‹ Le moyen äge et la renaissance, histoire et description des moeurs et usages, du commerce et de l'industrie, des sciences, des arts, des littératures et des beaux-arts en Europe. Direction littéraire de Paul Lacroix, direction artistiques de Ferdinand Séré. Dessins fac-similé (volume 2)Chapitre 59 sur 84 · VIU · texte numérisé non relu

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ment barbare, que nous ne saurions retrouver là l'ébaucboir de l'homme consciencieux, de l'artiste éminent, dont la main brisait ce qui aurait pu compromettre sa réputation.

Il est certain d'ailleurs que, si Palissy avait dû imprimer un cachet sur ses ouvrages, il eût choisi les pins importants, ceux dont la destination exigeait l'emploi de tous ses soins, comme les bassins rustiques, les vases d'ornement dont la place était marquée sur les crédences royales ou princières; des ouvrages de ce genre, aucun n'est marqué, tandis que le double BBse trouve sur des choses comparativement peu importantes.

D'un autre côté, on se demande quelle serait la vraie signification d'un monogramme formé de deux lettres, étrangères au nom de l'artiste, et qui représenteraient tout au plus son prénom, à moins qu'on ne prétende y voir l'expression du sobriquet bonhomme Bernard, par lequel ses protecteurs le désignaient parfois. Un fait viendrait encore contrarier cette hypothèse. Nous avons vu un bassin lobé et festonné, dont l'émail bleu grisâtre était marbré de rouge violacé, ce qui caractérise les premières œuvres de Palissy; en dessous, un monogramme gravé en creux se composait des lettres ABC. Le même monogramme s'est retrouvé sur un plateau, très-fin d'exécution, représentant en relief des enfants faisant la vendange. (Voir pi. 1, fig. 15.)

Que pourrait -on conclure de cette diversité de manières dans la marque du maitre? Rien quant h présent; les faits sont trop peu nombreux pour se prêter à une discussion approfondie. Nous hasarderons seulement quelques suppositions. Si l'on veut voir, dans les pièces marquées, des ouvrages sortis des mains de Bernard Palissy, ne peuton pas admettre que, produites dans des lieux particuliers pendant ses différents voyages, il y a imprimé la marque du fourneau dont il se servait accidentellement? Ainsi, les maîtres italiens mettaient plus volontiers sous les vases le nom de la ville où ils travaillaient que le leur propre; c'est ce que Passeri nous apprend en expliquant par in Pesaro la signature habituelle de maître Gerome de LanIVanco. Il est une autre supposition tout aussi admissible. Dans ses nondjreux travaux, Palissy a dû se faire aider; nous en fournirons bientôt la preuve. Il est donc possible qu'il ait fait mettre le chiffre de son aide sous les pièces qu'il lui confiait, comme h Sèvres on fait imprimer le sigle (lu réparateur sous les figures de ronde bosse, quel que soit le nom d'artiste qui doive en réalité rester attaché au morceau.

Nous avons dit que Bernard se faisait aider dans ses travaux; effectivement, un manuscrit de la Bibliothèque Nationale, intitulé : Despenses de la lioyne Catherine di'. Médicis, contient une pièce ainsi conçue :

« Par ordonnance de ladicte dame du Pérou et quictance cy rendue et est le mar- » ché desdicts Palissis rendu sur le compte prochaint somme vu" v*^ x sols, le tout » veu la partye est passée et soit prins garde (]ue en fin du paiement les sommes par » eulx reçues leur soient desduictes el rabatues.

» Autre des|)ence faicle par cedit présent comptable, à cause de la grollc de terre )' esmaillée.

i;t l\ i;i:.\aissanci:,

') Fait'iiK'iil liiict a taiise de la diclo grollo en verlu des oi'doiinances [lardcnlliiirs » de ladicle dame du l'oroii.

» A Uernard, Nicolas ei Malhurin I'alissis, stulpli-urs en u-nr, la somnio dt- " quatre cens livres tournoys à eulx ordonnée par ladicte dame du l'éron en son » ordonnance signée do sa main le vingt-deuxième joui- de janvici- mil cinq cens •> soixante et dix, sur et tant moings de la somme de deux mil six (eus livres lour- « noys pour tous les ouvraiges de lerre cuicte esmaillée qui resloicnl ii lairr pour » parfaire et parachever les quatre pons au pourtour de dedans de la grolle erieom- ■> mencéepour la Hoyneen son pallais h Paris, suivant le marché laict avecq eulx selon » et ainsi qu'il est plus au long contenu et desclairé en ladicle oi'donnance, par vertu ilc 0 hujuelle paiement a esté laid conqUant aux dessusdicts, ainsi cpi'il a[)pcrl par leur » quictance [»assée par devant lesdicts Vassart et Vvert, notaires siisdirts, le vini;l- » deuxième jour de lebvrier audict an mil cinq cens soixante et dix, escriplc au bas » de ladicte ordonnance cy rendue pour ce. Cy en des[)ence ladicte somme de un' L.

» Ausdicls Palissis cy dessus nommez , pareille somme de quatre cens livres lour- ') noys à eulx aussi ordonnée par ladicte dame du l'eron en son ordonnance signée n de sa main le vingt-sixième jour de lebvrier mil cinq cens soixante et dix, en ce >' oullre et [tardessus les autres sommes de deniers qu'ilz ont par' cy devant reçues en ■) sur et Umt moings de la somme de deux mil six cens livres tournoys pour tous les » ouvraiges de terre cuicte esmaillée qui restent à faire pnur |)arfaire et parachever ') les quatre pons au pourtour du dedans de la grotte encommencée poui' la Uoyne en » son pallais lez le Louvre, à Taris, suivant le marché de ce faict avec(| eulx, ainsi » qu'il est plus au long contenu et dédairé en ladicte ortionnance, par vertu de la(iuelle ') paiement a esté l'aicl comptant aux dessusdietz , ainsi qu'il appert par leur (piiclance » passée par devant lesdicts Vassart el Yvert, notaires audict Chaslelet de Taris, ledict » vingt-sixième jour de febvrier audict an mil cinq cens soixante et dix, escripte au » bas desdictes ordonnances cy rendues pour ce. Cy en despence ladicte somme -) de im' L. -

A cette date, c'est-à-dire en 1570, Bi'rnard avait donc associé deux tie ses lils ;i se> travaux, et ce sont eux probablement qui, plus tard, possesseurs des moules de leur père, continuèrent à émettre des pièces dans sa manière, dont les sujets semblent (l'abord former anachronisme, comme ce plat bien connu où se trouvent représentés Henri IV et sa famille, et cet autre où l'on voit un portrait du même prince en reliel.

Quoi qu'il en soit, après la mort de Bernard l'alissy, survenue en 1389, l'art ijuil avait inventé dépéril insensiblement pour disparaître bientôt presque complètement en France.

On a vu que Palissy avait pu prendre l'idée de ses faïences émaillées sur les produits d'une labrique allemande; nous devons décrire ceux-ci pour éviter aux curieux une confusion trop facile.

Dès l'invention de la majolicpie en Italie, îles colonies artistiques s irradièrent dans Stiencfs et Arts. CIRiaiflOS. Fol lï.

toutes les directions : trois frères, Giovanni , Tiseo et Lazio, allèrent porter leur industrie à Corfou; Guido de Savino se fixa, lui, à Anvers, d'oîi la majolique s'étendit dans les Flandres. Vers 15'20, une fabrique s'établit à Nuremberg; eut-elle une origine étrangère, fut -elle le fruit du génie national, c'est ce que nous n'essaierons pas de discuter : ce qu'il y a de certain, c'est que les faïences de Nuremberg sont d'un ton sombre, que les bruns y dominent, et que les figures n'ont rien qui rappelle le style italien ; une sorte de sécheresse dans le dessin , des combinaisons moins heureuses de lignes et de couleurs distinguent ces produits de ceux de Palissy; on y voit aussi quelques fonds vert- pistache qu'on ne retrouve pas ailleurs. A une époque plus récente, Nuremberg a fabriqué de grandes pièces en terre vernissée du plus beau vert, qui ne se rattachent, ni par la décoration, ni par l'émail, aux poteries dont nous venons de parler.

Faïence. — Il existe en Provence, non loin de Fréjus, un petit bourg de ce nom, qui, selon Le Grand d'Aussy et quelques autres historiens, aurait donné son nom en France à la poterie que les Italiens nommaient majolique; il paraîtrait que la fabrication des terres émaillées y était en activité avant qu'il en fût question ailleurs, et que les produits de Faïence jouissaient partout d'une haute réputation. Comment concilier ces témoignages historiques avec l'ignorance où nous sommes de la nature d'un produit que sa célébrité a dû mettre h l'abri de la destruction ? Ne serait-ce point que nous le méconnaissons? On trouve, dans les collections, des vases assez nombreux, d'une paie brune recouverte d'un émail plus brun encore; des ornements en relief, appliqués parla méthode du pastillage, c'est-à-dire moulés à part : des plantes et même des reptiles tendent à faire considérer ces vases comme la continuation des œuvres de Palissy. Cependant la couleur brun -marron uniforme du dessous des pièces, l'absence des coquilles fossiles, font facilement reconnaître ces vases, que l'on sait avoir été fabriqués dans le midi de la France. Ne serait-ce pas là la célèbre poterie de Faïence ?

Ce bourg ne paraît pas, du reste, avoir été seul en possession du secret de la fabrication des terres vernissées, au commencement du seizième siècle; sans pailer des tuiles et carreaux de revêtement dont toutes nos provinces offient h peu près des exemples, on peut citer des vases à jour qui paraissent avoir été produits dans une fabrique aujourd'hui oubliée de Montreuil-sur-Mer. M. Boucher de Perthes a pu recueillir quelques échantillons de cetle poterie et trouver dans les traditions du pays la preuve de son origine.

La Normandie elle-même réclame, par l'organe de ses antiquaires, une place dans les annales de l'art Céramique; de remarquables épis ou supports de girouettes en terre vernissée ont décoré la plupart de ses anciens châteaux , et M. de Caumont a cru même pouvoir placer à Prédange et à Manerbe, dans le département du Calvados, le siège principal de cette fabrication importante. Ce que nous savons, c'est que les épis en terre ne furent pas particuliers au nord de la France; l'église Saint-Germain-des-

i;t l\ i:i.,naissanci:.

l'iôs, à l'aiis, on ;iv;iil do semblables pour couronner les iicnles (\f sis miles veiiiissées. Au suri)lus, tons ees l'aiis, (|ui pour d'autres sembleraient lonipliijuer la (jueslioti, la simplilieiit singulii'rement à nos yeux. Ils prouvent (lu'à certJiines époques une l'oule d'esprits tendent vers le même butet(|ue, quand le moment du jirojjrès a sonné, la manifestation se fait presque partout à la fois. Qu'on ose donc pron«,»ncpr sur la cpiestion de préséanee entre toutes ees usines éclosessinmltanément, mais si différentes dans leur manière d'exprimer le lait nouveau? Les l'ersans, les Arabes, Luca délia Uobbia , les peintres sur majolique, les potiers de Faïence de Nuremberg, Palissy , oilrent-ils, au point de vue artiel ou technologique, des ly|ies dont l'imitation soit patente? Non; chacun de ces centres, chacun de ces chefs d'école relève de lui-même, emploie ses procédés paitieuliers, les apjjrKiue dilTéremment, suivant les lieux et les circonstances. Si cela ne constitue pas l'invention, nous ne savons ce qu'il laut ententiie |tar ce mol, et, encore un cou[), nous ne comprendrions pas que, proliLmt de circonstailces toutes nouvelles et du rapprochemeni fortuit de choses étrangères l'une à l'autre, on s'en servît pour ternir la gloire de tant de grands génies.

Aevers. — Une version généralement accréditée fixe la fondation de celte usine vers loCO. On raconte, à ce sujet, qu'un des couitisans venus à la suite de Ludovic de Gonzagne, duc de Nevcrs et prince de !\Iantoue, découvrit, en se promenant auprès de Ncvers, une espèce de terre analogue à celle dont on se servait en Italie dans la confection de la niajorujue; il essaya celle terre, fit venir des ouvriers italiens, et fonda la célèbre fabrique dont certains produits sont confondus avec ceux de Faenza. Le Grand d'Aussy, rapportant celte tradition, croit devoir la réfuter : « C'est encore là, » dit -il, une de ces anecdotes (ju'on trouve répétées partout et qui sont regardées " comme des faits histori(jucs; pour la réduire à sa juste valeur, il suHit de citer ce 0 que deThou rapporte sur ce sujet, année 1603. En parlant des divers établissements » que fit Henri III pour la prospérité de la France, l'historien dit : Il éleva des » manufactures de faïence tant blanche que peinte en plusieurs endroits du royaume, » à Paris, à Xevers, à Brisambourg enSainlonge, el celle (]u'on fit dans ces dilTértMits » ateliers est aussi belle que la faïence qu'on tirait d'Italie. »

Jl existe, en cflet, une si grande ressemblance de forme et de décoration entre les premiers produits nivernais et les majoliques congénères, qu'il faut toute la sagacité d'un artiste, toute la science d'un historien pour arriver h déterminer la limite qui les sépare. Or, il est impossible d'admettre cpie cette ressemblance puisse être le résultat du désir de l'imitation chez des artisans liviés depuis peu à l'exercice de leur [irul'ession. Qu'on se rappelle les quinze ans de travaux de l'alissy, et Ion sera bientôt convaincu que les fabriques de Nevers ont du être érigées par des ouvriers habiles qui y introduisirent des méthodes dès longtemps expérimentées. Les fa'iences il;\lo-nivernaises sont assez rares, el il est même à croire que le genre Faenza fut bientôt abandonné pour le style français inventé par Ducerceau, el plus certainement encore pour l'imilalion dos porcelaines orientales dont l'apparilion , au dire même de l'asseri, fui

la principale cause de la décadence des majoliques. Les faïences ilalo-nivernaises peuvent être reconnues par les sujets historiques qu'elles représentent, ou bien encore aux inscriptions dont les figures sont accompagnées : sur une assiette représentant un empereur romain donnant audience, on lisait : Vespasien; sur une autre, décorée d'une composition biblique, les noms de Joseph et de Uenjamin se trouvaient au-dessus des principaux personnages. Le goût des devises, des chansons ou des formules acclamatoires paraît s'être introduit chez nous dès le principe de la faïencerie. Sur un bidon nivernais du temps de la Ligue, on trouve ces mots : Vive le roij! introduits dans la décoration générale.

Rouen. — Nous voudrions ne point passer sous silence l'importante manufacture de Kouen, dont les produits ont, au point de vue ornemental, un intérêt incontestable; mais les renseignements parvenus jusqu'à nous sur la fondation des faïenceries rouennaises sont tellement contradictoires, que nous ne saurions adirmer si elle date des premières années du dix -septième siècle, au moment de la réglementation générale des établissements français , ou si elle est postérieure. Ce qu'il y a de positif, c'est que les produits répandus dans les collections appartiennent h la seconde moitié du dixseptième siècle, et smtout à l'époque où, sous l'impérieuse nécessité des circonstances, Louis XIV et les grands seigneurs de sa cour vendirent leur argenterie poui se mettre en faïence.

Hollande. — Tout le monde connaît les produits éminents qui , pendant le cours des dix-septième et dix-huitième siècles, vinrent surcharger les vaisselliers français sous le nom de porcelaine de Delfi. Si nous en croyons M. Brongniart, ce serait, en effet, dans cette ville que les produits dont il s'agit auraient été fabriqués, et ils auraient une origine peut- être antérieure au seizième siècle. M. Brongniart ajoute que les objets marqués d'un R traversé d'un sabre sont du seizième siècle, et qu'à dater de 1600 on a cessé d'imprimer des monogrammes sous les produits hollandais. Quelque respect que nous professions pour Téuiincnt auteur du Traité des arts Céramiques , nous ne pouvons nous dispenser de faire ressortir les erreurs contenues dans cette partie de son travail; rien dans les ouvrages de Delft n'annonce une origine aussi ancienne que celle de la majolique italienne : les sujets, tous imités de la Céramique orientale, ne peuvent avoir été adoptés avant l'époque où la porcelaine de Chine est devenue d'usage général et où le goût s'en est répandu au point d'en faire rechercher même des images infidèles. Quant à la marque, elle varie à l'infini , et celle des œuvres les plus éminentes consiste dans un monogramme AK , dont nous n'oserions faire remonter la date au delà du dix -septième siècle. Quant à l'R traversé d'un sabre, nous ne serions pas surpris s'il était le sigle d'un potier français établi accidentellement en Hollande; dans ce cas, il serait loin encore de remonter au seizième siècle.

En résumé, les principales faïences émaillées artistiques de la Kenaissance peuvent se caractériser ainsi par la nature du décor, des couleurs et des formes générales.

Italiennes. — Vases de la première époque : formes simples, décor purement orne-

i:t la uiùNAissANfir:.

nienl;il; l;t fij^Mnc n'y n|i|)ar;iît cncoi'c (|iic |)ai' des l)iist('s d'un dessin naïvoinont Ikipbaie; les (oiileiiis, peu nond>ieiises, soiil ii rellels nacrt'S ou niélallhjiios.

Deiixiènie é|)0(iiie. Les formes se c'oniitli(|ii<'ni; aux vases d'usage succèdeiil les aiguières éléganlos ;i moulures avec des a|)pli(|ucs ou des a|ipen{lites iniilés de l'orfèvrerie; les sujets sont encore assez simples, les (if,'ures ont les chairs leinlées avec une ocre qui rend assez les couleurs de la nature. Un émail blanc, applii|u<'' en rehauts avec discrétion, achève de donner le modelé en réduisant le fond au rôle drdemi-leinle. Les sujets sont copiés sur des œuvres connues, et particulièrement sur les gravures faites d'apiès les maîtres en réputation.

Troisième épo(|ue. Les céramistes éminents s'applicpient aux ouvrages décoratifs el de grandes dimensions. Les fontaines, soutenues par des (igures de ronde bosse, entourées de Irises en bas -reliefs; les aiguières aux anses composées de chimères ou de figuies hardiment contournées, les vasques à rafiaichir, les coupes se nmlti|ilient aux yeux de l'observateur; les sujets qui eu décorent la surlace deviennent ()lus compliqués; l'histoire, la poésie sont tour à tour mises à contribution , el les peintres ont soin d'indiquer sous chaque pièce, dans une légende assez longue, et la source où ils ont puisé leur sujet, et le passage môme d'a|»iès lequel ils se sont inspirés. Le dessin est pur et correct, plein de hardiesse cl de franchise; en revanche, les ions sont crus, les carnations jaunes, le paysage et les fonds durs : mais l'ensemble est magistral et révèle la main d'artistes habiles el sûrs d'eux-mêmes. On voit encore quelques reproductions d'ouvrages connus, puis des variantes de sujets peints ou gravés; de là, mille suppositions sur le concours direct (ju'auraicnl pu donner aux fabriques de majoli<|ues les maîtres les plus éminenls de l'Ilalie : Raphaël, entre autres. Ces suppositions tombent devant le fait connu, que Guidobaido avait accpiis des dessins de peintres illustres pour ses fabiiijues, et (pie quelques-uns de ces dessins n'ont jamais été reproduits ijue sur faïence.

Quatrième époque. Les arabesques composées par Ha[)haël et ses élèves avaient remis en honneur le genre ornemental. Faenza s'était consacré ix les introduire dans las poteries; d'un autre côté, le genre historique avait piM-du ses plus éminents adeptes : les carions italiens étaient délaissés pour les gravures llamandes. On voit tlonc la ligure s'alourdir; la crudité du modelé se perd dans une uniformité de teintes qui passe à la froideur el à la mollesse; le paysage s'introduit d'abord par des mains habiles, pour tomber ensuite dans le domaine de la médiocrité : c'en est fait de la m.ajoliqtu'.

Françaises. — Bernard Palissy : vaisselle h teintes agalist-es, bassins rustiques, pièces à sujets (le bas -reliefs. La forme des vases de Bernard Palissy est belle el siuqtle dans son ensemble, niais complicpiée par les détails; les découpures, les estampages dans le genre de l'orfèvrerie, loul annonce qu'il s'est nourii des œuvres de Benvenuto Cellini, alors célèbres à l'égal des tableaux île Haphaël. Ses figures sont élégantes el inspirées de l'école italienne, mais bien plutôt du lameau de Fontainebleau ipie de la souche romaine; on y sent le Primalii e ei maître l?oiix.

k-mi el Ans. CERUMIOIIE. M XI.

Imitations de Palissy. On doit distinguer dans cette catégorie deux sortes de produits : les œuvres laites par les descendants de Palissy sur ses patrons, et celles qui ont seulement le même style. Les premières sont peu nombreuses et se reconnaissent à l'allure plus lourde des figures, à la médiocre élégance des conceptions, en un mot à l'emploi inintelligent des modèles d'un homme illustre; les secondes sont d'un style moins original , d'un aspect moins gracieux, moins agréable à l'œil ; cela tient à l'uniformité du relief dans les ornements pastillés, et à la couleur générale des pièces, qui est sombre, par suite du défaut de variété dans les émaux.

Nous ne reviendrons pas ici sur ce que nous avons dit du caractère des faïences italo-nivernaises; lorsque le vrai style français vient se substituer à ces imitations, les fabriques se multiplient, l'art se généralise et confond les produits, en sorte qu'il est fort difficile de distinguer les sources, h moins d'une étude approfondie de la technologie et de l'art. Cependant quelques fabriques se maintiennent hors ligne; si la Hollande s'enorgueillit de sa porcelaine de Delft, la France répond par ses faïences japonées, et laisse entrevoir ainsi l'ère nouvelle qu'elle prépare à la Céramique en poursuivant le secret de la poterie translucide des Orientaux.

Cette notice rapide sur les poteries artistiques du Moyen Age et de la Uenaissance demeurerait incomplète si nous ne disions un mot de la faïence fine dite de Henri II, production sans antécédents et sans suite, qui vient prouver une fois de plus combien , h celle remarquable époque de la Uenaissance, les esprits étaient portés vers la recherche du nouveau.

Comme toutes les faïences lînes ou terres de pipe, cette poterie a sa pâte essentiellement composée d'argile plastique lavée et de silex ou de quartz broyé fin ; la glaçure est un vernis cristallin plombifère.

Trente-sept pièces forment à peu près le total des exemples connus de celte fabrication, dont le siège est complélement ignoré. On sait seulement que la plupart des pièces proviennent du sud-ouest de la France, de Saumur, de Tours, et notamment de Thouars. Quant à la date, elle est inscrite sur les vases en caractères irrécusables : les premiers, d'une exécution encore assez incorrecte et où se remarquent certains tâtonnements, portent la salamandre de François I"; les autres, arrivés à leur plus grande perfection, offrent les armes de France avec l'emblème adopté par Henri H, les trois croissants entrelacés. Les faïences fines de la Renaissance sont toutes de petite dimension et pour la plupart d'usage purement ornemental : ce sont des coupes, des aiguières, des biberons; les autres pièces sont des sucriers ovales, des flambeaux et des salières. La forme en est riche et pure , relevée de moulures élégantes, mais sagement pondérées; quelques mascarons et figures en relief, d'une belle composition , en complètent l'ensemble. Sur la [)âte d'un blanc jaunâtre serpentent des zones d'un jaune d'ocre lisérées de brun Ironcé , enlacées avec toute la richesse inventive qui caractérise l'époque; de petits dessins, en vert, en violet, en noir, en bleu, et plus rarement en rouge, rehaussent cette décoration. Une chose fort remarquable, c'est

i:t i.\ i;i;naissam:i..

(|iu' li's zones ol li.s(''rés tlo couleur oui •'■lé ;i|)|)Ii(|ués par un |>ru('ôilo sius analogues dans la poterie; laissons M. Hrongniail en expli(|U('i' la llit-orie, avec sa seienco île leclnioiogislc : o Le nu do la pièce a d'abord élé fait sans aucun relid ni ornement; » il n'a point été tourné, mais moulé mince, rallermi et mis à égale é[»aisseur pai » tampoimage. On ne peut en douter en voyant les dépressions à peu pris circulaires i> et disposées en lignes que nn)nlre le dessous d'un giand nondjre de [lièces. Cette 'I première couche a été recouverte, comme par eugobage, d'une croule très-mince » de même pâte, sur laquelle on a placé les oi-nements, les tètes et le vernis. » C'est dans cette seconde couche, convenablement gravée ou creusée par le moyen du moule, que se placent les couleurs, qui dès lors y sont incrustées de toute l'épaisseur de l'engobe.

De})uis que les archéologues ont commencé à s'occuper sérieusement de l élude des curiosités, les l'aïenccs fines de Henri II ont servi de texte à une foule de suppositions; on a cherché d'abord à connaître leur nationalité, et il est universellement admis (ju'elles sont françaises. Quant h la découverte du nom de leur auteur, rien de bien satisfaisant ne s'est encore révélé. M. Dclange, s'appuyant sur des combinaisons de date et sur un chiffre plusieurs fois répétés dans la décoration d'une pièce, a prétendu voir là l'œuvre d'un délia Hobbia. Mais nous ferons remarquer qu'un homme habitué au maniement des pâtes calcarifères à émail d'étain n'aurait pas imaginé l'emploi de matières nouvelles et de procédés en dehors des usages céramiques. Il nous parait donc bien plus probable qu'un des orfèvres venus peut-être à la suite de Benvenutti Cellini aura cherché, dans l'invenlion d'une nouvelle matière plasti(iue, une renommée qui lui échappait dans son art. Oi'o» examine, en ollèl, les laïences fines d'Henri H, on y verra bientôt la justification de cette hypothèse : les pièces ne sont l)as tournées; leurs moulures et leurs appendices rappellent bien plus le métal qu<; la terre, et leur forme est tout italienne; pour ce qui est de l'incrustation des couleurs, qui refuserait d'y voir l'imilation du i)rocédé par lequel les artistes métallurgistes obtenaient les remarquables damas(piiniircs dont ils ornaient leurs œuvres.' Celle opi nion, que nous émellons ici sans autre appui que riuspeclion atleutive des objets, pourrait peut-être se justifier par quelipie témoignage plus irrécusable; il est probable que des recherches tentées dans celle voie nouvelle .seraient moins infruclueus.'s que celles qui ont eu lieu jusqu'à ce jour.

Quoi (lu'il en soit, la faïence fine de Henri II mérite certes une mention parmi les produits dont le Moyen Age a le droit de .s'enorgueiilii'; c'est non -seulement l'œuvre d'un grand artiste, maisencore celle d'un grand génie, et si l'Angleterre, s'appuyant sur ses anciennes fabrications de Bursiem , i-evendique la première application usuelle de la terre de pipe ou faïence fine, répétons encore ici, puisque c'est la vérité, que la France n'a rien à envier à celte industrieuse i)uissanco, car, deux cents ans avanl elle, un artiste ignoré employait chez nous, avec un talent supérieur, les matériaux qui lurent près de cent ans à se perfeclionner dans le Stall'ordsliire. Tout ce que nou>

Lli MOYEN AGE ET LA RENAISSANCE.

pouvons regretter, c'est d'ignorer encore le nom d'un homme que l'industrie et les

fastes.

RIOCREUX ET JACQUEMART.

heaux-arts voudraient voir figurer dans leurs fastes

A.-L. Mii.LiN. Iiilioduction à la corinoissance des Tases peints. Paris, 1811, in-8. Exfr. du Mog. encyclop.

Il eiisle uoe foale d'ouvrages e( de dinserlatioD» sur les vases peiols de raiitiqailê; mais la Ceraaiiqae da Moyeo Ayp p'j- est pas souvenl iiilciessée.

Laz. Baïfii , De vasculis lilielliis , sive aniniadvirsiones in traotalu de anio et aigento Icgato. Voy. ce Traiti^ dans le t IX du grand recueil d'Antiq. grœc. de Gronovius.

Ce trailé avait para pour la première fois avec d'autres truilés du même auteur, à Bàle, en 15^1.

PouiLLABD. Lettre à A.-L. Millln .sur un vase chrétien de terre cuite, qui a été trouvé à Paris diins le palais de l'Arihevê.lié. \uy. cette Lettre dans le 1. IV de l'ariiiée 1810 du Mag. encijctop.

Alex. Dbongmaet. Ttailé des arts Cétamiques ou des \>oteries considéréis dans leur histoire, leur piatique et leur théorie. Paris, 1844, 2 vol. in-s, avec atlas in-4.

— L'Art des Poleries. Voy. cet ouvrage imporlant (300 pages et 7 pi.) dans le Diii. teclinnlogique ou nouveau dict. des arts et métiers (Par., 1822-J5, 22 vol. in-8 et atlas in-4).

H. -Loris Di UAïui-L or Moncfai;. L'Art du potier de terre, avec 17 pi. Voy. cet Art dans la grande Descript. des arts et métiers, faite ou approuvée par l'Académie des sciences.

Jules Lababte. Ait Céramique. Voy. ce Traité dans sa Descript. des objets d'art qui composent la collection Debrugc-Duinénit {Par., 184-7, in-S).

Voy. aussi le Calai, du Cabiuet de M. Préaux , qui a été veudc en 1850-

J. ZiÉGLF.R. Éludes céiaïuiques. Ihéotie de la coloration des reliefs. Pa7is, 1850, in-8, fig.

Jacq.-Phil. Febhand. L'Arl du feu ou de peindre en émail. Paris, 1721, in-12.

Voy. le Traité pratique des cotxh-urx pour In peinture en email et su*ta porcelaine , par d'.Arclais de Montamy {Par., 1765. in-i2l; Lettre à mon fils pour lui servir de guide dans l'art dépeindre en émail . par l'eidotiiWrf. , 1759, in 8); etc.

Voy. aussi, dans le traité du moine Tbéopliile, écrit au douzième siècle, le cil. XVI du livre 11 , intitulé : De vasis fictilihus diverso colore vitri pictis.

Marbïat. Collections towards a history of potery and porcelain in the I5tli, 16th and istli centuries. London , 1850, in-8.

Bf.bn. Pai.issï. Discouis admirables de la nature des ean\ et fontaines, tant naturelles qu'artilicielles, des métaux, di s sels et salines, des pierres, des terres, du feu et des émaux, avec plusieurs autres excellents secrets des clio!-es nalu -

relies; plus, un traité de la terre nommée la marne... Paris, Martin le jeune, 1S80, in-8.

Réimpr. avec la Recepte véritable par laquelle tous les hommes pour ront apprendre à multiplier et augmenter leurs thresors , du même auteur, sous ce titre : Moyen de devenir riche, etc. {Par. , lt>3(î . 2 vol ip-8). Publié de nouveau, sous ie titre à'OEuvres. avec des notes de Faujai de Saint-Fond et Gobel {Pur. , 1777, in-4 | , et sous ie titre à'OEuvres complètes , aiec des notes et une notice historique par P.-Aut- Cap [Par., MU, in-IJi.

VicT. ScnoELCUEB. Vie et travaux de Palissy. Voy. cette Notice dans la Revue de Paris, t. V de l'année 1834.

Voy. deui autres notices sur Patissy, l'une par Miel , loe a la Société libre des Beaus-Arts, le 8 février 1835 , et imprimée dans les .'innnies de cette Société ; l'autre, par (j- Trebutien, dans la Hiogr. des hommes utiles, année 1837.

E..J. DEiÉCLiizr, Birnard Palissy. 1500-1589. Voy. coite Notice dans la Revue française, année 1838.

Etc. PioT. HLiitoire de la vie et des travaux de Bernard Palissy. Voy. cette Hist. dans le Cabinet de l'Amateur et de l'Antiquaire, année 1842.

Voy. encore, sur Palissy, les Notices sur l'hôtel de Ctuny et le Palais des Thermes, jtBT Alei. Dusommerard {Par., 1834, in-8).

Passeri. Istoria délie piltiire in Majolica. Pesaro , 1838, in-8.

And. Pottieb. Majnlica. Voy. celle Disserl. dans le texte histor. el descript. du t. II d.s Monuni. français inédits if N.-X. Willemin (Par., 1806-33, 2 vol. in-fol,, 302 planches coloriées'.

Voy., dans les Vite de pitlori de Vasari, la notice de Luca délia Robbia, celle de Balt- Franco, etc.

Cu- GiiouET. De l'art Céramique dans le Nivernais depuis le seizième siècle. Voy ce Mémoire dans {'.Annuaire de la Nièvre, 1844.

Heimpr. dans le Bulletin de V Alliance des Arts.

Voy. aossi un mém sur les Premières faïenceries de Nevers , dans le t- I des .annales des Mines.

A BiioNGNiAi'.T et D. RiocBEUx. Description méthodique du Musée céramique de la manufacture royale de Porcelaine de Sèvres. Paris, 1845 et suiv,, in-4, avec atlas.

Voy. aussi ce qui concerne les faïences et les terres cuites , dans le Catal. du Musée de Cluny, par Edm. Dusommerard [Par , 1846, in-81. et dans les /irts au Moyen .iye, d'.Alex- I>usommerard, y compris V.'ilbum

Voy. encore des articles sur les faïences françaises, dans le t- .\XXII des Mélanges tirés d'une grande bibliothèque ; sur les faïences emaillees. dans le t. 111 de la Vie privée des Français de Legrand d'Aussy [Par , 1815. 3 vol. in 81 ; dans le Dict. d^s Origines de Noël et Charpenlier ; dans le Dict. de la Conrersation ; dans le Dict. des Beaux-Arts de Millin ; etc-

GisT. Ki.EMM. Die kôniglicli-sàchsische Porcellan- unil Gelasse-Sammlung. IJresden, 1844, in-8.

Voy. aussi plusieurs ouvrages relatifs aoi émaux et faïences emaillees. dans la Bibliographie du chapitre OrfévreRIB-

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