I.E MOYEN AGE
gage , corrompu qu'il était par le mélange des mœurs germaines avec les mœurs des
anc iens sujets romains.
Vers le milieu du neuvième siècle, sous le règne de Cliarlesle-Chauve , RoUon , débarqué sur les côtes de la Neustrie à la tète des hordes normandes, s'empara de Rouen , qui devint sa place d'armes et son quartier général.
Il parcourut alors, les armes à la main, les principales provinces de la France; et, après trente ans de combats, il conclut avec le roi de France un traité de paix qui lui assurait en toute propriété la Neustrie, qui l'eçut dès lors le nom de Normandie. Les relations continuelles que les Français eurent, pendant cette longue guerre , avec les armées normandes, et celles qui s'établirent après la paix, eurent une grande influence sur les mœurs guerrières des Français, qui adoptèrent une partie des armes des Normands, particulièrement les armes défensives. Dans les miniatures du manuscrit de Prudentius , on voit, comme dans la Tapisserie de Rayeux, les guerriers couverts d'un vêtement garni de petits anneaux ou d'écaillés de 1er; leurs casques sont pointus, et leurs boucliers , en forme d'écu et coupés horizontalement dans le haut, se terminent en bas par une pointe plus ou moins aiguë.
A partir du commencement de la troisième dynastie de nos rois, nous trouvons des monuments en assez grand nombre pour déterminer avec certitude
CiARLES-LE-CHAUVE. Fac-gimile d'ane mioialnre de la lîible de ChatleB-le-Chaiive. Mb. du neuvième Biécle (liibl. Nal. de Paris).
F/r I.A KKNAISSANCi:.
les vaiialidiis siuccssivcs du (((Stimic i^iicnicr des Français. I.c [dus aiw icii cl l'- plus précieux i\e ces nioiuinienls est la céli'hre Tanisserie de Baycux, ouviageà l'aignille
(ÏL'KiimKiis . far-similc de miuiaturfs du Ms. de Prudenîtus (Rilil. Nal. de Pdria).
(ju'on attribue, avec assez de probabilité, à la reine Mathilde, femme de Guillaume-le- Conqnéranl. Elle représente les prépai-atifs de l'expédition contre l'Angleterre, les diflérents ('pisodes de la conqnète, et labalaille de Haslings. (pii la teimiua. Les dessins et l'exécution de cette tapisserie se ressentent de l'état de barbarie où les arts se trouvaient à cette époque ; néanmoins, les costumes guerriers et les armes sont assez bien indiqués , et nous Cournissent des notions certaines sur leurs formes.
L'armée de Guillaume, à la bataille de Ilastings, était composée de trois corps : le premier, d'arcliers à pied, arm<\s de (lèches et de dards; le second, de fant^issins. mieux armés et couverts de mailles de fer; enfin , le troisième , de cavaliers, an milieu des(]uels le duc Guillaume avait choisi sa place.
Le costume présente peu de variété; on n'y remarque que deux sortes d'habillements : l'un est fort simple, et les gens qui le portent n'ont pas de casque; c'est évidemment là la milice subalterne. L'autre habillement est couvert d'anneaux de fernon entrelacés ; il prend depuis les épaules jusqu'aux genoux ; les cavaliers qui en sont couverts ont tous un casque pour coiffiire. Ges cas(]ues. étroiLs et de forme conique, h pointe plus ou moins aiguë, sont prolongés par denière en couvre-nuque, et par devant ils sont munis d'un appendice de métal «jui garantissait la figure et fais;»it corps avec le reste du casque : en cela, cet apix^ndice dillerait de la barre mobile qu'on employa longtemps après et qui reçut le nom de nasal. Parmi les cavaliers ainsi bardés de fer, il en est qui ont des chaussures, d'autres tjui en sont dépourvus; les uns ont des étriers, les autres n'en ont pas, et souvent même pas déperons. Gette particularité se
remarque de même sur divers sceaux de ce siècle. Les boucliers des cavaliers sont
Archbhs a riED ET FANTASSIXS (I u dur (iailiaoïiie , d'après la Tapisserie de Hayeux.
convexes; la plupart, arrondis à leur partie supérieure, se terminent en pointe par le bas. Il y en a cependant trois ou quatre qui ont une forme différente : ils sont presque concaves, ronds, à pans, et présentent dans le milieu unepointe aiguë assez allongée. Ces boucliers se portaient au bras et s'y attachaient au moyen d'une courroie. Les armes offensives consistaient en épées, haches, lances, javelots et flèches. Les épées étaient longues et d'une largeur uniforme jusqu'à l'extrémité, qui se terminait brusquement en pointe; les poignées étaient grosses, simples et fortes. Les haches n'offrent aucune particularité renïarquable. Les lances sont armées d'un fer aigu qui fait environ la sixième partie de la hampe. On voit aussi des massues, des bâtons ferrés, et enfin des bâtons fourchus, qui furent probablement la première forme de l'arme qu'on appela [)lus tard bisaguë. Ces dernières armes ne servaient ordinairement qu'aux serfs et aux paysans, l'épée et la lance élant réservées aux hommes libi-es.
HieODCvEPS^BACVLV
Beaui-Arts.
ARHDBlRiE. U. Y.
1,2, 3 f I '» — Cu'lLlF.r.s Hp l'arnu'e da fluo Guiliaiirao . d'njjrt's 1.1 Titpi'iSet u. de Untjfni
ET LA IIKNAISSANCE.
Hicii, dans celte curieuse Tapisserie, irin(li(|Mo (ju'à ccUo époque la (rfnide ail él<'usitée dans les combats; mais, dans un des morceaux de la bordure, on vciil un iiommc se servir de celte arme pour lancer une i)ierre à des oiseaux : on peut dofic croire que la fronde n'ét^iit employt'e alors (pie connne arme de chasse.
Sur son sceau , conservé en Angleterre, le roi Guillaume est représenté armé il une espèce de haubert dont les anneaux sont placés à côté les uns des autres, sans être entrelacés, et l'on en peut conclure que ce genre d'armure, (pii é't;iit en usage parmi les Anglo-Saxons, lut adopté par les Normands. Le haubert proprement dit, le haubert à mailles de fer n'était pas encore connu en Euro[»e, et nous en avons une antre preuve dans un passage de Ciuillaun)e de Poitiers. Cet historien dit (|ue, lorsijue Guillaiiine-le- Concpiérant s'armait pour la bataille de Ilastings, il mit [kw mégarde son haubert a l'envers. Ces paroles indiijuent clairement qu'il parlait d'un vêtement d'étoile ou de peau, sur lequel les anneaux ou les plaques de métid étaient cousus ou attachés d'une manii're quelconque.
L'arc, C(tmme arme de guerre, a ét(' introduit en France, puis en Angleterre, par les Normands ; les Francs n'en faisaient usage (pie pour la chasse. On sait que Guillaume aimait cet exercice et qu'il y déployait une adresse et une vigueur remanpiables. Harold ayant été renversé par une flèche et la victoire de Ilastings ayant été attribuée à l'emploi de cette arme de jet, l'arc devint, par la suite, l'arme favorite des Anglais; cependant les lois du conquérant ne la rangèrent pas parmi les armes de la noblesse.
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Pendant les règnes de Henri 1" et de Philippe I", le costume militaire resta semblable à celui que les Normands de Guillaume avaient porté, c'est-à-dire à celui qui est repn'senté sur la Tapisserie de Bayenx, avec queUiue mélange de l'ancien costume militaire romain ou frank. Parmi les armes offensives, on voit paiaitre pour la première fois, vers la fin du onzième siècle, des bâtons courts , au bout desquels sont attachés, par des chaînettes, des boulets de fer garnis de pointes. Cette arme singulière et terrible fut appelée fléau d'armes ou fouet d'armes.
CnOISADES.
L'époque des croisades à laquelle nous arrivons forme une époque très-reiu;ir(|uable dans l'histoire de l'Armurerie; les aventureuses expéditions vers l'Orient eurent une grande inlluence sur les armes et le costume militaire de l'Europe; la première et la plus impoitante des importations dues h l'inlluence des croisades fut celle de la colle de mailles . (pii ("tait g('néralement en usage painii les Arabes et (pi'on n^trouve tivsnettement indi(piée sur les sculptures des Sassanides.
Avant la première croisade, on avait déjà connaissance , en Italie et en France, du tissu de fer dont le,s Orientaux formaient des casaques défensives; mais les imitations
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qu'on en faisait étaient fort grossières, d'un poids énorme et faciles à transpercer. On fabriquait aussi, à l'instar des cottes de mailles, des vêtements de toile ou de cuir, sur lesquels on appliquait des plaquettes de fer rectangulaires ou rhomboïdales que l'on imbriquait les unes sur les autres, à l'imitation des écailles d'un poisson Ce genre d'armure prit différents noms, suivant ses variétés; on les appela haubergeons, Jacques de fer, jasserans, brigandines , Jacques de brigandine , armures à macles , armures à ruslres, etc. Pendant la première croisade, et ensuite sous les règnes de Louis-le- Gros et de Louis-le-Jeune, ce vêtement militaire fut remplacé par le haubert démailles, composé d'anneaux entrelacés et rivés à la manière orientale. On n'abandonna cependant pas l'usage des jasserans, des brigandines et des armures à macles, car la fabrication de ces dernières armes défensives était plus facile, plus simple, et devait nécessairement être moins coûteuse. Ce fut sous le règne de Philippe-Auguste et sous celui de saint Louis, que la chemise de mailles devint d'un usage général pour les chevaliers, qui souvent portaient aussi des chausses de mailles pour se garantir les cuisses, les jambes et même les pieds.