoologie, ni genres, ni classification systématique, du moins il indique souvent les véritables rapports qui existent entre les êtres. Ses travaux sur les plantes ne sont pas d'un ordre inféiieur à celui de ses travaux sur la zoologie; peut-être même y montre-t-il des vues plus larges et plus fécondes. Créateur véritable de la botanique scientifique, Gessner découvrit le premier l'art de déterminer les planles par l'examen des organes de la fructification. Il indiqua plusieurs familles naturelles, leconnut au delà de huit cents nouvelles espèces, et introduisit l'usage d'appliquer aux végétaux les noms des naturalistes célèbres. Après différentes compilations savantes, aujourd'hui dénuées d'intérêt ; après avoir étudié dans leur texte original, Aristote, Dioscoride, Théophraste, Pline, i^îlien, dont il donna une édition complète, annotée; après avoir consulté les modernes, surtout Cordus, Brassavole et Tragus; après d'infatigables herborisations en France, en Allemagne, en Alsace, en Suisse, en Italie, à travers les Vosges, les Alpes et le Jura; sachant plus de choses qu'aucun naturaliste de son époque; ayant presque toujours eu à ses côtés un dessinateur et un graveur chargés de représenter les objets qu'il décrivait , Gessner commença, vers 1550, la coordination des nombreux matériaux que lui avaient procurés ses lectures, ses courses et sa coriespondance avec la plupart des savants de l'Europe. 11 voulait publier l'histoire naturelle du monde connu, entreprise gigantesque, mais qu'on ne doit trouver au-dessous ni de sa patience, ni de son génie. Gessner comptait sur une longue vie; le ciel la lui fit beaucoup trop courte, et sa grande œuvre, dont il regretta sans doute de ne point s'être exclusivement occupé, demeura inachevée. Le premier livre de VULsloria animalium, traitant des quadrupèdes vivi|)ares; le deuxième livre, des quadrupèdes ovipares; le troisième livre, des oiseaux; le quatrième livre, des poissons et des autres animaux aquatiques, eurent l'avantage de paraître, sous les yeux de l'auteur, à Zurich, en 1551, 1554, 1555, 1558: même, l'histoire des oiseaux fut traduite, pres(iue aussitôt, en langue allemande, par Rodolphe Heussiin ; celle des poissons et celle des cpiadrupèdes, par Conrad Forer, qui, imprimant leur version dans la vdie de Zurich, où demeurait Gessner, fournissaient un texte aussi exact que le texte ori-

ET LA UKNAISSANCK.

giiial. Los aiiiiiiaiix sont rangés d'après l'ordre alpliabéticjuc de leurs noms latins, auxquels Taulcur ajoute les noms qu'ils portent dans les différentes langues anciennes ou modernes; puis, il les décrit, inili(|ue leurs variétés, leur patrie, leurs mœurs, leurs habilndes, leurs maladies, leur utilité dans l'économie domesti(juo, la médc(;ine et les arts; les images (pTils (Mit fournies à la poésie, à l'élociuencc, à l'art hérahTKiue. Les passages des écrivains anciens, ceux des modernos, qui peuvent ollrir qucl(jiie rapport avec l'animal en (jucstiou, sont fidèlement rapportés. On a peine à concevoir une érudition si vaste, et le goût qui y préside n'est pas moins digne d'adinir-ation. Ce prodigieux répertoire, base de tous les ouvrages publiés depuis sur la zoologie, est un excellent guide où bien des gens vont em[)rnnter leur savoir factice. La clarté, l'exactitude, la conscience, la finesse d'aperçus de Conrad Gessner lui permettent de dominer encore l'horizon de la science, il avait fait un travail analogue sur les végétaux, consulté deux cent soixante auteurs, réuni ipiinze cents figures excellentes, la plupart gravées, et rédigé quantité de notes. Au mois de décembre 1365, quand il vit s'approcher la mort, il appela près de son lit Gaspard Wolf, son disciple bien-aimé, lui légua ses manuscrits, et le chargea d'en publier ce qu'il jugerait utile. Wolf mit au jour, beaucoup [tlus tard, la partie de l'histoire des animaux concernant les serpents, et vendit, pour la somme minime de cent ciutpiante florins, à Joachim Camerarius, tout ce qu'il put réunir de fragments et de planches de Gessner relatifs aux végétaux. Les recherches sur les insectes sont |)erdues; ses idées sur les fossiles, les pétrifications et les cristaux se trouvent résumées à la fin du recueil intitulé De omni rerum fossilium génère, etc., ipi'il fil imprimer en l.jo5, Zurich, in-8°. Pour bien connaître, bien apprécier cet illustre naturaliste , il faudrait [louvoir lire toutes ses œuvres; il faudrait le suivre h travers l'immensité de sa correspondance, véritable réseau scientifique qui liait entre elles les différentes parties de l'Europe; qui, d'une foule d'observateurs studieux répandus par le monde, formait un faisceau de forces morales concourant au même but. A la période la plus active des travaux de Gessner correspondent les voyages l'ruclneux de Benzoni en Américpie; de lîélon, de Fumet, de Pierre Gilles, deThevet, dans le Levant; ceux de l'Anglais William furner, du Prussien Wieland, d'Aldrovandi, de Hondelet et de Jérôme Cardan ; c'est l'époque des herborisations de Nicolas Mutoni et de Maianda , tant en Suisse qu'en Italie; de Dalechamp, qui parcourut pendant trentesix années le Dauphiné et les provinces voisines; de Guillaunve du Choule , au mont Pilate où l'avait précédé Conrad Gessner; pérégrination considérée jusqu'alors comme périlleuse, entourée des embûches des mauvais esprits, et qu'on ne pouvait exécuter sans un jtermis dûment légalisé parle gouvernement de Lucerne. Dans le nième but d'études scientifiques, Adam Lonicer parcourait les rives du Mein; Dodonaeus ou Dodoeus, la Belgique et la Hollande. C'est le temps où se développa la pensée des collections; où le cabinet de chaque observateur devirit un recueil de souvenirs, une réunion de titres, de preuves et d'exemples. On attribue à Gessner l'idée du premier cabinet d'histoire natuielle ; erreur : la même idéu devait naître spontanément chez quiconque voya-

geaitdans un but sérieux. Notre Palissy, notre Anibroise Paré, qui n'était cependant pas grand natnraliste, s'étaient lait un cabinet de curiosités, avant que Gessner eût songé h commencer le sien. Il existait sans doute beaucoup d'autres collections analogues; un naturaliste, à moins de se condamner au triste rôle de compilateur, ne pouvait écrire sans avoir sous les yeux ses preuves à l'appui.

Nous avons déjà signalé la vallée du Rhin, depuis SchnITouse jusqu'à Dusseldorf, comme une sorte d'arène littéraire oîi luttaient d'infatigables jouteurs, où les amis de la nature se donnaient rendez -vous. Centre de l'Europe, aboutissant aux Alpes et h la mer, offrant dans une étendue de cent cinquante lieues les sites les plus variés, les productions les plus diverses, l'industrie commerciale la plus active, les hommes les plus remarquables, le Rhin, de sa voix retentissante et solennelle, attirait presque tous ceux qui cultivaient les sciences d'observation. Beaucoup de jeunes médecins suisses, allemands, français, belges, italiens, au terme de leurs études, faisaient une excursion sur les rives du fleuve et s'arrêtaient volontiers à Bâie, Strasbourg, Mayence, Francfort, villes savantes dont les institutions libérales faisaient la renommée. Strasbourg et Francfort publièrent les travaux pharmacologiques de Rémacle Fuchs, de Gualter Hermann Rylf; la traduction de Dioscoride, par un ami de Gessner, J. Dantz d'Ast; les brochures polémiques engendrées par la discussion de Jean Cornarus avec L. Fuchs; le lexicon botanique trilangue de l'Alsacien David Kyber, etc. Rren ailleurs n'approchait d'une semblable émulation. Il convient, cependant, de signaler les observations d'histoire naturelle de Pompilius Azali, de Plaisance; les écrits sur les plantes médicinales des Indes, dus à Gracias-ab-Ortâ et à Nie. Menardes; les recherches de Gaspar Peucer, gendre de Melanchton ; la publication de l'herbier belge et des autres travaux de Dodon.icus; les découvertes de Fallope; les travaux de William Turner, botaniste non moins distingué qu'anatomiste; mais surtout les Commentaires de Matthioli sur Dioscoride, répertoire considérable et d'un grand intérêt historique, puisqu'il renferme presque tout ce qu'on savait alors sur la botanique médicale. Matthioli avait eu recours, ainsi qu'Anguillara, aux manuscrits grecs les plus anciens, afin de rétablir les passages altérés. L'édition de 1563, que nous croyons la douzième, est fort estimée. Elle contient les meilleures planches en bois qui eussent encore paru; quelques-unes malheureusement sont faites d'imagination. Anvers, Lyon, Paris payaient aussi , d'une manière fort large, leur contingent aux Sciences naturelles. Des ateliers typographi(|ues d'Anvers, sortirent le Dioscoride espagnol d'André Laguna et celui de Tarava; \lUsloria f'rugum, Vlllstoria slirpium et \ lier bar lus belgicus de Dodonaeus; l'histoire naturelle du Nouveau-Monde, par Jérôme Benzoni, qui reçut presque aussitôt la faveur de traductions latine, anglaise et française; les éditions latines de Gracias-ab-Ortâ, de Menardes, etc. Lyon publia non-seulement un Pline latin, mais encore une traduction de ce naturaliste, par du Pinet; une traduction française de Dioscoride, par Martin Mattacus; une traduction des Commentaires de Matthioli, [»ar le même du Pinet, et quantité de livres sur la [)harn)acologie ou sur la matière

médicale. Paris réédita Dioscoridc , revu par Jac(|ues Goiipyl, impression correcte, ornée des planches de Vllorlus sanilalis; domia , concurremment avec Lyon, plusieurs éditions de Jérôme Cardan; fit connaître les premiers travaux d'histoire naturelle de Jacques Sylvius, de Bernard Fiiclis; les voyages de Pierre Gilles, de Béion , et, ce qui a plus d'importance , VJJistoire de lu nulure des oiseaux de ce même Bélon . un des obseï'vateurs les plus exacts, un des nomenclatnristes les |)lus judicieux d'une époque où la recherche du merveilleux égarait tant d'imaginations. Bélon, mort assassiné en 1564, à l'âge de quarante-sept ans, après s'être procuré, par de longs et pénibles voyages, une précieuse collection d'histoire naturelle, avait coiiq)ris la nécessité de traiter l'ornithologie avec ordre et de classer les oiseaux; mais sa méthode n'olï're rien de convenablement arrêté; il range les individus d'apiès leurs habitudes et quclciuelois d'après leurs formes extérieures et leur organisation. Le premier livre de ce traité, consacré à l'anatomie des oiseaux comparée avec l'anatomie humaine, est digne du plus haut intérêt, rempli de vues ingénieuses, d'aperçus oiiginaux, et place le naturaliste français au niveau de Conrad Gessner; car, si le naturaliste suisse a trouvé les éléments de la classilication des plantes, Bélon a découvert ceux de la classilication organique des ovipares. Dans un livre intitulé : Remonlrances sur le défend du labuur el culture des plantes, etc. (Paris, 1558, in-8"), Bélon conseille la fondation d'une pépinière d'arbres étrangers qu'il désigne nominalement; il voudiait aussi que, c pour la délectation et pour l'augmentation du savoir des doctes, » on cultivât, dans un lieu public, diverses espèces de piaules; idée réalisée un demi -siècle après à Paiis, quand aux quatre jardins botani(jues cités précédemment, Bologne, Home, Leyde, Leipsick, Altdorf et Montpellier avaient depuis longtemps ajouté le leur.

Kondelet, Salviani, considérés comme les plus grands ichthyologistes de France et d'Italie, connaissaient Bélon. Une rivalité lâcheuse les brouilla, lorsque, réunis fortuitement dans la ville de Rome, ils élaboraient une œuvre d'ensemble, dont chacun d'eux revendiquait la gloire. Les publications de Bélon ont devancé celles de ses émules; mais Salviani, noble Romain, imprimait déjà chez hn son Aquatitium aniinalium Instoria, et Rondelet, qu'aidait puissannuent la bourse de Pellicier, hâtait l'apparition de son ornithologie et de son ichthyologie , publiées l'une et l'autre entre les années 1554-1558. L'ouvrage de Salviani , remarquable principalement par ses planches sur cuivre, les premières qu'on ait introduites dans les livres d'histoire naturelle, a foit bien connaître les poissons du Tibre, ceux de l'iUyrie, de l'Archipel, et certaines espèces de serpents et de mollusques; Rondelet a mieux décrit qu'aucun moderne les poissons de la Méditerranée; Bélon, ceux du Nord, des côtes de l'Océan et de la Manche. Dans l'un comme dans l'autre recueil, il n'y a ni ordres, ni genres, ni disposition d'espèces ; rien du plan systématique, que l'abondance des choses aujourd'hui connues rend indispensable pour se retrouver. Bélon et Rondelet, néanmoins, ne laissent point inaperçus divers rapports, diverses coïncidences entre les espèces; Rondelet a même soin de grouper les siennes d'après l'ordre des genres, et il montre des connais-

sances d'anatoniie comparée, qui liennent à la nature du prolessoral qu'il exerçait à Montpellier. Trois siècles d études n'ont pu faire déchoir Salviani, Bélon et Rondelet, les deux derniers surtout, du point élevé qu'ils occupaient dans les Sciences naturelles. Ils servent encore d'autorité.

En regard d'observateurs aussi graves, d'érudits aussi profonds et d'écrivains aussi distingués, nous ne placerons assurément ni Thevet, ni JeandeLéry, voyageant comme voyagent des touristes, recherchant les singularités, ramassant sur les anomalies de la nature quantité de faits apocryphes. Us expliquent, par l'intervention du diable ou par des accouplements illicites, les phénomènes dans la piodiiction desquels Empédocle et Démocrite admettaient soit l'absence, soit l'excès, soit la dissémination de la semence prolifKjue.

Bélon, Gcssner, Léonard Fuchs, Rondelet, une fois morts, et ils se suivirent d'assez près dans la tombe, personne en Europe ne put donner le mot d'ordre aux investigateurs de la nature; car Malthioli était trop vieux; Jean Bouhin , beaucoup trop jeune; Dodonaeus, moins observateur qu'érudit, menait une vie aussi errante qu'agitée; Charles de l'Écluse counnençait seulement ses intéressantes pérégrinations; AIdrovandi n'avait encore rien publié. Les lumières s'offraient disséminées; leur foyer n'existait nulle part; mais la présence, en différentes villes, d'hommes savants ou studieux, donnait à chacune d'elles une prééminence scientifique qui ne fut pas sans action siu- les progrès de l'histoire naturelle. En Italie, nous citerons Bologne, Pise, Padouc , Venise; dans la Hollande et la Flandre, Anvers, Leyde, Louvain; en France, Lyon, Paris; en Allemagne et le long du Rhin, Augsbourg, Heidelberg, Nuremberg, Zurich, Bàle, Strasbourg, Francfort. Les autres grandes cités, sans excepter Londres et Rome, ne marchaient qu'à leur suite; mais bientôt Paris devait absorber toutes les renommées urbaines, par la splendeur de ses institutions, par l'éclat d'un enseignement nouveau, par l'illustration de puissants génies dont la voix allait émouvoir, entraîner les incrédules, comme faisait la voix des oracles de ranli(|uité.

Palissy avait enfin quitté sa province, et, la main pleine de vérités nouvelles, il s'avançait avec confiance, sous le protectorat du cardinal de Lorraine, du connétable de Montmorency et du loi, pour enseigner ce qu'il avait découvert ou rêvé. « J'ai considéré, dit- il , que j'avois beaucoup employé de temps h la connoissance des terres, pierres et métaux, et que la vieillesse me presse de multiplier les talents que Dieu m'a donnez, et partant qu'il seroit bon de mettre en lumières tous ces beaux secrets, pour les laisser à la postérité.. . Je m'avisay de faire mettre des affiches pur les carrefours de Paris, afin d'assembler les plus doctes médecins et autres, ausquelsje promettois raonstrer en trois leçons tout ce que j'avois conneii des fontaines, pierres , métaux et autres natures. Et afin qu'il ne se tiouvast que des plus doctes et des plus curieux, je mis en mes affiches (]ue nul ni entroit qu'il ne baillast un escu h l'entrée desdites leçons, et cela faisoy-je en partie pour voir si, par le moyen de mes auditeurs, je

pourrois liicr (luelque conlriuliclion , qui eul plus d'asseurance de vérité que non pas les preuves que je nicUois eu avant : sçachant bien qnc si je menlois, il y en auroil de Grecs et Latins qui me resisleroyenl en iiice, et qui ne m'cspargneroycnt point, tant à cause de l'oscu (pio j'avois pris de ciiascun, que pour le lenq)s que je les eusse ameusez : car il y avoil bien peu de mes auditeurs qui n'eussent profité de (pielquc chose, pendant le temps qu'ils estoyent à mes leçons. Voilà pourquoy je dis que s'ils m'eus.sent trouvé menteur, ils m'eussent bien rembarré : car j'avois mis, par mes affiches, que, [)artaiit que les choses promises en icelles ne fussent véritables, je leur rendrois le (]ua(lrnp!e. Mais grâces à mon Dieu, jamais homme ne me contredit d'un seul mot. n l'alissy donne la liste des trente-deux personnes , honorables el docimimes , qui, sans com|)ter beaucoup d'autres, assistaient à son cours : trois médecins, deux chirurgiens, deux apothicaires, deux avocats, deux abbés, quelques savants, (juelques gentilshommes, tous disposés à contirmer, à défendre ses allégations. Commencé en 1575, ce cours fut lenouvelé l'année suivante, afin d'avoir plus grand nombre de lesmoings , et continué jusqu'en 1584. S'il n'obtint pas un succi's populaire, il eut un succès d'estime bien autrement durable. La Facilité de médecine, le clergé, n'osèrent attaquer l'oliservation, tout étrange qu'elle parût, marchant apf)uyée de preuves matérielles; et, grâce au génie de Bernard Palissy, la géologie prit rang parmi les sciences. Quand il dit que les poissons, pétrifiez en plusieurs carrières, ont esté engendrez sur le lieu mesme, pendant que les rochers n'esloyenl que de l'eau el de la vase, lesquels depuis ont esté pétrifiez avec lesdils poissons, il exprime une vérité fondamentale, contre laquelle se sont élevés deux siècles frondeurs, et qui constitue la base de la géologie moderne. Ailleurs, il reconnaît la non-existence de l'homme et de certains animaux, à l'époque de la formation des fossiles; il dislingue l'eau de cristallisation et l'eau de végétation, l'affinilé des sels, le mode de développement des pierres et des substances minérales par intussuscei)tion ; il découvre l'origine des nuages, des fontaines, la cause des tremblements de terre, des jaillissements artésiens; il expli(jue fort bien la diflérence de qualité des eaux minérales, des eaux potables el des terres, etc.; généralisant les idées, pénétrant d'une manière intime dans les grandes questions de l'agronomie, de la physique, de la chimie appliquée aux arts, il devine quantité de choses, admises aujourd'hui comme principes, telles que l'attraction, raffinité, la force expansive de la vapeur, l'oxydation métallique, etc. L'ouvrage immortel où, pour la jiremière fois, Palissy donna l'essor aux pensées profondes qu'il avait mûries, est intitulé : Discours admirables de la nature des eaux et fontaines, tant naturelles qu'arlificielles , des métaux, des sels et salines , des pierres, des terres, du feu el des émaux; avec plusieurs autres excellents secrets des choses naturelles; plus, un traité de la marne, fort utile et nécessaire à ceux qui se mellenl de l'agriculture : le tout dressé par dialogues, es quels sont introduits la Théorique et la Praclicque, par ^r 15einard Palissy, inventeur des rustiques figulines du roy et de la Hoyne sa mère. Paris, Martin le jeune, 1580, in- 8". Ici, comme dans \d Recepte véritable d'augmenter

ses lliresors, publiée en 1363 à La Rochelle, il ne s'agil plus d'une simple causerie sur diveis sujets peu approfondis, mais bien d'un ensemble syslémaliLiue sur la physique générale, la chimie, la géologie, l'histoire naturelle et Y Aride terre, objet essentiel de ses méditations et de ses éludes. A chaque phrase, on reconnaît, ou le savant ou l'artiste, riche de connaissances péniblement acquises, riche d'imagination et de raison. Quelle étonnante impulsion cet homme eîit imprimée aux Sciences physiques et naturelles, si, comme Ambroise Paré, il n'avait point été fils unique de ses œuvres, et si l'époque s'était trouvée au niveau de son génie! En le lisant, on s'étonne qu'il ait fallu marcher trois siècles avant d'arriver à Cuvier. Il est vrai qu'après lui la clarté vive qui avait spontanément illuminé les profondeurs de la géologie disparut. On ne s'occupa guère que d'ornithologie, de minéralogie métallurgique et de botanique, de botanique surtout. Fort peu d'hommes généralisèrent. Parmi les productions les plus remarquables des vint-cinq dernières années du siècle, nous signalerons d'abord, comme une œuvre royale, la riche collection de M. Hernandez, premier médecin de Philippe 11 , qui , chargé par ce monarque de réunir les productions animales, végétales et minérales du Mexique, dépensa soixante mille ducats h faire peindre douze cents figures, publiées par le prince Césée; c'était une belle et grande pensée : malheureusement, Hernandez l'étouffa sous un amas confus de commentaires. Gardas ab Horto , ou du Jardin, mieux inspiré que Hernandez, ayant accompagné le vice-roi des Indes au siège de son gouvernement, forma dans l'ile où s'élève aujourd'hui Bombay , un jardin botanique destiné à la culture des plantes utiles en médecine. L'ouvrage de Garcias , fruit d'études suivies, imprimé à Goa et traduit en français par l'Écluse, produisit une révolution en matière médicale, car il y introduisit l'aloès, l'assa fœtida, le benjoin, la laque, le camphre, le bélel, le macis, la cannelle, le girolle, la muscade, etc. Dans un livre moins spécial, le jésuite Jos. d'Acosta, qui avait parcouru le Pérou, fit connaître, indépendamment de nouvelles plantes médicinales, la sensitive, divers animaux et des ossements fossiles, qu'il considéra, bien entendu, comme des os de géants. Les explorations de Francis Drake le long de la côte occidentale de l'Amérique jusqu'en Californie; la découverte de la Virginie , par sir Walter Halegh , amiral d'Elisabeth et de Jacques I"; les voyages de Martin Fumée dans les Indes; ceux de Léonard Thurnesius, en Espagne, en Portugal, en Egypte, en Ecosse; de Prosper Alpin, en Egypte et en Syrie, furent également utiles aux progrès des Sciences naturelles; plus utiles assurément que les récits mensongers de Jean de Léry, dont les éditions successives attestent le succès populaire. Mais aucun naturaliste ne tira de ses propres voyages, ou des découvertes de ses devanciers, autant de fruit que Mathias Lobel et André Césalpin, Dans un livre intitulé Slirpium adversaria nova, dédié à la reine Elisabeth, Lobel, s'appuyant d'observations recueillies dans les Pyrénées, sur les Alpes, en Suisse, en Allemagne, etc., établit, pour la première fois, une distinction tranchée entre les plantes monocotylédones et les dicotylédones, séparation devenue aussi fondamentale en botanique que l'est, en zoologie, celle des animaux vertébrés et non verte-

bns. Il eut lo sonlimonl dos ramilles iialiirollos: il classa los f^raminées, les nrrhis, les palniieis, les mousses; il ra|)()roclia les labiées, des pcrsonnées el des oinlidlirères; mais beaiicoiij) d'aiilres piaules demciirèrent encore pèle-mèle, attendant, pour prendre une place définilive (buis le cadre des productions de la nature, qu'un bonime de génie eût dit son mol. Ce mot suprême, révélation intuitive d'en haut, Césalpin faillit le prononcer; il le loiicliaitdu doigt, el mourut sans l'avoir trouvé. Deux siicles s'écoulèrent, avant (ju'un nouveau génie, Jnssien, se fût mis au point de vue de Césalpin. Cet illiislie botaniste, qui lut, conuU(.' Aldrovandi, élève de Gbini, compara les semences des plantes à l'œuf des animaux, donna le nom de plantes mâles aux véritables mâles, c'est-à-dire h celles (|ui portent des étamines, et celui de femelles aux plantes fournissant les graines; il distingua quinze classes, et admit des genres dans cha(iue classe; il étudia l'anatomie, rorganogra[)bie, la i)bysiologie végétale, et ouvrit la véritable route qu'il fallait suivre. Ses idées toutefois, cornnu]; celles de Gesner, n'obtinrent pas immédiatement la sanction générale des autres naturalistes. A Bà!e, Félix l'iater, qui pendant cinquante années resta le maître, le conseiller, le directeur des naturalistes de l'Allemagne; en Alsace, Jacques Théodore Tabernaî-Montanus; h Francfort, Pierre Camerarius, cet heureux acquéreur d'une partie des iicbes«es botaniques de Gesner; h Lyon, Jacques Dalechamps; à Montbéliard, Jean Bauhin; beaucoup d'autres encore, surtout parmi les hommes [)lus âgés que Césalpin, continuèrent à suivre l'ancienne route et à rejeter toute idée de classification méthodique. Aussi, la plus grande confusion règne-t-elle dans l'hisloire générale des plantes de Dalechamps et dans le livre de Tabernoe-Montanus , malgré deux mille six cents figures giavées sur bois, accolées h l'ouvrage de l'un, et deux mille cinq cents planches, jointes à celui de l'autre. Toules ces compilations imparf liles allaient, d'ailleurs, s'effacer devant les publications splendides de Théodore de Bry , qui avait eu l'heureuse pensée de réunir, en un même recueil , les récits des principaux voyageurs, et de les illustrer avec tout le luxe typographique qu'il savait donner à ses livres. Théodore de Bry fut l'introducteur de l'hisloire naturelle dans le beau monde; ses gravures charmantes la firent aimer, et, par l'activité prodigieuse de ses presses, par le choix éclairé de ses éditions, il servit la science plus que ne l'a fait Aldrovandi par son imposanie mais indigeste compilation. A la vérilé, en fermant le siècle, en oubliant le iMoyen Age pour ne constater que les efforts de la Renaissance, Aldrovandi, mourant, se survivait; car il laissait derrière lui des élèves, des Mécènes, un public, et la plus importante collection d'histoire naturelle qui, depuis Aristote, ait été peut-être jamais rassemblée.

Emile BÉGIX.

G. Citii:r Histoire (iisStiencfS tiafiircllcs, depuis lt>nr origine jn-qn'à nos jonis; (■miipU'Ii'f, ri'il. et pnld. par Mag- (Meine de SainlAgy. l'aris, ls4l-4:i, 'i vol. in-8.

C. Pi.iMi Natiirajis lii.stoiite libri XXXVII. Vcnetus,Joannes (le S/iira, l 'lOO, si', in-l'ol.

C'est la première edit. de ce jjrand naturaliste . qui fut contioDellemeDt étudié pendant le Moyen Age. La première Irad. frauc. est celle d'Ant. du Pinel {Lyon, 1Ô8I. 2 lol. iufol.).

Sciences et Arls

Voy. aussi, parmi le» commentateurs de Pline, IlEfîuoi,*! HAntiiRi Castigalinnes l'iiniann- i^Homtr. 149:!-y;i, m- fui. ) , el .M.la. llKcnicHliui Praîlectiones in Plin um (t.'>0;t. in-fol. . etc.

Jo. EiiiGF.Nv. De divi-ione N.ilui» liliii i|iiinipie. Monaslerii, 183S, iii-8.

Alef.htis macms. Opns de aniiiinlilxis sive de renini proprielatibiis Hoiiiœ , Simo I\'icolau.s de Luca, \k'», iti-lol.

Souvent reimpr. au quiniième siècle.

S".ltHCKS N.«yRELLES. Fol. Xïll.

Ll' MOYEN AGE ET LA RENAISSANCE.

Voy. aussi, du même auleur. Liber secretorum de virtutibux herbarum. lapiJum et anùnalium , souvnnl roimpr. et tirtd. eu frunç. sous ci- titre ; U Grand Albert : des secret: des vertus des herbes, pierres , besles , etc.. dout il existe une foute d'éditions du seiiième siècle.

VixcENTii Bellovaccnsis S|).'Ciiluin natiirale. Argentinœ , Joannes :^hmfcHn, U73, 2 part, en 1 vol. in-fol.

Souvent rêimpr. , aun qiiîniiénie et eeiiième siècles, avec les autres parties du Spéculum quadruplex.

Bakthoi.. dk Gi.wvilh. De proptietatibus rerum. {Luydiiiii, jier Sic. Pi.s/on.s de ISen.ssIieijm et Marcum Biin- Itardi, de Mrjendna socios, 1480, in-fol. gotli.)

Souvent rcimpr.

Trad. eu frane., par J. Corbichoa. sous le litre de Propriétaire des choses, et souient rêimpr. depuis la première édil. de t.ijoti , .Mathieu Hiisz , 1480, iu-fol.; trad. eu espuyn., par Kray Vicentc de Uurgos (Tholosa, 1494, iu-fol. yolh., fig.); en aiigl., par John Trevisa {IjOnd., s. d., in-fol.]: eu Lolland. {llarlem, 1485, in-fol,). elc.

liucli (1er Natiir. Augsp,, Bamler, 1475, in loi., fig.

Trad. du lat. de Conra 1 de .Megenberg; souvent rêimpr.

CoNiuD nr. Halberstad. Responsoi iiim ciiriusot uni. Lubec/i, Luc. Brandis de Schass, 1476, in-lol. golli. de 132 if.

C'est le .secret de l'Histoire naturelle, contenant les merveilles et choses mémorables du monde... Paris, Kerver , I j04 , in-i golli.

Souvent rêimpr. au commencement du seizième siècle.

HiER.C'ARDANi.De .-.ubtilitate lib XI. Norimb., 1650, in-lol.

Trad. en franc., par Ricft. Le Blanc, sous ce litre ; De la subtilité et subtiles inventions, ensemble tes causes occultes et raisons d'icelles (Par.. lôôU. p. iu-4).

— De rerum varietate lib. XVII. Basileœ , 1557, in-lol.

Aloxso de Fuentes. Siimtna de pliilosopliia natiiial, en laquai as>i niismo se ttacta de astiologia j astrononiia e otras sciencias. Stvilla, J. de Léon, 1547, in-4 gotli.

ïrad. eu ital., sous ce litre ; Le Sei ijiornate (Veneï., 1667, in-8 .

Levin LeiUne. Les occultes merveilles et secrets de la Nature, exposés en deu\ livres et traduits en Iranç. par 1. G. P. (Jacq. Golioriy, Parisien). Parts, 1574, p. iti 8.

L'original latin avait paru en 15Ô9 . Anvers , et fut souvent l'êimptimê. Trad. aussi eu italien et eu allemand.

FnAsc. liAcoMs Sylva sylvaruni sive Hi-toria naturalis, nuper latine ttatiscripla a Gruteio, cum nova Allanle. Amstelodami, Elzcvir., 1648, p. in-|-2.

Voy aussi ; Précis de la philosophie de Bacon et des progrès qu'ont faits tes Sciences naturelles , par J. A. de Luc \Par., 1802. 2 vol. in-8).

Ferram'e Imperato. Dill' liistoria naturale libri XXVIII. Napoli, 1599, in-fol., lig.

Plosieurs fois lêimpr. et trad. eu lai. [Colon.. IGU.'i, in-4).

Ulyss. Aldbovandi Opéra orania. Bononiœ, 1599 et suiv., 13 vol. in-lol., lig.

,1. BoccACii de Ceitaido, De montibus, sjlvis. fontibus, lacubus, llutninibiis, .-tagnis, seu paludibiis. Vcneliis , j)er Vindeiinuiit de Spira, 1473, iii-fol. de 75 ff.

Georc. Agricole, De le metallitâ libri XII ; ejiisileni de animantibus subtertaneis liber. Basileœ, Froben, 155.3, infol., lig.

Souvent lêimpr. ; trad. en alleiu., par E. Lehman (Freiber/j, LS06-I3 , 4 vol. in-8).

Voy. aussi , du même auteur , De ortu et catisis subterraneor. libri V (Uasil., 1646. in-fol.].

Bebn. PeriiZ nE Varc,\s. De ic metallicâ, en cl quai .ve tratan iiiiiclios y divcisus .sectetos del conociinieuto de toda suerte de mineiales. Madrid, Pierres Cosin, I5i9,in-8.

Trad. en franc par G. Ci"" (Gobet) sous ce litre : Ti-ailc singulier de métallique [Par. . 1743, i> vol. in-|-2, fig.).

CoNR. Gesneri, De oinni rerum fossilium génère. Tiguri, 1565-66, 8 part, en 1 vol. in-s.

Bebsard PalisïV. Œuvres , avec des notes de Faujas de Saint-Fond et Gobet. Paris, 1777, in-4.

Rêimpr.. en 1844, avec des notes do Cap, in-12. Les deuj truilcs réunis dans ces édit. avaient paru sous le lilre de Bijc. admirables de ta nature des eaux et/ontaines [ l.'iSO) , et tous celui de llecepte véritable par laquelle tous les hommes de la France pourront apprendre à mulliplitr et augmenter leurs trésors (1663!.

Les anciens Minéralogistes de Fiance, publ. avec des notes par Gobet. Paris, 1779, 2 vol. in-8.

Les différents traités réunis dans ce recueil avaient paru séparément aux seizième el dii-seplicme siècles.

CoNR. Gesneri, Historié animiilium libri V. Tiguri, Froschover, 1551-87, 5 vol. in-fol., lig. en bols.

Souvent rcimpr.

Ed. Wotton. De difffientiis animalium libri X. Lutetiœ Parisiorum, ap, Vascosaniim, 1552 , in-fol.

P. Belon. Histoire de la n.iture des oiseaux, avec leurs desiriplions et naïfs portraits. Paris, Corrozet, 1555, in-fol., lig.

— L.i nature et diversité des poissons, représentez an naturel. Paris, C/i. Estlenne, 1555. in-4 obi., (ig.

Publ. d'abord en lai. (Poli.!, 1553 , in-8. fig.).

Voy., du même auleur, Uist. natur. des estranges poissons marins (Par-, 1551, in-4. lig.).

Voy. aussi Nie. M.iKKSc.Mcat Rist. aquatilium [R..stochii, 1520,in-foL), P. Jovil De piscibus (Romm, 1627, in 41, C. FlGUH Ichthgologia iColon., 1540, in-4), A SaLVtSM Aquatitium hist. [l\omip, 1554, îu-fol.], G. Ro\liKLET De piscibus viarinîs [Lugd. , 1554, in-fol.), elc.

Arn. tioiiEiM.Tiactatus denionstris.Pan',?, 1570, in- 16, fig.

Voy. . sur le même sujet, J. G. ScHExcKii .l/oH5/^o^•IiTn/^ïs(or^a(F^ao• cof., 1609. in-4 .

Jll Berger de Xivrey. Traditions tératologiques ou Récits fie l'antiquité et du Moyen Age en Occident sur quelques points de la fable, du merveilleux et de l'histoire naturelle, publ. d'après plusieurs mss. iiiéd. Paris, 1836, in-S.

CuRT. .Si'RENCEL. liistoria rei herbariae. Amslelod., 1807-8, 2 vol. in-8.

Jo. Rcellh, De natura slirpium libri très. Parisiis, Sim. Cotinœiis, 1536, in-fol.

Souvent rêimpr.

Leo.n. FiCHSii, De liistoria slirpium commentarii insignes. Basileœ, 1542, in-fol., lig.

Trad. en fianc. par Étoi Mugnan [Par., 1547 , io-foi ).

CoNR. Gesneiu Opéra bolanica, nunc primuin in luceni edidit et prœfatus est D. C. Chr. Schmiedel. Noriiiibergœ , 1754, in-fol., lig.

Voy. la suite de celle édil.. sons ce lilre : Histortœ plantarum fasciculi duo (Xorimb., 1769-70, 2 part, en 1 vol. in-fol., 6g. color.).

Geoff. Linocier. Histoire des plantes, trad de latin en franc., avec leurs pourtraicts, noms, etc., ;i laquelle sont ajoutées celles de simples aromatiques, animaux à quatre pieds, oiseaux, poissons, etc. Paris, Macé , 1584, in-16, lig.

Voy. les ouvrages des botanistes du seiriême siècle : Remb. Dodonœus [.intuerp., 1.583. iu-fol. |. P. rt. Malbioli \Vcnet., 1571, in-4 1. Malh. d^ Lobel [Anluerp., 1676. in-fol.). And. Cœsalpini [Florcntiœ, 1583, iu-4j, etc.

De MvnivAi'LT. Précis de l'histoire générale de l'agriculture. Paris, 1837, in-8.

Pp.TR. de Ckescektiis. Ruralium commoiloriim Mb XII.

(A'ugustœ Vindelicomm, Joh. .Sc/itiszler, t4-71, in-fol. goth.)

Souvent rcimpr. et trad. dans toutes les langues. La trad. franc., qni date du temps de Charles V, inlilulee : le Livre des proujjîts champestres et rurauls, a été léliupr. bien des fois au seizième siècle.

Oliv. de Serres. Le théAtre d'agriculture et mesnage des champs; édit augm de notes. Paris, 1804, 2 vol. in-4, fig.

La Iro édil. est celle de Paris, 1600 , in-fol. j souvent rêimpr. dans toutes les laogues.

Voy. aussi VAtjricullnra gênerai de Gab. Alonzo Herrera (Madr., 1777, in-fol.), Sim. Poi\T.« Villic lib. -MI (Frapcof.. 1592, in 4| , le Vinti giornatedelC agricoltura, d'Agosl. Gailo [Urescia , 1775, in-4). elc.

II est impossible de citer même les principaux ouvrages, publiés aux quiuxièmc et seizième siècles dans toutes les langues , qni traitent des Scieuces naturelles en gêuèral , el surloul en particulier ; car ces ouvrages forment une bibliothè<{ue de plusieurs milliers de volumes.

G. RoDOLPiii BociijiEiu Bibliotheca scriplornm historiîe naturalis realis sy.stematica. Lipsiœ, 1785-89, 9 vol. in-8.

JoxAS. Drïander. Catalogus hibliolhecœhistorico-naluralis Jo.i. Banks. Londini, 1796-1800, 5 vol. gr. in-8.

Voy. aussi le Catal. des livres , dessins et estampes de la bibt. de J.-D. Iluzard. redig. par P. Leblanc \Par. . 1842. 3 vol. in-8).

Voy. enfin, dans noire ouvrage, les cbap. Pharm.acik , Chi.\iie , SclEXCES OCCULTES, SueERSîiTloxs, etc., et leurs IJibliographies.

ÔC3(Ên€(Êô ©CCîtCt€S.

I y a au Moyen Age une science qui domine toutes les sciences, comme il y a une jurisprudence canonique qui fait taire toutes les lois. La Magie, prise dans sa plus haute acception, unit ses mystères à ceux que VArl sacré vient de léguer au monde; elle succède, pour ainsi dire, aux initiations antiques : elle repose d'abord sur la science réelle et s'égare bientôt dans les rêves d'une sorte de cosmogonie imaginaire; puis, le pouvoir fatid qu'on lui attribue fait naître une législation crédule qui agrandit son pouvoir de tous les mystères qu'elle prétend sonder, mais qu'elle n'a pu comprendre, et de toutes les terreurs qu'elle ressent et qu'elle veut combattre. Une lulte terrible s'établit durant la Kenaissance entre les explorateurs audacieux du monde surnaturel et les implacables défenseurs de la loi; la vérité n'est découverte et le calme ne peut renaître, que lorsque, pour nous servir d'une expression de l'immortel Vico, o la Curiosité, fille de l'Ignorance » est devenue enfin « mère de la Science. »

Cet ensemble de recherches, que l'on s'est habilué à désigner sous le nom de Sciences occultes, ne reçoit pas encore au .Moyen .\ge le titre que nous lui imposons aujourd'hui. Sous ce nom, nous admettrons, en effet, les divinations diverses, en tète desquelles il faut placer le grand art d'interpréter les songes, ou VOnirocrilie, parce que l'homme a cherché, dés l'origine, et dans ses propres illusions , le moyen de communiquer avec ce monde ujystérieux dont il attend une révélation suprême. La Nécromancie , (jui appartient à tous les genres de magie ou de sorcellerie, et dont nous dirons d'abord un mot seulement parce qu'elle dut naître des songes funestes , vient immédiatement après. VAslrologie, qui chercha à lire sur l'étendue de la voûte céleste les destinées de {•ha(|ue empire et de chaque créature, occupe ensuite le premier rang et précède les autres branches de l'art divinatoire. Les deux grandes divisions de la science magique, la Theurgie et la Goélie, se développeront dans leurs variétés infinies, et là nous ferons hma el Ans. SCIENCES OCCOLTES. Fol. 1.

LE MOYEN AGE intervenir un moment les reclierches alchimiques en tant qu'elles se lient aux opérations des démons inférieurs qui doivent faire découvrir les richesses cachées. A côté de ces sciences presque vulgaires, on sent le développement mystérieux d'une science, apanage des savants, et se liant cependant aux traditions les plus populaires; la haute Kabbale des Juifs ne mêlera pas ses génies variés à notre féerie; mais nous ferons voir comment les esprits élémentaires prêtent tour h tour leur puissance aux deux croyances. La Sorcellerie, qui n'est que la magie vulgaire, et le Sahbat, qui reiuplace par ses grotesques initiations les initiations antiques, trouveront leur place dans l'examen lapide que nous allons tenter. Ce que nous désirons, avant tout, prouver, c'est que l'étude des Sciences occultes dans leurs diverses ramifications se lie comme un puissant auxiliaire à l'étude des sciences positives, lorsque l'on constate leur première origine, et plus tard les entraîne vers un certain progrès, en leur prêtant l'enthousiasme, qui se vivifie par l'imagination. Si nous nous en tenons, en effet, h l'ère nouvelle, depuis Plotin et Porphyre jusques à Cardan et h Paracelse, pas un homme éminent n'a aidé au mouvement intellectuel, pas un esprit audacieux n'a tenté quelque découverte, sans que la réputation de magicien, et même le titre plus funeste de sorcier, ne se soit attaché à son nom, et n'ait troublé son repos, ou quelquefois interrompu le résultat de ses recherches fécondes. Tous ces efforts, quelque erronés qu'ils puissent paraître, des sciences naissantes, toutes ces tentatives d'esprits trompés, mais convaincus, forment un ensemble bien plus imposant qu'on ne le saurait supposer lorsqu'on l'envisage seulement d'un regard sceplii|ue. C'est donc avec un esprit dégagé de tout préjugé, que nous allons essayer d'exposer celte analyse presque encyclopédique des rêves de l'esprit humain.

Toute illusion a son origine, toute science mensongère a son histoire; pour comprendre dans leur ensemble les diverses branches de la philosophie occulte telle qu'on l'envisageait au Moyen Age, il faut dire un mot de la magie dans l'antiquité. Si nous étions obligé de scruter dans leurs profondeurs les sources primitives, nous tenterions d'expliquer, avec un démonographe allemand, les formules magiques des Védas, transmises jusqu'à nos jours par la religion des Hindous. L'antiquité hébraïque pourlait nous découvrir ses mystères. Nous essayerions de dire ce qu'étaient réellement les Charlummim et les Mechassephim ; nous suivrions avec Bochart les enchanteurs égyptiens dans leurs évocations; puis, revenant à des autorités qui nous sont peut-être plus familières, Diodore de Sicile nous apprendrait que le peuple le plus célèbre de l'Asie dans la culture des sciences, que les Chaldéens, en un mot, passaient jadis pour s'être instruits des mystères, qu'ils possédaient mieux que tous les autres peuples, au sein même de l'Egypte, dont ils n'étaient qu'une colonie. Interrogé plus altenlivement, le uu''me historien nous révélerait le caractère tout scientifique d'une tribu, vouée, pour ainsi dire, exclusivement à la culture des Sciences magiques, et formant une caste sacrée, presque uniquement occupée à lire dans l'avenir ou à découvrir de nouvelles formules magiques. Nous verrions les Chaldéens s'étudiant incessamment à détourner

i:t i,a kknaissancf.

le m:il (le la lorrc el à chercher h> hien que procuraient, selon eux, de sahilaires (>nchanlenionls. I.es purifications, les sacrifices, l'étiule des formules magiques, celle du vol des oiseaux, nous prouveraient que les enchanteurs de l'Assyrie avient précédé de hien dos siècles ceux de Home. Après riiisloi-ien grec, Pline nous l'oniiiirait un précieux chapitre sur la magie des Hellènes dès les temps homéricpies, et, s'il ('tait nécessaire, hien d'autres écrivains latins nous instruiraient des somhres mystères de la magie élrnsijue, transmis directement, pour ainsi dire, mais non sans altération , aux Romains. Mais si l'influence de la magie antique et surtout de la magie orientale sur le Moyen Age est incontestahie, si l'on peut même considérer les hommes qui se vouaient à la culture (]cs Sciences cachées, connue les conservateurs des plus précieuses traditions, alors qu'ils les mêlaient à de défilorahles erreurs, notre hut n'est point d'envisager dans tous ses détails cette action de la philosophie occulte primitive. La tâche que nous nous sommes imposée n'est ni si complexe, ni si étendue; nous devons nous contenter d'indiquer sommairement ici les modifications que tant d'opinions diverses durent apporter h l'ensenihle d'une doctrine toujours combattue el toujours triom|)hante.

Au moment où le christianisme (hange le monde, les Sciences occultes elles-mêmes subissent une immense transformation. Ces hérétiques audacieux que l'on connaît sous les noms de Gnostiques, de Valeniiniens. de Basilidiens , de Caïnites, de Carpocraliens, ces dépositaires iiifidèles de la sagesse orientale, dont les mystères souvent mal interprétés font trembler les chrétiens orthodoxes, les sectateurs si variés de la Gnose, paraissent être, dans les premiers siècles, les plus fervents conservateurs des doctrines magiques de l'antiquité, et ils leur impriment alors, il faut l'avouer, un caractère mystique dont la magnificence s'allie incontestablement h la grandeur de la religion nouvelle, que les Gnostiques adoptent en partie.

C'est au temps où fleurit la Gnose, ou, pour mieux dire, au début de ces luttes terribles qui l'anéantiront, que l'on voit apparaître deux hommes destinés à fonder pour les âges suivants (ou nous pardonnera l'expre-ssion) l'ensemble des Sciences magiques : l'un est Plotin, l'autre est son disciple Porphyre. Nés dans l'Orient, mais nourris de la lecture des anciens, ces deux hommes, qui ne sont pas imbus des doctrines que l'Église naissante combattait, puisque le premier en fut l'antagouisti^ n'étaient pas non plus dégagés de l'esprit mystique qui interrogeait les esprits et les démons. Un mot sur ces novateurs devient ici indispensable; il faut faire connaître leur origine et expliquer leur action directe. Plotin, qui naquit dans la Haute -Egypte, à Nicopolis, vers l'année 205, peut être considéré comme un des premiers démonographes, si ce n'est le premier, dont les doctrines influencèrent les bas siècles et |)his tard le Moyen Age. Disciple d'Ammonius Saccas, il suivit l'empereur Gordien, et alla étudier ju.sque dans la Perse la philosophie et les anciennes trailitions merveilleuses des Orientaux. Fixé à Rome sous l'enq^ereur Philippe, sa réputation se répandit bientôt dans toute l'Italie et de là dans le reste du monde. Ce fut surtout son disciple Porphyre qui vulga-

risa son œuvre sous le nom d'Enneades. Ploliii mourut eu Campanie, l'an 270. Les linneades (réunion des neuf livres) forment un de ces recueils indispensables à la connaissance des grandes traditions. Son disciple Porphyre, surnommé 3/a/c// (c'est-à-dire le roi), qui prolongea sa vie jusqu'en l'année 304 ou 303 , fut, quant aux doctrines de la démonographie, le réel intermédiaire entre l'Antiquité et le Moyen Age. Plolin, véritable philosophe platonicien, sondait l'action des démons sur le monde, mais dédaignait les puissances de la magie , « qui pouvaient bien frapper son corps et qui n'atteignaient pas son âme, » disait -il. Le disciple paraît moins audacieux que le maître. Plolin avait tenté de démontrer dans ses ouvrages comment les démons cntruienl en société avec les hommes. C'était cependant à un compatriote de Porphyre, à Jamblique, qu'il était réservé de donner, pour ainsi dire, « une forme systématique à la théurgie et à la magie, auxiliaires de l'Art sacré. » Ici nous empruntons il dessein les expressions du docteur Ferdinand Hoefer, parce qu'elles précisent d'une manière fort nette l'action de ce grand vulgarisateur des traditions orientales, sur l'époque qui nous occupe. Les disciples de Jamblique sont connus : Eunapius, Eustathius, Chrysanthius, le chef de l'Empire lui-même, Julien, suivirent ses doctrines et les répandirent. ProcUis, qui avait étudié à Alexandrie, mais qui était né dans Byzance en 412, devait bientôt lui succéder et dominer les esprits ardents qui conduisaient la grande époque dont nous essayons de retracer tout à la fois la science et les erreurs. On a dit avec un rare bonheur d'expression : « Si Jamblique passe pour avoir donné la physique du règne des esprits, Proclus en a donné la métaphysique. » (Ferdinand HoEFEH, Histoire de la Chimie.) Jamblique peut être accusé aux yeux des hommes positifs d'un crime plus grand encore; ce fut lui qui , par ses ouvrages sur les mystères de l'Egypte, dota les magiciens et les thaumaturges de leur évangile.

>'ous ne pouvons nous le dissimuler cependant, une fois parvenu à cette grande époque de rénovation sociale qu'on vient de signaler , c'est bien moins aux hommes , quelque éminents qu'ils puissent être, qu'aux corps de doctrine, quelque confusion qu'ils présentent, qu'on devra demander les origines dont se constitue le vaste ensemble des Sciences magiques. En émettant si sommairement une telle opinion , nous n'avons qu'un but, c'est de préciser par un mot l'intérêt qui se rattache d'abord à l'étude de la kabb.de , et plus tard , ou , pour ainsi dire, concurremment, à celle du ïhalmud. Ici les dates positives ne sont pas sans importance : elles manquent quelquefois cependant ; mais s'il est vrai , comme le veut un savant fort compétent en ces sortes de matières, que la kabbale, qu'on peut faire remonter jusqu'à l'exil de Babylone, n'ait pris sa l'orme que sous l'influence des écoles juives d'Alexandrie; s'il paraît certain que celui dans le premier quart du troisième siècle que furent recueillies par Rabbi Judab les traditions qui constituèrent la Michîia, tandis que la Guemara de Jérusalem , qui forme une partie du Thalmud, fut achevée probablement dans la seconde moitié du quatrième siècle ; ces simples indications chronologiques, sur lesquelles nous reviendrons bientôt, suffi.sent pour indiquer à quelle source puisèrent les esprits ardents et

Kl LA UENAISSANCK.

curieux (|ui , las des doctrines dogmatiques de l'antiquité, cherchaient à expliquer les merveilles de la création par une inlluence directe des démons ou même des intelligences secondaires dont ils faisaient leurs émissaires. Les disciples de cette, science audacieuse ne reculaient pas devant l'idée de se rendre supi-ricurs aux es|)rils qu'ils évoquaient, semltlahles à vos Moumjs, rigoureux pénitents de la iht'Ogoiiic indienne, (|ui, s'airogeanl, à force d'austérités, un [)ouvoir surnaturel, se vanleiii de faire marcher à leur gié les i)uissances célestes. Qu'ils vénèrent ou combattent ces myriades de génies désignc's sous les noms d' A mshaspands, de Ferouers, û'Izeds, d'Eons, emi»runtés à la religion persane ou à la Gnose, qu'ils s'inclinent devant les doctrines des sectateurs de la kabbale ou du Thalmnd, les hommes qui précèdent le treizième siècle font une ample moisson d'idées poéticjues, émanées surtout de l'Orient, et qui , en s'unissant secrètement à cerl;iins mystères du christianisme, constiluent, pour la meilleure partie du moins, les doctrines magiques du Moyen Age.

Mais ce travail caché, et dont l'action fut si lente, devint un mystère pour ceux-là mêmes qui se livraient aux recherches que nécessitait l'étude des Sciences occultes.

Le fil manqua bientôt aux plus savants dans ce labyrinthe, et d'ailleurs, à côté de ce mouvement tout scientifique, né des spéculations audacieuses de quelques érudits, on vit se dévelo[)per parmi les populations de l'Europe un goût pour le merveilleux, né des légendes locales, un entraînement vers les évocations terribles, un sinistre espoir dans l'intervention des démons du christianisme, qui ne tardèrent pas à constituer une sorte de magie populaire plus active, plus vivace, si l'on peut se servir de ce terme, que la philosophie occulte, et (pii avait sa base non - seulement dans les superstitions primitives de la Gaule, mais aussi dans les sombres mystères des mythologies septentrionales. Elle avait du acquérir, en effet, une énergie plus sauvage, à partir du jour où les populations du Nord et même cei'taines populations asiatiques étaient venues invoquer leurs dieux dans nos campagnes, et formuler leurs terribles incantations dans les lieux animés naguère par les souvenirs quelquefois si riants du paganisme. On l'a dit avec raison en parlant d'un des livres les moins appréciés et les plus antiques de la mythologie Scandinave : (( La fin du Uava-mal est un petit traité de magie qui expose les effets surnaturels de la puissance des runes : on y trouve les sources de la plupart des idées superstitieuses du Moyen Age; on voit là en germe ce qui, mêlé plus tard à d'autres idées conservées parla tradition de l'antiquité ou venuesde l'Orient, a été la sorcellerie. » (J. J. Ampère, La poésie du Sord, dans la Revue des Deux-Mondes.)

Dans ce mélange si étrange, si varié, si hétérogène, on pourrait le dire, de croyances superstitieuses et de doctrines semi- philosophiques, semi-religieuses, imparfaitement élaborées, la féerie proprement dite devait, de toute nécessité, remplir un rôle important. Elle exerça sur les idées, en France, une action d'auUmt plus directe, qu'elle avait son origine dans les mythes primitifs, dans les légendes les plus populaires du pays. En eiVet, si nous avions aujourd'hui la prétention de reconstituer dans

LE MOYEiN AGE

tous leurs détails la mythologie des Gaules et celle de la Germanie, les Fées, les Elfs, lesSulèves, les Kobolds, les Duergars , les Trolls, et tant d'autres êtres surnaturels, y joueraient un rôle, y occuperaient un rang qui, pour n'être encore parfaitement définis ou suffisamment ('xi)liqués, n'en constituent pas moins encore aujourd'hui le monde n)erveilleux où le peuple cherche sa poésie, où le poète quête un souvenir.

Nous retrouverons plus tard ces légions inconstantes, bien connues des kabbalistes du Moyen Age et qui animent encore nos campagnes de si nombreuses créatures fantastiques. Nctre intention, avant de terminer cette introduction sommaire, est surtout d'indiquer les inlluences, les transformations que durent subir les Sciences occultes et ipii amenèrent les phases diverses dont fut marqué leur développement; pour cela, il nous faut rentrer dans le mouvement érudit et nous retrouver parmi ces savants qui , las des discussions parfois stériles de l'École ou des rêves de l'antiquité, prétendaient interroger de nouveau le monde magnifique de l'Orient.

La chose n'est plus douteuse aujourd'hui : le Moyen Age, après avoir hérité des formules diverses de magie et de divination adoptées par les Chaldéens, les Juifs, les Grecs et les Romains, après s'être vivifié aux poétiques croyances conservées parles chantres bretons ou par les sectateurs d'Odin, le Moyen Age combina ces éléments sortis d'écoles si diflerentes et les unit aux principes apportés par les Arabes en Espagne. Si l'on en croit môme quelques historiens, il y eut, au onzième siècle , dans la Péninsule, des écoles où l'on professa les sciences destinées à faire connaître l'avenir et à initier aux autres merveilles du monde surnaturel. L'école de Cordoue était, diton, la plus renommée en ce genre , et ce fut là qu'alla étudier le moine Gerbert , dont la célébrité s'étendit par tout le monde chrétien sous le nom de Sylvestre II. Les démonographes ont invariablement inscrit ce pape parmi ceux qui durent leur élévation h un pacte mystérieux, dont toute leur puissance ne put écarter la catastrophe fatale, mais ils n'ont pas manqué non plus de conduire cet esprit , si avide de savoir, au sein des écoles mauresques, parmi ces hommes qui savaient revêtir les sciences de l'antiquité des merveilles de la poésie orientale. Pour nous, et tout en croyant parfaitement aux efforts d'une intelligence ardente qui allait demander aux musulmans ce qu'on ne trouvait pas encore chez les chrétiens, nous ne pouvons accepter l'assertion qui constitue ainsi graluilement en Espagne un enseignement public des sciences les plus redoutées, et qui lire, du mystère même qui forme sa plus haute puissance, une doctrine essentiellement cachée pour la rendre le domaine de tous. Ce qu'il y a de plus probable, c'est que, dans l'enseignement tel qu'il se pratiquait alors chez les Arabes, le merveilleux venait se mêler tout naturellement aux théories les plus abstraites, aux recherches même les plus positives. Ainsi naquit chez le vulgaire, et surtout dans le Nord de l'Europe, l'idée que l'on trouvait dans la péninsule musulmane une école où l'on professait publiquement l'art d'évoquer les esprits ou de lire dans l'avenir. On aurait cependant une fausse idée du mouvement intellectuel de cette époque, si on le bornait aux travaux de la péninsule hispanique; il ne faut pas oublier que.

ET LA KKNAISSANCE.

si le moine Gerberl allait s'inspirer des enseignemenls de Conloue , le plus grand nialliénialicien cosmographe de cet âge, Edrisi , venait demander au roi Roger de Sicile sa protection, et que ses vastes travaux, ses disques d'argent, dont la renommée est venue jusiiu'à nous, tout on répandant certaines connaissances astron()mi(|ues, donnèrenl une apparence de science aux lèves si mensongers de l'aslrologie. Ln liiit bien remarquable et (jui se lie essentiellement à notre sujet, c'est que, deux siècles plus tnrd , le premier instrument de l'étude, pour pénétrer les mystères des Sciences cachées, ait été, avec le latin, l'idiome arabe. En ell'et, tandis que, durant la première moitié du seizième siècle, Clénard ne pouvait ti'ouver en Europe un professeur pour lui enseigner cette langue; h la lin du treizième, Geoffroy de Waterford, le dominicain , savait assez bien l'arabe pour modilier la traduction du Secreldes secrets [Secrelum secrelorum ou De regimine principorum). Ce livre, si gratuitement attribué à Aristole et qui, s'il exerça une réelle influence au Moyen Age, le dut en grande partie aux Orientaux, ne se vulgarisa complètement que grâce à l'érudition d'un moine chrétien. Nous |)0urrions multiplier ces exemples : nous nous bornerons aux faits rassemblés ici; ils suffisent pour guiiler la pensée durant ces temps obscurs et pour iiidiquei- une des voies (jue suivit l'esprit humain à cette époque dans l'élude des Sciences occultes.

A partir de la période où parurent les grandes encyclopédies du Moyen Age , la philosophie hermétique, l'astrologie judiciaire, la théurgie et toutes les autres branches de la magie se mêlèrent, pour ainsi dire, malgré les foudres de l'Église, aux études que l'École protégeait. Four acquérir la certitude de ce fait, il suffît de jeter un coup d'œil sur le beau livre manuscrit (jui renferme les Secrels natiiriens, ou sur ce poëme étrange que l'on désigne au treizième siècle sous le titre d'Image du monde; et l'un des auteurs de ces encyclopédies poétiques italiennes, si répandues au Moyen Age, Cecco d'Ascoli , paya même de la vie ses hardiesses kabbalislicjueset fut briilé, en 1327, dans le champ de Flore, à Rome, convaincu d'entretenir un commerce illicite avec les démons.

Lorsque l'autorité n'intervenait pas pour arrêter ces esprits audacieux, ro[iinion populaire, juge plus inflexible peut-être, les stigmatisait du nom d'insignes n)agiciens. Albertus Teutonicus, Haymond Lulle, Uoger Bacon, et tant d'autres dont les écrits lurent renommés jadis, n'ap[)araissent plus aujourd'hui à bien des gens que comme les adeptes malheureux de la philosophie occulte. L'un est un admirable encyclopédiste, l'autre un philosophe profond, le dernier un inventeur sublime, et l'on pourrait presque dire de tous les trois ce (ju'a dit Cuvier de l'un d'eux : « Ils furent grands , mais ils eurent le tort de devancer leur siècle de trop loin. «

Un des faits les plus étranges que l'on puisse constater dans l'histoire de la magi»', c'est le prodigieux développement que prirent tout à coup les doctrines qui s'y rattachaient, àré[)oque où un perfectionnement réel dans les études se manifesta et à la suite des premiers efforts de rinqirimerie naissante. Tous les seciets sont divulgués alors, et aussi toutes les luttes commencent; mais, si l'on voit paraître des traités tels que

ceux de Cardan, de Paracelse, de Cornélius Agrippa, on voit aussi iiriprimer \e Malleus Maleficorum, le livre de del Rio, et ce traité. De l'inconstance des démons, dans lequel Pierre de Lancre se vante d'avoir été plus implacable que l'inquisition! Penseurs audacieux, juges inflexibles, exécutions sanglantes, tout cela semble être un rêve pour un monde de rêves, comme dit l'auteur d'Ahasvérus. Essayons de guider l'esprit du lecteur à travers toutes ces illusions.

Omrocritie. — C'est en lui-même , c'est dans les propres illusions de sa nature, que l'homme a tenté de découvrir d'abord le guide surnaturel qui devait le conduire à la recherche de l'avenir. Les Égyptiens , les Hébreux , les Grecs avaient, comme on sait, réduit l'art d'interpréter les songes en un corps de doctrine. V Onirocrilie , désignée aussi sous le nom d'Oniromancie, du grec ôvcipoç, comptait jadis de nombreux adeptes, et l'on peut dire que, sur ce point, les doctrines mystiques de l'antiquité s'étaient transmises au Moyen Age avec d'autant plus de sécurité, qu'en interrogeant les livres saints, on y trouvait tout naturellement le droit de s'en rapporter à ce genre d'oracle, que l'Église ne pouvait absolument condamner. Dès les premiers siècles du christianisme, un esprit éminent, un poëte qui sut revêtir certaines doctrines empruntées à Platon d'un langage vraiment magnifique , Synesius enfin , osa composer un traité Des songes, où les rêveries antiques étaient, pour ainsi dire, sanctifiées par la pensée toute chrétienne du sublime interprète des saints mystères. En écrivant ce traité Des songes, l'évêque de Plolémais donna la vogue à ce genre de divination; mais ce nouvel onirocritique alla bien loin dans sa doctrine, puisqu'il en fit une science d'observation individuelle et qu'il prescrivit à chaque adepte d'observeisoigneusement ses illusions nocturnes pour en tirer des présages d'autant plus assurés (ju'ils reposeraient sur un plus grand nombre d'apparitions. Selon Synesius, donc, chaque mortel [lossède en lui le grand art de lire dans l'avenir, doctrine bien difterente de celle qui fut émise par un des Pères les plus célèbres dont s'honore l'Église. Sainl Grégoire de Nysse, adversaire des Oniroscopes, ne voyait dans les songes qu'un ébranlement passager des facultés de l'âme, dû à un souvenir des émotions qu'on venait de ressentir, et il comparait poétiquement l'esprit de l'homme agité par un rêve h la corde de la harpe qui vient de jeter un son et qui vibre encore lorsque le son s'est évanoui.

Soumis aux décisions des autorités, qu'il respectait, mais entraîné par ce besoin de pénétrer l'avenir qui s'est manifesté à toutes les époques, le Moyen Age admit trois grandes divisions dans l'oniromancie : les songes divins, les songes naturels, les songes procédant du démon. Mais, si l'on admettait les premiers comme de précieux avertissements (lu ciel dont l'interprétation pouvait être soumise h un théologien , vrai médecin de l'âme, si les seconds étaient mis au rang des émotions les plus innocentes, les autres inspiraient trop d'horreur pour qu'on en cherchât l'explication : tant de difiicullés entouraient d'ailleurs l'explication salutaire des avertissements divins, que tout d'abord une prudente circonspection fut imposée à ceux qui s'en rendaient les inter-

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