‹ Le moyen äge et la renaissance, histoire et description des moeurs et usages, du commerce et de l'industrie, des sciences, des arts, des littératures et des beaux-arts en Europe. Direction littéraire de Paul Lacroix, direction artistiques de Ferdinand Séré. Dessins fac-similé (volume 2)Chapitre 39 sur 84 · II. Akmes a fel · texte numérisé non relu

II. Akmes a fel

1 est peu de branches de la science archéologujue qui intéressent plus fortement l'histoire générale, que l'étude des armes olFensives et défensives, avec toutes les modifications successives qu'elles ont subies à mesure que la civilisation faisait des progrès. Les races huniaines, en ellet, n'ont marqué nulle part plus fortement l'empreinte de leur caractère et de leur génie. L'Armurerie de la France , ce pays de la guerre, de la chevalerie et des aventureuses expéditions, de la France, qui a rempli le monde de ses hauts faits, occupe de plein droit la première place dans l'histoire dos armes.

Depuis que la nouvelle école historique s'est mise à fouiller le Moyen Age avec autant de soin que l'anticiuitc' . tout le monde s'est familiarisé avec les armes du vieux temps, comme avec les meubles gothiques; on s'est pris à les aimer et à les recueillir avec passion; de sorte que les hommes studieux ont pu, grâce aux riches collections qu'ils avaient à consulter, se rendre compte des changements successifs apportés, par mille causes diverses, dans les armes et l'équipage militaire de nos aïeux. Nous allons donc esquisser h grands traits cette histoire spéciale, qui, nous osons l'espérer, ne paraîtra pas dépourvue d'intérèl.

Gaulois et Francs.

Lorsque les Fi'ancs passèrent le Rhin pour envahir les Gaules, ils furent combattus par les Homains et les Gaulois armés à la romaine. Nous ne pouvons donc nous dispenser de jeter lui coup d'oeil rapide sur les armes de ces deux races, avec lesquelles la race conquérante ne tarda pas à se fondre.

Eeam-Arts. ARHDRÏRIt Fo'. I.

C'est à Diodore de Sicile que nous devons les seuls renseignements écrits que nous possédions sur l'armement des Gaulois avant la conquête romaine. Cet historien nous apprend que des chars , montés à la fois par un homme de guerre et par un auriga ou cocher, étaient fort en usage pour attaquer la cavalerie, contre laquelle on les lançait à toute vitesse. Quand , au contraire , il s'agissait de combattre des fantassins, les Gaulois mettaient pied 5 terre et les frappaient de leurs larges épées, leur faisant ainsi la partie égale. Du reste, ils poussaient le mépris du danger, jusqu'à dépouiller tout vêtement h l'heure du combat. D'ordinaire, lorsque deux armées étaient en présence , les chefs gaulois sortaient des rangs et provoquaient les chefs ennemis à des combats singuliers. S'ils étaient vainqueurs , ils foisaient porter devant eux les dépouilles du vaincu, et les suivaient en entonnant un chant de victoire.

Pour armes défensives, les Gaulois n'avaient qu'un bouclier, de dimension telle, qu'on pouvait, au besoin, s'en servir comme d'une nacelle pour traverser les rivières. Ces boucliers, de forme étroite et longue, étaient généralemeiit octogones et ornés de dessins ou d'insignes propres à celui qui les portait. Des casques d'airain, surmontés de cornes ou de figures d'animaux du même métal , garantissaient la tête des guerriers.

Tous les Gaulois ne combattaient pas de la même manière, et il s'en trouvait parmi eux, au dire de Tacite, qui se couvraient d'armures à l'épreuve de l'arme blanche; mais ces armures étaient d'un tel poids, que le soldat qui en était chargé se trouvait gêné dans tous ses mouvements. Les guerriers ainsi vêtus se nommaient crujiellarii.

L'épée gauloise , nommée spallia , était longue et large; elle se portait sur la cuisse droite, suspendue par une chaînette de fer ou d'airain. Une dague courte ou couteau , une pique nommée lankia, à lame de fer longue d'une coudée et large de deux mains, et des javelots nommés gestim, à lames barbelées, complétaient l'armement des soldats gaulois. Au reste, ces dilférentes armes, décrites par Diodore, ne sont pas les plus anciennes qui aient été usitées pai-nii les peuplades gauloises; car nos musées renferment une foule de haches , de couteaux et de pointes de pique ou de flèche en silex ou en jade, dont l'usage précéda très-probablement celui des armes analogues de mêlai.

Après la guerre terrible dans laquelle les Gaulois succombèrent, l'armement des vainqueurs prévalut dai's les Gaules. Les vaincus adoptèrent les armes de leurs nouveaux maîtres, les Romains, parce qu'ils en avaient reconnu la supériorité; et ce fut, par conséquent, à ces armes que les Franks eurent afliiire lorsqu'ils apparurent sur le territoire de l'empire d'Occident. Voyons donc quelles sont les phases principales que présente l'histoire des armes romaines.

Une légion se composait de dix cohortes de fantassins et de dix escadrons de cavalei'ie. L'inlanterie se subdivisait en troupes pesantes et en troupes légères. Dans les premières étaient classés les haslali, les principes et les Iriarii; dans les secondes, les veilles, les fundilores et les sagillarii. La cavalerie se composait (Vequiles proprement dits et (Vequiles calapliracti.

ET LA UKNAISSANCE.

Les fiaslali |ioi'l;iiont l:i Itnsld ou hnwo loiiiijiio (l'tMnirnn six jiiods. A iino cerUiinc épociiio, l(irs(Hi'ils l'iuvnl dt-si^MK-s pour o(( iipor le pn-iiiicr i;nig diiiis IfS IjaUiilIcs, (Jii leur enleva la laiic**, reconiuK; trop gèiiaiile. Les principes formaient le second rang, et les Iriarii, le troisième. Ces derniers, nommes aussi piltmi, parce qu'ils éuiieni armés d'un pilitm ou javeline, codent tous des soldais éprouvés. Dans la grosse infanterie, chaque soldat poi'tait le Ijoiulier Ik^uTu ylindriqu»' uonunr sculitm. Les principes et les Iriiirii , au contraire, [»ortaienl \ecli/peus{>u bouclici' lond. Tous indistinctement étaient coillés de la (jalea ou cassis , sorte de cascjue d'airain ou de fer, avec large couvre-nuque. Ces casques avaient le timbre nu ou garni d'une crête rouge.

La cuiiassedes soldats romains fut d'abord un véiitable justiuicorps de cuir, descendant jusqu'à l'abdomen, et auquel s'adaptaient une phujue de mélxd sur la poitrine et des lames ind)ri(piées sur les épaules. Sous l'Empire, le plastron ni('talliqtie d'une seule pièce fut remplacé i)ar des bandes de métal juxtaposées, entourant la moitié du corps seulement et fixées sur la casacpie de cuir. C'était lii la cuirasse des simples légioiniaires : celle des ofliciers était souvent formée de deux plastrons de métal, recouverts de riches ciselures et reliés sur les flancs par des agrafes et des charnières (Colonne Trajane).

Un j)en plus tard (Coloiuie Anlonine), les Iriarii furent armés uniformément de la lorica sqnamata, dont l'usage était néanmoins connu depuis longtemps, mais non dans les corps miliUiires constitués.

Du temps de Polybe, les haslali portaient au flanc droit une épée espagnole à deux tranchants; ilsétiiient, en outre, armés de deux piques, de dimension différente et à pointe en fer. Leur casque était en bronze, et surmonté de trois plumes droites, d'un pied et demi de longueur, dont deux rouges et une noire.

Les principes et les Iriarii ('taient armés de même, sauf que les derniers, au lieu de javelines, portaient une demi-pi(pie.

Toutes les épées étaient droites, et propres à frapper d'estoc et de taille; celle des officiers s'attachait à un ceinturon et recevait le nom de parazonium.

Passons à l'infanterie légère. Les veliles étaient de véritables voltigeurs, n'ayant pour armes défensives qu'un casque et un bouclier rond d'à peu près trois pieds de diamètre, nommé parma. Chaque vélite portait sept javelots à pointe de fer, d'un demi-pied de long, et si flexibles, qu'on ne pouvait s'en servir deux fois. Quand ils avaient épuisé leurs armes de jet, les veliles se servaient d'une épée espagnole à deux tranchants et [tropi'e à frapper d'estoc.

Les fanclilores, recrutés d'ordinaire paniii les Achéens ou les habitants des BaK-ares, étaient armés d'un cascpie, d'un bouclier et d'une fronde, avec huiuelle ils lançaient des olives de plomb.

Les sagillarii étaient pris parmi les Cretois et les Arabes; leurs traits étaient barbelés à triple dent, afin de déchirer les chairs lorsqu'il s'agissait d'extraire une flèche de la blessure qu'elle avait faite. La corde de leurs arcs éUiit formée de boyaux tordus; {u»ur la saisir et la lâcher, et pour y fixer l'encoche de la flèche sans s'exposer à se meurtrir

l'extrémité des doigts, les archers légionnaires se servaient d'une sorte de doigtier de bionze à trois dents, entre lesquelles la corde était pincée. Quelquefois les fantassins légers étaient coiffés d'une peau d'animal au lieu du casque nommé galea.

La cavalerie romaine Refaisait usage ni d'étriers ni de selle; c'était une peau d'animal ou une pièce d'étoffe qui en tenait lieu. Elle était fixée sur le dos du cheval par une sangle ou courroie. Polybe nous dit que les cavaliers avaient porté d'abord des javelots à pointe de fer très-llexibles et très -fragiles, un bouclier rond et concave de cuir; mais que, de son temps, l'armement de la cavalerie grecque fut adopté pour la cavalerie légionnaire. Alors les javelots furent remplacés par une forte javeline garnie d'une pointe de fer à chacune de ses extrémités. Les cavaliers, armés d'un casque et d'une cuirasse, étaient appelés loricati. L'armée romaine comptait de plus des cavaliers pesants nommés équités calaphracli , et qui étaient revêtus, eux et leurs chevaux, d'une étoffe entièrement recouverte de petites plaques de fer imbriquées. Sous Constantin-le-Grand, la majeure partie de la cavalerie romaine était composée de ces équités calaphracli.

En général, l'armure romaine était d'airain , tandis que les armes proprement dites étaient de fer. Toutefois , les épées furent ftibriquées en airain jusque vers l'époque du haut Empire.

Les armes des Franks étaient : le scramsax , sorte de coutelas court et long, à lame (juelquefois garnie de cannelures le long du dos {gladius caraxatus); l'épée longue ou glaive, le couteau ou poignard, le bouclier rond ou ovale, la lance ou l'épieu nommé aiigon, et la hache à un ou à deux tranchants, appelée francisque. Ces armes furent généralement en usage jusqu'à la fin du neuvième siècle, concurremment avec les armes romaines.

L'historien français Éginhart, qui écrivait au neuvième siècle, nous a donné une description complète du costume de Charlemagne, qui , dit-il (De vila Caroiimagni,c. xxii), se conformait exactement aux usages du pays. Ce monarque conquérant portait une tunique de toile pareille à celle des Anglo-Saxons ; et jamais il ne se montrait, sans avoir l'épée au côté. Son baudrier était richement garni d'or, d'argent et de pierres précieuses, ainsi que la poignée de son épée. Dans une figure que Montfaucon (Monarchie française , t. I, pi. 22) a tirée d'une mosaïque du temps, Charlemagne est représenté avec une espèce de plastron qui lui couvre la poitrine et qui parait composé de plusieurs plaques de métal. Éginhart parle aussi de ce plastron. Du reste, les costumes restèrent pendant plusieurs siècles, h peu de chose près, tels qu'on les avait portés du temps de Charlemagne. Les rares miniatures qu'on trouve dans des manuscrits du temps suffisent pour démontrer que les princes et les leudes avaient adopté les modes gallo-romaines dans la forme de leurs habits d'apparat, et que les hommes de guerre portaient le costume militaire romain, mais avec certaines innovations dues au mauvais goijt du siècle. Ainsi, les casques, les boucliers, les épées, avaient pris des formes bizarres , fort éloignées des modèles sur lesquels on prétendait les façonner, et l'on [)0urrait presque dire que le costume avait subi le même genre d'altération que le lan-

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